CHAPITRE V
plusieurs jours dans les environs, faisant une chère aussi abondante que délicate, car nous joignions souvent à notre venaison une truite pêchée dans les eaux limpides. La sécheresse de l'air était si grande à cette époque de l’année que plus d'une fois le feu de notre petit campement alluma autour de nous des incendies considérables. Pareil accident nous arriva au bord du lac Souke; pour ne pas être grillés comme les pièces de gibier que nous faisions cuire, nous dûmes gagner en toute hâte une petite île, d’où nous considérâmes avec le plaisir que donne la sécurité, les progrès de l'élément destructeur.
Notre sort, en somme, eût été digne d'envie sans la persécution des moustiques. Certains voyageurs ont prétendu que cette engeance incommode n'existe point dans l’île Vancouver; je puis af..rmer par expérience qu'elle v fourmille au contraire, quoique peut-être elle ne soit pas aussi venimeuse que sur les côtes de la Colombie anglaise. En vain, pour éloigner les insectes obstinés, placions-nous toujours à l'entrée de notre campement un monceau de cendres fumantes : cette précaution ne nous empêcha pas de passer bien des nuits sans sommeil.
De la rivière Souke, nous nous rendimes par les lacs Schawnigan et Cowitchan à Nanaimo, où la difficulté de nous procurer des guides indigènes nous retint quelque temps. Cette bourgade, que vingt-quatre lieues séparent de Victoria, est la seconde cité de l’île sous le rapport de l'étendue; la liste des villes finissant ici, le troisième rang est encore à donner. Elle doit principalement son existence à ses précieuses mines de houille, qui sont maintenant exploitées par une compagnie anglaise, en sorte que sa croissance a été plus régulière et plus saine que celle de Victoria, Nanaimo est blottie au fond d’une baie pittoresque que protége une série d'îles, et dont la profondeur suffit pour les navires d’un fort tonnage. Cette petite ville exporte du charbon de terre à San Francisco, à Victoria, et sur les rives du Fraser; de plus, on
est persuadé que la récente annexion de l'Alaska offrira un nouveau débouché au combustible minéral pour la navigation à vapeur. Le gisement le plus considérable se trouve à cinq mètres environ de la ville; un chemin de fer apporte le charbon au quai d'embarquement. Le puits principal d'extraction à 100 pieds, et comme la houille est amenée sur un plan incliné de 170 pieds, il en résulte que la profondeur de la mine est en réalité de 270 pieds. L'épaisseur de la couche à beaucoup varié, on le conçoit, depuis le commencement de l'exploitation; en 1867, elle était d'environ 5 pieds. On extrait chaque jour, en moyenne, de 150 à 300 tonnes; le charbon rendu à bord des navires vaut environ six dollars la tonne, mais à San Francisco on le vend au détail douze dollars. La compagnie de la Baie d'Hudson, qui possédait depuis longues années un fort à Nanaimo, a été la première à exploiter ce gisement à l’aide des Peaux Rouges, dont elle payait le travail en nature, c'est-à-dire qu’elle leur donnait une couverture pour huit barils de minerai.
La houille est incontestablement le produit le plus important de l’île Vancouver, et les dépôts sont immenses. Après notre départ de Nanaimo, nous découvrimes sur ies bords d’un courant qui se jette dans le Pountledge, près de l'établissement Comox, une mine fort importante. La couche a de deux à huit pieds d'épaisseur ; tantôt elle affleure le sol, tantôt elle disparaît aux regards; d'après nos observations, elle s'étend sur une longueur d'une demi-lieue, au fond d'une gorge étroite. Elle est à deux lieues d'une rivière navigable, mais la construction d’un chemin de fer à travers les bois pourrait en rendre l'exploitation fructueuse. Notre campement ayant été établi près du principal filon, nous allumâmes un gigantesque feu de houille, ce qui nous permit de constater l'excellente qualité du combustible. Le cours d’eau près duquel nous découvrimes ce gisement fut nommé Brown, en l'honneur de notre chef.
Notre route pour nous rendre de cet endroit au lac Pount-
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Campement et inscription (île Vancouver).
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