‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 38 sur 196 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ledge, en passant par la rivière de même nom, fut extrèmement laborieuse. Nous avions cru diminuer nos fatigues en prenant un canot, il fallut presque constamment le porter ou le touer. Des piles de bois mort obstruaient la rivière, et son lit était formé par des cailloux de toutes les dimensions. Nous passions dans l’eau la plus grande partie du temps; plus d'une fois, quand nous nous eflorcions de diriger la barque au milieu du courant bas et rapide, nous glissâmes au fond de trous de quatre ou cinq pieds d’où nous eùmes ensuite une peine infinie à sortir. Deux chutes tapageuses et d'un effet très-pittoresque coupent le lit de la rivière; l’une d'elles porte le nom de Ski-ep (le tourbillon des eaux). Entin nous atteignimes le lac. Notre canot, qui n'avait guère été jusque-là qu'une charge incommode, nous devint véritablement utile. Hélas ! ce ne fut pas pour longtemps. L'expédition, qui avait traversé sans encombre tant de passes difliciles, devait avoir sa part de revers. Comme nous descendions le cours d’un des affluents du lac, une manœuvre maladroite du timonier nous jeta contre un tronc d'arbre; en une seconde la frèle embarcation fut mise en pièces, ni plus ni moins que si c'eùût été une coquille de noix, et nous fûmes tous lancés dans le courant, la tête la première. Nous nous accrochämes aux débris flottants et nous réussimes ainsi à gagner la rive. Le reste du jour fut employé à rassembler les morceaux de not : malheureuse embarcation, à les fixer l’un à l'autre, à organiser un nouveau gréement. Vains efforts! nous n’eùmes plus désormais qu’un canot écloppé dont nous dûmes sortir à tous les rapides, à tous les bas-fonds, et qu'il nous fallut porter délicatement sur nos épaules. A force de sollicitude , nous le ramenâmes enfin au jac près duquel nous avions établi notre campement ; il s'y trouve sans doute encore, un peu plus délabré qu’à notre départ.

Entre la côte de Comox, à lorient de Vancouver, et le golfe de Barclay à l'occident, nous explorâmes une série de lacs. Ils sont au nombre de sept et occupent presque toute

la largeur de l'ile. L'un deux, celui du centre, est long d'environ six lieues et large de trois; il nous fallait, dans cette région accidentée, aller par bonds et saccades, ici faire halte, là construire un radeau que nous étions un peu plus loin obligés d'abandonner. Ces opérations, quand elles se multiplient par trop, cessent d’avoir du charme ; en outre, nous ne tardâmes pas à être réduits à une ration de farine fort insuffisante pour des estomacs affamés, d'autant plus que nous n'avions rien autre chose à mettre sous la dent, ni thé, ni fèves, ni lard. Pour varier ce régime, nous prenions notre pitance, tantôt sous forme de pain, tantôt sous forme de potage ou de bouillie ; quel que fût le mode de préparation, notre cuisine restait d'une désespérante frugalité. Bientôt un fait inquiétant sauta aux yeux de tous; si notre excursion se prolongeait seulement de quelques jours, nous serions réduits à la famine. Et pas le moindre gibier dans ce maudit pays, nul moyen de se procurer des provisions d'aucune sorte; aussi, grande fut notre joie quand, le 23 septembre, nous arrivämes à un campement européen, groupe de maisonnettes en planches situé près du village indigène d'Opitchesaht, sur la rivière Somass. Des ouvriers, envoyés là pour nous attendre, avaient préparé un repas qui nous parut délicieux et qui fut dévoré en un clin d’œil. Le mème jour, nous descendimes la rivière jusqu’au golfe de Barclay, à la scierie d’Alberni, dont les gérants, MM. Johnston et Raymur, nous firent un excellent accueil. Deux cents hommes, représentant une douzaine âe nationalités différentes, Kanakas des îles Sandwich, Indiens et métis des tribus de l'ile Vancouver, étaient employés, les uns à débiter les troncs d'arbres dans l'établissement, les autres à les abattre dans la forêt voisine ; sept bâtiments à l'ancre dans le port attendaient le chargement de bois de charpente qu’ils devaient conduire en Angleterre, en Californie, au Chili, en Australie, en Chine; tout était vie et mouvement dans la petite colonie.

Nous fimes encore d’autres excursions dans le golfe de

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