CHAPITRE XII
OUNALATCHLIT, — LE GOLFE DE NORTON
Hôtel de ville indien, — Les apprêts d'une fête, — Danse mimique, — Chœurs, — Les Malemoutes et les Kaviks, — La Parkamanie, — Je deviens maçon, — Voyage en traîneau.
Le village d'Ounalatchlit, comme la plupart de ceux de la côte, renferme deux ou trois huttes spacieuses destinées aux danses et aux réunions. Ces Cabanes servent aussi d'ateliers communs pour les travaux qui exigent beaucoup de place, tels que la fabrication des traîneaux et des raquettes, Véritables hôtels de ville indigènes, elles jouent encore un role politique; c'est là que les orateurs de la tribu haranguent la foule, là que se prennent toutes les décisions importantes ; là enfin que sont logés les étrangers auxquels on veut faire honneur. Aucune des üvilations de Ja petite bourgade na donc de destinations plus variées, ni d'emplois plus uliles.
Les bals étant donnés principalement en hiver, j'ai assisté à plusieurs, et je ne pouvais m'étonner assez du plaisir tou jours nouveau que les tètes blanches de la tribu semblent prendre à ces exercices monotones. Les exécutants s'amusent parfois à imiter les Mouvements des oiseaux ou des quadru-
pèdes, ce qui provoque chez les spectateurs une formidable explosion d'hilarité. On dit que leurs chants ne sont pas dé-
pourvus de finesse et parfois de poésie; malheureusement,
comme je ne comprenais pas la langue, je n'en puis rien
dire; la seule chose dont je me souvienne, c’est que des
mots, forts piquants sans doute, sont répétés à satiété.
Nos amis indigènes croyaient nous causer une extrême satisfaction en nous invitant sans cesse à de nouvelles fêtes. Une fois pourtant je fis mine de refuser, mais touché du désappointement des Indiens, je n’eus pas le courage de persévérer dans ma résistance. Après avoir franchi la porte d’entrée, je m'engageai dans un étroit couloir, haut tout au plus de deux pieds et demi, le long duquel il me fallut ramper pour gagner l’unique chambre de l'habitation, située sous le sol et faiblement éclairée par des lampes à graisse de baleine.
Les Peaux Rouges qui devaient prendre part à la danse mimique étaient activement occupés à leur toilette, arrangeant leur chevelure et baignant leur visage dans le liquide nauséabond qui joue un si grand rôle chez les indigènes, comme je l'ai dit ailleurs. Tous étaient nus jusqu’à la ceinture ; ils avaient orné de queues de loups et de chiens leurs pantalons faits de peau de phoque; des plumes et des foulards de coton leur composaient une coiffure des plus fantaisistes. Les vieillards, assis sur des bancs autour de Ja salle, regardaient les préparatifs d’un œil approbateur, tandis qu'ils fumaient leurs longues pipes, dont la vapeur, avalée lentement à la façon des Tchouktchis, les faisait tomber peu à peu dans une profonde ivresse. Le fourneau de leurs pipes est cependant de dimensions tout à fait microscopiques, et les indigènes ont encore la précaution de mêler au tabac, pour en diminuer l’action, de la poudre de bois de saule.
Pendant ce temps, les femmes allaient et venaient, apportant d'énormes coïtogs ou vases de bois, pleins de baies et de poisson bouilli.
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