‹ Voyages et aventures dans l'Alaska (ancienne Amérique russe) [microforme]Chapitre 83 sur 196 · SAN · texte numérisé non relu

SAN

Pipe indienne.

Esprit. Le rite religieux terminé, le banquet commence, accompagné d’un concert monotone de voix gutturales et de gongs, ou plutôt de tambours de basque, car les instruments de musique indigènes sont faits de membranes intestinales de phoque tendues sur un cercle de bois, et que l’on frappe avec un bâton plat. Quant aux paroles du chœur, je n’en pus rien distinguer que le refrain : Fung à ya, à ya, i ya, répété à chaque iristant. Tout à coup, un jeune garçon sortit des rangs et s'élança en bondissant au milieu de la chambre; un autre le suivit, puis un autre encore, jusqu'à ce que vingt à peu près fussent réunis en cercle; tantôt ils s'embrassaient étroitement, comme poussés par une action magnétique, tantôt S'éloignaient avec des gestes furieux. Leurs poings serrés, leurs yeux étincelants exprimaient l’indignation la plus vive: puis leur bouche contractée s’élargissait en un sourire, leurs

bras s’ouvraient, les ennemis de tout à l'heure étaient devenus des frères qui se félicitaient ensemble d'un bonheur domestique. Pendant les entr'actes de la fête, de petits présents étaient offerts à la ronde à tous les étrangers: j'eus, pour ma part, une paire de semelles en peau de phoque.

La chaleur était devenue intense; la réunion de tant d'étres humains d’une propreté plus ou moins douteuse, l'odeur fade des plats de poisson, le tout réuni dans une salle hermétiquement close, rendirent bientôt l'atmosphère si suflocante que nous nous esquivâmes doucement l’un après l’autre ; mais nos hôtes restèrent bien des heures encore à savourer les plaisirs de la fête.

Les Malemoutes et les Kaviks s'unissent fréquemment par le mariage, c'est pourquoi nous en avons parlé comme s'ils ne formaient qu'un seul peuple. Leurs usages, leurs mœurs sont les mêmes, mais ils ont des dialectes différents et habitent des parties distinctes du pays. Les premiers s'étendent depuis l'île Saint-Michel jusqu'au golfe Golovnin: les seconds occupent une région plus septentrionale, qui confine à Port-Clarence et au détroit de Behring.

Les uns et les autres appartiennent à une race grande et belle ; il n’est pas rare de trouver parmi eux des hommes de six pieds, quelques-uns même ont une plus haute stature; presque toutes les femmes sont fort grasses, et paraissent jouir d'une santé robuste; la franchise et la gaieté se peignent sur leurs visages. Nous avons employé des Malemoutes et des Kaviks dans notre expédition, nous les avons trouvés, sous tous les rapports, bien supérieurs à la moyenne ordinaire des Peaux Rouges. Le chef, Aleuyanouk, était un vieillard de bonne mine, à l’air martial, se tenant parfaitement droit, portant la moustache et l'impériale; ses manières n'auraient choqué personne dans une assemblée d’Européens. Un autre chef, Komokin, rendit à notre expédition d'utiles services. Sa sympathie pour les blancs s'était manifestée déjà

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