KA OU NOUVELLE-ARKHANGEL, CAPITALE PE L'ALASKA
50 FRÉDÉRICK WuYMPER.
pole au style oriental jusque sur un temple luthérien d’architecture simple et sévère; plus loin encote, le Club-House, où s’assemblent habituellement les célibataires, l’école et l’hôpital, bâtiments bien construits, aménagés avec intelligence. Au delà, on aperçoit une douzaine de cottages (maisons de sampagne), puis l’interminable forèt, à l'entrée de laquelle ze trouve une jolie promenade.
« Sitka est incontestablement la ville du monde où il tombe le plus d’eau, les pluies cessent seulement à l'approche de la neige, etsi, par grand hasard, on a pendant l'été quelques semaines de beau temps, la fièvre et les affections de poitrine font payer cher aux colons cet avar'1ge passager.
« Quant aux rhumatismes, nous n’e “lons pas; il va sans dire qu’un séjour prolongé dans u. nat pareil les amène en foule à sa suite.
« L'hiver n’est nullement rigoureux; le thermomètre ne descend guère au-dessous de 7° centigrades.
« La population de Sitka se compose en partie de blancs, en partie de métis; elle n’était que de 800 âmes il y a quelques années; grâce à l'occupation américaine, elle dépasse déjà 2000. |
« Il y avait dans le voisinage de Sitka des pêcheries considérables qui exportaient chaque année de 100 000 à 150 000 saumons. Le soin de préparer les salaisons était laissé aux femmes les plus pauvres de la colonie; dès que le bateau arrivait avec sa charge, elles accouraient sur le rivage, se formaient en deux lignes, vidaient prestement le poisson, le por-
taient dans les caves et y versaient la saumure... Chacune .
d’elles recevait pour sa part un saumon de 6 à 9 kilogrammes et d’une valeur... absolument nulle. Si l’on en croit les gens du pays, les poissons abondent tellement dans la rivière au mois de mai, qu’ils entravent la marche des bateaux et que, quand survient un coup de vent du sud-est, ils sont jetés par couches épaisses sur la rive, où ils se putréfient,
LES INDIENS KALOUCHES, 51
« On rencontre aux environs de Sitka beaucoup d'Indiens Koloches ou Kalouches, tribu disséminée sur la côte, entre les rivières Stékine et Tchilcat. Les indigènes, dont le nombre autour de la ville ne s'élève pas à moins de 2500, sont tenus, comme il a été dit plus haut, d’habiter en dehors des fortifications. Leurs huttes, dont la construction semble avoir été empruntée aux Russes, sont assez vastes, de forme circulaire, percées d’une porte hasse et, au sommet, d’une ouvei ture qui donne passage à la fumée. Quelques-unes renferment deux pièces : la salle où se rassemble la famille, et une chambre à coucher; mais c’est là un luxe fort rare.
« Le costume des indigènes consiste, au moins pendant l'été, en une simple couverture; en hiver, ils portent un costume moins flottant. La trop grande libéralité de la nature envers leur pays a développé en eux la paresse : partout le saumon abonde, le chasseur se procure sans peine la chair du daim et de l’ours; enfin, la terre produit une innombrable quantité de baies excellentes. Ainsi favorisés, les habitants sont peu industrieux : leurs canots ou kayaks sont bien inférieurs à ceux du golfe de Norton. Leurs tombes seules témoignent d’un certain sentiment artistique : ce sont de petits cercueils où l’on dépose les cendres des défunts, car l’usage invariable de la tribu est de brûler les morts. Sur l’un de ces coffrets funéraires, j’ai vu peintes nombre de figures auxquelles pendaient de longues tresses decheveux.
« Le gouverneur de Sitka était absent; mais les colons tinrent à honneur de le remplacer. L’hospitalité russe, qui est proverbiale, nous fut néanmoins, par son excès de générosité, quelque peu incommode. Partout et à tout propos, on nous offrait des rasades de quelque liqueur fort brûlante, depuis le cognac jusqu’au vodka; refuser, c'était insulter l’hôte; on juge de notre supplice. Quant au thé, j'épouvanterais le lecteur si je lui disais combien d'énormes jattes je dus avaler,