CHAPITRE III
Le territoire d’Alaska. — Sitka, — Les Indiens Kalouches.
J'ai dit, dans l’avant-propos, que les États-Unis avaient acheté l'Amérique Russe au prix de 38 000 000 de francs. Ils ajoutaient ainsi à leur vaste territoire, sous le nom d’Alaska, une superficie de plus de 1 500000 kilomètres carrés, et la Russie se débarrassait d’une possession isolée, dont la valeur pour elle était tout au moins douteuse.
Cette acquisition ne se fit-pas sans opposition ; les Américains n'étaient pas préparés à cette extension de territoire, extension dont ils ne comprenaient pas parfaitement l’avantage. « Pourquoi, disait-on, s’'embarrasser d’une colonie déserte, d'îles inconnues, de banquises, de volcans, de pays enfin exposés à toutes les rigueurs de la nature et fréquemment soulevés par des tremblements de terre? »
Aujourd’hui, ces préventions sont en partie détruites et l'esprit d'entreprise développe activement les ressources de l'Alaska.
S'ilesttéméraire de supposer que l'acquisition de ceterritoire
est un acheminement vers l’occupation complète du continent.
septentrional de l'Amérique par les États-Unis, et que tôt ou tard le drapeau de l'union flottera sur le Canada et la Nouvelle-Bretagne, Whymper, mettant de côté tout amour-propre
1. On y a découvert des mines de houille et de riches gisements d'or.
46 FRÉDÉRICK WHYMPER.
national, déclare qu’un tel changement serait un incontestable bienfait pour les colonies; il ajoute que, suivant sa conviction intime, les États-Unis sont appelés à étendre leur action vivifiante sur toute l'Amérique du Nordt.
Les côtes de l'Alaska ont été, à différentes reprises, étudiées par des officiers de la marine moscovite; la Pérouse et Vancouver les ont explorées; enfin, elles furent visitées par un certain nombre d’Anglais — Moore, Keller, Collinson, Mac Clure — pendant les expéditions qu’ils entreprirent à la recherche de sir John Franklin. Toutefois, à l’exception d’un Russe nommé Zagoskin, aucun voyageur n’avait encore pénétré dans l’intérieur du pays: Quelques marchands s'étaient seuls avancés dans ces régions inconnues pour y faire le commerce des fourrures, mais ils n'avaient pas cru devoir publier le récit de leurs découvertes.
La science géographique possédait donc peu de données sur PAlaska, quand fut formée l'expédition dont Whymper devait être appelé à faire partie. Une vaste compagnie américaine avait, depuis plusieurs années, conçu le projet de rattacher le nouveau monde à l’ancien, à l’aide d’un télégraphe de terre complété par un câble sous-marin immergé dans le détroit de Behring. Des capitaux considérables avaient été rassemblés et on avait obtenu de l'Angleterre et de la Russie les autorisations nécessaires et le droit de passage. Les explorations furent commencées en 1865, c’est-à-dire précisément à l’époque où notre voyageur se trouvait à Vancouver.
Au printemps de cette année, le colonel Bulkley, ingénieur en chef de la ligne projetée, était parti de San-Francisco, qui était le quartier général de l’entreprise. Whymper le rencontra à Victoria et s’empressa de lui offrir ses services.
1. Il suffit de jeter un coup d'œil sur la carte de l'Amérique du Nord pour se rendre compte de la valeur de cetté supposition. Grâce à l’adjonction de l’Alaska, le Dominion du Canada touche, il est vrai, au sud et à l'ouest, aux États-
Unis. Mais la vitalité des Franco-Canadiens leur permet d'aspirer à un avenir plus indépendant que celui que M. Whymper ambitionne ici pour eux.
ntesnt sa leur
ices Vanrun Mac a r'ed'un e péaient re le evoir
nnées ymper améet de raphe ans le nt été Russie es ex- "écisé- Duver.
nieur CISCO, per le ‘vices.
pour se de l’A-
États- 1 avenir
TERRITOIRE D ALASKA. — SITKA. 41 L'idée d’être accompagné par un artiste lui sourit; et dès ce moment commença entre les deux explorateurs une amitié dont le temps consolida les liens.
L'expédition était organisée militairement et l’on avait assigné à chacun des fonctions spéciales. La commission scientifique avait pour directeur le major Kennicott,
Le 30 juillet 1865, l'expédition s’embarquait à Victoria, sur le steamer Wright. Après avoir longé le détroit de Johnston, doublé la pointe nord de Vancouver, longé l’ile de la Reine Charlotte et celle du Prince de Galles, le steamer atteignit le 8 août les plages rocheuses, escarpées, peu hospitalières de Sitka, capitale de l'Amérique Russe; il jeta l'ancre
devant la ville, dans un petit port sûr et commode, environ .
par 57° de latitude nord et 138° de longitude ouest.
Sitka ou Nouvelle-Arkhangel était jusqu'alors la seule cilé qui existât dans le pays. Autrefois elle servait simplement de dépôt à la grande compagnie russe-américaine; mais elle est devenue peu à peu une ville assez commerçante.
L'ile sur laquelle s'élève Sitka fait partie d’un archipel découvert en 1741, par Tchirikoff, compagnon de Behring. On a donné à l'ile le nom de Barcenoff, en mémoire d’un trafiquant qui dirigea la compagnie russe-américaine aux premiers jours de la fondation. . ‘
Dès que les Russes-eurent établi le poste qui devait devenir plus tard la ville de Sitka, ils se virent exposés aux attaques d’une tribu voisine, celle des Kalouches ou Koloches. En 1804, profitant d’une absence du gouverneur, ces indigènes surprirent la garnison, massacrèrent les soldats et pillèrent le campement. Deux hommes seulement parvinrent à gagner l’île de Kodiak.
Quand Barcenoff revint, il ne trouva plus que des ruines. Avec l’aide de l’amiral Krusenstern, qui explorait alors l’océan Pacifique, il envahit le territoire des Kalouches. Ceux-ci, vaincus et décimés, furent o’ligés de demander merci. Mais
oo TT Ê
pres eee
48 FRÉDÉRICK WHYMPER,
cette rude leçon ne les empècha pas de revenir souvent attaquer la ville. Au moment où y arrivait Whymper, leur nom inspirait encore aux colons une défiance voisine de la terreur, Une forte palissade séparait l'établissement des habitations indiennes; nul Peau-Rouge, à moins qu'il ne fût employé dans une maison européenne, ne devait rester dans la ville après la tombée de la nuit.’
Sitka est situé sur une bande de terre fort basse. Des montagnes coiffées de neige, des collines boisées s’étagent assez loin de la ville. Le mont Edgcumb dresse dans l’île Crouze sa tête orgueilleuse; ce volcan éteint, haut de 2430 mètres, forme le trait caractéristique du paysage et annonce
. de loin aux voyageurs l'approche de Sitka.
La cité a un aspect riant et ses alentours ne manquent pas de pittoresque. Les maisons, avec leurs toits de tôle peinte en rouge, l’église grecque, avec sa flèche et son dôme d’un vert éclatant, les vieux pontons échoués sur les rocs et transformés en magasins, tout donne à Sitka une apparence étrange, antique même, malgré sa fondation récente.
« Au moment où, débarquant sur le quai, dit Whymper, nous passons devant une batterie endommagée par le temps, les bâtiments de la compagnie se présentent à nos yeux; autrefois, ils renfermaient des quantités de fourrures dont la valeur ne s’élevait pas à moins de 500 000 francs.
« Nous laissons sur notre route Ja maison du gouverneur, qui s'élève majestueusement au sommet d’une colline rocheuse et domine d’une trentaine de mètres au moins les maisons voisines, comme il convient à la demeure d’un haut fonctionnaire, puis nous arrivons aux ateliers de la compagnie, à côté desquels s'élèvent les maisons assez confortables des employés.
« À gauche de la rue, un verger, le Club-Garden, étale gaiement ses villas, ses restaurants, ses cafés, ses balançoires ; un peu plus loin, l’église grecque projette l’ombre de sa cou-
atlanom reur, tions ployé ville
. Des agent s l’île
nonce
nt pas peinte in vert ormés range,
mper, emps, X; auont la
neur, e rois les haut )MpPpatables
étale )ires ; cou-
Wait nant LT
Te gp
Eh
nm e—