‹ Voyages et aventures dans la Colombie anglaise [microforme]Chapitre 19 sur 72 · LES ILES ALÉOUTIENNES. — LA SIBËRIE ORIENTALE · texte numérisé non relu

LES ILES ALÉOUTIENNES. — LA SIBËRIE ORIENTALE

Jusque-là le Golden Gale était toué par le steamer; mais, le 31, le câble qui unissait les deux navires s’élant rompu, le Milton disparut au milieu du brouillard qui obscurcissait l’atmosphère. Ce brouillard ayant encore augmenté les jours suivants, le Golden Gate faillit se perdre sur tes dangereux écueils qui bordent l’île Sanak ou Halibut. ileureusement échappé à ce danger, le navire traversa l’archipet des îles Aléoutiennes! entre les îles Ounimok et Oukamok. En entrant dans la passe qui sépare ces deux iles, une éclaircie permit aux passagers d’apercevoir le volcan Chichaldinskoï, situé dans l’île d’Ounimak et dont l’altitude est de 2716 mètres.

Dans la journée du 4 septembre, les nuages s'étaient dissipés, le volcan se dessina dans sa forme gracieuse et l’on put distinguer la fumée qui s’'échappait d’une crevasse près de la cime. De la passe d’Ounimak on découvre au loin un second

volcan, haut de plu: de 1500 mètres. Dans la nuit, on observa des flammes qui s’cancaient d’un troisième cratère.

De ce point, le Golden Gute rigea vers la côte asiatique. En route, le capitaine Scammmon fit d’intéressants sondages. La mer de Behring a peu de prolundeur; se: eaux sont assez basses pour que les baleiniers puissent jeter l'ancre partout où ils le trouvent bon. La profondeur varie de 5 à 25 brasses

(8 à 45 mètres); entre 64 et 66° de latitude nord, elle n’atteint pas 20 brasses (32 mètres). Le lit de la mer est, en général, formé d’une vase molle mélangée de sable. L'intention du capitaine était de prendr. terre à Port-Providence ou Plover-Bay, sur la côte sibérienne, au nord de la mer de Behring. Le 22 septembre, le navire était en vue de la plage et s’apprêtait à entrer dans la rade, lorsqu'une violente bourrasque le chassa vers le sud à une distance d’une

1. Les îles Aléoutes ou Aléoutiennes' forment une longue chaine s'étendant en une courbe régulière et se développant, sur 2300 kilomètres, entre la péninsule d’Aliaska et le Kamtchatka, Cet archipel enveloppe au sud la mer de Behring, qu’il sépare du Grand Océan et dont il fait une mer presque fermée.

56 FRÉDÉRICK WHYMPER.

centaine de kilomètres. Il ne put gagner le port que quatre jours après; l'expédition y trouva le colonel Bulkley, qui était venu l’attendre.

La baie de Plover, abritée par une longue pointe de terre à son extrémité méridionale, est excellente. Le port se divise en deux bassins; l’un a reçu le nom d'Emma Harbour (havre d'Emma); on parlera de l’autre plus tard. Des rochers nus et des montagnes à pic, crevassées par l’action du froid, protègent de trois côtés le havre d'Emma. D'innombrables variétés de lichens et de mousses couvrent le sol; c’est à peu près la seule végétation du pays, si l’on excepte un pâturage voisin, où sont parqués des troupeaux de rennes domestiques.

Un village tchouktchi groupe ses misérables huttes sur une angue de terre qui protège la baie à son extrémité méridionale. On trouve, aux environs, des vestiges d'habitations souterraines assez bien construites, mais la race qui les avait bâties a disparu depuis longtemps.

Quoique les demeures actuelles des indigènes paraissent fort grossières, recouvertes comme elles le sont de lambeaux disparates, peaux de morses, de phoques, de rennes, entremêlées de fragments de voiles donnés à ces pauvres gens par des baleiniers, elles témoignent d’une industrie réelle ; sous cette enveloppe peu flatteuse à l’œil se trouve une charpente d’os de baleine, disposés avec beaucoup d’art et merveilleusement assemblés, malgré la difficulté d’un tel travail. Les huttes doivent être solides en effet pour résister aux intempéries. Ce village, situé sur le promontoire, est exposé à tous les vents; l’hiver, les tempêtes y sont terribles, le froid aussi est très vif, et les indigènes ne peuvent faire de feu, car ils n’ont pas de bois; des lampes alimentées par la graisse de baleine sont le seul chauffage connu dans le pays.

Les os des monstres marins servent quelquefois pour la charpente des canots. De chaque côté de l’embarcation est attachée une peau de phoque gonflée d’air et destinée à faire

LES INDIENS TCHOUKTCHIS. 57 l'office de flotteur ; grâce à ce secours, la frèle construction se

maintient en équilibre.

« Les Tchouktchis, dit Whymper, paraissent être une race

- énergique et robuste; leur vigueur physique est extraordi-

naire. J'en ai vu un qui portait une caisse de charpentier pesant deux cents livres, sans paraître fatigué le moins du monde. Presque tous ont l'humeur facile et gaie; ils se montrèrent, à la vérité, passablement avides, mais pas plus que

Page 1