‹ Voyages et aventures dans la Colombie anglaise [microforme]Chapitre 22 sur 72 · LE KAMTCHATKA · texte numérisé non relu

LE KAMTCHATKA

tous côtés, admirablement protégé par les montagnes. Un seul point semblait vulnérable. Sur l’étroite bande de terre qui borde la baie s'ouvre, non loin de la ville, une petite vallée que le commandant de la flotte jugea propre au débarquement des troupes.

Les batteries russes réduites au silence, 700 marins et soldats de marine descendirent à terre. Comptant sur une victoire facile, ils négligèrent de garder leurs rangs; mais, au moment où ils s’élançaient pèle-mèle vers la ville, des cosaques, embusqués dans les buissons et les arbres, firent feu sur eux et tuèrent presque tous les officiers. Saisis par une panique soudaine, les assaillants se dispersèrent de tous côtés, dans une telle confusion que plusieurs furent atteints par les balles égarées de leurs camarades. Presque tous s’enfuirent vers la montagne qui se trouve derrière la ville; mais, poursuivis par les Russes, beaucoup d’entre eux se tuërent

“en tombant du haut des rochers à pic.

# Ce combat coûta aux Anglais 107 hommes tués ou blessés.

Les habitants ne pouvaient croire à leur triomphe; convaincus que l’ennemi allait revenir en force et qu’ils ne pourraient se défendre, ils se préparaient à évacuer la ville, quand la flotte ennemie leva l'ancre.

L'amiral Price ne survécut que peu de jours à cet échec; il n'avait pas cependant été atteint par les balles de l'ennemi.

Une seconde attaque eut lieu en mai 1855, mais les habitants ne l’attendirent pas; ils quittèrent Pétropaulovski, où ne restèrent que les résidents étrangers. Dès les premiers jours du printemps, l’escadre russe avait reçu l’ordre de se frayer un passage à travers la glace et d'abandonner la ville à son sort. Le gouvernement de Saint-Pétersbourg avait renoncé à l’idée de la défendre.

« Peut-être, dit Whymper, aurions-nous mieux fait de ne pas nous acharner contre elle. La place avait trop peu d’im-

portance pour qu'il y eût de la gloire à s’en emparer; de COLOMBIE ANGLAISE, 5

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plus, elle était, depuis un siècle, renommée pour son hospitalité envers les voyageurs anglais. La guerre, comme on le voit, n’est pas toujours une chose fort noble. »

La ville était déserte; on captura un baleinier et on incendia quelques édifices publics. Personne, il est vrai, ne voulut accepter la responsabilité de cet incendie; on prétendit que le feu avait pris accidentellement; peut-être avait-il été mis par quelque matelot ivre. Les canons des batteries furent encloués et les fortifications détruites.

Le 31 octobre 1865, l'expédition s’embarqua sur le steamer Wright pour retourner en Californie. Le lendemain, la vapeur l’emportait loin de la baie d’Ava‘cha.

Le 14 novembre commença une tempête du sud-est qui fut marquée par une série interminable d'accidents. Le pre-

mier fut la perte de la cheminée de la machine qui fut en-

levée par-dessus bord. Puis la timonerie! se désorganisa, de sorte que le petit steamer s’en allait deci, delà, au caprice du vent, comme une simple planche. Les vagues balayaient ie pont à chaque minute, et les cabines, dont les lames avaient défoncé le plafond, présentaient le plus pitcux aspect : meubles, porcelaines, malles, ustensiles de toutes sortes gisaient pêle-mêle au milieu d’une mare d’eau. Le 17, les vagues envahirent la cabine d’arrière, puis se précipitèrent dans l’escalier, éteignirent les lampes et le feu et laissèrent les passagers dans une obscurité profonde, trébuchant et pataugeant dans 60 à 90 centimètres d’eau. Le navire était secoué par un te) tangage, que plusieurs marins, renversés violemment, reçurent de graves contusions.

La tempête dura huit jours. Quand elle fut apaisée, on dut s'occuper de remplacer, de façon ou d’autre, la cheminée perdue. L’ingénieur en chef trouva un expédient. I fit cou-

4. La portion du pont à l'arrière du navire où se trouvent les timoniers.

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per une portion du réservoir à eau; ce métal, joint à quelques feuilles de tôle, lui servit à fabriquer un tuyau de 3 mètres de hauteur qui donna un tirage suffisant. Cette cheminée réussit à merveille; elle produisit même quelque sensation à San-Francisco, où le steamer arriva le 30 novembre.

Ainsi se termina i'expédition accidentée de 1865; les explorateurs avaient parcouru environ 16000 kilomètres presque sans quitter l'Océan : aussi n’élaient-ils pas fâchés de se retrouver en pays civilisé.

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