EXPLORATION ET MORT DE BEHRING
pas longtemps, et notre homme aux abois finit par s'attaquer au laudanum, lequel lui procura un sommeil léthargique dont le chirurgien en chef dut rechercher la cause. Ses méfaits furent découverts et l’on s’empressa de l'envoyer s’abreuver ailleurs. »
Le colonel Balkley avait engagé un nombre considérabled'ouvriers. Cinq cents hommes, sans compter les bandes de- Cosaques de la Sibérie orientale, les Chinois de la Colombie anglaise, les Indiens de toutes les tribus, furent employés pendant la campagne de 1866, à construire le télégraphe, à explorer les routes ou à transporter les bagages.
La flottille, composée de sept bâtiments, parmi lesquels figurait un magnifique steamer à hélice, le Nightingale (Rossignol), quitta San-Francisco le 23 juin 1866 et arriva à Pétropaulovski le 25.
Le pays se trouvait alors dans sa fugitive parure d'été: fleurs sauvages, gazon épais, moustiques à foison. Le thermomètre montait à 27° centigrades à l'ombre et l’on était obligé de porter des vêtements de soie, de toile ou de mousseline, comme si l’on eût été sous les tropiques. Toutes les. idées que Whymper avait entretenues sur le Kamtchatka. étaient bouleversées.
Le départ de Pétropaulovski eut lieu le 6 août. Pendant plusieurs jours, l'expédition longea les côtes de la péninsulekamtchadale à laquelle les pics volcaniques dont elle est semée donnent un charme et un intérêt étranges. Plusieurs deces montagnes élaient complètement dépouillées de neige. Le volcan de Koriatski, qui l'automne précédent étincelait d’une blancheur immaculée, ne présentait plus aux regards que: ses vastes flancs stériles et rocheux.
Au pied du cap Kamtchatka se trouve l'embouchure du fleuve de même nom. C'est de ce point que Behring commença son premier voyage dans la mer et le détroit auxquels son souvenir reste indissolublement uni. Il est bon de donner
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ici une esquisse des explorations de l’un des plus illustres navigateurs du siècle dernier.
Danois d’origine, Vital Behring entra au service de l’impératrice de Russie Catherine [", veuve de Pierre le Grand. Cette princesse inaugura son règne en organisant l'exploration du Kamtchatka, dont le but principal était de rech: cher si l’Asie et l'Amérique ne formaient qu’un seul continent, ou si elles étaient séparées par l'Océan. Behring eut le commandement de cette expédition; Martin Spanberg et Alexis Tchirikoff devaient lui servir de lieutenants. Ils partirent de Saint- Pétersbourg le 5 février 1795 et traversèrent la Sibérie pour gagner la mer d’Okhotsk.
Deux années furent employées à transporter jusque-là le matériel de l'expédition, ce qui peut donner une idée des difficultés que présentaient alors les voyages dans ce pays. À Okhotsk, les explorateurs trouvèrent un navire construit pour eux, qui les transporta jusqu’à Boltchevsk. L'hiver suivant, ils se rendirent à Nijni-Kamtchatka. En suivant la côte, Behring découvrit l'ile Saint-Laurence, parvint jusqu’au 67°18 de latitude nord, reconnut que la côte fuyait à l’ouest, d’où il conclut qu'il avait atteint l’extrémité de l'Asie et que les continents sont séparés l’un de l’autre.
L'expédition de 1740, dont Behring et ses deux lieutenants eurent l'initiative, fut remarquable par l'importance des découvertes et l'intérêt dramatique des aventures. Il s'agissait, cette fois, non pas de s’assurer que l'Asie et l'Amérique étaient séparées par l'Océan, la question semblait résolue, mais de découvrir, à travers la mer Glaciale, le fameux passage nord tant de fois cherché par les Anglais et les Hollandais.
Nous ne dirons rien des fatigues et des épreuves que Behring eut à supporter pour transporter de Saint-Pétersbourg à Pétropaulovski, à travers les glaces sibériennes et des régions où n’existait'encore aucun chemin tracé, les immenses