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EXPLORATION ET MORT DE BEHRING

approvisionnements exigés pour une semblable exxédition. Le 4 juillet 1741, les vaisseaux partirent de Pétropaulovski, mais furent bientôt séparés, par la tempête, en deux tronçons qui durent agir indépendamment l’un de l’autre.

Ce fut durant ce voyage que Behring découvrit l'archipel des Aléoutiennes et plusieurs îles de la côte américaine, qu’il fit ses reconnaissances dans l’intérieur des pays nouveaux, parfois cordialement accueilli par les Indiens, plus souvent exposé à être massacré par eux.

Un ennemi plus redoutable que les tribus indigènes eut raison de l'énergie e le la persévérance de Bchring : le scorbut. Cette affreuse maladie épidémique ayant éclaté parmi ses hommes, Behring se décida à regagner la côte du Kamtchatka, que bien peu des malheureux marins devaient atteindre. Pas un n'avait échappé à la maladie; celui qui tenait le gouvernail était obligé de s’appuyer sur deux de ses camarades, à peine capables de se tenir eux-mêmes debout.

Un morne désespoir se lisait sur tous les visages; seul Behring s’efforçait, par son exemple et ses exhortations, de relever les courages abattus. Enfin, on aperçut la terre et l’on résolut d'aborder sur la côte inconnue qui venait d’être signalée. Soudain une violente tempête poussa le navire contre les rochers; cent fois secoué par les rafales, il faillit se briser sur les écueils. Le vent s'étant calmé, les chaloupes furent mises à l’eau et quelques hommes gagnèrent le rivage.

L'île ne renfermait aucun arbre; il était donc impossible de construire des cabanes, et les matelots s’abritèrent du mieux qu'ils purent dans de petits ravins situés à peu de distance de la mer. Le 8 novembre, on essaya d’y transporter les malades; quelques-uns, trop faibles pour supporter l'air libre, moururent dès qu’ils furent apportés sur le pont; d’autres expirèrent pendant la courte traversée; beaucoup rendirent le dernier soupir en débarquant sur la plage. Behring aussi était atteint du scorbut. Transporté à terre,

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le 9 novembre, il languit pendant un mois, supportant avec une héroïque fermeté les plus vives souffrances. Exposé au froid, manquant de tout, il s’occupait plus des autres que de lui-même. L'île où il avait abordé et qui porte son nom lui servit de tombeau. On peut même dire qu’il fut presque enseveli vivant, car le sable, chassé par le vent et la marée, s’amoncelait dans le fossé où il gisait, couvrant ses pieds et ses mains et menaçant de l’engloutir. Behring s’opposa à ce qu'on l’enlevât; l’épaisse couche le préservait un peu du froid glacial de ces régions désolées. Quand il mourut, le lourd linceul s'élevait jusqu’à sa poitrine; on dut creuser pour retirer son corps afin de lui rendre les honneurs funèbres.

Le vaisseau, abandonné sur la plage, ne tarda pas à être brisé dans une tempête. Pendant les rudes mois d’hiver, les marins survivants n’eurent pour nourriture que des baleines mortes rejetées par les vagues. Au printemps, avec les débris du navire, ils construisirent une petite chaloupe au moyen

de laquelle ils parvinrent à gagner la côte du Kamtchatka.

Un des lieutenants de Behring, le capitaine Tchirikoff, avait pu revenir à Pétropaulovski vers le milieu de l'automne précédent. Son équipage avait aussi souffert des ravages du scorbut ; vingt et un matelots avaient péri.

« Tels étaient, dit Whymper, les tristes souvenirs que réveillaient en nous les lieux que nous visitions. Le 13 août, fort tard dans la soirée, nous arrivâmes au golfe d’Anadyr!, à l’entrée duquel nous jetâmes l’ancre. La plage était basse et, malgré la chaleur de l’atmosphère, la neige et la glace couvraient le sol en maints endroits. Le lendemain matin,

1. Ce golfe s'ouvre à l'extrémité nord-est de la Sibérie orientale, un peu au sud du détroit de Behring, entre les caps Tchoukotskoï ct Saint-Thaddèus. Sa largeur, d’un cap à l’autre, est d'environ 200 kilomètres. À son extrémité occi-

dentale, il se divise en deux baies : la baie de Sainte-Croix, au nord-ouest, ct la baie d'Onémon, au sud-ouest.

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nous remontâmes lentement le golfe; çà et là nous voyions accourir sur le rivage des Tchoukichis couverts de vêtements de peaux, et si semblables à des bêtes sauvages, que nous ne savions d’abord à quoi nous en tenir au sujet de ces êtres bizarres. Ils ne tardèrent pas à établir leur qualité d'hommes en nous demandant, d’une voix gutturale, du rhum et du tabac.

€ À l'embouchure de la rivière Anadyr, nous côtoyâmes une île à laquelle fut donné le nom de Sarcophage, parce qu’elle ressemble exactement à un cercueil. Nous mouillâmes devant un village tchouktchi, auprès duquel paissaient tranquillement des rennes. Ces animaux forment la principale richesse des Tchouktchis nomades; certains chefs en possèdent plusieurs milliers, dont ils confient la garde aux plus pauvres de la tribu. Les indigènes émigrent d’un pâturage à l'autre, vivant du produit de leurs troupeaux, comme les patriarches des anciens temps. »

A peine les explorateurs furent-ils descendus à terre, qu’un indigène accourut au-devant d’eux, une lettre à la main. L’épitre était envoyée par M. Mac Crea, officier qui, comme on se le rappelle, explorait l’Anadyr. Elle portait que l’honorable personnage chargé de la remettre était un menteur fieffé, contre lequel il fallait se tenir en garde. Cet individu portait le nom harmonieux d’O-Cock-Cray.

Dès le débarquement on organisa, pour remonter l’Anadyr, une expédition nautique dont, à sa grande satisfaction, Whymper fut admis à faire partie.

L’Anadyr est sujet à d'énormes crues au printemps; souvent il s'élève de 4 à 6 mètres au-dessus de son niveau habituel et inonde toutes les terres environnantes. Il est navi< gable sur une étendue de 400 kilomètres et ne possède aucun rapide capable d'arrêter la marche d’un bateau. Ses eaux abondent en poisson et ses rives en gibier. Les indigènes ont une façon originale de prendre les rennes; ils ne les chassent

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pas, ils les pèchent. Au moment où ces animaux traversent le fleuve en bandes serrées, les Tchouktchis, montés sur de petits canots nommés vetkas, les poursuivent et les tuent à coups de lance et de harpon.

Les indigènes ne paraissent pas avoir des idées bien nettes au sujet de la propriété. Pendant une absence des explorateurs, ils pénétrèrent dans les tentes et s’emparèrent d’un paquet d’arsenic en poudre destiné à la préparation de pièces d'histoire naturelle et qu’ils prirent pour du sucre. On ne sut jamais ce qui résulta de cette méprise. Ils emportérent également un flacon plein d’une liqueur qu’ils supposaient être du whisky. C'était un mélange de térébenthine, d’acétate de plomb et d’autres drogues aussi dangereuses ; l’indigène qui absorba ce breuvage dut être à jamais guéri de la passion du vol.

Le 16 août, l’expédition quitta l’Anadyr pour se rendre à Plover-Bay, où elle séjourna un mois.

Quoique cette baie soit située très près de la mer Glaciale, il n’y avait de neige que sur le sommet des montagnes éloignées, ou dans des ravins, au fond desquels sans doute elle s’était amoncelée depuis des siècles.

« Si cette neige-là n’a pas trois cents ans, dit un marin à Whymper, en lui montrant du doigt une de ces dépressions de terrain, elle n’a pas un jour, monsieur, croyez-moi. Regardez comme elle est fendue; elle a autant de rides qu’une vieille femme. »

La baie de Plover est favorable aux baleiniers, qui souvent

peuvent capturer leur proie dans les ‘eaux calmes du port. Quand la baleine vient d’être harponnée et qu’elle flotte sans vie sur les vagues, il est d’usage de planter dessus un petit drapeau. Ontire, au moyen de cordes, l'énorme cétacé auprès du navire; là il est dépecé en larges tranches que l’on étale sur le pont; puis on hache la chair à l’aide de couperets ou même de machines, afin d’en extraire toute l'huile qu’elle ren-

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