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CHAPITRE VI

Le golfe de Norton. — La rivière Ounalatchlit — Les indigènes.

De Plover-Bay, pointe de la Sibérie orientale, la partie de l'expédition dont faisait partie Whymper se rendit au golfe de Norton, dans l'Alaska. Elle y arriva le 25 août, après une traversée de quatre jours, et débarqua à Michaelovski ou Saint- Michel, principale station de la compagnie russo-américaine,

au nord de l’ancicnne Amérique Russe.

Ce port, situé au sud-est de l’ile de même nom, par 63° 28’ de latitude nord et 150° 24” de longitude ouest, a été fondé en 1833, par Michel Tebenkoff, employé de la compagnie russo-américaine. Il est défendu par des bastions et une palissade.

Suivant une tradition des Indiens, l’île Saint-Michel a surgi de la mér. Le fait est possible. Une grande ile de l'archipel des Aléouticunes, désignée par les Russes sous le nom de Bogoslov Volcano, a émergé de l'Océan en 1796. Dans son voyage de 1842-43, Zagoskin apprit des Peaux-Rouges qu’à une époque antérieure dont ils avaient gardé le souvenir, la mer couvrait encore le terrain où s'élève aujourd’hui le fort Saint-Michel. L'eau des étangs et des criques de l’île conserve une saveur sulfureuse provenant sans doute de la décomposition des roches éruptives. L'île est revêtue de

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mousses épaisses qui couvrent, en quelques endroits, un lit d'argile. Les baies! y sont abondantes en été; on peut mème en hiver s’en procurer de fraiches, en écartant l’épaisse couche de neige qui les cache. Il n’y croit aucun arbre.

Dans le golfe de Norton, la glace se forme dès le commencement d'octobre; mais elle ne prend de consistance que vers le milieu de l'hiver. Bien que sur la côte le thermomètre descende moins bas que dans l’intérieur des terres, le climat est en réalité plus rigoureux. A l’âpreté de l'air se joint une autre circonstance qui rend fort dangereux les voyages sur la côte. Si la glace pure, c'est-à-dire non recouverte de neige, est rare sur les cours d’eau, sauf au commencement de l'hiver, on la trouve en grande quantité le long de la plage. Lorsque le traineau monte ces surfaces polies, l’attelage de chiens part avec une grande vitesse. Incapable de le suivre plus longtemps, le voyageur s’installe d'ordinaire au milieu des bagages, etilse trouve emporté avec la rapidité de l'éclair. Mais il faut dans ce cas beaucoup de circonspection. Quelque chaleur que l’on ait acquise par la marche, on se refroidit promptement si le vent souffle avec force.

Un jour arriva au fort Saint-Michel un traineau chargé de marchandises ; un indigène, la tête droite, le bras armé d’un fouet, se tenait immobile au milieu des fourrures. Quand

l’attelage se fut arrêté, les Russes, surpris de ne pas voir

descendre l’Indien, s’approchèrent de lui. Il était mort. Le malheureux n'avait sans doute pas pu arrêter ses chiens pour descendre quand il s'était senti gagner par le froid; en quelques minutes il avait été complètement gelé.

De pareils malheurs sont rares ; mais on rencontre souvent des Indiens dont le visage est mutilé; les uns ont perdu le nez, d’autres les oreilles. Les voyageurs s'accordent sur ce point, qu’un froid relativement modéré, lorsqu'il est accom-

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