‹ Voyages et aventures dans la Colombie anglaise [microforme]Chapitre 35 sur 72 · LE BASSIN DE L'’YOUKON · texte numérisé non relu

LE BASSIN DE L'’YOUKON

cembre; le froid et là fatigue l’avaient engourdi. Le matin, quand ses amis inquiets furent parvenus à le rejoindre, il avait la bouche et les narines presque entièrement fermées par la glace qui s’était attachée à sa barbe. »

Le 7 et le 8, la marche fut des plus difficiles et des plus fatigantes ; la neige tombait en grande abondance; les traineaux enfonçaient et se renversaient presque à chaque instant. Le 9 novembre, le jour s’annonça brillant et froid. Le thermomètre marquait 15° au-dessous de zéro, les voyageurs avançaient allègrement à travers une plaine accidentée çà et là par de légères ondulations du haut desquelles on distinguait les montagnes du Youkon.

Le vent soufflait du nord et les vêtements des voyageurs les protégeaient mal contre ses attaques ; avec une infernale sub-

lilité, il s’insinuait à travers les coutures et les fentes de leurs

habits, mais ce qui souffrait surtout de ses morsures, c'était le nez, les oreilles et les mains. Après avoir parcouru 20 à 25 kilomètres, on arriva dans une région montagneuse dont les ravins renferment des sources thermales. Whymper en examina une; des bulles de gaz s’élevaient à sa surface; son thermomètre, plongé dans la nappe d’eau, marquait 1° audessus de zéro, tandis que dans l'air environnant il descendait à 12° au-dessous.

« Nous continuons à marcher dans la direction de l’estnord-est, écrit notre voyageur ; vers midi, du sommet d’une petite colline nous apercevons une mince bande brillante qui se dessine au milieu d’une éclaircie de la forêt. Avant le coucher du soleil, nous arrivons à'la lisière du bois, nous descendons une rive escarpée, et devant nous se déroule, pareil à un immense ruban d’une éblouissante blancheur, le magnifique Youkon.

« Un manteau de neige le recouvre, laissant à peine entrevoir, en quelques endroits, la glace étincelante. De larges blocs, charriés avant que le fleuve fût pris, parsèment la sur-

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face; çà et là restent encore, malgré l’époque avancée de la saison, des espaces où la vivience du courant a empêché l’eau de se congeler. Le fleuve a ici une largeur de 1200 mètres et ilest parsemé d'îles nombreuses. Si le lecteur veut se représenter le Youkon pendant l'hiver, qu’il s’imagine un fleuve formant comme une seule masse couverte de glace, depuis sa source jusqu’à son embouchure, c’est-à-dire sur une longueur d’environ 2800 kilomètres. La plume et le pinceau sont également impuissants à donner une idée du grandiose terrible, de la vaste monotonie, de l'étendue illimitée que nous avons devant nous.

« Quoique les berges du Youkon soient d’une largeur considérable, elles offrent des pentes excessivement rapides; nous asseyant confortablement sur nos raquettes, nous nous laissons glisser avec une rapidité d’un demi-kilomèêtre à la minute ; sur de pareilles rives, il n’est pas rare qu’un traineau descende plus vite que les chiens, qui s’embarrassent dans leurs harnais et tombent les uns sur les autres. De son côté, le conducteur se jette à bas de son véhicule et s’y cramponne pour faire l’office de frein. En Sibérie, on a coutume de se servir, en pareil cas, d’un bâton ou d’une pierre que l’on enfonce à chaque pas dans la neige, et qui ralentit la rapidité de la course.

« Au bout d’un quart d'heure, nous arrivons au village ndgelète de Coltog. Nous v sommes reçus dans une habitation souterraine, la plus grande que nous ayons encore vue, et dont le propriétaire, le vieux Slarik, nous accueille avec la plus bienveillante cordialité. »

Trois jours après, l'expédition continua à remonter le Youkon. De distance en distance, un espace libre, où l’eau coulait à raison de trois nœuds (45 mètres) par seconde, rappelait aux voyageurs qu’une couche peut-être assez mince la séparait de la masse liquide ; mais ils étaient disposés à l’oublier, perdus comme ils l’étaient dans l'immense champ de

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