‹ Voyages et aventures dans la Colombie anglaise [microforme]Chapitre 40 sur 72 · AURORE BORÉALE, VUE DE NOULATO, LE 27 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

AURORE BORÉALE, VUE DE NOULATO, LE 27 DÉCEMBRE

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nier mois, des jours où nous avons souffert davantage; six fois nous avons dépassé le point de congélation du mercure; ce froid extrême ne s’est renouvelé que trois fois en janvier, onze fois dans tout l’hiver. |

« Le pays n’est pas aussi dépourvu de ressources que pourrait le faire croire l'inclémence du climat; mais les approvisionnements nous arrivent de la façon la plus capricieuse : parfois nous sommes réduits aux fèves et à la farine; parfois nous nageons dans l’abondance ; d'ordinaire cependant, je dois le reconnaître, nous pouvons voir figurer sur notre table un coq de bruyère ou un plat de poisson; la chair de renne est plus rare : à peine si nous en avons goûté depuis plusieurs mois. Les Indiens nous apportent detemps en tempsdes lièvres dont nous faisons d'excellents civets; la fourrure, blanche et douce, nous sert à doubler nos couvertures, et ce n’est pas un luxe inutile dans un pays comme l’Alaska. Il en faut quarante pour une courtepointe ordinaire. Notre prévoyant quartier-maître, M. Dyer, fait, en vue sans doute des hivers qu’il compte passer ici, une provision énorme de ces peaux si chaudes et si utiles; je ne serais pas étonné qu’au printemps ilen eût près d’un millier. Le lecteur ne suppose pas sans doute que nous dévorions une telle quantité de lièvres ; la plus grande partie de ces fourrures est achetée aux Indiens, qui nous cèdent volontiers le poil, mais qui, en général, aiment beaucoup mieux :nanger la chair eux-mêmes que de nous la vendre.

« Presque chaque jour, durant les courtes heures où le soleil se montre, nous faisons une promenade du côté de la rivière; nous examinons les pêcheries, ou bien encore nous allons visiter les pièges tendus dans les bois par les femmes indiennes du fort Noulato.

« Le Youkon a ici une largeur de 1600 mètres; uneîle s'élève au milieu de son lit, à quelque distance de la station; nous nous y rendons souvent, soit pour chercher des échantillons

élève nous lons

HIVERNAGE A NOULATO. 109

d'histoire naturelle, soit pour nous approvisionner de poisson et de gibier, dessiner un point de vue, ou simplement pour ‘satisfaire aux lois de l'hygiène en prenant de l'exercice.

« Une grande cabane de bois a été construite à 1600 mètres du fort; nous avors tous plus ou moins travaillé à la bâtir, ce devait être une station télégraphique, peut-être servira-t-elle un jour de logement à quelque futur voyageur.

« Vers la fin de l'hiver, Ketchum et Labarge partent de Noulato pour étudier l’intérieur du pays jusqu’au fort Youkon. Labarge était arrivé d’Ounalatchlit le 2 mars 1866, amenant avec lui vingt-deux chiens et une provision de saumon salé suffisante pour vingt-cinq ou trente jours. Le voyage qu’il se propose de faire durera au moins ce temps, il ne faut donc pas, pendant leur courte station à Noulato, toucher à des denrées qui sont indispensables pour la route. Nous réunissons tout ce qui est mangeable et, suivant en cela l'exemple des Russes, nous fabriquons une soupe pour les bêtes de somme avec de l'huile, du poisson, des restes de viande, du riz et du son. Nous sacrifions même nos dernières fèves, que les chiens mangent parfaitement lorsqu’elles ont été bien amollies. On fait cuire lentement ce mélange sur un feu doux, on le laisse un peu refroidir, puis on le verse dans une auge de hois. Les bêtes affanées se pressent autour de cette houillie et se la disputent avidement jusqu’à ce qu’elles aient avalé la dernière bribe et léché la dernière goutte.

« Plusieurs Indgelètes avaient promis à Ketchum de l’accompagner, mais ils se dédisent au dernier moment,craignant sans doute de s'éloigner autant de leur village. C’eût été un fâcheux incident, si nous n’avions trouvé assez facilement le moyen de les remplacer par quatre Co-Youkons, dont deux sortaient à peine de l'enfance; ils ne furent cependant pas à beaucoup près les membres les moins utiles de la troupe.

« Le 11, tous les préparatifs sont terminés et nos amis partent en quatre traîneaux. Leur exploration, je le crains, a été

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