‹ Voyages et aventures dans la Colombie anglaise [microforme]Chapitre 44 sur 72 · LEE 'CORRAL POUR LA CHASSE AUX RENNES, CHEZ LES CO-YOUKONS · texte numérisé non relu

LEE 'CORRAL POUR LA CHASSE AUX RENNES, CHEZ LES CO-YOUKONS

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visionnements n'étaient pas plus réguliers. Quelques jours après, on se répétait avec frayeur, à 80 kilomètres à la ronde, que nous étions des cannibales, très friands de viande fraiche, et que nous avions déjà mangé plusieurs enfants.

« En général, les Indiens aimaient à nous voir rire et plaisanter avac eux, mais nous devions peser avec soin nos pavoles e surtout ne jamais rien avancer sans en être bien sûrs. Nous avions annoncé confidentiellement à quelques-uns d’entre eux l’arrivée du grand steamer qui devait remonter le Youkon. Nous ne doutions pas alors que l'évènement ne confirmât bientôt nos paroles; la nouvelle fit sensation dans le pays et nombre d’indigènes se rendirent à l'embouchure de l’Ounalatchlit pour voir le navire que nous y avions laissé. Par malheur, nos chefs changèrent d'Avis et le steamer du Youkon fi attendu en vain. Ce conire-temps suffit à nous valoir la réputation d’effrontés menteurs dont aucune parole ne méritait la moindre créance.

« Quoique grossiers et parfois cruels, les Co-Youkons ignorent encore l'usage de l’ « eau de feu » (eau-de-vie); ils ne se sont pas encore laissé pervertir par le contact des trafiquants et des aventuriers. Mais s'ils ne boivent pas d'alcool, en revanche ils s’enivrent avec la fumée de tabac, comme les naturels de la côte. Ils se servent même de pipes beaucoup plus grandes, introduites chez eux par la Compagnie des four-

rures.et aussi, je dois le dire, par les membres de notre expé-

dition.

« Les femmes sont, en général, gracieuses et assez jolies; celles qui habitent dans les forts prennent facilement la manière de yivre des Européens; les bains de vapeur, en parti-

sulier, semblent être extrêmement de leur soût. Elles gardent, même mariées, une humeur joyeuse et presque enfantine, s’amusant à jouer ensemble, à se lancer des boules de neige, à glisser avec leurs raquettes, ou snuliers de glace, sur les pentes les plus rapides. Presque toutes sont de bonnes mères

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elles traitent leurs enfants avec douceur, n’épargnant ni les soins ni les veilles, et j'étais souvent touché de la vive tendresse qu’elles montraient pour leurs nourrissons.

« Un soir, Dalleut la galanterie d’offri une rose sauvage à une jeune fille. Elle l’accepta en souriant, puis la garda dans sa main, évidemment fort embarrassée de ce qu’elle devait en faire. Notre ami l’approcha des narines de la demoiselle, mais grande fut sa sur prise de la voir se détourner avec un geste de dégoût qu'Hamlet n’eût pas désavoué. Je cite le fait sans prétendre cependant le donner comme un trait des mœurs nationales.

« Les indigènes amassent pendant l'hiver une quantité considérable de fourrures provenant d'animaux pris au piège; mais une partie seulement de ces pelleteries entre dans les forts russes; le reste est gardé jusqu’au printemps, pour être vendu soit à la Compagnie de la Baie d'Hudson, soit aux trafiquants indigènes qui s’assemblent chaque année dans le village de Noucloukayette.

« Malgré les débouchés nombreux que trouve le commerce des fourrures en dehors des comptoirs russes, les employés de Noulato ont dans une seule saison acheté 5000 martres, et en outre des peaux de castors et de renards noirs ou gris d'argent. Ils se refusent cependant à vendre des fusils et des munitions, mesure de prudence louable, mais qui excite parmi les indigènes un mécontentement universel. Aussi Ketchum s’était-il fait dans la tribu des amis nombreux en distribuant quelques balles et un peu de poudre.

« Si l’on veut donner des verroteries en payement aux indigènes du Youkon, il faut qu’elles ne soient pas fragiles ; les grosses perles de porcelaine sont celles qui conviennent le mieux; on les essaye en les choquant avec force contre une pièce de bois; si elles ne se brisent pas, elles sont reconnues de qualité satisfaisante, Les peignes, les miroirs, les cotonnades de toutes sortes sont fort appréciés, surtout par les

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femmes. Pierres à fusil, briquets, couteaux, ciseaux sont très dernandés ; le savon et les allumettes jouissent d’une égale faveur. Nos achats se bornaient principalement aux vivres et aux fourrures, et nous payions avec ces petits objets. Quand il s'agissait de services exceptionnels, nous donnions des fusils, des couvertures ou des tissus. »

Le dialecte co-youkon a une étroite affinité avec l’idiome indgelète, mais il paraît différer complètement de celui des

LUNETTES DES CUO-YOUKONS.

autres peuplades de la côte. Les indigènes du littoral de l’Alaska septentrional sont, à n’en pas douter, des Tchouktchis d'Asie modifiés par l'influence américaine; mais de quelle souche proviennent les Indiens youkons? Ils semblent avoir beaucoup de rapports avec le type peau-rouge, si bien décrit par Catlin et d’autres voyageurs‘. À chaque instant Whymper reconnaissait des coutumes, des traits de caractère de ces sau-

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