CHAPITRE XIII
Le fort Youkon. — Les indigènes. — Voyage de retour, — Descente du Youkon. — Départ définitif. — Arrivée à San-Francisco.
Le commandant du fort, Mac Dougall, arriva le 6 juin, accompagné d’un missionnaire anglican du nom de Mac Donald. Tous deux reçurent cordialement les explorateurs, qui passèrent en leur société des heures fort douces; il leur semblait presque être revenus dans leur pays, maintenant qu'ils se trouvaient avec des personnes parlant leur langue.
Rien ne fut épargné pour rendre agréable leur séjour au fort Youkon; et pourtant les deux semaines qu’ils y passèrent leur permirent d'apprécier combien est rude la vie que mènent, pendant des années, les colons européens.
De l'élan bouilli à déjeuner, de l’élan bouilli à diner, de l'élan bouilli à souper, voilà quel est le fond du régime alimentaire; le poste est tellement inaccessible, qu'on y porte fort peu de provisions. Toutes les denrées du dehors doivent, avant d'arriver là, passer par chacun des postes qui s’étagent entre l'Amérique Russe et la factorerie d’York, dans la baie d'Hudson. Elles sont transportées d’un fort à l’autre par les employés de la compagnie ; ceux du Youkon vont chercher leurs approvisionnements à la maison la Pierre, petit établissement situé non loin des sources de la Pofcupine, à une distance d'environ 800 kilomètres. Il faut vingt jours pour remonter la rivière et six pour la descendre. La station la
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plus proche est le fort Mac-Pherson, qui s'élève à 40 kilomètres au-dessus du confluent de la rivière Peel et du Mackenzie. On ne trouve plus ensuite de poste jusqu’au fort Simpson, distant de 2009 kilon:étres du fort Youkon.
Dans la relation de ses voyages, Mackenzie‘ parle de la rivière Porcupine; mais il ne paraît pas l’avoir visitée. Pendant qu’il naviguait sur le fleuve auquel on a donné son nom, les indigènes lui parlèrent d’un cours d’eau gigantesque, en comparaison duquel celui dont il suivait les bords n'était qu’un ruisseau.
« Là se trouvent, lui dirent-ils, des hommes à la mine farouche, à la haute stature; ils sont si méchants qu’un seul de leurs regards suffit à donner la mort, et si voraces qu’ils peuvent dans un seul repas manger un castor tout entier. On les reconnaît aux plumes qui ornent leur chevelure flettante. »
Ceux qui donnaient à Mackenzie ces renseignements ajoutaient que le grand fleuve se jetait dans une mer située bien loin de là. Si l’on considère qu'aux yeux des Indiens le Youkon est la continuation de la Porcupine, on trouvera que la description ne manque pas de justesse. « Quant aux tribus riveraines, dit Whymper, il est à peine besoin de dire que nous aurions éprouvé une amère désillusion si nous nous étions attendus à trouver en eux les sauvages magiciens dépeints à Mackenzie. »
Le fort Youkon a été fondé en 1847; les bâtiments actuels ne datent toutefois que de 1664, etils n’ont été achevés qu’en 1867. Ce fort est le plus éloigné des établissements de la Compagnie de la Baie d'Hudson; il est situé sur le 66° degré de latitude nord, dans un territoire qui fait partie de l'Alaska; aussi la Compagnie russo-américaine a-t-elle longtemps exigé
1. L'anglais Alexandre Mackenzie naquit vers 1760. Venu au Canada pour y faire le commerce des pelleteries, il découvrit le fleuve qui porte son nom et le premier réussit à traverser l'Amérique septentrionale dans toute sa largeur (1792),
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