LE FORT YOUKON. — LES INDIGÈNES
de sa rivale une forte indemnité pour lui permettre d'étendre son trafic jusqu'aux bords du Youkon.
« Après avoir été témoins, écrit Whymper, de la misère et, Je puis le dire aussi, de la malpropreté des forts moscovites, nous éprouvions un indicible plaisir à leger dans une chambre dont les fenêtres étaient garnies de vitres, les murs coquettement blanchis à la chaux, irréprochablement planchéiée, où tout respirait le confort. Près de l'habitation du commandant et de ses hommes se trouvent les magasins de provisions, les dépôts de fourrures, les caves où se conservent la glace et la viande. »
À la hauteur du fort, le Youkon se partage en cinq canaux séparés entre eux par des îles qui empèchent le regard de s'étendre d'une rive à l’autre. Les eaux du fleuve étaient couvertes d’embarcations; chaque jour arrivaient de nouvelles troupes d’Indiens, et l’on entendait du matin au soir retentir des décharges de mousqueterie; c'était à croire le poste assiégé par une armée formidable. Cinq cents naturels furent bientôt réunis dans la plaine voisine; ils y dressaient des tentes, des baraques de bois ou des huttes de peaux d’élan ; ces dernières habitations étaient d'ordinaire accouplées deux par deux; les Indiens plaçaient les portes d’entrée en face l’une de l’autre et allumaient entre elles un maigre feu destiné aux usages domestiques. Chaque indigène qui se présentait au fort recevait, à titre de don gratuit, une petite provision de tabac ou une pipe de terre ; ceux qui manquaient de vivres pouvaient aussi réclamer une ration quotidienne de chair d’élan.
Les naturels du haut Youkon portent un costume tout différent de celui des tribus échelonnées sur la partie inférieure du fleuve; les notables ont des uniformes bizarres et bigarrés, présents de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Whymper remarqua, entre autres, un vieux chef kotch-a-koutchin auquel
on avait donné l'original sobriquet de « Guètres-Rouges ». Il COLOMBIE ANGLAISE, 11
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se pavanait au milieu des siens, étalant avec orgueil ses épaulettes dorées, ses boutons de cuivre, ses broderies éclatantes ; les rubans de toutes couleurs qui pendaïent à son chapeau eussent suffi à orner la tête d’une vingtaine de conscrits. Beaucoup de ces indigènes portaient des capotes de soldat, des chemises, des vestes d’une coupe tout à fait civilisée, qu'ils avaient achetées dans les magasins du fort. Le costume d’hiver est plus simple; il se compose d’une longue robe de peau d’élan, dont la fourrure est tournée en dedans.
Une foule de tribus différentes avaient envoyé des représentants au fort Youkon. Les Kotch-a-Koutchins (Indiens des basses terres) habitent un territoire voisin. Deux autres peuplades, les An-Koutchins et les Tatanchok-Koutchins, viennent d’un pays plus éloigné, situé sur les rives du haut Youkon ou Pelly, ainsi qu’il a longtemps été désigné sur les cartes. Les employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson, trouvant sans doute les noms indigènes trop difficiles à retenir, les ont remplacés par des épithètes fantaisistes : ceux qui habitent les bords de la rivière Porcupine ou Rat, sont appelés les fils du Rat, ceux de la rivière Birch, fils du Bouleau, etc. Des Indiens Tananas s'étaient rendus à cette espèce de foire. Leur vêtement était garni de franges et de perles; beaucoup d’entre eux portaient, suspendue au cartilage du nez, une coquille d’hya-qua ou hy-qua (dentalium enlalis ou entalis vulgaris). Ces coquilles servent de monnaie chez les indigènes de l’île Vancouver et de la côte occidentale. Certains riches Co-Youkons en mettent au bord de leurs vêtements et dans leurs cheveux une quantité considérable, qui doit représenter au moins la valeur de 200 peaux de martres!.
Les femmes des tribus du haut Youkon sont chargées de beaucoup plus de travaux pénibles que leurs sœurs des côtes
4. « Le dentalium, écrit le docteur Baird, est en usage parmi les naturels de l'île Vancouver, de la Colombie anglaise et des côtes voisines. Les coquilles les plus longues sont les plus estimées; on les enfile les unes au bout des autres,
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