‹ Voyages et aventures dans la Colombie anglaise [microforme]Chapitre 62 sur 72 · LE FORT YOUKON. — LES INDIGÈNES · texte numérisé non relu

LE FORT YOUKON. — LES INDIGÈNES

d’Alaska. Elles s’habillent plus simplement que les hommes et portent fort peu d’ornements. Parmi celles qui habitent le fort, plusieurs portent des vêtements européens.

Quelques chefs et quelques riches indigènes possèdent, diton, des monceaux de perles dont ils ne font pas usage et qu’ils ont enfouies, comme des avares, dans les bois. Ils les auraient accaparées ainsi, faute de trouver un meilleur emploi de leurs capitaux, après avoir acheté les fusils, couvertures, couteaux, ustensiles dont ils avaient besoin. En général, ils paraissent prospérer sous la protection de la Compagnie de la Baie d'Hudson; on pourrait même dire qu'ils sont mieux traités que les employés anglais. Les Indiens qui les premiers apportent des fourrures peuvent choisir parmi toutes les marchandises que renferme:la station ; les agents n’ont droit qu'aux provisions de qualité inférieure, très parcimonieusement mesurées, à un peu de tabac et à quelques vêtements.

Le magasin de fourrures présente un spectacle assez cu= rieux : des milliers de peaux de martres sont suspendues aux poutres, d'énormes monceaux de pelleteries communes sont entassés sur le sol.

« Pendant que nous examinions ces richesses, dit Whymper, j'entendis raconter une anecdote qui fait beaucoup d’honneur à la Compagnie de la Baie d'Hudson.

« Dans la précipitation des marchés, un agent acheta un faux renard noir; la peau était primitivement blanche, mais un Indien rusé l’avait teinte pour la vendre plus avantageusement, On aurait dû passer l’article par profits et pertes. Le gouverneur ne le voulut pas; il déclara l'employé responsable de sa bévue, et la valeur commerciale de la fourrure fut dé-

et quand vingt-six d’entre elles atteignent six pieds (1 mètre 80), elles forment un hya-qua, pour employer la langue des indigènes. Un hya-qua vaut un esclave mâle, ou 50 couvertures, ou bien encore 60 livres sterling (1250 francs). Le dentalium est ordinairement iiré de la côte occidentale de Vancouver, »

164 FRÉDÉRICK WHYMPER.

duite de son mince salaire, en sorte qu'il dut payer plus de pièces de 20 francs que l’objet n'avait coûté de pièces de 4 franc lors de l'achat. Ce fait n’a pas besoin de commentaires. »

Le tarif établi au fort Youkon est un peu plus élevé que celui des postes russes. Une carabine de la valeur nominale de 50 francs représente « 20 peaux », selon l’ancienne expression employée dès l’origine par la Compagnie. La peau de castor est prise pour unité monétaire ; elle a une valeur de 2 fr. 50 et équivaut à deux peaux de martres.

Grâce aux: nombreuses voies fluviales du pays, les différentes tribus ont les unes avec les autres des relations fréquentes; les Indiens de la rivière Porcupine, ceux-là mêmes qui

TRAINEAU DU FORT YOUKON.

viennent vendre leurs fourrures au fort Youkon, communiquent par le Mackenzie avec les naturels de la côte septentrionale. Ils trafiquent avec les Esquimaux, qui sont, paraît-il, des hommes doux et inoffensifs, toujours prêts à rendre aux blancs les services dont ils sont capables.

Le traineau en usage au fort Youkon, ainsi que dans les autres postes de la compagnie anglaise, est le plus simple qui se puisse voir. Il se compose uniquement d'une planche de 3 mètres 60 à 4 mètres 50 de longueur, relevée à l’une de ses extrémités en forme de proue. Des courroies empêchent la courbure de se détendre et quelques cordages retiennent les colis. Ce traîneau convient surtout lorsqu'il s’agit de voyager sur une neige qui n’a pas été durcie.

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