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CHARGEMENT D'UN TRAINEAU.
regard, toutes les bouches à feu du poste avaient été mises en réquisition et leurs voix sonores disaient, à leur manière, aux voyageurs combien de cœurs sympathiques ils laissaient en ce lieu. Bientôt les bâtiments du fort disparurent à leurs yeux et le bruit des décharges se perdit dans les airs.
« Nous n’eûmes pas beaucoup d’efforts à faire pour la manœuvre, dit Whymper : le courant nous portait avec une rapidité moyenne de 120 à 140 kilomètres par jour.
« Nous avions attaché ensemble les canots, dressé sur tous trois une tente, et, nonchalamment étendus, nous passions le
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temps à fumer, à deviser ensemble ou à sommeiller, suivant notre humeur. Nos frugals repas se faisaient à bord; deux fois par jour cependant nous descendions sur le rivage, où nous allumions du feu pour cuire le poisson et préparer le thé ; mais ces haltes, les seules que nous nous permettions, étaient d'ordinaire fort courtes. À la vitesse de la marche près, notre voyage ressemblait à une partie de plaisir. Lorsque nous nous rappelions le mal que nous avions eu à remonter le fleuve, nous sentions encore mieux la douceur du contraste.
« Le 10, nous arrivâmes aux rapides qui se trouvent audessous de Noucloukayette ; le courant avait perdu sa violence, et les eaux, abaissées, laissaient apercevoir distinctement une ile ou plutôt un groupe de roches abruptes. Nous atteignîimes le village indien dans la matinée du 41. Tout était désert ; les indigènes, ayant terminé leurs échanges, s'étaient séparés. Nous e vimes quelques-uns seulement, sur la rive opposée du fleuve, occupés à faire sécher du poisson.
« Les saumons du Youkon ne sont nullement à dédaigner ; une espèce, en particulier, est si succulente que, pour la faire frire, nous n’avions pas besoin de mettre de graisse dans la poêle. On prend ces poissons, sur tout le cours inférieur du fleuve, à l’aide de nasses tendues dans les bas-fonds, de filets à main de forme circulaire et de lances. Il en existe deux variétés. La plus grande atteint quelquefois À mètre 50 à 1 mètre 80; mais elle n’est pas très abondante et ne se rencontre guère que dans le,bas Youkon ou sur la côte. J'ai vu des bottes dont les empeignes étaient faites avec la peau souple du saumon.
« Le 13, nous arrivâmes à Noulato. Nous n’avions pas mis six jours à parcourir les 800 kilomètres qui, lorsque nous avions remonté le fleuve, avaient exigé 26 jours de navigation.