‹ Voyages et aventures de Lapérouse [microforme]Chapitre 2 sur 46 · AUTEUR DE L'HISTOIRE DES CROISADES, RTC · texte numérisé non relu

AUTEUR DE L'HISTOIRE DES CROISADES, RTC

Tours, CHEZ A.° MAME ET C.", IMPRIMEURS-LIBRAIRES,

, | ss ÿ INTRODUCTION.

L'inconnu exerce sur notre esprit une puissance mystérieuse. Si l'in des infortunés compagnons de Lapérouse, échappé au naufrage des deux vaisseaux commandés par l’illustre voyageur, füt revenu dans sa patrie pour nous apprendre que les deux équipages avaient péri sur un rocher ignoré de l'Océanie, tous les cœurs généreux eussent sans doute donné des regrets à sa mémoire ; mais là se serait bornée son histoire s êt son nom aujourd'hui ne serait guère plus célèbre que celui de tant de hardis navigateurs, désireux comme lui d'aller chercher la gloire dans la découverte de pays éloignés et inconnus. Telle n'a

PR RE EE es EE D Pis ete Gestince ue Lapérouse; au mitieu de

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ses courses lointaines et aventureuses, il disparut (out à coup, et en disparaissant il laissa au monde une énigme à deviner. Pendant plus de quarante ans, là France, comme une mère qui demande des nouvelles de son fils à tous ceux qui reviennent du théâtre de la guerre, interroge les divers cireumnavigateurs européens pour savoir S'ils n'avaient Pas rencontré quelque trace de Lapérouse et de ses Compagnons. Vivait-ilencore sur quelque terre déserte et inexplorée, sans espoir de revoir sa patrie, où bien gémissait-il dans l'esclavage chez quelque peuplade sauvage?Telles étaient les questions qu'on s'adressait. Faisons connaître er peu de mots l'homme qui excitait à un si haut degré la sympathie nationale.

Jean-François Gazavr , comte de Larérouse, chef d'escadre, naquit à Albi, en 1741. Entré dès ses jeunes ans à l’école de la Marine , il Se sentit électrisé par l'exempledes navigateurs qui avaient iilustré leur patrie » CU prit dès lors la résolution de marcher sur leurs traces. Garde- marine le 19 novembre 1756, il fit d'abord huit campagnes contre les Anglais ; il se distingua dans plusieurs circonstances, et son mérite naissant COMmmenca à fixer l'attention de ses chefs.

Le 1% octobre 1764, il fut promu au grade d'enscigne de vaisseau. De cette époque à l'année 1780, peu d'officiers fournirent une Carriére plus activement remplie que la sienne. I assista à plusieurs Combats, contribua au succès de plus d'une

INTRODUCTION. vi} bataille, et enleva lui-même aux Anglais plusieurs bätiments de guerre. Nommé capitaine ie 4 avril 1780, il commandait la frégate l’Astree , lorsque, se trouvant en croisière avec l'Hermione , il livra, le 2 juillet, un combat opiniâtre à six vaisseaux de ligne anglais, près du cap nord de l'Ile Royale, sur la côte de la Nouvelle-Bretagne. Cinq de ces bâtiments se mirent en ligne pour l'attendre ; le sixième resta hors de la portée du canon. Les deux frégates coururent ensemble sur l’'ennemi, toutes voiles dehors. Elles manœuvrèrent avec tant d'habileté, que le désordre se mit bientôt dans l’escadrille anglaise; au bout d’une demiheure deux des cinq bâtiments furent obligés de se rendre; les trois autres auraient éprouvé le même sort, si la nuit ne les eût dérobés à la poursuite des deux frégates.

L'année suivante, le gouvernement français conçut le projet de prendre et de rniner les établissements anglais de la baie d'Hudson. Lapérouse parut propre à remplir cette mission dans des mers si difficiles. El partit du Cap-Français (Haïti) avec une escadre composée du Seeptre de 74 canons, des frégates l’Ashée et l'Engageante , de 36 canons chacune , et portant à bord deux cent cinquante hommes d'infanterie , quarante artilleurs, quatre canons de campagne, deux morticrs et trois cents bombes. Mais cette année fut eXtrémement rude même pendant l'été sous le

cercle polaire; à peine Lanérouse outil fait vinets

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cinq lieues dans le détroit d'Hudson, qu'il trouva la baie gelée ; partout des immenses bancs de glace, des brumes impénétrables et souvent des tempêtes de neige que le vent amenait du pôle. Au milieu de tous ces obstacles , il dépioya une énergie remarquable et Ia plus grande intelligence des ressources de la navigation. Il triompha des éléments ligués contre lui. Son expédition fut couronnée de succès : il ruina complétement les forts du Prince de Salles et d'York, appartenant à la Compagnie anglaise. Si, pour se conformer aux ordres rigoureux qu'il avait reçus, il détruisit des possessions alors ennemies , il n’oublia pas les égards qu'on doit au maiheur. Instruit qu'à Son approche, des Anglais avaient fui dans les bois, et qu'ils couraient le risque de mourir de faim ou de tomber sans défense entre les mains des sauvages, il eut la générosité de leur laisser des vivres et des armes avant son dcpart. On voit par ce trait d'humanité qu'il ne se distinguait pas seulement comme militaire et comme navigateur, il se recCommandait encore par ses qualités personnelles, Plein d'esprit et de celte vivacité particulière aux habitants des pays méridionaux , il était agréable dans ses rapports Avec SCS Cgaux et ses inférieurs ; son esprit était pétillant de gaieté et d'inoflensantes saillies. Les Anglais qui avaient été à même de l'apprécier dans les combats qu'il leur avait livrés se plai- S&ient à reconnaitre son mérite; fui, de son COC, ne parlait qu'avec respect de l'immortel

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Cook, et rendait constamment justice aux grands hommes étrangers qui avaient parcouru la même carrière que lui.

Lapérouse était depuis peu de temps de retour dans sa patrie, où ses succès lui avaient acquis une réputation incoutestée d'habile marin , lorsque le gouvernement français, profitant des loisirs que lui laissait la paix qui venait d’être conclue avec l'Angleterre, crut devoir à son rang parmi les premieres puissances maritimes, et plus encore à son zèle et à ses moyens pour l’avancement des sciences , d’ordonner un voyage de découvertes. Le roi Louis XVT, qui voulait de la gloire et du bonheur pour son peuple, et dont les connaissances en géographie étaient aussi vastes que profondes, traça lui-même, de concert avec le savant Fleurieu, ami de Lapérouse, le plan de cette expédition, dont le but était de découvrir des terres nouvelles ; d'y établir des relations commerciales; de recucillir des données précises sur {la pêche de la baleine dans l'Océan méridional, au sud de l'Amérique et du cap de

sonne-Espérance ; sur la traite des pelleteries dans le N. 0. de l'Amérique; sur leur transport en Chine et même au Japon; enfin, de reconnaitre avec soin la partie N. 0. de l'Amérique , les miers du Japon, les îles Salomon , et la côte S. 0. de la Nouvelle-Hollande. I fallait un chef habile pour accomplir dignement une telle mission : Lapérouse fut choisi. Plus que tout autre il était

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apte à diriger la marche pénible et périlleuse d'une longue navigation sur des mers inconnues €t'au milieu de contrées habitées par des peuples barbares. Un officier d'un grand mérite, le Capitaine De Langle , dont il avait pu déjà reconnaître les qualités dans ses Campagnes contre les Anglais, lui fut adjoint, et deux flûtes armées en frégates, la Boussole et l'Astrolabe, furent équipées à Brest pour ce nouveau voyage autour du monde, Lapérouse en personne dirigeait /a Boussole, et l'Astrolabe était sous les ordres de De Langie. Les états-majors furent choisis par le Commandant lui-même , et tous les officiers qui otinrent l'honneur de faire la campagne se re- Commandaient par leurs lumières ; enfin des savants de tous les scnres , qui devaient se livrer aux recherches les plus propres à hâter les pro= grès des connaissances humaines , complétérent le personnel de cette expédition importante *.

Les vaisseaux français, munis d'excellents in- Struments et notamment de montres marines dont ON avait récemment appliqué l'usage à la fixation de la longitude, mirent à la voile de la rade de Brest, le 1° août 1785. [ei c nmense cette série d'événements dont nous allons offrir la relation. Nous dirons Par anticipation sur l'ordre chrono-

* Dans cette réunion d'hommes éclairés, se trouvaient l’ingénieur Monneron, l'astronome Lepaute, les naturalistes Lamanon, Monges, Lamartinière, et le célèbre Monge que sa santé força de débarquer à Ténériffe Pour revenir en Europe.

INTRODUCTION. xj logique qu'après deux ans et demi de navigation, Lapérouse arriva en vue de Botany-Bay , dans la Noxvelle-Hollande, le 21 janvier 1788. C’est de cette relèche qu'on reçut ses dernières lettres. Dès lors , le fil qui pouvait guider sur ses traces se rompit, et personne n’entendit plus parler de lui. Parfcis seulement quelques vagues récits vinrent rappeler son nom au monde. L'Assemblée nationale, touchée de ses malheurs et de sa gloire, après avoir invité, au nom de l'humanité, des arts et des sciences, tous les navigateurs, à ne laisser échapper aucun renseignement qui pàt éclairer sur les destinées des équipages français, ordonna, en 1794, l'armement de deux frégates pour aller à leur recherche. Le général d'Eutre- Casteaux , chargé du commandement de l'expédition, s'acquitta de ses instructions avec une patiente et courageuse sollicitude. Il visita suCCessivement les îles des Amis, la Nouvelle-Calédonie , les Nouvelles Hébrides , et passa, sans le savoir , à côté de l'ile qui recelait les restes sans doute encore vivants des équipages de la Boussole et de l’Astrolabe. I revint dans sa patrie sans avoir pu obtenir ie moindre renseignement, ni acquérir là moindre probabilité sur le sort de notre infortuné navigateur *.

* C’était à l'Anglais Dillon » Cf surlout au brave et savant Capitaine Dumont d'Urville qu'il appartenait de dissiper les ténèbres épaisses qui entouraient le tombeau de Lapérouse et de ses intrépides Compagnons. Vanikoro a vu leur naufrage.

On lira dans notre appendice les détails intéressants de cette lamentable histoire , empruntés à M. d'Urville lui-même.

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Par un autre décret, la même Assemblée nationale ordonna que les relations et artes envoyées par Lapérouse, de la partie de son voyage jusqu'à Botany-Bay , seraient imprimées et gravées aux dépens de la nation. La rédaction fut confiée au général du génie Milet-Mureau, et le produit de la vente fut abandonné à la veuve du chef d'escadre, qui eut la douleur de descendre dans la tombe sans emporter la consolation d'être fixée sur le sort de celui auquel elle avait uni sa destinée ”,

* Le Voyage de Lapérouse parut en 1797, en trois volumes in-i°, avec un atlas et un portrail gravés par Tardieu.

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