‹ Voyages et aventures de Lapérouse [microforme]Chapitre 3 sur 46 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Traversée de Prest à l'ile Sainte-Catherine sur la côte du Brésil, — Séjour à la Conc epcion du Chili.

La traversée de l'expédition n’eut rien d'intéressant jusqu'à l’île de Madère, où le négociant anglais Johnston fit aux navigateurs l'accueil le plus favorable, Le 19 août, on mouilla à Ténérifle, On s'oCCupa aussitôt de construire un observatoire À ter: : ; les instruments y furent placés, et on dé rue la marche des horloges astronomiques par des hauteurs S Correspondantes du soleil ou des étoiles, afin de vérifier le plus pr'omptement possible le mouvement des horloges marines des deu: frégates. Le gouverneur

général des îles Canaries ne cessa , pendant le séjour des Francais dans ja rade , de leur donner

les plus grandes marques d'amitié,

Laptrouse quitta Ténériffe le 30 août. La traversée jusqu’à Ja ligne se fit avec le plus grand calme, Les vents alizés cesstrent par les 14° nord, et furent constamment de l'O. au S, O.

Us forcèrent le commandant à,suivre la côte d'Afrique, qu'il prolongea à environ soixante

licues de distance.

Le 29 septembre, on coupa l'équateur par 48° de longitude occidentale. On n’avait aucun indice de terre, à l'exception de quelques oiseaux connus sous le nom de frégates. Dans ces parages les bâtiments furent longtemps environnés de thons; mais on n’en put prendre qu'un pelit nombre ; ces poissons étaient si gros qu'ils cassaicnt toutes les lignes. Chacun de ceux que

l’on pècha pesait au moins soixante livres.

Le 16 octobre, à dix heures du matin , On aperçut les îles de Martin-Vaz. Après avoir bien déterminé jeur position, on fit route au plus près , tribord amure, vers l’ile de la Trinidad ù distante de Martin-Vaz d'environ neuf lieues dans l'O. S. O. Ces îles de Martin-Vaz ne sont .

se.

‘La

DE ZLAPÉROUSE, — 1785, 3 à proprement parler, que des rochers ; le plus gros peut avoir un quart de Jieue de tour : il ÿ a trois flots séparés entre eux par de très-petites distances : quand on les voit de loin, on les prendrait pour cinq têtes.

Au coucher du soleil, on vit l’ile de la Trinidad, qui restait à l'O, 8 degrés nord. Le vent était toujours au N, N. O. On passa toute la nuit à courir de petits bords, en se tenant dans la partie de l'E, S, E, de l'ile. Lorsque le jour parut, on continua la bordte vers la terre, es pérant trouver une mer plus calme à l’abri de l'ile. À dix heures du malin on n’était plus qu’à deux lieues et demie de la pointe du S, E, qui restait au N,N. O. Lapérouse aperçut, au fond de l’anse formée par celle pointe, un pavillon Portugais hissé sur un petit fort, autour duquel se groupaient cinq ou six maisons en bois. La vuc de ce pavillon Piqua sa curiosité ; il résolut d'envoyer un canot à terre, afin de s'informer de l’évacuation et de la cession des Anglais. Le lendemain, 18 oclobre au matin, lAstrolabe n'étant plus qu’à ne demi-lieue de terre, détacha sa bisceïenne, commandée par le lieutenant de vaisseau Vaujuas. Deux naturalistes,

Lamartinière et Je P. Receveur, accompagnèrent

h VOYAGES ET AVENTURES

cet officier : ils descendirent au fond de l'anse entre deux rochers ; mais la lame était si grosse, que le canot et son équipage auraient infailliblement péri sans les prompls secours que les Portugais lui donnèrent, Is tirèrent le canot sur la terre pour le mettre à l'abri de la fureur dela mer. Le lieutenant Boutin, accompagné du gtoivgue Lamanon et de l'ingénieur Monneron, fut aussi détaché avec un canot ; mais ilavait ordre de ne pas descendre si la biscaïenne de l'Astrolabe était arrivée avant lui. En conséquence , il ne s'approcha que jusqu'à une portée de fusil du rivage. Il sonda la rade, et la sonde rapporta constamment un fond de roc, mêlé d’un peu de sable, L'ingénieur Monneron dessina le fort tout aussi bien que s'il eût été sur la plage, et Lamanon constala que les rochers n'étaient que du basalte, ou des matières fondues, restes de quelques volcans éteints. L'ile n'offre aux yeux

qu'un roc presque stérile ; on ne voit de la ver-

dure et quelques rares arbustes que dans les gorges étroites des montagne: dans une

de ces vallées, au S. E. de l'île, qui n'a environ que trois cents toises de largeur, que les Portugais ont formé leur établissement. Le motif qui ies a décidés à occuper une île où les hommes

etles animaux ne peuvent trouver leur subsis-

DE LAPÉROUSE, — 1785, 5 lance, est, sans aucun doute , la crainte de voir quelque autre nation de l'Europe s’en emparer pour établir un commerce interlope avec le

Brésil.

Les deux licutenants ayant rapporté qu'il ét it impossible de se procurer à la Trinidad l'eau et le bois qui manquaicnt aux vaisseaux , Lapcrouse se décida immédiatement à faire route pour l’île Sainte-Catherine, sur la côte du Brésil, ancienne relâche des bâtiments français qui se rendaient dans la mer du Sud.

Le 18 octobre à midi, on fit route à l'O. pour l’Ascencion *, jusqu'au 24 au soir ; mais reconnaissant que ses peines étaient perdues, Lapéruse pril le parti d'abandonner la recherche de celte île. Le 25 , on cssu Ya un orage des plus violents, Depuis ce jour, le temps fut constamment mauvais jusqu'à Parrivée à Sainte-Catherinc, Tes bâtiments furent enveloppés d’une brume plus épaisse que celle que l’on observe sur les côtes de Bretagne au milieu de l'hiver. Le 6 novembre , on mouilla entre l'ile Sainte Catherine ctle continent, par sept brasses, fond de sable vascux.

* Ine faut pas confondre cette ile de l'Ascencion avec celle du inéme nom piacée au N. O. de Sainte-Hélène.

Après quatre-vingt-seize jours de navigation , iln°y avait pas un seul malade à bord ; la différence des climats, les pluies, les brumes , rien n'avait altéré la santé des équipages. À la vérilé, le commandant n'avait négligé aucune des précautions prescrites par la prudence et l'expéricnce Pour Conserver les vivres dans un Ctal convenable; :l avait en outre eu le soin d’entretenir Ja gaîté à bord, en permetlant aux équipages de se livrer chaque soir, pendant deux heures, à des amusements ct à des danses, lors-

que le temps le permettait.

L'ile Sainte-Catherine s'étend du N. au S. sur une longueur d’environ douze lieucs. Sa largeur de l'E, à l'O. n’est que de deux lieues. Elle n’est séparce du continent , dans l’endroit le plus resserré, que par un canal de deux cents toises. C'est sur la pointe de ce goulet qu'est bâtie la ville de Nostra-Senhora do Desterro, capitale de l'ile. Le terrain est très-fertile, et produit presque de lui-même toutes sortes de fruits , de légumes el de graines ; ilest couvert d'arbres tou- Jours verts, mais tellement cntremélés de ronces ct de lianes qu'on ne peut traverser les forêts qu'en se frayantun passage avec la hache ; ces fo-

rêts rectlent d'ailleurs un grand nombre de ser

ty ©

DE LAPÉROUSE. — 1785. 7 pents, dont la morsure est presque toujours mortelle. Les habitations de l'ile sont toutes sur le bord de la mer; les bois qui les environnent répandent au loin une odeur délicieuse, remplis qu'ils sont d’orangers, d'arbres et d’arbustes aromatiques, Malgré tant d'avantages, le pays est fort pauvre, et manque totalement d’objets manufacturés ; les paysans y sont presque nus et couverts de haillons. La pêche de la baleine est très-abondante dans ces parages.

L'arrivée des bâtiments francais répandit une espèce de terreur dans le pays. Les différents forts tirèrent le canon d’alarme , ce qui détermina Lapérouse à mouiller de bonne heure et à envoyer un canot à terre avec un officier, pour faire connaître ses intentions pacifiques et le besoin qu'il avait d’eau, de bois et de rafraichissements. L’officier chargé de cette négociation trouva la petite garnison de la citadelle sous les armes ; une médaille en bronze, qu'il remit au gouverneur de la ville, convainquit celui-ci de l'objet de la relâche des Français, Aussitôt des ordres furent donnés pour qu'on leur vendit, au meilleur marché possible, tout ce qui leur était nécessaire, En arrivant à Sainte-Catherine , La-

Là « . a DpCrouse s'était flat d Stre en État de pomatina

u: ivVRIT Lei ©

à la voile sous Cinq ou six jours au plus; mais les vents du sud et les Courants furent si v'olents, que la communication avec la terre fut souvent interrompue, et que le départ des frégates se trouva retardé, Du reste, les équipages n'curent qu'à se louer de l'hospitalité des habitants de l'île; le trait suivant en fournira Ja preuve. Le canot de Lapérouse ayant été renversé par la lame dans une anse où il faisait couper du bois, les insulaires qui aidèrent à le sauver forctrent les matelots naufragés à se mettre dans leurs lits, el couchèrent à terre sur des naties à côté d’ceux. Peu de jours après, ils rapportèrent à bord les voiles, les mâts, le grapin et le pavillon de ce canot : objets qui auraient pu leur être de la plüs grande utilité pour leurs pirogues.

Le 46 novembre » AU soir , après avoir cmbarqué des provisions en bœufs, cochons et volailles, pour nourrir l'équipage pendant plus d’un mois , le commandant Cnvoya ses paquets au Souverneur, qui se chargea de les faire parvenir à Lisbonne , à l'adresse du consul francais dans cette ville, Chacun écrivit à ses parents et à ses amis, et l'on se flattait de mettre à la voile le Jendemain ; mais les vents du nord retinrent les bâtiments dans la baie jusqu’au 19, On appa-

nais n{s, ent se

‘ent

DE LAPÉROUSE. — 1785. 9 reilla à la pointe du jour; le calme ‘0: de remouiller pendant quelques heures , et 1 on ne fut en dehors de toutes les îles qu'à l'entrée de Ja nuit.

Le temps fat très-beau jusqu'au 28, Ce jour-Jà on cssu ya un coup de vent très-violent de la partic de l’est; c'était le premicr depuis le départ de Brest. Lapérouse remarqua avec satisfaction que, si ses bâtiments marchaient mal, ils se comportaient fort bieri dans les mauvais lemps, el qu'ils pourraient facilement résister aux grosses

mers qu'ils allaient parcourir.

Le 7 décembre, on naviguait par 44° 38’ de latitude S. , et 34° de longitude occidentale, On voyail passer des goëmons , et les frégales étaient depuis plusieurs jours entourées de pétrels et d’albatros , qui n’approchent jamais des côtes que dans la saison de la ponte. Ces faibles indices de terre entretenaient cependant les espérances des équipages, et les consolaient des mers affreuses dans lesquelles on naviguail, Mais Lapérouse n'élait pas sans inquiétude en considérant qu'il avait encore 35 degrés à remonter dans l'O. jusqu'au détroit de Le Maire, où il lui imporlail beaucoup d'arriver avant la fin de ian-

vier,

Oncourut des bordées entre h4 et A5 delatitude jusqu’au 24 décembre. Le 25, les vents se fixèrent au S. 0. et d'rèrent plusieurs jours ; ils Contraignirent Lapérouse de prendre la route à l'O. N. ©. , et de s’écarter du parallèle qu'il suivait constamment depuis vingt jours, dan, le but de S'assurer de l'existence de l'île Grande , de La Roche. Comme la saison élait très -avancée, il se détermina à ne plus fire que la route qui le rapprochait le plus de l’ouest , craignant beaucoup de s'être exposé à doubler le cap Horn dans la mauvaise saison. Mais les temps furent plus favorables qu'il ne l'avait espéré ; les coups de vent cessèrent avec le mois ae décembre, et le mois de janvier fut 2: moins aussi beau que celui &e juillet en Europe.

On cut quelques jours de calme et de belle mer ; les ofliciers des deux frégates en profitèrent pour faire des parties de chasse en canot. Dans leurs différentes excursions , ils tuèrent une grande quantité d’oiscaux qui voltigeaient sans cesse autour des bâtiments; c’étaient des albatros de la grande et de la petite espèce, avec

quatre variétés de pétrels. Ces oiscaux , accom-

modés vec une sauce piquante , avai in assCz bn goût; les matelots les préféraient à Ja

vide salée,

latiits SG UPS ; ‘oulc qu'il ns le ide , vanoute ant [orn ‘ent ups > CE que

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DE LAPÉROUSE. —— 1786, 11 Le 14 janvier 1786, on eut enfin la sonde de la côte des Patagons nar 47° 50° de latitudeS., el 64° 37° de longï O. Le 21, on eut connaissance du cap Beau-Temps, ou de la pointe nord de la rivière de Gallegos, sur la côte de la Patagonie , et le 25, à deux heures, on releva à une licuc au sud du cap San-Diego , qui forme la pointe occidentale du détroit de Le Maire. À trois heures, on donna dans le détroit. Le vent était si favorable et la saisca si avancée, que Lapérouse se détermina à faire route, sans perdre un instant, pour doubler le cap Horn. Il se dirigca vers l’île Juan-Fernandez, qui était sur son chemin, et où il devait trouver de l’eau ct du bois, avec quelques rafraîchissements bien prélérables aux pingouins du détroit.

Durant la navigation des frégates dans le détroit de Le Maire, les sauvages, suivant leur usage, allumèrent de grands feux, pour engager les Français à mouiller. À une demi-lieue de la Terre de Feu, on fut entouré de baleines. On s’apercevait facilement qu'elles n’avaient jamais été inquiétées ; les vaisseaux ne les effrayaient point; elles nageaient majestueusement à la portée du pistolet. L'horizon était si embrumé dans

ja partie de l'est, que l'on ne distingua pas la

Terre des États, dont on n’était cependant éloigné que de cinq lieues. Or serra la Terre de Feu d'assez près pour apercevoir , avec les lunettes, des sauvages qui attisaient de grands feux, seule manière qu'ils aient d'exprimer leur désir de voir relâcher les vaisseaux.

L'expédition doubla le cap Horn avec beaucoup plus de facilité que ne l'avait cspéré son commandant, Le 9 février , elle était par le travers du détroit de Magellan, dans la mer du Sud. continuant sa route vers l’île de Jusn-Fernandez. Mais Lapcrouse , s'étant aperçu que ses vivres diminuaient et que les vers commencaient à allaquer son biscuit, se détermina à faire voile pour Ja Coucepcion du Chili » OÙ il savait pouvoir se procurer des provisions en abondance et à bon marché.

Le 22 février au soir, On eut connaissance de File Mocha , qui est à environ cinquante lieues dans le sud de la Concepcion. Le lendemain PR deux heures , on doubla la pointe de l'ile Quinquirinc; mais les vents du sud, si favorables jusqu'alors à l'expédition , devinrent contraires ; on courul différents bords, ayant l'attention de

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DE LAPÉROUSE. —— 1786. 13 cha-t-il avec une longue-vue à découvrir la ville de la Concepcion, que, d’après le plan du P. Frézier , il savait devoir être ‘a fond de la baie, dans la partie du S. E. ; il n’apercçut rien. A cinq heures, des pilotes s’approchèrent des bâtiments et apprirent au commandant que la ville qu'il cherchait avait été ruinée par ur tremblement de terre en 4751 ; qu’elle n'existait plus, et que la nouvelle ville avait été bâtie à trois licues de la mer, sur les bords de la rivière de Biobio. Ils l'informèrent aussi qu’il était attendu à la Concepcion, et que des lettres du ministre d'Espagne l'y avaient précédé, On continua à louvoyer pour approcher le fond de la baie, et à neuf heures on mouilla, par neuf brasses, à environ une lieuc dans le N. Q. de Talcaguana. À dix heures on reçut Ja visite d'un capitaine de frégate de la marine espagnole, envoyé par le commandant de la Concepcion, et qui fit apporter à bord de Ja viande fraiche, des fruits et des Jégumes en abondance. La bonne santé de l'équipage parut le surprendre ; jamais, en effet, aucun vaisseau n'avait doublé le cap Horn, et n’était arrivé au Chili sans avoir de malades, et il ne s’en trou-

vait pas un seul sur Jes deux frégates.

Le 24, à sept heures du matin, on appareilla,

Sr PR ES mn à

et à orze heures on mou'lla dans l’anse de Tal- Caguana ; on voyait encore » dans ia direction de l'ouest, les ruines de l’ancienne Concepcion. Après la destruction de cette ville, les habilants s'étaient dispersés et avaient Ccampé sur les hauteurs des environs, Ce ne fut qu’en 1763 qu'ils firent choix d’un nouvel emplacement, à un quart de lieue de la rivière de Biobio, et à trois lieues de l’ancienne Concepcion, Ils y bâtirent une nouvelle ville ; l'évêché, la cathédrale, les maisons religieuses y iurent transférés. Cette cité occupe un grand espace dans la plaine , parce que les maisons, bâties en torchis ou en briques cuites au soleil, n’ont qu'un étage, afin de mieux résister aux tremblements de terre qui se renouvcllent presque tous les ans. À cette époque elle renfermait déjà plus de dix mille habitants, et promettait de devenir riche et florissante.

[l n’est pas au monde de climat plus fertile que celui de cette partie du Chili; le blé y rapporte soixante pour un, la vigne y est également trèsproductive. Les Campagnes sont couvertes de troupeaux innombrables, qui, sans aucun soin $ Y multiplient au-delà de toute expression, Le

L] . di < # 2, : L 1 nr : x seul travail des habitants est à euciore de bar-

DE LAPÉROUSE, — 1786. 45 rières les propriétés, ct de garder dans des enceintes (correales) les bœufs, les chevaux. les mulces et les moutons. Par malheur, ce pays produit de ler; presque toutes les rivières y sont aurifères. L'indigène , en lavant la terre qui recèle ce métal pernicicux, peut gagner chaque jour une demi-piastre; mais, comme les vivres sont très-abondants, il n’est excité au travail par aucun vrai besoin ; il ne connaît ni nos arts, ni notre luxe, et ne peut rien désirer avec assez de force pour vaincre son inertie, Aussi les maisons des plus riches habitant: sont-elles sans aucun meuble. Du reste, ils sont extrêmement polis et obligeants ; l’accueil fait à Lapérouse et

à ses compagnons en est 1] preuve.

L’Astrolabe et la Boussole étaient à peine mouillées devant le village de Talcaguana, que le commandant nar intérim se rendit à bord , et conduisit Lapérouse etses officiers à la Concepcion. Ils descendirent chez le commandant de l'artillerie, nommé Sabatero, où on leur servit un diner splendide ; le soir, il y eut un grand bal où furent invitées les principales dames de la ville. Le costume de ces dames, si différent de celui auquel leurs yeux étaient accoutumés, frappa

singulièrement les Français ; il se composait

d'unc jupe plissée, laissant à découvert la moitié de la jambe , ct attachée bien au-dessous de Ja ceinture; de bas rayés de rouge, de bleu ct de blanc; de souliers si Courts, que tous les doigts étaient repliés, en sorte que le pied était presque rond. Leurs cheveux étaient sans poudre, ceux de derrière divisés en pelites tresses qui tombaient sur les épaules, Leur Corsage est ordinairement d’une étofle d’or on d'argent ; il est recouvert de deux mantilles, la première de Mmousseline , et la seconde, qui est par-dessus , de laine de différentes couleurs : ces mantilles de laine enveloppent la tête des dames lorsqu'elles sont dans Ja rue ou qu'il fait froid ; mais dans les Appartements elle: ont l'habitude de les metire sur leurs genoux. En général les habitants de la Concepcion sont si hospitaliers qu'il n’est pas de port européen où des étrangers puissent être reçus avec autant d’aménité.

Les Français n'avaient pas encore quitté la Concepcion lorsque le gouverneur O‘Higgins revint de la frontitre où il élait allé terminer des négociations avec les Indiens. Né en Irlande , d’une de ces familles persécutées pour cause de religion et pour leur ancien attachement à Ja

maison de Stuart O'Higgins venait de rendre

moitié de la ct de loigts csque ceux

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DE LAPÉROUSE. —— 1786, 17 un important service à sa patrie d'adoption en signant un traité de paix avec les sauvages qui sans cesse dévastaient les habitations éloignées, égorgeaicnt les hommes , les vieillards, les enfants, et emimenaient les femmes en captivité, Il enchérit encore sur les polilesses du gouverneur par tlérum à l'égard des voyageurs. Lapérouse, avant son départ, résolut de donner une {ête générale ct d'y inviter toutes les dames de la Concepcion. À cet eflet on dressa une icnte au bord de la mer ; plus de cent cinquante personnes , hommes ou femi *s, ne craignireni pas 1e faire trois lieues pour se rendre à l'invitation des Français. On leur donna un grand repas, qui fut suivi d’un bal. La fête se termina par un feu d'artifice et par l'ascension d’un ballon de

papier assez grand pour faire spectacle.

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