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JHRHULC QUE iv CiiCiie, 1 Clabie, ie bouleau et
133 VOYAGES ET AVENTURES l'azérolier , et si d’autres voyageurs sont descendus après nous sur les bords de cette rivière, ils y auront cueilli beaucoup de groseilles, de fraises et de framboises, qui étaient encore en fleur. Rien n’annonçait que le pays eût aucun métal.
» Nous relevâmes le 25, par b0° 54° de latitude nord , une très-bonne baie, la seule, depuis que nous prolongions cette île, qui offrit aux vaisseaux un abri assuré contre les vents du nord. Quelques habitations paraissaient çà et là sur le rivage , auprès d’un ravin qui marquait le lit d’une rivière un peu plus considérable que celles qu’on avait déjà vues. J'étais si pressé, et le temps cl: dont nous jouissions €lait si précieux pour nous, que je crus ne devoi: l’employer qu’à m’avancer vers le nord. Je voulais savoir si ce détroit qui m'avait été indiqué par les insulaires et les Mandchoux est praticable. de commencçais à craindre qu'il ne le fût pas, parce que le fond diminuait avec une rapidité extrême en avancant vers le nord, et are les terres de
île n’étaient plus que des dunes noyées et presque à fleur d’eau, comme des bancs de sable.
» En effet, nous nous assurâmes par la suite
lati- , deoffrit its du \et là aait lc e que sé, et si prél’emroulais ué par le. de parce «trème res de À? pres-
ble.
à suite
Ke
DE LAPÉROUSE, — 1787. 139 que le fond de ce canal formait un talus du sud au nord, à peu près comme un fleuve dont l’eau diminue en se rapprochant de sa source. Le fond s'élevait rapidement de trois brasses par lieue, et je calculais de cette manière qu'il novs restait à peine six lieues, en supposant un atterrissement araduel pour remplir le fond du golfe ; mais tor se réduit, comme la suite le fit voir, à une b. .e qui est encore cachée par un peu d'eau et qui ferrac tout à fait le détroit, sans laisser un chenal ni passage quelconque. Un jour, sans doute, ce banc venant à s'élever joindra l'ile au continent de la Tartaric.
» Le 28 juiliet au soir nous nous tronvâmes sur cette côte de Tartarie à l'ouverture d’une baie qui fut appelée Baie de Castries. Elle offrait un mouillage sûr ; les deux frégates y m: aillèrent. Un très-grand enfoncement, sur : bord duquel était un village , et que nous supposämes d’abord assez profond pour recevoir nos vais- SCaux, parce que la mer etait haute quaïd nus laissâmes tomber l'ancre au fond de la baie , ne fut plus pour nous , deux heures après, qu’une vaste prairie d'algues et de goëmons ; on y voyait sauter des saumons, qui sortaient d'un ruisseau
dont les eaux se perdaient dans ces herbes ma-
rines, el où nous en avons pris plus de deux
mille en un jour,
» Les habitants, dont ce poisson est là subsislance Ja plus abondante et Ta plus assurée, voyaient le succès de notre péche sans inquiétude, parce qu'ils étaient certains, sans doute, que la quantité en est inépuisable, Nous déhar-
quämes au pied de leur village,
» On ne peul rencontrer une peuplade d'hom-
mes meilleurs, Le chef, ou le plus vieux, vint nous recevoir sur la plage, avec quelques autres habitants, Ise prosterna jusqu'à terre, en nous saluant à la manière des Chinois, et nous conduisit ensuite dans sa cabane, où étaient sa
femme, ses belles-lilles, ses enfants et ses petits-
enfants. H fit étendre une natte propre, sin la-
quelle 11 nous proposa de nous asseoir, et une
petite graine que nous n'avons pu connaitre fut
mise dans une chaudière sur le feu avec du sau-
mon pour nous être oflerte ; cette graine est leur
mets le plus précieux, Ils nous firent compren-
dre qu'elle venait du pays des Mandchoux, qu'eux-
nice: appartenaient à la nation des Orotchys,
et nous imnoptrant quatre pirogues étraneè: os que i Le | &
nous avions vurs arriver le mème jour dans la
on1vint tres LOUS on-
sa lits-
laune
fut saUteur en- HIX- YS , que
s la
DE LAPÉROUSE, — 1787. AA baie, el qui s'étaient arrêtées devant leur village, ils en nommèrent les équipages des Bitchys; : ils nous indiquaie nt que ces derniers habitaie LL plus au sud, mais peut-être à moins de sept ou huit lieues; car ces nations, comme celles du Canada , changent de nom et de langage à cha-
que bourgade,
Ce village des Orotchys était composé de quatre cabanes solidement construites avec des tronçons de sapin dans toute leur longucur , preprement entaillés dans les angles ; une charpente assez bien travaillée soutenait la toiture lormée par des écorces d’arbre. Dans l'intérieur elles ressemblaient à celles de l'ile de Tchoka. Nous avons lieu de croirc que ces quatre maisons appartiennent à quatre familles différentes , qui vivent entre elles dans la plus parfaite union. Nous avons vu parüir une de ces familles pour un voyage de quelque durée, car elle n’a point reparu pendant les cinq jours que nous avons passés dans cette baie, Les propriétaires mirent quelques planches devant la porte de leur maison pour empêcher les chiens d'y entrer, et la laissèrent remplie de leurs effets. Nous fûmes bientôt tellement convaincus de l'inviolable
fidélité de ces peuples, et du respect presque re-
ligieux qu'ils ont pour les propriétés, que nous
laissimes au milieu de leurs cabanes et sous le
sceau de leur probité, nos sacs pleins d’étoffes »
de rassades, d'outils de fer , et généralement de
tout ce qui servait à nos échanges, sans que
jamais ils aient abusé de notre extrême con-
fiance.
» Chaque cabane était entourée d’une sèche-
rie de saumons ; ces poissons restaient Cxposés
sur des perches à l’ardeur du soleil, après avoir
été boucanés trois ou quatre jours autour du
foyer qui est au milieu de leur case. Les femmes chargées de cette opération ont le soin, lorsque la fumée les a pénétrés, de les porter en plein air, où ils acquièrent la dureté du bois.
» Ils faisaient leur pêche dans la même rivière que nous, avec des filets ou des dards , et nous leur voyions manger, crus, avec une avidité
dégoûtante, le museau, les ouïes, les osselets, et quelquelois la peau entière du saumon, qu'ils dépouillaient avec beaucoup d’adresse; ils suçaient le mucilage de ces parties comme nous avalcns une huître. Le plus grand nombre de leurs poissons n’arrivaient à l'uabitation que dépouillés, excepté lorsque la pêche avait été très-
DE LAPÉROUSE. — 1787, 143 abondante ; alors les femmes cherchaient avec la mème avidité les poissons entiers, et en dévoraient d’une manière aussi dégoûtante les parties mucilagineuses, qui leur paraissaient le mets le plus exquis. C’est à la baïe de Castries s que nous apprîimes l'usage du bourrelet de plomb ou d’os, que ces peuples, ainsi que ceux de l'ile de Tchoka, portent comme une bague au pouce; il leur sert de point d'appui pour couper cet dépouiller le saumon avec un couteau tranchant, qu'ils portent tous pendu à leur ceinture.
» Leur village était construit sur une langue de terre basse €, marécageuse exposée au sud , ct qui nous à paru inhabitable pendant l'hiver ; mais à l'opposite, et de l’autre côté de la baie , sur un endroit plus élevé, à l'exposition du midi et à l'entrée d’un bois, était un second village composé de huit cabanes pius vastes et mieux coi struites que les premières. Au-dessus et à une très-nctite distance, nous avons visité trois iourtes où maisons souterraines absolument semblables à celles des Kamtchadales décrites dans le dernier voyage de Cook. Elles étaient assez étendues pour contenir, pendant la rigueur du froid, les habitants des huit ca-
Un VOYAGES ET AVENTURES
banes, et complétement meublées, quoique
délaissées pendant Ja belle saison.
» Enfin, sur une des ailes de cette bourgade, on trouvait plusieurs tombeaux mieux bâlis et aussi grands que les maisons; chacun renfermait trois, quatre où cinq bières, proprement travaillées , ornées d’étofles de Chine, dont quelques-unes étaient de brocart. Des arcs, des flèches, des filets, et généralement les meubles les plus précieux de ces peuples, étaient suspendus dans l'intérieur de ces monuments, dont la porte, en bois, se fermait avec une barre maintenue par deux supports. Les corps des habitants pauvres sont exposés en plein air, dans une bitre placée sur une rotonde soutenue par des piquets de quatre pieds de hauteur, mais tous onfleur arc, leurs flèches, leurs filets ct quelques morceaux d’'étoffe auprès de leurs monuments, et ce serait vraisemblablement un
sacrilège de les enlever.
» Il était évident que nous n'avions visité les Orotchys que dans leurs maisons de campagne, où ils faisaient leur récolte de saumon, qui, comme le blé en Europe, fait la base de leur
subsistance. J'ai vu parmi cux si peu de peaux
ique
rade, is el nferment quelflèibles susanis ,
une orps air , Juteteur, filets leurs it un
& les gne, qui , leur
CaUX
DE LAPÉROUSE, — 1787. 145 d'élan que je fus porté à croire que la chasse ÿ est peu abondante : je Comple aussi pour une
très-petite Partie de leur nourr
iture quelques racines
de saranne que les femmes arrachent sur la lisière des bois et qu'elles près de leur foyer.
font sécher au-
» Sans doute les différentes familles dont ceite peuplade est composée étaient dispersées dans les baies voisines Pour ÿY pêcher et sécher du saumon. Elles ne se rassemblent qu'en hiver, apportant alors leur provision de Poisson pour subsister jusqu’au retour du soleil; c’est ce qui
explique le petit nombre d'habitants que nous vimes,
» Ces peuples, ainsi que ceux de l'ile de Tchoka , paraissent ne reconnaître aucun chef
el n’étre soumis à aucun gouvernement, La
douceur de leurs mœurs, leur respect pour les
vieillards , pcuvent rendre parmi eux cette anar-
chie sans inconvénient, Nous n'avons jamais été
témoins de la plus petite querelle, Leur affection réciproque , lcur tendresse pour Icurs enfants
Spectacle touchant ; mais nos sens étaient révoltés par l'odeur fétide de saumon,
Offraient à nos yeux un
dont les maisons, ainsi que les environs,
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se trouvaient remplis.Lesos en étaient épars et le sang répandu autour du foyer; des chiens avides, quoique assez doux et assez familiers , léchaient el dévoraient ces restes. Ce peuple est d’une puanteur et d'une malpropreté révollantes ; il n’en existe pas de plus faiblement constitué, ni de plus laid ; leur taille moyenne est au-dessous de quatre pieds dix pouces; leur corps est grêle, leur voix faible ct aigre comme celle des enfants; ils ont les os des joues saillants, les yeux petits, chsssieux et fendus diagonalement ; la bouche large , le nez écrasé, le menton court, presque imberbe , et une peau olivâtre vernissée d'huile et de fumée. Us laissent croître leurs cheveux, ct les arrangent en tresses : Ceux des femmes ieur tombent épars sur les épaules; on ne les distingue des hommes qu’à une légère différence dans l'habillement. Elles ne sont assujetties x aucun travail forcé : tous leurs soins se bornent à tailler et à coudre leurs habits , à disposer le poisson pour être séché , et à soigner leurs enfants, qu'elles nourrissent de leur lait jusqu’à l'âge de trois ou quatre ans.
» Elles paraissent jouir d’une assez grande considération ; aucun marché n'était conclu sans leur consentement : les pendants d'oreilles
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1 le des, ient une si , Ni sous êle, ints; tits, iche que tuile CUX , 1mes » les hffé- ‘ttics borposer leurs squ'à
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d'argent et les bijoux de cuivre servant
à orper les habits sont uniquement réservés
aux femmes ct aux pelites filles. Les hommes et les petits garçons sont vêtus d’une camisole de nankin, ou de peau de chien ou de poisson , taillée comme les blouses de charreticrs, Si elle descend dessous du genou, ils n’ont point de ec dans le cas contraire ils en portent à]
aualecon :
a chinoise, o # a e r
qui descendent jusqu’au gras de la jambe. Tous ont des bottes de peau de phoque ; mais
les conservent pour l'hiver,
ils et dans tous les temps et à tous les âges, même à la mamelle, ils ont une ceinture de cuir à laquelle sont attachés un couteau à gaîne, un briquet, un petit
sac pour contenir du tabac et une pipe.
» Les femmes sont envcloppées d’une large robe de nankin ou de peau de saumon
» qu'elles ont l’art de tanner parfaitement et
de rendre extrêmement souple. Cet habillement leur descend jusqu’à la cheville du pied ; il est quelquefois bordé d’une frange de petits ornements de cuivre qui font un bruit semblable à celui des grelots. Les saumons dont la peau ser
t à leur habillement ne se pêchent pas en é
té et pèsent 30 et 4U livres: ceux que nous venions de prendre dans le mois de juillet étaient du poids de
trois ou quatre livres seulement, mais leur nom-
bre et la délicatesse de leur goût compensaient ce
désavantage : nous croyions tousn’en avoir jamais
mangé de meilleurs.
» Nous ne pouvons parler de la religion de
ce peuple, n'ayant aperçu ni temples, ni prêtres,
mais peut-être quelques idoles grossièrement
sculptées, suspendues au plafond de leurs ca-
banes; elles représentaient des enfants, des
bras, des mains, des jambes, et ressemblaient
beaucoup aux ex-voto de nos chapelles. Il serait
possible que ces simulacres que nous primes
our des idoles ne servissent qu’à leur rappeler P
le souvenir d’un enfant dévoré par un ours ?
ou de quelque chasseur blessé par ces animaux;
il n’est cependant guère vraisemblable qu'un
peuple si faiblement constitué soit exempt de su-
perstilion. Nous avons soupçonné qu'ils nous
prenaient quelquefois pour des sorciers ; ils ré-
pondaient avec inquiétude, quoique avec po-
litesse, à toutes nos questions, et lorsque nous
tracions des caractères sur le papicr, ils sem-
blaient prendre les mouvements de la main qui
écrivait pour des signes de magic. »
Les voyageurs dont les quatre pirogues étaient