CHAPITRE VII
Reläches successives dans les baies de Ternai, de Suffren, De Langle, d'Estaing , de Castries. — Mœurs et coutumes des Fartares. — Cap Crillon. -— Ile Tchoka. — Arrivée au Kamtchaika.
Lapérouse, après avoir reconnu le cap Noto sur [a côte occidentale du Japon, courut au N, 0. pour s'en éloigner, et, le 11 juin 1787, aperçut à 20 lieues de distanec le continent à l'ouest , précisément au point où aboutit la limite qui sépare la Corée du pays des Mandchoux. C'était une terre très-haute et très-escarpée , ais couverte d'arbres et de verdure; on s’en approcha jusqu’à 80 brasses de la côte. Les montagnes on! au moins 700 toises d’élévation ;
leur cime était coiffée de neige en petite quanüté, On nue découvrait aucune trace de culture ni d'habitation,et, dans une longueur de plus de h0licues, onnerencontra l'embouchure d'aucune rivière, Le temps était très-beau et le ciel trèsclair, Le 14, on était déjà par 44° de latitude , eton avait pu rectifier les erreurs des anciennes cartes, Des brumes survinrent, et le 23, quand elles furent dissipées, Lapérouse laissa tomber l'ancre dans la baie de Ternai, à une demi-lieuc
du rivage.
Le contour de la baie Trait cinq petites anses, séparces entre eiies par des coteaux couverts d'arbres iusqu'à la cime. On ne pouvait croire qu'un pays si fertile, à une si grande proxinité de la Chine, fût sans habitants, À la vérité, on trouvait à chaque pas des traces d'hommes:
plusieurs arbres coupés avec des instruments tranchants , des abris élevés par des chasseurs au coin des bois, de petits paniers d’écorce de bouleau cousus avec du fil; enfin les vestiges des ravages du feu paraissaient en vingt endroits. On s’enfonca dans les bois; on ne tua que trois faons; en revanche, Ja pêche fut très-abon-
dante,
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Un jour, on découvrit sur le bord d'un ruisseat un tombeau placé à côté d'unc case ruinée, ct presque enterré dans l'herbe: on louvrit : deux corps bier conservés Y aient couchés
l'un à côwé de l'autre, enveloppés d'une peau
d'ours, avec une ceinture h laquelle penaaient de
petites monnaies chinoises et différents bijoux de cuivre. La tète de ces cadavres était couverte d'une caloite de tafletas. Des rassades blenes étaient comme semées dans ce tombeau , où l'on trouva aussi dix où douze espèces de bracelets d'argent du poids de deux gros chacun, une hache en fer, el un couteau du même métal :
une cuillère de bois, un pe «€, un petit sac de nankin bleu plein de riz. Ce tombeau ne consistait qu’en un pelit meulon formé de troncons d'arbres revêtus d’écorce de bouleau: on avait laissé entre eux un vide pour y déposer les deux cadavres. Les Francais eurent sand soin de les recouvrir, remetllant religicusement chaque chose à sa place, après avoir seulement emporté une très-pelite partie des divers objets contenus dans le tombeau, afin de constater cette découverte. On ne pouvait plus doutez que les habitants nomades de cette contrée ne fissent de fréquentes descentes dans cette baie ; une pi-
rogue abandonnée près de ce monument annon-
cail qu'ils \ venaient par mer.
Le 27 au malin, après avoir laissé à terre diflérentes médailles, avec une bouteille et une inscriplion qui constatait la date de leur visite, les Français mirent à la voile. « Je prolongeai la côte à deux tiers de lieue du rivage, dit Lapérouse ; nous pouvions distinguer l'embouchure du plus pelit ruisseau. Nous fimes ainsi 90 lieues avec le plus beau temps que les navigaleurs puissent imaginer. Les brumes et les calmes uous contrarièrent jusqu'au 4 juillet. Nous primes dans ce temps plus de 800 morues ; l'excédant de notre consommation fut salé et mis en barriques. La drague rapporla aussi une assez grande quantité d'huitres, dont la nacre était si belle, qu'il paraissait très-possible qu'elles continssent des perles, quoique nous n’en eussions trouvé que deux à demi-!ormées dans le talon. Cette rencontre vieut confirmer le récit des Jésuites qui nous ont appris
qu'il se fait une pêche de perles à l'em-
bouchure de plusieurs rivières de la Tartarie occ'dentale, »
Le A , il se fit une belle cCclaircie; on descen-
>riexnis ane cre ble ous Tu {irpris narie
en-
DE LAaPÉROUSE, — 1787, 125 dit sur le rivage d’une baie, dans laquelle coulait une rivière de 15 à 20 toises de largeur, Gette baie reçut le nom de Suffren ; les traces d'habitants y étaient beaucoup plus fraîches qu’à la précédente , à laquelle , du reste , elle ressemblait, Le 6, les frégates eurent à lutter ce itre des vents contraires; le 7 an matin, étant par 48° 50° de latitude, Lapéror. + eut connaissance à droite ou à l’est d’une terre qui paraissait trèsétendue. On n’en discernait aucune pointe , et on ne pouvait distinguer que des sommets qui ,
‘étendant jusqu'au S. E., annoncaient qu'on était déjà assez avancé dans le Canal qui la séparait de la côte à l'O, On se dirigea de son côté. Son aspect différait totalement de celui de la Tartarie; on n’y aper evait que des rochers arides, dont les cavités conservaient encore de la neige ; Mis on en était à une trop g crande dislance pour découvrir les terres basses, qui pouvaient, comme celles du continent opposé, être couvertes d'arbres et de verdure.
I! fellut ensuits naviguer à tâtons, au milieu des brumes, dans ce canal dont la forme était inconnue, Enfin, le 11, une éclaircie permit aux Francais d'apprecher de la nouvelle terre ;
ils la trouvèrent aussi boisée que la côte de Tar
arie. Ds laissèrent tomber l'ancre à deux milles d’une petite anse où coulait une rivière ; à l'aide de leurs lunettes ils apercurent quelques cabanes et deux insulaires, qui paraissaient s'enfuir vers les bois. Deux chaloupes abordèrent le rivage ; Îles cases étaient abandonnées , mais depuis très-peu de lemps, car le feu y était encore allumé; aucun des meubles n'en avait été enlevé; on y trouva une portée de pelits chiens, dont les veux n'étaient pas encore ouverts, et Ja mère, qu'on entendait abovyer dans les bois, fa'sait juger que les maîtres h élaient pas éloignés. On déposa dans ces habitations des haches, différents outils de fer et des rassades ; ces présents devaient prouver que les hommes
débarqués n'étaient pas des ennemis,
Au moment où on allait retourner à bord, une
pirogue monice par sept insulaire: alterrit au rivage; ils ne parurent nullement effrayés du
Le «
nombre des Francais, échoutrent leur petite embareation sur le rivage, et s'assirent sur deux uattes au milieu des étrangers; leurs manières furent constariment graves , nobles el très-afleclucuses, Îl y avait parmi eux deux vieillards à longue barbe blanche, vêtus d’une étofte d'écor-
ces d'arbre, assez semblable aux pagnes de Ma-
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» Mà-
DE LAPÉROUSE, — 1787. 125 dagascar, Deux autres avaient des habits de nankin bleu ouaté, dont la forme différait peu de celle de habillement chinois: les autres n'avaient qu'une longue robe, qui fermait entièrement au moyen d'une ceinture et de quelques petits boutons, Leur tête était nue, et chez deux ou trois entourée seulement d’un bandeau de peau d'ours; ils avaient le toupet et les faces rastés, tous les cheveux de derrière conservés dans la longrieur de huit où dix pouces. Tous avaient des hottes de peau de phoque avec un pied chinois très artistement travaillé. Leurs armes étaient des flèches garnies de fer, des ares et des piques. Le plus âgé de ces hommes, celui auquel les autres montrant le plus d'égards, avait les yeux dans un lrès-mauvis élal, ce qui l'obligeait à porter un garde-vue, On leur donna le surplus des objets qu'on avait apportés, eLon leur fit entendre par signes qu'on allait parlir à cause de la nuit, mais qu'on désirail beaucoup les retrouver l6 lendemain pour leur offrir de nouveaux présents ; ils firent signe à leur tour qu'ils dormaient dans les environs, el qu'ils seraient exacts au rendez-
Vous,
« Nous crûmes céncralement, dit Lapérouse L
qu'ils étaient les propriétaires d’un magasin de Î î
poissons que nous avions rencontré sur le bord de la petite rivière, et qui était élevé sur des piquets à quatre ou cinq pieds au-dessus du sol. M. De Langle, en le visitant, l'avait respecté comme les cabanes abandonnées ; il y avait trouvé du saumon, du hareng séché et fumé , avec des vessies remplies d'huile, ainsi que des peaux de saumon , minces Comme du parchemin. Ce magasin élait trop considérable pour la subsistance d'une famille, et il jugea que ces peuples faisaient commerce de ces divers objets. »
Le lendemain, Lapérouse alla lui-même à terre. Les insulaires arrivèrent bientôt dans l’anse ; une autre pirogue les suivit ; ils étaient en tout vingt-un. On ne vit pas une seule femme; on put conjecturer qu’ils en sont très-jaloux. Les aboïiements des chiens dans les bois firent présumer qu'ils étaient restés près d’elles. Les Français voulurent y pénétrer, mais les insulaires firent les plus vives instances pour les détourner de leur projet. Lapérouse, voulant leur inspirer de la confiance, ordonna qu’on cédât à leur désir, On leur fit d'vers présents ; ils paraissaient ne faire cas que des choses utiles, notamment du fer et des étoffes ; ils préféraient l'argent au cuivre, le cuivre au fer, ce qui décelait chez
DE LAPÉROUSE. —— 1787. 127 eux la connaissance des métaux. Ils étaient fort pauvres; trois ou quatre seulement avaient des pendants d’orcilles d'argent, ornés de verroteries bleues, semblables à ceux qu’on avait trouvés dans la baie de Ternzi, et qu’on avait pris pour des bracelets ; leurs autres petits ornenfents étaient de cuivre; leurs pipes et leurs briquets paraissaient chinois ou japonais ; les premières étaient de cuivre blanc , parfaitement travaillé. En désignant de la main le couchant, ils firent entendre que le nankin bleu dont quelques-uns étaient couverts, les verroteries et les briquets venaient du pays des Mandchoux, et ils prononcaient ce nom absolument comme les Fran- Cais.
« Voyant ensuite, continue Lapérouse , que nous avions tous du papier et un crayon à la main pour faire un vocabulaire de leur langue, ils devinèrent notre intention ; ils prévinrent nos questions, présentèrent eux-mêmes les différents objets, ajoutèrent le nom du pays, et eurent la complaisance de le répéter quatre ou cinq fois, jusqu'à ce qu'ils fussent certains que nous avions bien saisi leur prononciaticn. La facilité avec laquelle ils nous avaient devinés me porte à croire que l’art de lécriture ne leur est pas inconnu.
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. . p -® 1 Ils paraissaient beaucoup désirer nos haches et nos étoffes ; ils ne craignirent même pas de les demander, mais ils se gardaient bien de prendre autre chose que ce que nous leur avions
donne ; il était évident que leurs idées sur le vo
craint de leur confier la garde de nos effets, Leur attention à cet égard s’étendait même à ne pas ramasser sur le sable un seul des saumons que nous avions péchés , quoiqu'ils y fussent étendus par milliers, car notre pèche avait été aussi abondante que la veille ; nous fûmes obligés de les presser, à plusieurs reprises, d’en
prendre autant qu'ils voudraient,
« Lorsque, dans la conversation , on fut parvenu à leur faire comprendre que l’on désirait qu'ils figurassent leur pays et celui des Mandchoux, ün des vieillards se leva, et, avec le bout de sa pique, il traca Ja côte de la Tartarie à l'O., courant à peu près N. el S, ; à l'E. , et dans la même direction, 1 figura son île, et, en portant la main sur sa poitrine, il fit entendre qu'il ve nait de iracer son propre pays; il avait laissé entre la Tartarie et son île un détroit, et, se tournant vers les frégates, il indiqua par un trait
qu'on pouvait x passer, Au sud de cette île il en
DE LAPÉROUSE, — 1787. 129 avait figuré une autre, et avait laissé un détroit : en indiquant que c'était encore une route pour les vaisseaux, Un autre insulaire . voyant que les figures tracées sur le sable S’effacaient , prit un de nos crayons avec du papier; il y traca son île, qu'il nomma T'choka, et il indiqua par un ‘ait la petite rivière sur le bord de laquelle on était, qu'il placa aux deux tiers de la lonsueur de l’île, du N. au S, Il dessina ensuite la terre des Mandchoux, laissant, comme le vicillard, un détroit au fond de l’entonnoir, et, à notre grande surprise, il y ajouta le fleuve Ségalien , dont ces insulaires prononcaient le nom comme nous ; il placa l'embouchure de ce fleuve un peu au sud de la pointe de son île, et il marqua par des traits, au nombre de sept, la quantité de journées de pirogue nécessaires peu se rendre, du lieu où nous étions, à l'embouchure du Ségalien.. Il narqua également par des traits pendant combien de journées de pirogue ils remontaient c : fleuve, jusqu'aux ‘:ux où ils se procuraient le nankin bleu et d’autres objets de commerce, par leur communication avec le peuple qui habitait ces contrées. Les autres insulaires , témoins de cette conversation , approuvaient par leurs gestes les discours de leur com-
patriote. Ensuite il désigna fort bien par ses
sigues la largeur du fleuve et celle du détroit, mais il fut impossible de deviner ce qu'il avait voulu faire entendre pour la profondeur des caux. La baie reçut le nom de Baie De Längle, »
Le reste de la journée fut employé à visiter le pays. Les Français étaient extrêmement sur-
ris de trouver chez un peuple chasseur et pé- } |
cheur, qui ne cultive aucune production de la nature, et qui n'a point de troupeaux , des manières en général douces , graves, el peut-être une intelligence plus étendue que chez les classes communes des peuples d'Europe. Tous les individus y paraissaient avoir recu la même éducation. [ls retournaient en tout sens les étoffes qu'on leur donna, en causaient entre eux et cherchaient à découvrir par quel moyen on était parvenu à les fabriquer. La navette leur est connue. Lapérouse acheta un métier avec lequel ils font des toiles absolument semblables à celles de France ; mais le fil en est fait de l'écorce d'un saule très-commun dans leur île. Ils prolitent avec là plus grande intelligence des productions spontanées de la terre ; on trouva dans leurs cabanes beaucoup de racines d’une espèce
de lis jaune ou saranne du Kamtchatka, qu'ils
DE LAPÉROUSE, — 1787. 131 font sécher; c'est leur provision d'hiver, Il \ avait aussi beaucoup d’ail et d'angélique: ces plantes croissent sur la lis’ ère des bois.
Ces insulaires sont généralement bien faits, d’une constitution forte, d’une physionomie assez agréable, et vêtus d’une manière remarquable. Leur taille est petite : on n’en observa aucun de cinq pieds cinq pouces, et plusieurs avaient moins de cinq pieds. Ils permirent aux peintres des frégates de les dessiner, maisils se refusèrent constamment aux tentatives du chirurgien qui voulait prendre la mesure de différentes parties de leur corps. Ils crurent peut-être que c'était une opération magique. Chacun d’eux avait au pouce un fort anneau ressemblant à une gimbletite; ces anneaux étaient d'ivoire, de corne ou de plomb, Ils laissent croître leurs ongles comme les Chinois, ils saluent comme eux, et ont tous leurs usages. Les matelots chinois qui étaient à bord des frégates françaises n’entendaient pas un seul mot de la langue de ces insulaires; mais ils comprirent parfaitement celle de deux Tartares Mandchoux qui, depuis une vingtaine de jours, avaient passé du continent sur Celle île, peut-être pour faire quelque achat de poisson.
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« Nous ne les rencontrâmes que dans l'aprèsmidi, Leur conversation se fit de vise voix avec un de nos Chinois ; ils Int firent absolument les mêmes détails de Ja géographie du pays, chanseant seulement les noms des lieux, parce que, vraisemblablement, chaque Jangue a les siens. Les vêtements de ces Tartares étaient de nankin gris, pareils à ceux des coulis ou portefaix de Macao ; leur chapeau était pointu et d’écorce , leurs manières et leurs physionomies étaient bien moins agréables que celles des insulaires ; ils dirent qu'ils habitaient à huit journées en
remontant le fleuve Ségalien.
« Les cabanes de ces insulaires sont bâties avec intelligence : toutes les précautions y sont prises contre le froid; elles sonten bois, revétucs d'écorce de bouleau, surmonttes d'une charpente couverte en paille séchée; la porte est très-basse et placée dans le pignon; le foyer est au milieu, sous une ouverture du toit qui donne issue à la fumée, De petites banquettes en planches élevées de huit ou dix pouces règnent au pourtour, et l'intérieur est parqueté avec des
nattes. La cabane qui vient d'être décrite était
à “ps , . .
située au milieu d’un bois de rosiers, à Cent pas
du bord de la mer; ces arbustes étaient en fleur
et exhalaient une odeur délicicuse ; mais elle ne pouvait compenser la puanteur du poisson et de
l'huile qui aurait prévalu sur tous les parfums
de l'Arabie, Ils avaient sans cesse la pipe à la
bouche; icur tabac ‘ait d’une bonne qual.é, à longues icuilles; , ai cru comprendre qu'ils le tiraient de la Tartarie. Mais ils nous ont expliqué clairement que leurs pipes venaient de
l'île qui est au sud , sans doute du Japon.
» Le lendemain, les frégales partirent à la pointe du jour , et jusqu’au 19 louvoytrent au milieu des brumes. Ge jour-là elles mouillèrent dans une baiïe de la même côte qui fut appelée Baie d'Estaing. Nos canots y aboraètrent au picd de dix ou douze cabanes placées sans ordre à une srande distance les unes des autres, et à cent pas environ du bord de la mer ; elles étaient un peu plus considérables que celles que j'ai décrites, On avait employé à leur construction les mêmes matériaux , mais elles étaient divisées en deux chambres ; celle du fond contenait tous les petits meubles du ménage, le foyer et la banquette qui règne autour ; mais celle de l'entrée, absolument nue, paraissait destinée à recevoir les visites ; les étrangers n'étant pas probablement
admis devant les femmes. Quelques officiers en
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DE A 1 2 LED ARE AU PRIE TURN 552 32 TES TORAUS EDIT TRE: PRESS PERRET NE 2 SE
rencontrèrent deux qui avaient fui et s'étaient cachées dans les herbes. Lorsque nos canots abordèrent dans l’anse, des femmes cffrayées poussèrent des cris comme si elles avaient eu la
crainte d’être dévorées : elles étaient cependant
sous la garde d’un insulaire qui les ramenait chez elles, et qui semblait vouloir les rassurer, Leur physionomie est un peu extraordinaire, mais assez agréable; leurs yeux sont petits, leurs lèvres grosses , la supérieure tatouée ou peinte en bleu. Leurs jambes étaient nues; une longue robe de chambre les enveloppait. Leurs cheveux étaient dans toute leur longueur, et le dessus de la tête n’était pas rasé comme chez les hommes,
» M. De Langle, qui débarqua le premier, trouva les insulaires rassemblés autour de quatre pirogues chargées de poisson fumé; ils aidaiïent à les pousser à l’eau, etilappritqueles vingt-quatre hommes qui formaient l'équipage étaient Mandchoux, et qu'ils étaient venus des bords du fleuve Ségalien pour acheter ce poisson. Ileut une longue conversation avec eux par l'entremise de nos Chinois, auxquels ils firent le meilleur accueil. Ils confirmèrent tous les détails de géographie qui nous avaient été donnés précédemment. M. De Langle rencontra aussi dans un
DE LAPÉROUSE, — 1787, 135 coin de l'ile une espèce de cirque formé par 15 ou 20 piquets surmontés chacun d’une tête d'ours. Les ossements de ces animaux étaient épars aux environs. Comme ces peuples n’ont pas l'usage des armes à feu, qu’ils combattent les ours corps à corps, et qr: leurs flèches ne peuvent que les blesser , ce ci que nous parut être destiné à conserver la mémoire de leurs exploits, et les vingt têtes d'ours exposées devaient retracer les victoires qu’ils avaient remportées depuis dix ans, à en juger par l’état de décomposition dans lequel était le plus grand nombre. Les productions et les substances du sol de la baie d'Estaing ne diffèrent presque point de celles de la baie De Langle ; le saumon y était aussi commun, et chaque cabane avait son magasin. Nous découvrimes que ces peuples consomment la tête, la queue et l’épine dorsale, et qu’ils boucanent et font sécher, pour être vendus aux Mandchoux, les deux côtés du ventre de ce poisson dont ils ne se réservent que le fumet qui infecte leurs maisons, leurs meubles, leurs habillements et jusqu'aux herbes qui environnent leurs villages. Nos canots partirent après avoir comblé de présents les Tartares et les insulaires,
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136 VOYAGES ET AVENTURES « En avancant au N,, la côte de Tchoka était beancoup plus montueuse el plus escarpée que dans la partie méridionale, Nous n'apercümes ni feu ni habitation: nous primes pour la pre mière lots, depuis que nous avions quitté la côte "y" . . . .
de Tartarie, huit ou dix morues, ce qui sem blait annoncer la proximité du continent que NOUS avions perdu de vue depuis les 47° de la-
bitude,
» Obligé de suivre l'une ou l'autre côte, j'avais donné la préférence à celle de l'ile, afin de ne pas manquer le détroit, S'il en existait un à l'est, ce qui demandait une extréme attention à cause des brumes, qui ne nous laissaient que de trèscourts intervalles de clarté ; aussi m'y suis-je en quelque sorte collé, et ne m'en suis-je jamais éloigné de plus de deux lieues, depuis la baie De Langle jusqu'au fond du canal. Mes conjectures sur Ja proximité de la côte de Tartarice étaient tellement fondées, qu'aussitôt que notre horizon s’étendait un peu, nous °n avions une parfaite connaissance, Le canal commenca à se rétrécir par le 50e degré, et n'eut plus que 12 ou
413 licues de largeur.
» Comme je n'avais aperçu aucune habitation
depuis Ta baie d'Estaing, jenvoyai M. de Clonard av : qualre canots pour reconnaître une anse, dans laquelle coulait une petite rivière, élorsnée de trois Beues d'un pie très-remarquable qui fut appelé Pic de la Martinicre, M. de Clonard é{ait de retour à huit heures du soir , el il ramena, à mon grand étonnement, tous ses canols pleins de saumons, quoique les équipaes n'eussent ni lignes ni filets; ilavait abordé à l'embouchure d'un ruisseau, dont la largeur u'excédail pas qualrs: toises, ni Ja profondeur un pied; il l'avait trouvé tellement rempli de saumons que le Jit en était tout couvert , et que nos matelots, à coups de bâtons, en avaient tué 9,200 dans une heure ; il n'avait d’ailleurs ren-contré que deux ou trois abris abandonnés , qu'il Supposut avoir té élevés par des Mandcho venus, suivant leur coutume, du continer, pour commercer dans le sud de cette île, La végétation élait encore plus vigoureuse que dans les baies où on avait abordé ; les arbres étaient d'une plus forte dimension ; le céleri et le cresson Croissaient en abondance sur les bords de celle rivière, On aurait pu aussi ramasser de quoi remplir plusieurs sacs de baies de senièvre, Les sapins et les saules étaient en bien plus grande