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quetcrie. Aitaqués de droite et de gauche, de Le
l'avant et de l'arrière, les équipages ne savaient &
plus ni à qui obéir, ni comment se défendre.
DE LAPÉROUSE. — 1787, 183 C'était un horrible cembat , une mêlée sanglante et confuse, où l'avantage de la situation devait annuler et dominer la supériorité des armes à feu.
On ne pouvait tout X ia fois dégager les chaloupes engravées et se défendre contre les attaques des naturels. Le lieutenant Boutin, qui commandait la deuxième chaloupe, ordonna bien de faire feu ; à la distance de quatre ou cinq pas, chaque coup de fusil dut tuer un sauvage ; mais on n'eut pas le temps de recharger. Les chaloupes furent donc évacuces et on parvint à rejoindre les canots restés heureusement à flot. Ce mouvement opéra une diversion salutaire. Les sauvages , cmportés par l'ardeur du pillage, se précipitèrent sur les embarcations qu’on leur abandonnait , se disputant avec achaz sement les moindres bagateiles. On eût dit une nuée d’oiseaux de proie s’abatlant sur des cadavres, En peu de minutes, les embarcations furent dé-
pecées, et s’en allèrent par lambeaux : bancs,
avirons, agrès, clous, ferrements. Occupés à cette œuvre de destruction , les agresseurs oublièrent les équipages fugitifs. Ceux-ci, parvenus jusqu'à leurs canots , avaient jeté à la mer toutes
Il 16 } ; ‘allé la fai les noces à pan afin de &'allôrpr opt do faire
place à tout le monde ; puis ils s'étaient dirigés vers le large, Dans le plus étroit de la passe , un incident faillit toutefois compromettre de nouveau le salut de ces malheureux, Le canot de l’Astrolabe toucha. La situation était critique : des deux côtés du chenal, et à dix pieds au plus de distance, un banc de récifs permetlait aux insulaires de venir engager une nouvelle attaque contre les fugitifs. D'ailleurs le pillage des chaloupes était achevé, et cette masse de furieux, ivre d’un premier succès, restait tout entière disponible. Elle accourut en effet en poussant des cris horribles, croyant tenir une nouvelle proie, eL espérant couper la retraite aux Fran- Cais; mais plusieurs décharges faites à propos sauyèrent nos marins d'une seconde catastrophe. Les canots se dégagtrent et regagnèrent les frégates.
Quand ces embarcations remplies de blessés àrriverent à bord, el qu on cul üppris le (ragtque dv ‘NE qui venait d’avoir licu, un long Cri de vengeance relentil parmi les équipages, Il ÿ ävail autour des vaisseaux Cent pirogues, où ics nalurels vendaicnt des provisions avec une sécurité qui prouvait leur innocence : €’étaient
les frères, les enfants les Compalriotes des bar-
irigés e,un nouot de que :
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bares qui venaient de commettre le crime le plus odieux; c'eût été une belle hécatombe offerte aux mäânes des victimes. Déjà les soldats avaient saute sur les canons, sur leurs armes: mais Lapérouse, toujours humain, arrêta ces mouvements naturels de vengeance, Il se con tenta de faire tirer un seul coup de canon à pou dre, pour disperser les pirogues; en moins
d'une heure elles avaient toutes disparu,
Lapérouse eut d'abord le projet d'ordonner une nouvelle expédition pour venger ses malheureux compagnons de voyage, et reprendre les débris de ses chaloupes. Dans cette vue i] approcha la côte pour ÿ chercher un ancrage, mais il ne trouva que le même fond de corail rencontré par De Langle, avec une houle qui roulait à terre el faisait briser les récifs. IL céda d'ailleurs aux représentalions du lieutenant Boutin, qui lui fit entrevoir que la situation de cette baie était telle, que si les canots avaient le malheur d'y échouer , il n’en reviendrait pas un seul homme, parce que les arbres, qui touchaient presque le bord de la mer, mettant les sauvages à l'abri de la mousquetcrie, laisseraient les Francais, après leur débarquement, exposés à une grêle
de pierres.
On conçoit ce qu'il dut en coûter au Capitaine pour s’arracher d’un lieu si funeste , et pour abandonner les Corps de ses compagnons massacrés, surtout celui de son ancien ami, d’un homme de Cœur, plein de jugement, de connaissances, et l’un des meilleurs officiers de Ja marine francaise, Mais, après deux jours de vaincs lentatives , il fallut, la tristesse et la rage dans l’âme, se résigner À abandonner ces funestes parages, qui recurent le nom d'Zle du
Massacre.
L'ordre fut donc donné, le 14 décembre.
d'apparciller, et on se dirigea vers l’île d’Oïolava, séparée de celle de Maouna par un canal d'environ neuf lieues, Taïti peut à peine lui être comparée pour la beauté, l'étendue , la fertilité et l'immense Population. Parvenues à a dislance de trois lieues de sa pointe nord-ouest , les {régates furent environnées d’une innombrable quantité de pirogues chargées de provisions de tous Jes genres, Les sauvages qui les montalent avaient le même type extérieur que ceux de Maouna: mais leurs manières étaient plus douces, et il régna beaucoup plus de lranquillité dans les échanges, Dans la soirée, les fré-
gales mirent en panne par le travers dn villas
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DE LAPÉROUSE, — 1787, 187 le plus étendu peut-être qui soit dans aucune île de la mer du Sud, Il occupait une vaste plaine couverte de maisons depuis la base des montagnes Jusqu'au bord de la mer, Ces montagnes sont à peu près au milieu de Pile, d’où le terrain, incliné en pente douce, présente aux xaisseaux un amphithéâtre couvert d'arbres, de cases et de verdure, On voyait la fumée s'élever du sein de ce village, comme du milieu d’une grande ville; la mer était couverte de pirogurs sans nombre , allirées en partie par la curiosité, en partie par le désir de faire des échanges. Ces sauvages n'avaient aucune connaissance du fer; ils rejetèrent constamment celui qu’on leur offrait, et ils préféraient un seul grain de rassade à une hache; ils étaient riches des biens de la nature, et ne recherchaient dans leurs échanges que des superfluités, Parmi un assez grand nombre de femmes, Lapérouse en remarqua deux ou trois d'une physionomie agréable, Leurs cheveux, ornés de fleurs et d'un ruban vert en forme de bandeau, étaient tressés avec de l'herbe et de la mousse; leur taille était élégante; leurs yeux, leur physionomie, leurs gestes, annon- Culent la douceur, tandis que ceux des hommes
exprimaient la surprise et la ftrocité,
À l'entrée de Ja nuit, l'expédition continua sa route cn prolongeant l'ile, et les pirogues retournèrent à tcrre, Le lendemain. on ranwea l'ile de Pola beaucoup plus près que la précédente ; la Calastrophe de Maouna ÿ Élait probablement connue, car les frégates ne furent visites par aucune pirogue, Pola, un peu moins grande, mais aussi belle que la populeuse Oïoleva, n’en est séparée que par un canal d'environ quatre Jicues, coupé lui-même par deux îles assez considérables, dont une, fort basse ct lrès-boisée, est probablement habitée. La côte du nord de Pola , comme celle des autres iles de cet archipel , est inabordable pour les vaisseaux; ce n’est qu'après avoir doublé la pointe ouest de cette ile, qu’on trouve une mer calme et sans brisants, qui promet d'excellentes rades.
L'archipel des Navigateurs de Bougainville se compose de sept îles, situtes vers le quatorzième degré de latitude sud, et entre les cent soixante-onze el cent soixantc-quinze degrés de Jongitude occidentale ; elles forment un des plus beaux groupes des mers du Sud. Les habitants en son! [rès-grands °t très-bien faits ; leur taille ordinaire cest de cinq pieds neuf, dix et onze pou-
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DE LAPÉROUSE, — 1787. 189 Laille que par le “aportions colossales de leurs membres. Les h.. "nes ont le corps peint ou tatoué, de manière qu'on les croirait habillés, quoiqu'ils soient presque nus; ils ont seulement autour des reins une ceinture d'herbes marines qui leur descend jusqu'aux genoux, et les fait ressembler aux fleuves de la Fable, qu’on nous représente couverts de roseaux. Leurs cheveux sont très-longs; ils les retroussent souvent autour de la tête, et ajoutent ainsi à la férocité de leur physionomie. La taille des femmes est proportionnée à celle des hommes.
Ces peuples ent certains arts qu'ils cultivent avec succès. Nous avons vu avec quelle élégance ils construisenc leurs cases. Ils vendnent aux Francais, pour quelques grains de verre, de grands plats de vois à trois pieds, d’une seule pièce , et tellement polis qu’ils semblaient être enduits de vernis, Ils fabriquent aussi des nattes extrêmement fines et quelques étoffes de papier ct de toile, dont les chefs se couvrent le corps comme d'une jupe. Leur langue est un dialecte
du langage des îles de la Société et des Amis.
Parmi quinze ou dix-huit cents insulaires que les Français eurent occasion d'observer, trente
au moins s’annoncèrent à eux comme des chefs ; ils exerçaient une espèce de police, et distribuaient de grands coups de bâton à ceux qui les cntouraient : mais jamais souverains ne furent moins obtis , l’ordre qu'ils avaient donné était aussitôt transgressé. C’est avec raison que Bougainville les appela Les Navigateurs ; tous leurs voyages se font en pirogue , et ils ne vont jamais à pied d'un village à l’autre. Ces villages sont tous situés dans des anses sur le bord de la mer,
et n’ont de sentier que pour pénétrer dans l’in-
térieur du pays. Lapérouse n’aperçut aucun morai (tombeau), et ne put être témoin d’ancune de leurs cérémonies religieuses.
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