DE
nuance moins foncée; mais on remarque que leur peau est beaucoup moins obscure sur quelques individus , et sur les parties du corps qui ne sont ee: point exposées à l’action de l'air et du soleil. ds, F ES : . , Leurs cheveux sont en général moins forts el LLS- ° e E-* . 4 moins noirs que ceux des América'ns du Sud :
d on en voit beaucoup de châtains. Ils ont aussi Ja et barbe plus touffue.
, du La parfaite égalité de leurs dents me fit croire les qu'elles pouvaient être l’effet de l’art; mais les el ayant examinées de près et avec atlention , je à n’aperçus aucuns altération à l'émail, et je vis jU- qu'ils tenaient cette régularité de la nature. et : = Ces peuples se peignent le corps el le visage, É— € se latouent et se percent les oreilles et la cloison es du nez.
1) de HABITANTS DE L'ILE DE TCHOKA ET TARTARES pi ORIENTAUX.
en VE Le 42 juillet 1787, nous mouillâmes dans la Q—
baie De Langle, située dans la partie ouest de l'île de Tchoka ou Ségalien.
Le lendemain, nous descendimes : à terre: et
aussitôt que nous y fûmes, les habitants de cette
île vinrent au-devant de nous, et s'empressèrent(
de nous donner des marques de bienveillance
qui nous firent présumer avantageusement de
leurs intentions à notre ée gard.
Ces peuples sont très-intelligents, respectent
les propriétés, ne concoivent point de défiance .
el communiquent aisément avec les ctrangers.
ils sont d’une taille médiocre , trapus, fortement
constitués, ontun lége re mbhonpoint, les formes
et les muscles très-prononcés, La taille la plus (
commune parmi ces insulaires est de cinq pieds,
et la plus haute de cinq pieds quatre pouces :
mais les hommes de cette dernière slature sont
lrès-rares,
Tous ont la tête grosse, le visage large et plus
arrondi que celui des Européens, Leur physio-
nomie est animée et assez agréable , quoique
l'ensemble des parties qui composent la face
n'ait pas en général la régularité et la grâce que
nous admettons. Presque tous ont les joues gros-
+ ses, le nez court, arrondi à son extrémité,
les ailes fort épaisses; les veux vifs, bien fendus.
de grandeur moyenne, bleus chez quelques-uns,
el noirs en général, les sourcils bien garnis, la
iu bouche moyenne, la voix lorte, les lèvres peu épaisses et d’un incarnat obscur : on remarque que quelques individus ont le milieu de Ja lèvre
latouéen bleu; ces parties, ainsi que Jeurs veux,
sont susceptibles d'exprimer louie espèce de sentiments, Is ont les dents belles, bien classées et en nombre ordinaire , le menton arrondi
CL peu saillant, les oreilles petitess ils les per- Cent, CE Y portent des ornements de
verroterie 5 1 £ L ou Ges anneaux d argent,
Les femmes ont la lèvre supérieure entière-
ment fatoute en bleu ; elles portent leurs cheveux dans toute leur longucur, Leur habillement ne différe point de ce
lui des hommes :
chez les deux sexes la
couleur de Ja peau est basante, et celle des ongles , qu'ils laissent croi- Le, est d’une nuance plus obscure que chez les Européens, La barbe de ces insulaires ,
longue cl'touflue, donne,
aux vieillards surtout, l'air srave et vénérable : les jeunes gens m'ont paru avoir pour ces derniers des égards et beaucoup de respect, Les cheveux
cl médiocrement forts ;
sont noirs, lisses quelques-uns les ont Châtains : tous les Portent £n rond, longs d’en-
D EE er
PA DÉTAILS SUPPLÉMENTAIRES ViPOn SIX pouces par derrière el coupés en ver
es sur le devant du front elaux tempes,
Lcurs vétcments consistent en une soulane ou
ui
| EL Lois,
au-dessus des hanches. Cette robe est laite de
espèce de robe de chambre, qui se croise e devant, où elle est fixée par de pelits bou-
des cordons, el par une cermture placée
peau, où de nankin ouaté, étofle qu'ils lubri-
quent avec l'écorce du saule : elle descend ordinairement jusqu'aux mollets, el quelquelois plus bas, ce qui les dispense, pour la plupart, de perler d'autre vêtement. Quelquesuns ont des bottines de peau de loup man in, dont le pied ressemble par la forme el le travail, À la chauscure chinoise; mais la plupart vent les pieds et la tête nus : un petit nombre seulement ont la ile entourée d'un bandeau de peau d'ours ; mais ils s'en servent plutôt comme d'un ornement que pour se garantir des impressions du
{froid et du soleil.
Tous ont, comme les Chinois de la caste inlérieure. une ceinture où ils attachent leur coueau. une défense d'ours, et différentes petites poches, où 1ls mettent leur briquet, leur pipe, et leur blague, qui contient du tabac à fumer,
dont 1ls font un usage géné ai.
AU VOYAGE DE LAPÉROUSE, 219 Leurs cases leur assure un abri contre a pluie et les inclémences de Pair; mais elles sont
peu vastes, cu égard au nombre d'individus qui
les habitent. La Couverture forme deux plans
inclinés , qui ont environ dix à douze pouces
d’'élévation à leur point de Jonclion, trois ou
quatre sur Jes collés, el qualorze ou quinze
pieds de large sur dix-huit de long, Ces cabanes
Sont Construites avec des chevrons solidement
assemblés , couvertes CL fManquées d’écorces
d'arbres et d'herbes desséchées , disposées de
la même manivre que la paille qui couvre les
chaumières de nos paysans
On remarque dans Pintérieur de ces maisons
un Carré de terreau élevé d'environ SIX pouces
au-dessus du sol, el soutenu latéralement par
de petits madriers : c’est le lover, Sur les côtés
el dans le fond de iPparlement, on voit des
lréleaux de douze à [5€ pouces d’élévation ,
où Is étendent des nattes pour se coucher aux
heures de repos,
Les ustensiles dont ils font usage pour ap-
préler ou pour prendre leurs aliments consis-
‘ent en chaudrons de ler, en écuelles ou vases de bois et d’écorce de bouleau, varices de formes ol de:
iravaii; Ci ils se SCrvent, Comme Jes Chi-
»20 DÉTAILS SUPPLÉMENT AIRES uois, de pelites baguettes pour manger, Les heures des repas sont, pour chaque famille, à midi
et vers la fin du jour.
Dans la partie sud de File, les habitations sont un peu mieux soignées el mieux décorées, la plupart sont plancheices : on y voit des vases de porcelaine du Japon, auxquels ils sont trèsattachés, ce qui porte à croire que ces peuples ne se les procurent qu'à grands frais et diflicilewent. Îs ne cultivent rien, et ne vivent que de poissons fumés et desséchés à l'air, et de quel-
que “ibier que leur produit la chasse.
Chaque famille a ses pirogues el ses instruments pour la pêche et pour la chasse. Leurs armes sont Parc, le javeïot et une espèce d’esponton qui leur sert particulièrement pour la chasse de l'ours, À côté de leurs cases, ils ont des magasins où ils mettent les provisions qu'ils ont amasstées et préparées dans la belle saison pour l'hiver : elles consistent en poissons séchts, en une assez grande quantité d'aulx et de céleri sauvage, d'angélique, et d'une racine bulbense qu'ils nomment apé, connue sous le nom de lis jaune du Kamischatka; et en huile de poisson qu'ils conservent dans des estomacs
qui ont appartenu à de grands animaux, es
AU VOYAGE DE LAPÉROUSE, 221 magasins sont bien construits en planches, fer mes, Clevés au-uessus du sol, et supportés par
plusieurs piques d'er:‘ron quatre pieds de haut.
Les chiens sont les seuls animaux que nous ayons vus aux habitants de Tchoka: ils sont d’une moyenne grandeur, ont ie poil un peu long , les orcilles droites, le muscau aHonuc , le cri fort et
point SAUVALC,
Ces insulaires sont, de tous les peuples non civilisés que nous ayons visilés, si toutefois on peul les considérer comme tels, les seuls chez qui nous ayons vu des métiers de Usserand : ces métiers sont complets, mais assez petits pour être portatifs.
Ils font usage du fuscau pour filer Le poil des
nimaux , l'écorce du saule et celle de la grande
orlie, avec lesquels ns forment le tissu de leurs lofles.
Ces peuples, dont le caractère est très-doux et confiant, paraissent avoir des relations de commerce avec les Chinois, par les Tartares Mantchoux; avec les Russes, par la partie nord de leur île ; el par ceile du sud, avec les Japonnas: mas l'objel de ce commerce est peu impor-
tai; il consistesculement en quelques petleteries
el on huile de baleine. La pêche de ce cétacé ne se fait que dans l'extrémité sud de l'île, La manière dont on en retire l'huile est peu économique : on échoue la baleine sur la plage disposée en talus, on Fabandonne à la pulréfacion, et Fon recoit l'huile qui s'en sépare d'elleméne dans une espèce de cuvier placéàla partie la plus déclive du terrain, où elle est dirigée
dans son écoulement par de petites risoles.
L'ile de Tehoka, ainsi nommée par ses habiunits, et à laquelle les Japounais donnent la dénomination d'Ocu-desso, et les Russes. qui ne connaissent que la partie nord seulement, le nom d'île Ségalien, embrasse, dans son plus grand diamètre, toute l'étendue comprise entre le quarante-sixième parallèle et le cinquante-
quatrième.
Elle est très-boisée et très-élevée dans son miheu; mais elle S'aplatit vers ses extrémités, où elle parait offrir un sol favorable à l'agriculture : la végétation y est extrêmement vigoureuse : les pins , les saules, le chêne et le bouleau peuplent ses forêts, La mer jui baigne ses côtes est trèspoissonneuse, ainsi que ses rivières CL ruisseaux, qui fourmillent de saumons et de truites de la
iiit LALU LL SELS
La saison où nous avons abordé à cette île était très-brumeuse et assez temptrée, Tous ses habiiants n'ont paru jouir d’une complexion saine et robust qu'ils conservent même dans un âge Lrès-avance, el je n'ai reconnu parmi eux ni vice de conformation, ni aucune trace de maladies
conltagicuses cl autres.
Après avoir communiqué plusieurs fois avec les insulaires de l'ile de Tchoka, séparée de la côte de li Tartarie par un canal que nous crùmes communiquer avec la mer du Japon, àcelle d'Okhatsk, nous continuâmes à faire rouie au nord; mais le fond du canal ayant diminué progressivement et d’une manière uniforme dans toute sa largeur, jusqu'à six brasses d’eau, Lapérouse jugea convenable, pour la sûreté de sa navigalion, de rétrograder vers le sud, vu que l'impossibilité de nous rendre au Kamtschakta , en débouquant par le nord, nous était presque démontrée. Mais la continuité des brumes et les vents du sud, qui régnaient presque constamment depuis qualre mois que nous tenions la mer, rendaient notre situation très-crilique, et
celle entreprise aussi longue que pénible.
Le bois et l’eau que nous avions pris à Manuie
élant consommés, notre commandant chercha x “ . a
“ Säpprovisionner de nouveau de ces objets avant de rien tenter.
Le 27 juillet 1787, nous cûmes une cclaireie qui nous permit de reconnaître une baie vaste,
où nous jetèmes l'ancre; elle nous offrait un
abri assuré contre le mauvais Lemps , el tous les
moyens de nous pourvoir des choses essentielles qui nous manquaient, pour continuer notre navigation, Ceite baic est située sur lacôte de Tarlarie, par 51 degrés 29 minutes de latitude nord, et par 139 degrés 41 minutes de longitude; elle fut nommée baie de Castries.
Le pays est très-montucux, et si couvert de bois , que loute la côte ne fait qu'une forèt. La
végétation y est très-vigoureuse,
Ses habitants, les seuls que nous avons reconnus sur celte côte depuis la Corée, étaient élablis dans Le fond de cette baie vers l'embonchure d’une petite rivière très-poissonneuse,
Ces peuples sont doux, affables, et, comme les insulaires de Tchoka, nese défient nullement des étrangers ; ils ont le respect le plus scrupu-
lcux pour les propriétés, el montrent peu de
AU VOYAGE DE LAPÉROUSE. 225 curiosité et de désir pour obtenir les choses qui
pourraient leur être de la plus grande utilité,
Pour saluer , ils fléchissent le Corps en a van! ; ci, lorsqu'ils veulent donner de grandes marques de respect, s'agencaillent et s’inclinent presque
jusqu'à toucher la terre avec le front.
Les caractères extérieurs de l'organisation de ces peuples sont réguliers, et offrent peu d’analogie avec ceux des habitants de Tchoka , leurs voisins, séparés d'eux seulement par un canal
de dix à douze lieues de largeur dans cette partie.
Ces Tartares sont d'une stature moins élevée, plus faibles, et d'une physionomie beaucoup moins agréable el moins régulière ; leur teint est un peu moins obscur , ils ont même la peau assez blanche aux parties constamment couvertes ; leurs cheveux sont moins épais; ils n’ont que très-peu de barbe au menton et à la lèvre supéricurc , au lieuque les insulaires de Tchoka sont, comme je l'ai dit, carrés, ontles muscles fortement dessinés, et sont plus velus qu’on ne l'est généralement en Europe. Ces différences dans la constitution de ces peuples semblent indiquer des hommes d’une race différente, quoi-
qu'ils vivent sous le même climat, et que leurs