‹ Voyages et aventures de Lapérouse [microforme]Chapitre 43 sur 46 · CRE RE · texte numérisé non relu

CRE RE

DE

DÉTAILS SUPPLÉMENTAIRES mœurs , leurs manières de vivre soient analogues, où n’offrent que de légères différences.

Les femmes sont laides ; leur physionomie n’a même aucun caractère de douceur qui les distingue des hommes.

La taille commune des hommes est de quatre picds neuf ou dix pouces ; ils ont la tête volumineuse, relativement au reste du corps , la face plate et presque carrée, le front petit, arrondi, elun peu déprimé de l'avant à l'arrière: les sourcils peu marqués, noirs ou châtains, ainsi que les cheveux; les yeux petits el à fleur de tête ; Jes paupières si peu fendues qu’elles brident aux deux angles lorsqu'elles sont ouvertes ; le nez court et à peine sensible à sa racine, tant il est peu développé dans cette partie ; les joues grosses el Evasées , la bouche grande, les lèvres épaisses ct d'un rouge obscur; les dents pelites, bien rangées , mais très-susceplibles l'altération; le menton peu saillani, et les branches de la mâchoire inféricure un peu resserrces ; les extrémités du corps petites et les muscles peu marqués. Le développement irrégulicr de toutes ces parles , exclut les grâces des formes du Corps et la délicatesse des traits de la physionomie de

AU VOYAGE DE LAPÉROUSE, 297 et les plus chétifs que j aie vus sur les deux hémisphères. Quoique ces Tartares , ainsi que les habitants de Tchoka, soient parvenus à un degré de civilisation et de politesse assez avancé, ils n'ont point de culture et vivent dans une extrêc. malpropreté, Is se nourrissent principalement de poissons frais pendant l'été, et l'hive., de poissons fumés et desséchés à l'air sur des séchoirs établis à peu près comme ceux de nos blanchisseuses : ils décollent le poisson, le vident, en enlèvent les arêtes, et l'attachent ensuite au séchir ; lorsqu'il est sec, ils le rassemblent en tas, et le conservent dans des magasins semblables à ceux établis dans l'ile de Tchoka.

[is prennent le poisson à l'hamerer , au filet, où Îc piquent avec une espèce on ou

bâton ferré,

Es font régulièrement deux repasen Commun, l’un vers le milieu du jour , l’autre sur son déclin. Leurs ustensiles et la manitre de préparer leurs aliments sont les mêmes que ceux des habilants de Tchoka; ils tirent ces objets et autres de la Tartarie, du pays des Mandchoux et du Japon.

Une chose qui nous à étonnés, c'est de voir

& = RE si: JR RE. CREER

228 DÉTAILS SUPPLÉMENTAIRES avec quelle avidité ils mangent crues la peau ,

la partie cartilagineuse du poisson frais, celle du

museau, el celle qui avoisine ses ouics, Ce régal

el l'huile de poisson m'ont paru être pour eux les mets les plus délicats et ceux qu'ils préfè-

rent.

Les hommes et les femmes sont +êtus d'une souquenille semblable à celle de nos charretiers, ou d’une espèce de peignoir qui descend jusqu'aux mollets , et qui est fixé en devant par des bouions de cuivre, Ce vêtement ne difère point de celui des habitants de Tchoka : il est fait de peaux de poissons, quelquefois de rankin, et de peanx d'animaux terrestres pour l'hiver, Les immes ornent le bas de cette sorte de robe de peliles plaques de cuivre symétriquement rances, Tous portent aussi une espèce de pantalon à Ja chinoise, et de petites bottines analogues à colles des habitants de Tehoka : ils ont de même nn anneau de corne ou de métal au pouce, et des bijoux qui peudent au: vreilles et aux ailes du nez.

Je n'ai point reconnu non plus qu'il * eût parmi eux d'autres chefs que ceux de chaque funille, Les seuls animaux qu ils élèvent son!

des chiens de même espèce que ceux de Tchoka,

et ils s’en servent de même en hiver pour tirer leurs traîneaux.

La vigueur du climat où vivent ces Tartares les oblige d’avoir des maisons d'hiver et des maisons d'été : la forme et les distributions in-

iérieures en sont les mêmes que celies que j’ai

‘étañlées en parlant de Tchoka. Les maisons 18 «’hiver ont seuloment cela de particulier, qu’eiles É sont enterrées par la base d'environ quatre pieds, et ont une espèce d’avant-loit ou de cor-

ridor qui aboutit à l'entrée. Malgré cette manitre

me

de vivre sidure et si triste, ces Tartares m'ont paru jouir d'une assez bonne santé peadant leur jeuresse ; mais à mesure qu'ils avancent en

âge ils acviennent sujets aux inflammations de

la conjonctive, fort commune parmi eux, et à la cécité. Il est très-probable c e ces infirmités ne sont si fréquentes que parce qu'elles sont le produit de causes générales ; telles sont, selon moi, l'éclat de la neige, qui couvre la surface de la terre pendant plus dela moitié de l'année, ci l'irritation continuelle exercée sur l'organe de la vue par 1a fumée qui remplit constamment . 1 leurs cabanes, où ils sont obligés de se retirer 1 en hiver par le froid, et en été pour se soustraire

Ingornnmant nnm LE v'ià iv

aux mousliques, Qui SCI CcaCcment HON-

i° breuses par ces latitudes.

Les maladies de peau sont fort rares parmi ces peuples, quoiqu ils vivent dans une malproprelé extrême.

Les travaux des deux sexes, leurs instruments pour la pêche et pour la chasse, leurs pirogues, ne différent pas d’une manière remarquable de

ceux des insulaires de Tchoka; mais leurs facultés

hysiques doivent les rendre incapables de sup- I Ï

porter les mêmes fatigues que ces derniers dont la constitution est infiniment plus robuste.

Tous ces peuples paraissent avoir pour leurs morts Ja plus grande vénération, ct employer toute leur industrie à rendre leur sépulture honorable. Ils sont inhumés revêtus de leurs habillements , et avec les armes et les instruments qui leur ont servi pendant la vie. On dépose les corps dans un cercueil fait en planches et de la même forme que chez nous ; les extrémités en sont ornées de morceaux d’étoffes de soie unies, ou brochées en or ou argent. Ce cercueil est ensuite enfermé dans un tombeau construit en planches ou madriers, élevé d'environ quatre

pieds de terre.

APLEN DEAR,

Les détails qu'on va lire sont crmpruntés à l'important ouvrage que M. d’Urville a publié sur son voyage à la recherche de Lapérouse, et au journal du dessinateur de l'expédition , M. de Sainson, dont le crayon spirituel à retracé avec tant de vérité le théâtre du naufrage, la découverte des débris, et le modeste monument éleyé aux mänces de nos infortunés compatriotes. Jusqu'ici, cette relation est pour les marins le dernier mot sur la destinée du Commandant de la Boussole et de L'Astrolabe.

Les années 1789 et 1790, écoulées sans qu'au: Cune nouvelle postérieure à celles de Botany-Bay parvint dans nos ports de mer, de séricuses inquiétudes commencèrent à s’accréditer. La Société d'histoire naturelle pril l'initiative, ct de-

manda à l'assemblée nationale qu'une expédition fût envoyée à la recherche des vaisseaux de La-

C : n LE PRÈRÉE RE /œu si véné pérouse. L'assemblée s’associa à un vœu si génércux, par son décret du 9 février 1791 , sanc-

üionné par Louis XVI. Un armement fut résolu.

Les deux grandes flûtes la Recherche et l'Espérance partirent de Brest le 28 septembre 1791, sous les ordres du général d'Entrecasteaux. Cet oficier, à son passage au cap de Bonnc-Espérance, apprit qu'un rapport du commodore

* désignait Îes îles de l'Âmirauté comme

Je théüire probable du naufrage de Lapérouse. À l'instant même, les deux flûtes se dirigèrent vers cet archipel; mais, contrariées nar la saison, et d’ailleurs mauvaises voilières, elles n°v parvinrent que le 2$ juillet 1792. Leurs recherches furent inutiles ; nul bâtiment curopten ne semblait s'être perdu sur ces parages. D’Entrecasteaux poursuivit les opérations qui lui avaient été imposées. De beaux travaux scientifiques , publiés par MM. Rossel et Labillardière, furent la seule compensation de frais énormes et d'incalculables fatigues. L’armement fat traité dans son personnel plus mal qu'aucun ne l'avait été. Les trois premiers chefs moururent, d'Entrecasteaux, Huon de Kermadec et d'Auribeau , et avec eux une bonne partie des équipages. Enfin, à leur arrivée à Java, les deux navires furent confisqués par le gouvernement hollandais, Ce qu'il y a de plus singulier dans ce voyage, c'est que les deux conserves passèrent devant l'île qu'elles cherchaient, devant Vanikoro, thtätre du désastre de Laptrouse , Où, sans doule, on eût trouvé alors des traces récentes du naufrage, et peut-être des hommes encore vivants,

Depuis cette époque , jusqu’en 1825, aucun

APPENDICE. 5 233 et la Coquille, expédiées pour les mers du Sud sous la restauration , ne furent point envoyces dans cette pensée. La Coquille, dans la nuit du 1 au 2 août 1823 , passa à quatre ou cinq lieues de Vanikoro, saus se douter que cette île gardât des preuves du triste événement. Ge ne fut guère qu'au moment où le ministère accueillit le projet du capitaine d’Urville, c'est-à-dire vers la lin de 1825, que l’on songea à faire des recherches nouvelles. Il était bruit alors, en France, du rapport d’un balcinier qui avait vu une croix de Saint-Louis et quelques médailles entre les mains des sauvages de la Louisiane et de la Nouvelle-Calédonie. Les détails paraissaient exacts ct formels. Le ministre de la marine en tint compte ; M. d'Urville fut chargé d'aller s’assurer jusqu'à quel point ils pouvaient être vrais, et de poursuivre la solution du problème. Le nom de son navire, {a Coquille, fut changé en celui 'Astrolabe.

L'Astrolabe partait de France avec des données bien incertaines ; mais sur sa route l’atteng> à Port- Jackson , loin de rien lui rtvéler, mit M. d’Urville

en défiance contre les bruits accrédités en

daient de précicux indices, Son passa

France. Plus heureux à Tonga-Tabou . apprit

par la Tamaha * que Laptrouse avait relâché à Namouka, après avoir quitté Botany-Bay. Ce ne fut qu'à la fin de 1827, et dans une relâche à Hobart-Town, capitale de la Tasmanie, qu'il fut mis sur la voie d’une nouvelle reconnaissance. On lui parla dans cette ville d’une découverte faite par le capitaine anglais Dillon , et il recueillit les indices que nous allons rapporter. Vicux routier de l'océan Pacifique, où il naviguait depuis vingt ans sur des bâtiments de commerce, Dillon commandait en 1826 le Saint- Patrick, qui, dans sa route de Valparaiso au Bengale, passa le 15 mai près de Tikopia, voisine des îles Fidji. Sur les pirogues qui s’approchèrent du navire se trouvaient le Prussien Bushart et le lascar Joe, qu’il avait, treize ans auparavant , déposés sur cette île. Joe, monté à bord , fit des affaires avec l'équipage, et , entre autres objets, vendit à l’armurier une poignée d'épée en argent, sur laquelle étaient gravés des caractères. Interrogé à cet égard, le lascar répondit que celte poignée, ainsi que d’autres objets de fabrique européenne, qui se trouvaient à

Tikopia , provenaient d’une île voisine, appelée

Vanikoro , sur laquelle deux grands navires

micre autorité des iles Tonga.

APPENDICE, 239 avaient autrefois naufragé. Le lascar aflirma, suivant Dillon, qu'ayant fait Je voyage de Vanikoro six ans auparavant, il ÿ avait vu deux hommes âgés, marins des bâtiments perdus ; il ajouta que les débris du sinistre existaient encore, el qu'on pourrait en recueillir quelquesuns. De ce récit Dillon inféra que ces deux bâtiments élaient ceux de Lapérouse, Il décida Bushart à l'accompagner sur Vanikoro : mais, cette fois, les calmes et les courants contrarièrent sa reconnaissance, Retourné à Calcutta, il fit part de ses soupcons à la Compagnie des Indes et à Ia Société asiatique, dans un rapport officiel plus explicite et plus formel que le récit livré depuis à la publicité.

« En examinant la poignée d'épée, dit-il, je crus y découvrir les initiales du nom de Lapérouse, Ce qui fit naître en moi des soupcons ct pousser mes queslions aussi loin que possible. Par l'intermédiaire de Bushart et du lascar, j'interrogeai quelques insulaires sur Ja manière dont leurs voisins avaient pu se procurer tous les objels en argent et en fer qu’ils possédaient. [Is me répondirent que les naturels de Vanikoro racon-

taient que, bien des anntes auparavant , deux

Fe entre MN GE Te

îles, qu'ils avaient jeté l'ancre, l'un à l'île de Vanou, l’autre à l'ile de Païou, peu éloignées l'une de l’autre. Quelques jours après, el avant qu'ils cussent eu communicalion avec la terre, une tempêle s’élait élevée, el avait poussé les deux vaisseaux à Ja côte. Gelui qui avait jeté l'ancre à Vanou échoua sur les rochers. Les naiurels se portèrent alors en foule au bord de la mer, armés de massues , de lances et d’arcs , et Jancèrent quelques flèches à bord du vaisseau. L'équipage riposta par des coups de canon, et tua plusieurs sauvages. Le vaisseau, battu par

les vagues, et continuant de se heurter conire

les roches, fut bientôt mis en pièces. Quelques hommes de l'équipage se jetèrent dans les canots , et furent poussés par le vent à la côte, où en débarquant ils furent tués par les naturels ; d’autres, qui s'étaient jetés à la nage, ne gagnèrent la terre que pour partager le sort de leurs compagnons, de sorte que pas un seul homme n’échappa à la mort.

» Le vaisseau qui échoua à Païou fut jeté sur une plage de sable. Les naturels accoururent et Jancèrent leurs flèches sur ce navire, comme ils avaient fait sur l’autre; mais les gens de l'équi-

page eurent la prudence de ne pas répondre par

de les armes à celte agression. Au contraire, ils es montrèrent aux assaillants des haches, de la vernl roterie et d’autres bagatelles, comme offrande e, de paix, et ceux-ci cesstrent les hostilités. Auses sitôt que le vent eut un peu diminué, un vicillard té poussa au large dans une pirogue, et aborda le a- vaisseau ; c'était un des chefs du pays. I fut recu Ja avec des caresses , et on lui offrit des présents, et qu'il accepta. Il revint à terre, apaisa ses comu. patriotes , et leur dit que les gens du vaisseau et étaient bons et affables , sur quoi plusieurs natuar rels se rendirent à bord, où il leur fut offert à re tous des présents. Bientôt ils apportèrent en rees tour à l'équipage des ignames, des volailles, des a- bananes, des cocos, des porcs, et la confiance où se trouva établie de part et d’autre.

ss » L'équipage du vaisseau fut obligé de l’abanme donner, Les hommes blancs descendirent à terre, ” apportant avec eux une grande partie de leurs si provisions. Îls restèrent quelque temps dans l'île, et bâtirent un petit vaisseau avec les débris du ur grand. Aussitôt que le petit bâtiment fut prêt à cl mettre à la voile, il partit avec autant d'hommes is qu'il put convenablement en porter, après avoir 1i- été approvisionné de vivres frais et abondants

par les insulaires. Le commandant promit aux

frs cpag aber mt

hommes qu'il laissait dans l'ile de revenir promptement les chercher et d'apporter en même temps des présents pour les naturels; mais jamais les insulaires n’entendirent plus parler du petit bàtiment ni de ceux qui le montaient. Les hommes de l'équipage demeurés dans l'île se partagèrent entre les divers chefs, auprès desquels ils résidèrent jusqu'à leur mort, Illeur avait été laissé, par leurs camarades, des fusils et de la poudre, et ces objets les mirent à même de rendre de grands services à leurs amis, dans leurs batailles avec les naturels des îles voisines.

» Le Prussien ne s’était jamais hasardé de faire un voyage à Mallicolo (Vanikoro) avec les naturels ; mais le Jascar y était allé une fois ou deux. Il affirma qu'il avait vu à Païou deux Européens qui parlaient la langue des insulaires, et qu’il avait conversé avec eux. C'’étaient des vieillards, qui lui dirent avoir fait naufrage plusieurs années auparavant dans un des vaisseaux dont ils lui montrèrent les débris. Ils lui dirent aussi qu'aucun vaisseau n'avait touché aux îles Mallicolo depuis qu'ils y claient; que la plupart de leurs camarades étaient morts, mais qu'ayant été disséminés dans les diverses îles, ils ne pouvaient dire précisément combien d’entre eux étaient encore vivants. »

APPENDICE, 239 Le Compagnie des Indes s’empressa d'accueillir tous ces renseignements concernant un Pomme qui avait ser vi les sciences avec tant de zèle et qui avait péri victirae de son zèle pour en étendre le progrès : elle décida qu'un de ses navires, le Research, irait, sous les ordres de Dillon, explorer les îles de Vanikoro, pour arriver à la certitude du naufrage du Capitaine fran- Cais sur ces côtes, On ne négligea rien pour rendre l'expédition profitable dans l'intérét des sciences naturelles. Le docteur Tytler, connu par quelques ouvrages scientifiques, devint à la fois le docteur , le naturaliste et l’historiographe de la mission, Ses appointements furent magnifiques ainsi que ceux de Dillon, La Compagnie faisait largement les choses. Elle ss 1x mille roupies au seul achat des bjets qui devaient être distribués en présents aux naturels de Vanikoro. Elle alla plus loin encore; elle placa à bord du Research un agent français qui devait ’onstater offidellement les découvertes, Ce fut un nommé M. Chaigneau , lorsemployé à Gh:ndernagor.

Le 23 janvier 1827, le Research mit à la voile. À peine comptait-il quelques jours de traversée, quand de terribles discussions s’élevèrent entre

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le docteur Tytler et le capitaine Dillon, Elles furent si vives, qu'à l’arrivée à Hobart-Town , le docteur porta plan te contre le capitaine devant une cour martiale. Dillon, déclaré coupa ble, fut condamné à un emprisonnement de deux mois et à une amende de 50 livres sterling; en outre , une caution de 400 livres sterling fut exigée comme garantie de sa conduite future.

La peine prononcée contre Dillon entraînant un retard dans le voyage, on chercha d’abord à le remplacer; mais le rusé capitaine n'avait

révélé à

sous la conduite d'un autre, la mission eût probablement échoué. Force fut donc de laisser une partie du jugement inexécutée. On obligea Dillon au paiement de l'amende, et au dépôt de

la garantie, mais on lui fii grâce de la prison.

Cette triste affaire terminée, Le Zesearch quitta Hobart-Town le 20 mai; il arriva le 3 juin à Port-Jackson, où il ne fit que ioucher, et il mouillale 4° juillet x Korora-Reka sur la baie des Iles. Reparti de nouveau, il t-ucha successivement à Tonga-Tabou, Kopia. Sur cette dernière naturel nommé Ratia, qui devait lui servir de

ersonne le gisement de Vanikoro , ct,

guide et d’interprète. Il s’y procura aussi plu-

à Rotouma et à Ti-

île, il embarqua un

APPENDICE, 211 sieurs objets provenant du naufrage, Enfin, ar rivé le 7 près de Vanikoro, le Research , après six jours consacrés à la reconnaissance d'un mouiliage, jeta l'ancre sur le pelit havre d'Ocili, dans la baic de l'est.

À peine établi sur ce point, Diilon s'occupa de recueillir tous les objets du naufrage qui reslaient dans l'île, ct, grâce aux instruments en ler, aux étofles et aux verroteries dont il se montra prodigue, il parvint à en ramasser une quantité prodigicuse, La plus grande partie consistait en crocs, chevilles, anneaux de chaines el autres morceaux de fer : en roucts de poulies , casseroles, cuillères , plateaux, entonnoirs en cuivre ; en divers fragments d'instruments astronomiques et d’ustensiles de cuisine. L’en des objetsles plus importants fut une grande cloche en bronze d'un pied de diamètre, Sur l’un de ses cÔLÉS se trouvait un crucif+ entre deux figures ; de l'autre ravonnait un soleil , le tout estampillé au moyen d'une espèce de légende : Bazix m'a rair. Les recherches faites en France à ce sujet ont prouvé que ces marques étaient celles de l'arsenal de Brest vers1785. On réuss’* en outre à retrouver, sur les récifs de l’ouest, quatre picrriers en bronze, un boulet de 18, un dollar

2h? APPENDICE.

espagnol, des fragments de cristaux, porcelai-

nes, faisnce, bouteilles etverres , enfin divers débris eu fer, cuivre et plomb.

Mais une trouvaille plus précieuse encore , fut celle d’un morceau de sapin de quatre pieds de Jong sur quatorze pouces de large, décoré d'une fleur de lis et de plusieurs ornements sculptés. Cette sculpture, rapportée en France, fut reconnue pour un débris du couronnement d'un des nevires de Laptrouse. A Vanikoro. les naturels en avaient fait un panneau de porte, Une pierre meulière, qui avait dû servir à un moulin à bras, lut trouvée aussi dans le même enclos.

Les naturels, d’ailleurs, ne niaient pas le naufrage. ils le racontaient chacun à sa manière, etle capitaine du Research cite plusieurs ver sions qu'on lui en fit. Voici la plus précise et probablement la plus exacte de toutes, Elle fut donné: par Valie, second aligui (chef) de

Vanou.

«Il y a longtemps, dit cet indigène , que les habitants de cette île, sortant un matin de leurs cabanes, apercurent la moitié d’un vaisseau sur le récif, en face de Païou. Ily demeura jusqu'au

milieu du jour, heure vers laquelle la mer acheva

APPENDICE. 243 de le mettre en pièces. De gr ndes portions de ces débris flotièrent le long de la côte, Le vaisseau avait été jeté Ja nuit sur le récif à Ja suite d’un ouragan terrible, qui brisa un grandnombre de nos arbres à fruits. Nous n'avions nas vu le vaisseau Ja veille, Quatre homme: échappèrent, el prirent terre près d'ici : nous allions les tuer, quand ils firent présent de quelque chose à notre chef, qui leur sauva la vie, Ils résidèrent parmi nous pendant un peu de temps, après quoi ils allèrent rejoindre leurs compagnons à Païou, Là, ils bâlirent un petit vaisseau, et s'en allèrent dedans, Aucun de ces quatre hommes n'était chef, tousétaient des inférieure, Les objets que nous vendons provieunent d'un vaisseau qui échoua sur le récif x basse-mer : nos gens avaient coutume d'y aller plonger et d'en rapporter ce qu'ils pouvaient. Plusieurs débris vinrent à la côte, et nous entiràmes diverses choses : mais, depuis quelque temps, on n'a rien retiré du vaisseau, parce qu'il est pourri et qu'il a été emmené par la mer, Nous ne tuâmes aucun des hommes de ce vaisseau, mais il vint à la cote plusieurs cadavres qui avaient les bras et les jambes mutilés par les requins. Dans la même nuit, un autre

vaisseau toucha sur un récif près de Vanou et

2h APPENDICE,

coula à fond. I y eut plusieurs hommes qui se sauvèrent, Hs bâtirentur petit vaisseau, et par. ivenl cinq lunes après que le urand se fut perdu. Pendant qu'ils bâtissaient le petit vaisseau, Hs avaient planté autour d'eux une forte palissade pour se garantir de l'approche des insulaires. Geux-er, de leur côté, les craisnaient, de sorte quil v eut peu Me communicalions entre eux.

Les hommes blancs avaient coutume de regarder le soleil, au travers de certaines choses que j6 ue puis dépendre ni montrer, parce que nous n'avons eu aucune de ces choses. Deux hommes blancs restèrent après le départ de leurs compa- “nous. L'un était chef, Fautre un homme qui servait le chef, Le premier mourut ils à environ rois ans : une demi-année apres , le chef du canton où résidait l'autre homme blanc, fut obligé de s'enfuir de File, et homme blanc partitavec hui. Le district qu'ils abandennèrent se nomma Paukori: mais nous ne savons pas CC qu'est deveuue la tribu qui l'habitait alors. Les seuls blancs que les habitants de l'ile aient jamais VUS Son: premicrement ceux du vaisseau naufrage, puis

ceux que nous YOYONS aujourd'hui, »

Dillon fit plusieurs excursions dans Pile, sans

que les uaturels , uauncs par ses largesses , l'in

sais

l'in

APPENDICE. 245 quiélassent en aucune manière, Le résultat de celle reconnaissance. consigné dans sa relation, n'offre qu'unintérét assez médie ee, Un prétendu plan de Vanikoro, dressé par lui, est fort inexact

el incomplet.

Dans les premiers jours d'octobre, craignant que les vents d'estne le retinssent dans la baie, il franchit heureusement la passe dangereuse de l'estet mouilia sur Ja baie tranquille de Manevui, où il stalionna lrois Jours; puis, sortant par le chenal du nord, leimgla vers Toubouaet Nitendi, et ensuite vers la Nouvelle-Zélande. Après une reliäche assez longue, il passa à Port-Jackson , el mil ensuite à la voile pour Calcutta, où arriva Je 7 avril 1828. Récompense généreuse ment, il oblint de la Coripagnie li permission d'aller en France avec les objets qui devaient faire foi de sa découverte, Arrivéà Paris , ilrecut l'accueil le plus flatteur; il fut préseoté au rot Charles X , qui luiaccorda la croix de a Légiond'Honneur, dix mille francs pe « indemmiser des frais de son voyage et une pension de quatre mille francs, et lui promit que ‘sus les objets qu'ilavait recueillis seraient placés dans un céno-

laphe qu'on érigerait à cet effet dans une des

lors son plan fut arrêté ; il résolut de chercher salles du Musée de la marine, qui allait se for-

mer sous le nom de Musée Dauphin *,

Ce fut devant Hobart-Town, le 20 décembre 1827 , que le capitaine d'Urville eut connaissance des travaux de Dillon, dont quelques journaux

avaicnt donné des apercus pleins de réticences.

Dillon avait parlé de Tikopia et de Vanikoro, mais sans préciser leur gisement, Cétait là son secret, I fallait done chercher À tâtons l'ile problématique. Le capitaine d'Urville ne se laissa pas vaincre par cette difficulté, Sondant les réticences de Dillon, il vit que Tikopia était l’ancienne Barwell des cartes anglaises, etque Vani- Koro ne pouvait être qu’une des îles situées au sud-est de Santa-Cruz, ou le croupe découvert

Le

per Bligh, au N. des Nouvelles-Hébrides, Dès

* Cette promesse a reçu son exécution. Les débris proveuant du naufrage de Lapérouse sont disposés sur une pyramide à l'entrée du Musée de la marine au Louvre, et forment un monument destiné à perpétuer le souvenir de la gloire et du malheur du chef d'escadre. On remarque entre autres 0objets, sur celle pyramide, quatre petits canons qui lui servent de pilastre, un fragment de cuillère en argent, plusieurs pierriers et deux cloches, dont la plus grosse est placée en haut, ot la plus petite en bas.

er Tikopia dans Barwell, et à, de savoir par Les % ! . LIN n [:

” naturels quelle était l'ile du naufrage.

Pendant que le capitaine d'Urville organisait

re son dép: :t, arrivèrent à Hobart-Town deuxlettres ce de Dillon complètement contradictoires : lune IX parlant d'ajourner son voyage à cause d’une pré- S. tendue mousson; l’autre annonçant qu'il venait

de le réaliser avec les plus beaux résultats. Quot-

} que ces dépèches étranges dussent redoubler ee l'embarras du commandant francais, iln'en perai sista pas moins dans ses résolutions.

SA C- L’'Astrolabe mit à la voile le 6 janvier 1828 ; 1- il reconnut l'ile Norfolk et le volcan Mathew, ‘Es les îles Fataka et Anouda, et parut le 10 février \u devant Tikopia. La corvette était à peine en vue, rt qu'une pirogue l’accosta, Elle portait le Prussien ùs Bushart, qui avait accompagné Dillon à Vanikoro, Cet homme confirma la réalité du voyage =. de ce marin et tira enfin le capitaine d'Urville de s sa longue mcertitude, C'était déjà beaucoup que el d'avoir obtenu cette preuve ; mais il restait à la sé compléter par une reconnaissance ; il restait a aussi à accomplir un devoir pieux vis-à-vis it, d'hommes morts pour le progrès de la science

et de la navigation.

Queiques officiers el naturalistes mirent pied à terre à Fikopia et furent recus dans une case publique des indigènes : c'était Bushart qui les conduisait, Cet homme avait promis d'accompagner l'Astrolabe à Vanikoro, à la condition loutelois, que sa femme, jeune Zélandaise, serait du voyage; mais il ne tarda pas à relirer sa promesse, L'une des raisons alléguées pour justifier son refus était l'insalubrité de Yanikoro, Les naturels auxquels on s'adressa firent la mème réponse, Le lascar Joe, prié à son lour, ne se montra pas moins intrailable, Il prétendit n'a-

voir jamais dit au capitaine Dillon qu'il y fütallé.

Alors le capitaine d'Urville se contenta de prendre à bord deux Anglais, fixés depuis neuf mois à Tikopia, et dont l'un qui parlait assez bien la langue des naturels, pouvait servir d'in- Lerprèle, Cinq Tikopiens furent aussi compagnons de voyage involontaires des Français. On les trouva oubliés à bord, quand toutes les piro-

oues sc furent éloignées.

Læ LE

Le capitaine d'Urville tira droit sur Vanikoro, dont il avait deviné le gisement malgré les rélicences de Dillon. Quelques calmes Fayant

altardé en route , il n'accosta l'ile que le 14 , en

prolonge les récifs, envoya un canot pour reconnaitre le mouillage, profita d'un vent conaire du N. O. pour aller chercher Taumako, indiquée par Quiros près de Sania-Gruz, et perdue depuis celle époque ; enplo va Lrois Jours à celle croisière, sans pouvoirirouver celte île; puis rebroussa chemin vers Vanikoro, et jeta l'ancre le 21 dans la dangereuse et petite rade d'Ocili, où Le Rescarch avait mouillé, el qu a aient indiquée les naturels du village de Ma-

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