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suivant, et dans la matinée aussi, les sauvages aperçurent une seconde pirogue semblable à la première, échouée devant Païou, Celle-ci, sous le vent de l'île, moins tourmentee par le vent et la mer, d’ailleurs assise sur un fond régulier de douze ou quinze Pieds, resta longtemps en place sans être détruite; les étrangers qui la monlaient descendirent à Païou , Où ils s’établirent avec ceux de l’autre navire » CL éravaillèrent sur-le-champ à conslruire un petit bâtiment des débris du navire qui n'avait point coulé,
» Les Francais, que les naturels nommèreni Maras , furent, disent-ils, toujours respectés par les indigènes , et ceux-ci ne les approchaient qu'en leur baisant les mains, Cérémonie qu'ils ont souvent pratiquée envers les officiers de l’Astrolabe durant sa relâche. Cependant il \ eut de fréquentes rixes , et dans l’une d'elles les naturels perdirent plusieurs guerriers , dont trois chefs, et il y eut deux Francais de tués. Enfin, après six ou sepl lunes de travail, le petit bâtiment fut terminé ; tous les étrangers quiltèrent l'île , suivant l'opinion Ja plus répandue, Quelques-uns ont affirmé qu'il resta deux Maras, mais qu'ils ne vécurer. pas longtemps. A cet égard il ya peu de sujets de doute, et leurs dé
268 APPENDICE, positions unanimes attestent qu'il ne peul exister aucun Français, ni à Vanikoro, ni à Tikopia,
ni même * Nitendi ou dans les îles voisines,
Quant aux crânes des malheureux Français qi
succombèrent sous les coups de ces sauvages, il est probable que ceux-ci les ont longtemps conservés comme des trophées de leur victoire ; mais s'ils les possédaient à l'époque de notre arrive, il est vraisemblable qu'ils se seront empressés de les cacher en lieu sûr pour les sous-
lraire à toutes nos perquisitions.
» Tout nous porte à croire que Lapérouse, après avoir visité l'ile des Amis, el Lermine sa reconnaissance de la Nor:velle-Calédonie , avait remis le cap au nord, et se dirigeait sur Santa- Cruz, comme le lui prescrivaient ses instructions, et comme il nous l'apprend lui-même par son dernier rapport au ministre de la marine, En approchant de ces îles, il crut sans doute pouvoir continuer sa route durant la nuit, comme cela lui étail souvent arrivé, lorsqu'il tomba inopinément sur ces terribles récits de Vanikoro , dont l'existence était entièrement inconnue, Probablement la frégate qui marchait
en avant (et les objets rapportés par Dillon ont
i H Pos ds 1 D us mit donné lieu de penser que € ctait La Boussole elle-
APPENDICE, 269 même) donna sur les brisants sans pouvoir se relever, tandis que l'autre eut le temps de rever au vent el de reprendre le large ; mais l'affreuse idée de Jaisser leurs Compagnons de voyage, leur chef peut-être, à ia merci d'un peuple barbare, ne dut pas permettre à ceux qui avaient échappé à ce premier péril de s'écarter de cette île funeste, et ils durent tout tenter pour arracher leurs compatrioles au sort qu les menacait, Ce fut à, nous n'en doutons point, la cause de jà perte du second navire. L'aspect même des lieux où ilest resté donne un nouvel appui à cette Opinion; car, au premier abord, on croirait trouver une passe entre les récifs, Il est donc possible que les Francais du second nnvire aient essayé de pénétrer par celle ouverture en dedans des brisants , et qu'ils n'aient reconnu leur erreur € lorsque lear perte Clail aussi consomnte,
» Bien qu'aucun document posilif et direct n'ait démontré que ces débris aient réellement appartenu à l'expédition de Lapérouse, je ne pense pas qu'il reste à cet égard la moindre incerlitude, Eu effet, les renseignements que j'ai recucillis des naturels sont parfaitement confor-
mes, sous Les rapports essentiels, à ceux que se
procura Dillon, et cela sans que nous ayons pu être influencés l’un par l’autre, attendu que je n’eus connaissance de son rapport à l'Ile de France que deux mois après que j eus expédié le mien au ministè +. 4: déposilions ont donc tous les caractères de : authenticité; elles attestent que deux grands navires périrent, il y a quarante ans environ, sur les récifs de Vanikoro, qu'ils contenaient beaucoup de monde; les naturels se sont même rappelé qu’ils portaient le pavillon blanc. Tout cela, joint aux pièces de canon, aux pierriers rapportés, démontre que ces navires étaient des bâtiments de guerre ; mais on sait positivement que , longtemps avant comme après celte époque, nul autre navire n’a péri dans ces mers que les frégales de Lapérouse et La Pandora, commandée par Edwards, qui fit naufrage sur les récifs du détroit de Torrès. En outre, la nature de quelques-unes des pièces rapportées da naufrage montre qu'elles appar-
tenaient à une mission chargée de travaux extra-
ordinaires, Enfin, l’unique morceau de bois rap-
porté par Dillon s’est trouvé coïncider avec les dessins qui ont élé conservés des sculptures de ia poupe de la Boussole. Que de probabilités “réunies qui doivent équivaloir à une certitude
complète !
APPENDICE, 271 » Gomme on s’attendra sans doute à me voir émettre mon Opinion sur la route que les Fran- Çais durent suivre après avoir quitté Vanikoro ' je déclarerai qu'à mon avis ils durent se diriger sur la Nouvelle-Irlande Pour alteindre les Mo- Juques ou les Philippines, sur les traces de Carteret ou de Bougainville, Alors c’élait la seule route qui offrit quelque chance de succès à un navire aussi faible, aussi mal équipé que pouvait l'être celui qui fut construit à Vanikoro, car on doit présumer que les Francais avaient été singulièrement affaiblis par la fièvre et par leurs combats avec les naturcls.
» J'irai même plus loin, et j’oscrai dire que ce sera sur la côte occidentale des îles Salomon qu’on pourra par la suite relrouver quelques traces de leur passage *, »
* Depuis que le capitaine d'Urville écrivait ces lignes, ila entrepris un nouveau voyage de circumnavigation; après s'être avancé vers le pôle sud, beaucoup plus loin que lous CCUX qui l'avaient précédé dans ces dangereux parages , iles! TCVenu pour procurer quelque repos à ses équipages, dans un des ports du Chili, d'ou il à fait connaitre au ministre de Ja marine qu'il allait continuer Son voyage dans les mers du Sud, Ha principalement à cœur de vérifier ses con'Cccltures sur les îles Salomon. et peut-0'ie, à l'heure qu'il est, a-{-il
etrouvé le fil qui doit indiquer sur la trace des Français em-
barqués sur le frèle bâtiment de Vanikoro.
Cette dernière pensée du capitaine d'Urville était le résultat de conjectures si probables, qu'en quittant Vanikoro il voulait aller reconnaître les îles Salomon, pour x suivre , s'il était possible , les traces des Francais. Mais l'état désespéré de son équipage l'obligea à lirer directement sur les îles Mariannes , seule relâche où
les malades pussent espérer quelque sCCOUrS.
Quand les premières nouvelles des découveries de Dillon parvinrent en France , on craignit que le capitaine d'Urville, alors en cours de mission , ne pül pas profiter de ces données pour se rendre sur le lieu du naufrage. Dans cet état d'incertitude le ministre de la marine donna l'ordre à M. Le Goarant, qui commandait la corvelle La Bayonnaise, en station alors sur la côte occidentale de F'Amérique , de faire voile vers Tikopia et Vanikoro, à l'effet d'y opérer toutes les recherches nécessaires pour constater
le naufrage de Laptrouse,
M. Le Goarant appareilla de Valparaiso le S février 18928, visita en roule les îles Hawaï, Fanning, Sidney, Phénix, Rotouma et Tikopia. Sur celte dernière ile, 11 trouva le Prus
sien Bushart et le lascar Joe; Le premier resta
NE
APPENDICE. 273 sourd à toutes les propositions d'embarquement, Joe, qui venait de perdre sa femme, se montra plus accommodant ; il monta à bord de {a Bayonnaise, Cette corvette parut devant Vanikoro le 3 juin,et ÿ passa , suivant le récit du Capitaine, plus de douze jours :añs mouiller nulle part. Flle fut par là préservée des fièvres de l'ile, mais sa reconnaissance à la voile resta sans résultat pour la géographie et pour la science ; la question du naufrage de Lapérouse demeura en outre au même point où le Capitaine d’Urvilie l'avait laissée, Il est à regrelter que la Bayonnaise , AVEC un équipage double de celui de l’Astrolabe , n'ait Pas envoyé un jort détachement à Païou , pour y faire exécuter des fouiles qui auraient probablement constaté le séjour des Français. L’incident le plus remarquable du séjour de la Bayonnaise devant Vanikoro, fut que l'un de ses canots découvrit le mausolée qu'avaient élevé naguère es marins de l’Ast-olabe, Loin de détruire ce monumeni , les habitants l’enlouraient d’une sorte de vénération, et ils ne permirent qu'avec peine aux nouveaux venus d'y clouer une médaille altestant le passage de la Bayonnaise. Ainsi, on a lieu de l'espérer, ce
mausolée durera autant que le permettront les
matériaux fragiles dont il est composé,
D'autres naviga.eurs ont sans doute vu Vanikoro depuis les expéditions de MM. d'Urville et Le Goarant, puisque le musée raval a reçu un tronc d'arbre proveaant de cette île avec le chiffre de 1788, évidemment gravé par un des hommes échappés au naufrage. Toutefois ,
comme nous n'avons aucun renseignement sur
l'authenticité £t sur ia provenance de ce mor-
ceau curieux, nous bornerons notre récit à ce
qui est exact et officiel.
ET" vi