‹ Voyages et aventures de Lapérouse [microforme]Chapitre 7 sur 46 · AG VOYAGES ET AVENTURES · texte numérisé non relu

AG VOYAGES ET AVENTURES

Élie de Behring,

dont Ja pointe paraissait au- ® “ dessus des nuages, La vue de la terre qui, après une longue navigation, procure ordinairement des sensations st agréables, ne produisit pas le

méme eflet sur nos mivigateurs, L'œil se repo-

sit avec perme sur CCS DIAasses de HOILES , qui

couvrent un sol stérile et sans arbres : les mon-

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lagnes paraissaient peu distantes de la mer , qui

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brisait contre un plateau élevé de cent cinquante à deux cents toises, Ge plateau noir, dénué de toute verdure, comme calciné par le feu, contrasluit d'une manière frappante avec la blancheur des neiges qu'en apercevail au travers des

PES HUE s,

Uue brume épaisse enveloppa la terre pendant toute la journée du 25; mais , le 26, le temps fut très-beau, La terre se montra distinctement à deux heures du man ; on la prolongea pendant deux lieues, Lapérouse se fattait eufia de l'espoir d'av : rencontré un port. Un des ofliciers de l'expédition , le chevalier de Monti, fut unVOYÉ en reconnaissance avec trois Canolts ; ii rapporta que la côte formait seulement , en cet endroit , un enfoncement assez considérable dans le nordouest, mais que rien n'y mettrait à l'abri des

vents, La mer brisait avec force sur le rivage qui

DÉ LAPÉROUSE, — 1786. n7 élait couvert de bois flottés., Cette baie recut

le nom de Baie de Monti.

Lapérouse reconnut ensuite la rivière de Behring, et le ? juillet, à midi, il releva le mont Beau-Temps par 58° 36° de latitude, et 140° 31” de lengitude, À deux heures, il découvrit un enfoncement, qui parut une très-belle baie, I fit route pour en approcher. Deux ofliciers de chaque frégate furent expédiés pour en faire la reconnaissance, D'après le rapport favorable qu'ils en firent, les frégates s'avanc! rent vers la passe. On apercut bientôt les sauvages , qui faisaient des signes d'amitié en élendant et faisant volüiger des manteaux blancs. Plusieurs de leurs pirogues péchaient dans la baie, où l'eau était tranquille comme celle d'un bassin. Ce port n'avait jamais été aperçu par aucun navigateur ; il est situé à trente-trois licucs de celui de los Remedios, dernier terme des navigalions espasnoles sur cette côle ; à environ deux cent vingtquatre licues de Nootka, et à deux cents lieues de Williams Sound, La tranquillité de l'intérieur de la baie était bien séduisante pour des navigateurs qui se trouvaient dans l’absolue nécessité de refaire et de changer presque entièrement leur

arrimage. L'ipérouse imposa à ce lieu le nom de

hS VOYAGES ET AVENTURES

Port des Francais. Le 3, à six heures du matin, les vaisseasx donnèrent dans l'entrée, et mouillèrent à une demi-encäblure du rivage, non sans avoir couru Île risque de faire naufrage, poussés qu'ils étaient par un vent ouest nord-ouest qui souflla subitement, et qui les porta dans la baie

avec une inpétuosité cflrovable.

Dès que les Français eurent mouillé dans 14 baie, presque tous les sauvages des environs se rendirent auprès d'eux avec leurs pirogues chargées d'une quantité considérable de peaux de loutres, qu'ils échangèrent contre des herminettes, des haches et du fer en barre dont ilsse montraient fort avides. Is donnèrent d’abord des saumons pour des morceaux !# vieux cercles ; mais bientôt ils devinrent plus difficiles, et on ne puise procurer ce poisson qu'avec des clous

ou quelques petits mstruments de fer,

Lapérouse établit sor observatoire sur une ile située dans le lac, qui n'était distante des vaisseaux que d’une portée de fusil ; on y forma un établissement pour le temps de la relâche, on y dressa des tentes pour les voiliers et les forgerons ; on y miten dépôt les pièces à eau de l'ar-

rimage, qu'on refit entièrement.

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Les Francais se croyaient sur ceite île à l'ari de Ll'avidité des indigènes du continent : ils apprirent bientôt à les connaître, Ces SAUVALCS passaient Loutes Jes nuits à épier Je moment favorable pour les voler: mais on faisait bonne marde à bord des vaisseaux, Leur inportunité devint telle, qu'ils forcèrent Lapérouse à lever son élablissement : ils débarquaient la nuit du côté du large, raversa t'un bois très-lourré dans lequel il était impossible aux Francais de pénétrer; el se glissant sur le ventre comme des couleuvres, sas agiter même la moindre leuille, ils parvinrent, maleré la vigilance des sentinelles, à dérober plusieurs effets. IIS poussérent l'adresse jusqu'à entrer de nuit dans la Lente où couchaient les officiers Darbaud et Laurision , qui étaient de garde à observatoire : ils enulevèrent, sans être aperçus par aucun des douze hommes de service, un fusil garni d'ar- “ent, et les babits des deux officiers, qui avaient cependant eu la précaution de les placer

sous leur chevet,

Ces obstacles n'empéchaient pas les canots et les chaloupes de faire l'eau et le bois: tous les

oficiers étaient sans cesse en corvée à Ja tête des

différents détarhements de travailleurs qu'on

po VOYAGES ET AVENTURES

etait oblige d'envoyer à terre, Leur présence el leur nombre impesaient aux sauvages, Pendant ce temps, les ingénieurs Monaeron et Bernizet levaient le plan de la baie dans un canot bien arme, Pour avoir une juste ide de cet!e baie, qu on se représente [RE bassin d'eau d'une prolondeur qu'ilest impossible de mesurer au miheu, bordé par des montagnes à pie d'une hau- Leur excessive, couvertes de neige, sans un brin d'herbe sur ces amas immenses de rochers condannes par la nature à une éternelle stérilité, Jataais un soufile de veut ne vient rider la sure ace de celle eau ; elle n'est troublée que par la chute d'énormes morceaux de glace, qui se délacheuttrès-fréquemmentdes différents glaciers, ei qui font, en tombant, un bruit qui retentil au loin dens les montagnes, L'air y était sicalme et le silence si profond, que la simple voix d'un homme se faisait entendre à plus d'une demilicue, ainsi que le bruit des oiseaux de mer qui venaient déposer leurs œufs dans les anfrac [uosités

} * des rochers.

Lapévouse espérait trouver au fond de cette baie des canaux par lesquels il pourrait pénétrer dans l'intérieur de l'Amérique. Il supposait

qu'elle devait aboutir à quelque grande rivière

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DE LAPÉROUSE, — 1786. 51 coulant entre deux montagnes el prenant sa source dans un des grands lacs du Canada, Mais celle supposition n'était qu'une chimère, Après ‘étre avancé en canot. avec plusieurs de ses officiers , l'espace d'une lieue et demie environ, le commandant ne vit qu'une impasse qui se terminail par deux glaciers immenses : on fut obligé d'écarter les glacons dont la mer était couverte, pour pénétrer dans cel enfoncement, Le Capilune De Langle, ainsi que plusieurs autres officiers, voulurent gravir le glacier. \près des fahigues inexprimables, ils parvinrent jusqu'à deux leues , obligés de franchir. avec beaucoup de danger, des crevasses d'une lrès-crande profondeur : ils h'apercurent qu'une continuation sans fin de neixe ct de ulace.

Cependant l'ouvrage principal, celui qui avait élé la cause du mouillage dans Ta baie, était ichevé ; les canons étaient en place, Parrimage réparé; les provisions d’eau et de bois étaient faites; les ingénieurs avaient achevé leur plan, lorsqu'une Catastrophe affreuse , prélude de cette longue suite de malheurs qui devaientse terminer plus tard par un double naufrage, vint jrap-

pe l'expédition ; jusque là si prospère,

h2 VOYAGES ET AVENTURES

Le 13 juillet, trois embarcations, commandées par le lieutenant Descures, partirent pour opérer le sondage de la baie. Comme l’ardeur irréfléchie de cet officier avait été remarquée à plusieurs reprises, Lapérouse crul devoir lui donner pa: écrit des instructions, dont la principale était de ne pas s'approcher de la passe de l'entrée avant l'heure de la mer étale, parce que, pendant l'action de la marée, il y régnait une barre dangereuse qui portait sur des brisants, Les canots étaient partis à six heures du matin ; à dix heures, Lapérouse vil avec étonnement revenir celui de la Boussole, que rammenail l’enseigne Boutin. L'air de cet officier n'était pas propre à rassurer Îles Francais. La plus vive douleur était peinte sur son visage. Il raconta bientôt le naufrage affreux dont il venait d'être témoin, et auquel il n'avail échappé lui-même que parce que son sang-froid et son intrépidité Jui avaient fait entrevoir tout d'abord les ressources qui Jui restaient dans un si pressant danger, Descures, se croyant encore éloigné de la passe, S'élait trouvé tout à coup dans les caux du courant; en vain les rameurs de son canot avaienisils fait des efforts surnaturels pour rétrograder; l'embarcation avait été engloutie en

un instant avec tous ceux qui la montaient. En-

anour eur e à lui rine de \rce nait nts, tin ; Lre- ’enpas vive ontit être ème idité ressant é de les son pour CU

En-

DE LAPÉROUSE, — 17S6. 53 traine, en suivant son commandant au milicu des brisants qui portaient dans la passe, pendant que la marée sortait avec une vitesse de trois ou quatre licues par heure, le lieutenant Boutin inagina de présenter à la lame l'arrière de son canot, qui, de cette manière, poussé par cette lame et lui cédant, pouvait ne pas se remplir, mais devail cependant être entrainé au dehors à reculons , par la marée, Bientôt il vit les brie sants de l’avant de son canot , CL Il se trouva dans la grande mer. Plus occupé du salut de ses camarades que du sien propre, il parcourut le bord des brisants, dans l'espoir de sauver quelqu'un; mais tous ses eflorts firent inutiles ; il fut constamment repoussé par Ja marée, et eut la douleur de voir en un instant ses infortunés compalrioles périr sans pouvoir Ieur porter ancun secours,

Peu d’instants après , arriva Je Capitaine De Langle, qui annonca à Lapcrouse que le malheur était encore plus grand qu'il ne le croyait. La chaloupe de l'Astrolabe avait partagé la triste destinée de celle de {« Boussole, Cette embar-

calion , dirigée par les deux frères De Laborde *

Laborde-Marchainville et Laborde-

b/ VOYAGES ET AVENTURES

se Lrouvait en dehors de l'action du courant lors de la catastrophe de Descures ; mais ces généreux officiers, ne prenant conseil que de Jeu courage, n'hésitèrent pas à courir au secours de leurs compasnons, el périrent comme eux, En racontant celle scène de deuil, le bon et en éreux De Langle versait d'abondantes larmes.

Depuis son départ de France , il s'était fait une loi de ne jamais détacher pour la même corvée : les deux frères qui S'aimaient tendrement, et ce n'élail que dans celle occasion fatale, qu'il avait cédé au désir iémoigné par eux d'aller se pro-

mener et chasser ensemble.

Les sauvages vinrent aussi à bord en pirogues pour annoncer ce funeste événement ; les signes de ces hommes grossiers exprimaient qu'ils avaient vu périr les deux canots, ct que tout secours avait été impossible, Les Francais les comblèrent de présents, et tâchèrent de leur faire comprendre que toutes leurs richesses appartiendraient à celui qui parviendrait à sauver un seul homme. Rien n’était plus propre à émouvoir leur humanité; ils coururent sur les bords de la racer, et se répandirent sur les deux côtés de la baie, Lapéronse avait déj envoyé

sa ‘haloupe, sous les ordres du capitaine Clo-

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DE LAPÉROUSE, — 1786. 55] nard, vers l'est, où devaient aborder ceux qui, contre toute apparence, auraient eu le bonheur de se sauver, Le capitaine De Langle se porla sur la côte de l’ouest, afin de ne rien laisser à visiter. Presque tous les officiers voulurent s'associer à ces tristes recherches : ils firent trois lieues sur le bord de la mer, où le plus mince débris ne fut pas même jeté, Le commandant ; qui était resté à bord, avec les équipages nécessaires pour garder les deux vaisseaux, avait conservé quelque espérance, tant l'esprit s’'accoutume avec peine au passage si subit d’une situalion douce à une douleur si profonde ; mais le retour des chaioupes détruisit cette illusion, et acheva de jeter tout le monde dans une conster-

nation qu'aucune expression ne saurait rendre.

I ne restait plus aux Français qu'à quitter promplement un pays qui leur avait été si funeste ; mais ils devaient aux familles de leurs malheureux amis de rester encore quelques jours sur celte terre de désolation, Un départ trop précipité aurait laissé des inquiétudes et des doutes en Europe. Lapérouse se décida donc à attendre plusieurs jours ; mais son attente ne fut couronnée d'aucun succès. I fut impos-

sible de retrouver même les cadavres des vinet

Le

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va naulragés, el , le 30 juillet, dix-huit jours apres le fatal événement , il se résigna enfin à mettre à Ja voile, Avant le départ, il fit ériger sur l'île du milieu de la baie , à laquelle il donna le nom d'Zle du Cénotaphe, un monument à la mémoire des malheureuses victimes. On compos l'inscription suivante, qui fut enterrée dans une

bouteille au pied du cénotaphe :

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