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CHAPITRE III

Départ des iles Hawaï, — Côte N, O. de l'Amérique. -- Port des Français. — Premier désastre de l'expédition, — Description du port des Français. — Mœurs et usages de ses habitants.

Les frégates furent dirigées vers la côte N, O. de l'Amérique. Aussitôt qu'elles eurent quitté le mouillage de Mawi, on remarqua la disparilion des barcs de poissons qui les avaient suivies depuis les environs de l’île de Pâques, c'està-dire l'espace de près de quinze cents lieues. L'approche d'une température à laquelle ils n'auraient pu résister fut certainement la cause qui les fit rétrograder, Le 9 juin, par 34° de la-

üitude nord, les brumes commencèrent. L'hu-

hf VOYAGES ET AVENTURES

midilé était extrême, le brouillard ou la pluie avait pénétré les vêtements des malclots, Pour prévenir le scorbut, dont Ja température huinide est le principe le plus actif, 1 apérouse ordonna de mettre des bailles pleines de braise sous le gaillard ct dans l'entrepent, où couchaient les équipages. I fit distribuer à chaque homme une paire de bottes , “" on rendit les vétements de à ap, Qui avaient ÉLé mis en réserve depuis la sortie des mers du cap Horn. On fit aussi méler au grog * du déjeûner une légère infusion de quinquina , qui, sans altérer sensiblement le goût de cette boisson , pouvait produire des eflets très-salu’ aires.

Ces différentes précaulions n'oCcupaicnt pas seules les loisirs des Français pendant une aussi longue traversée, Au licu d'une grande provision de farine et de biscuit, on avait, avant le départ de Brest , embarqué du blé étuvé, qui devait micux se conserver, Pour la mouture, on s'était muni de meules que quatre hommes devaient mettre en mouvement; mais lorsqu'on

voulut en faire usage, on reconnut que Je grain

* Liqueur composée d'une partie d’eau-de-vie et de deux parlies d’eau.

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DE LAPÉROUSE, — 1786. A5 nu était que brisé, ct non moulu. Heureusement l'esprit mventif du capitaine De Langle, aidé d'un malclot dont le premier étal avait été celui de garcon meunier, obvia à cel inconvénient : il inagina d'adapter aux peliles meules un mouvement de moulin à vent ; il cssa va d'abord av . quelque succès des ailes que le vent faisait tourner, mais bientôt il leur substitua une manivelle, Par ce moyen, on obtint une farine aussi parfaite que celle des moulins ordinaires, et l'on put moudre chaque jour deux quintaux de

blé.

Depuis le départ des îles Hawaii jusqu'à l'attérage des frégates sur la côte nord de l'Amérique , les vents furent constatament favorables. À mesure qu'on avançCait , on voyait passer des algues d’une espèce tout-h-fait nouvelle pour les navigateurs : C'était un Luyau de quarante à cinquante pieds de long, terminé par une boule de la grosseur d'une orange, Les baleines de la plus grande espèce, les plongeons et les canards révélaient aussi l'approche de la terre ; elle se montra enfin le 23 juin, à quatre heures du malin. Le brouillard, en se dissipant, laissa voir tout à coup une longue chaîne de montagnes

couvertes de neiges, On reconnut le mont Saint-

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