‹ Voyages et aventures de Lapérouse [microforme]Chapitre 9 sur 46 · SUP · texte numérisé non relu

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de schiste , couvertes d’une neige éternelle lesquelles on n'apercoit ni arbres, ni plantes, ont leur base dans l’eau , et forment, sur le rivage, une espèce de quai; leur pente est si rapide que les bouquetins mêmes ne pourraient les gravir au-delà de deux on trois cents Loises ; tour-

ulacicrs

tes les coulées qui les séparent sont des

58 VOYAGES ET AVENTURES immenses, dont le sommet ne peut être apercu,

et dont la base est baignce par la mer.

Lanaure devait à une terre aussi affreuse des habitants qui différassent autant des peuples civilisés que le site qu'on vient de décrire diffère des plaines cultivées de l'Europe : aussi grossiers et aussi barbares que le sol est rocailleux et agreste, ces hommes n'habitent cette terre que pour la dépeupler : en guerre avec tous les animaux, ils méprisent les substances végétales qui naissent autour d'eux. Lapérouse vit des femmes et des enfants manger des fraises et des framboises ; mais il pensa que ces fruits devaient être un mets insipide pour des êtres qui ne sont sur la terre que comme les vautours dans les

airs, ou les loups ct les tigres dans les forêts.

La manière dont ils vivent excluant toute subordination , ils sont continuellement agités par la crainte ou par la vengeance; violents etprompts à s’irriter , ils ont sans cesse le poignard à la main les uns contre les autres, Exposés à mourir de faim l'hiver, parce que la chasse ne peut pas être productive, ils sont pendant l'été dans la plus grande abondance, pouvant prendre , en moins d’une heure , le poisson nécessaire à leur

cu ,

des fère iers et que aniales emdes ient

sont

les

DE LAPÉROUSE, — 1786. 5H) famille ; oisifs le reste de la journée, ils la passent au jeu, pour le ‘quel ils ont un penchant aussi violent que certains habitants de nos grandes cités : c’est la principale source de leurs querelles,

Pendant tout le temps du séjour des Francais dans la baie , les sauvages, dans leurs pirogues, lurent sans cesse autour des frégates ; ils y pas-

saient trois ou quatre heures avant de conmmencer l'é ‘change de quelques poissons ou de deux ou trois peaux de loutres, Ils saisissaient toutes les occasions de voler; ils arrachaient les pièces de fer qu'ils pouvaient parvenir à enlever, et ils examinaient surtout par quel moyen ils pourraient, pendant la nuit, tromper la vigilance des

gardes. Lapérouse faisait monter à bord les principaux personnages ; il les charg- ‘! de présents, ct ces mêmes hommes, qu'il corblait d’ égards et de politesses, ne dédaignaient } Jamais le vol d'un clou ou d’une vieille culotte. Lorsqu'ils prenaient un air riant et doux, on pouvait être certain qu'ils avaient dérobé quelque chose. Suivant la recommandation du commandant, les enfants recevaient des caresses et de petits présents de tous les gens de l'équipage ; mais les parents étaient absolument insensibles à ces mar-

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ques de déférence, Lorsqu'ils demandaient à accompagner leurs enfants à bord, ce n'était que pour avoir une occasion de satisfaire leur penchant au vol; et plus d'un père prolita du moment où lon paraissait le plus occupé de son fils, pour enlever et cacher, sous sa couver- Lure de peau, fout ce qui lui tombait sous Ja

main,

Les Francais ne descendaient à terre qu'armés et en force, Les sauvages craignaient tellement les fusils, que huit ou dix hommes en ares imposant à tout un village. On donne ce non de village à trois où quatre appentis d® bois, de vingt-cinq pieds de long sur quinze à vingl pieds de large, couverts seulement, du côté du veut, avec des planches ou des écorces d’arbre ; au milieu était un feu, au-dessus duquel penuaient des poissons, qui séchaient à la fumée, Dix-huit où vingt personnes légeaient sous chacun de ces appentis, les femmes et les enfants d’un côté, et les hommes de l'autre. Chaque cabane constituait une petite peuplade indépendante de l'autre, ayant sa pirogue et une espèce de chef; elle partait , sortait de la baie, emportail son poisson et ses planches, sans que le

reste du village eût l'air d'y faire la moindre at-

DE LAPÉROUSE, — 1786. 61 lention, Les cabanes sont d’une mäalpropreté et d'une puanteur à ie ne peut étre comparée la tannière unes animal connu. Les sauvages ne s écart ais de deux pas pour aucun besoin naturel: 1ls ne cherchent dans ces occasions ni lori nr: ui le mystère. Les vases de bois dans lesquels ils font cuire leurs poissons ne sont jamais lavés ; ils leur servent de marmite, de plat el d'assiette : comme ces vases ne peuvent aller au feu, ils font bouillir l'eau avec des cailloux rougis qu'ils renouvellent jusqu'à l'enüière cuisson de leurs aliments, Is connaissent aussi l'usage de les rôtir; leur manitre ne diflère pas de celle de nos soldats dans les Cümps. Ils sont errants pendant l'été dans les différentes baies, cherchant Jeur pâture comme les loups marins ; ct l'hiver ils s'enfoncent dans l'intérieur du pays, pour chasser les castors et les autres animaux, dont ils apportèrent plusieurs fois les dépouilles aux Francais. Quoiqu'ils aient toujours les pieds nus, la plante n’en est pourtant point Calleuse, etilsne peuventmarcher sur les pierres, ce qui prouve qu ils ne voyagent jamais qu’en Pi-

regues, ou sur la neige avec des raquettes,

Les chiens sont les seuls animaux avec lesquels

ils aient fait alliance ; il y en a assez ordinaire

ment rois Où quatre par cabane ; ils sont petits ct ressemblent au chier" de berger de Buffon ; ils n’aboient presque pas ; ils n’ont qu'une espèce de sifllement, et sont si souvages, qu'ils paraissent être aux autres chiens ce que leurs

maîtres sont aux peuples civilisés,

Les hommes se percent le cartilage du nez et des oreilles ; ils y attachent divers petits orncments ; ils se font des cicatrices sur les bras et sur la poitrine avec un instrument de fer trèstranchant, qu'ils aiguisent en le passant sur leurs lents comme sur une pierte : ils ont 1es dents linées jusqu'au ras des gencives , et ils se servent, pour celte opération, d’un grès arrondi, ayant la forme d’une langue. L’ocre, le noir de fumée, la plombagine, mêlés avec l'huile de loup marin, leur servent à se peindre le visage ct le reste du corps d'une manière cfrovable, Dans les jours d'apparat , leurs cheveux seat pendarts, poudrés et tressés avec le duvet des oiseaux de mer. Une simple peau est jetée sur leurs épaules ; le reste du corps est absolument nu, à l'exception de la tête, qu'ils couvrent ordinairement avec un peut chapeau de paille très-artistement tressé ; quelquefois ils placent sur leur tête, sans deute

dans le but de paraître plus effravants aux veux

DE LAPÉROUSE, — 1786. 63 de leurs ennemis, des bonnets à deux cornes, des plumes d'aigles, ou bien des têtes d'ours entisres , dans lesquelles ils ont enchässé une calotte

de bois

Quelques sauvages avaient des chemises enuères de peau de loutre, et l'habillement ordinaire du grand chef ctait une chemise de peau d'orignal tannée , bordée d’une frange de sabots de d&im et de becs d'oiseaux, imitant le bruit des grelots lorsqu'il dansait, Laptrouse ne vit de tatouage que sur les bras de quelques femmes, Celles-ci ont un usage qui les rend hideuses : Loutes, sans exception, ont la lèvre inférieure fendue au ras des gencives , dans toute la largeur de là bouche : elles portent une espèce d'écuelle de bois sans anses qui appuie contre les gencives, à laquelle cette lèvre fendue sert de bourrelet en dehors, de manitre que Ja partie inférieure de la bouche est saillante de deux ou trois pouces. Les jeunes filles n’ont qu'une aiguilic dans la lèvre inftrieure, et les femmes marites ont seules le droit de l’écuelle. Les Francais les engagtrent souvent à quitter cet ornement; mais elles paraissaient y attacher ün sentiment de pudeur, car elles s’y refusaient ou s’y

déterminaient avec peine. La lèvre inférieure

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