‹ Voyages et aventures de Lebret à la HayeChapitre 1 sur 28 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Cet humble volume, dernier-né d’une famille déjà nombreuse, a peut-être besoin de décliner ses titres à la vie. Il décrit en détail un voyage qui aurait pu être bien plus long et s’étendre à un plus grand nombre de pays. Même dans les limites où il se déroula, un autre observateur eût sans doute pu trouver des faits, rappeler des incidents, s’appuyer sur des points de vue ou se livrer à des considérations que j’ai cru bon de négliger, ou qui ne m’ont point frappé.

Néanmoins, en dépit de leur manque de toute prétention, je crois pouvoir me flatter que ces pages offriront quelque intérêt à bien des catégories de lecteurs. Ainsi, par exemple, la classe des cultivateurs, si nombreuse et si honorable au Canada, ne pourra manquer d’apprécier les aperçus

si fréquents dans mes 'premières lettres sur ce qui touche à V agriculture, et leurs comparaisons indirectes entre les choses de la campagne française et celles du Canada champêtre devraient aussi attirer son attention. Même le financier et celui qui s’occupe d’économie politique ne liront peut-être pas sans intérêt les passages qui ont trait à la situation économique actuelle de la France, tandis que l’industriel se complaira davantage dans l’exposé d’une des grandes industries de l’Ouest français consigné à la fin de la lettre XX.

L’ architecte aimera tout particulièrement la lettre sur Caen, a.vec ses détails sur les nombreux monuments de cette ville, ainsi que celle qui décrit Maëstricht et ses églises ; V archéologue préférera celle qui traite des Catacombes de Rome ; V antiquaire jouira tout autant de certains faits énumérés au cours de la lettre V et à la fin de la XV e ; V anthropologiste ne pourra manquer de lire avec un certain plaisir les incidents de mon excursion au pays de l’homme préhistorique, et le sociologue ne dédaignera peut-être pas ma petite étude sur la famille française dont les membres se trouvent esquissés dans la lettre sur Bonhote.

L’éducateur devrait apprécier les nombreux détails sur l’enseignement religieux en France fournis par la lettre XXII, de même que le patriote parcourra sans doute avec quelque émotion les pages qui relatent ma visite à Verdun et au fort Douaumont. De son côté, le nationaliste verra probablement d’un bon œil ma mention de la question des langues à la Haye, et aura son attention éveillée rien que par le nom de Metz, en tête d’une autre lettre.

Le musicien et l’homme d’Église apprécieront peut-être

le récit de mon passage à Solesmes, tandis que l’artiste chrétien, non moins que tout homme de cœur, devrait se délecter à la lecture des pages consacrées à la Passion de Nancy.

Le pèlerin et le lecteur porté aux choses de la religion trouveront dans le compte rendu de ma visite à Lourdes et à tant d’autres lieux de pèlerinage, ainsi que dans le récit de l’ Apparition de Pontmain, un nouvel aliment à leur piété. Les pages, en particulier, sur un événement d’importance capitale comme cette dernière apparition auront d’autant plus de valeur en Amérique qu’il y est moins connu, même du public qui lit.

Le chrétien tout court s’intéressera certainement aux détails donnés sur les audacieux inventaires dans les églises françaises, et ne pourra qu’approuver la résistance à laquelle ils donnèrent lieu. Il lira avec autant de satisfaction les pages que je consacre à mon pèlerinage à Lisieux, les remarques de la lettre III sur les processions du Saint-Sacrement en France, celles qui portent sur la pratique de la religion à la Haye et ailleurs, ou qui ont trait à la fidélité à l’audition de la messe paroissiale dans l’Ouest, sur les richesses religieuses de la cathédrale de Bordeaux, etc.

Que dis-je ? Il n’y a pas jusqu’à la classe beaucoup plus restreinte des pêcheurs et des amateurs de sport qui n’ait pas été oubliée dans ce petit volume. Les uns et les autres liront probablement avec un intérêt tout spécial, alors même que ce fût à leurs propres dépens qu’ils devraient se dérider, l’incident rapporté à la lettre XX, tandis que le nautonnier et quiconque pense à s’aventurer sur les flots de l’Océan feront bien de s’arrêter aux pages de V avant-dernière.

Enfin et surtout, une personne en quête d’une honnête récréation ne pourra manquer d’ apprécier, à moins que je n’aie complètement failli à ma tâche, la relation des petites aventures qui égaient ce nouveau volume, ainsi que les dialogues qui ne lui sont pas ménagés.

Instruire et récréer par des récits et de courtes dissertations de la plus grande simplicité, voilà donc le double but que je me suis proposé en publiant ces pages, qui étaient d’abord exclusivement destinées à un journal de Winnipeg, lequel n’en a pourtant reçu que les premières — et encore celles-ci étaient-elles originairement plus courtes que dans ce volume. Le lecteur dira maintenant si j’ai réussi dans mon entreprise.

A.-G. Morice, o. m. i.

Lebret, Sask., 19 mars 1925.

Page 1