Voyages et chasses dans l'Himalaya
Plan de campagne. — Situation et abords. — Esquisse du terrain. — Saisons convenables pour chasser dans les diverses localités. —Lista des ol^ts à emporter d'Angleterre. — Liste des objets à se procurer dans l'Inde. — Dépenses du campement dans les collines et frais de Yoyage. — Liste et dénominations locales du gibier, etc., que Ton rencontre dans le Doon. — Ënumération et noms locaux des animaux, etc., que l'on trouTe sur les collines. — Dénombrement et appellations locales des espèces, etc., qui se présentent au delà des neiges.
Quand je vois, depuis mon retour en Angleterre,
combien de chasseurs prodiguent leur temps, leur
peine et leur argent pour chasser le cerf ou tirer des
oiseaux en Ecosse^ j'en conclus que ce doit être prin*
cipalement par ignorance des facilités qu'ils auraient de parvenir à THimalâya, et d'y trouver une variété de gibier presque infinie, que nos sportmen anglais ne tentent point des entreprises plus dignes de leurs efforts.
On a dit que les instincts chasseurs se rencontrent plus ou moins au fond de toute nature, mais que les Anglo-Saxons sont les seuls vrais sportmen du monde ; et que cet inatîQot et cette habitude contribuent beaucoup à produire cette activité, cette énergie de l'esprit et du corps, cette promptitude dans le danger et cette passion du franc jeu qu'ils emportent partout avec eux.
N'ayant jamais passé la saison des chaleurs en plaine laos- être pris d'accès de fièvre, et consacrant invariablement tout congé que je pouvais obtenir pendant ma eemvalescenoe à voyager dans les montagnes, mes exiofsions ont nécessairement été très-fréquentes.
Je n'ai pas l'intention d'essayer, en manière de journal, le récit de mes diverses expéditions à travers le ÉumaoB, le Gurheval et le Sirmour, le Koolo, le Kanawur et la Tartarie; mais je donnerai la marche que fai suivie dans cette dernière région, la moins connue àe toutes, en y ajoutant quelques clélaits.
Si je me laisse aller tolontiers à des digressions sur des sujets accessoires au voyage dans les collines, bien que ne se rattachant point directement à la chasse, c'est qu'elles pourront, je Tespère, fournir quelques renseignements utiles sur un pays intéressant et peu Tisité jusqu'à ce jour.
Que Ton me permette de commencer ce travail en citant le passage suivant de la vie de Goethe par Lewis : t Un Français» un Anglais et un Allemand avaient reçu mission de donner au monde le résultat de leurs opinions sur cet intéressant animal qui s'appelle le chameau. Le Français court au jardin des Planfes, y consacre une heure à un examen rapide^ retient, écrit un feuilleton dans lequel il n'est pas une phrase que puisse blâmer l'Académie, mais pas une phrase non plus qui ajoute aux connaissances générales sur ce sujet. Il est parfaitement satisfait néanmoins, et dit : < Le voilà, le chameau f »
f L'Anglais emballe sa bofte de thé et tout l'arsenal du confortable de la vie; il dresse sa tente en Orient, et y reste à étudier le chameau dans ses habitudes; puis il rcfVJent avec un épais volume de faits arrangés sans ordre, exposés sans philosophie, mais servant de ma*
lériaux précieux pour tous ceux qui viendront après lui.
€ L'Allemand, qui méprise la frivolité du Français, et la façon d'agir peu philosophique de l'Anglais, se retire dans son cabinet pour extraire l'idée du chameau des profondeurs de sa conscience morale. »
Si ces souvenirs se trouvent conlenir le bon levain de notre singularité nationale, si ingénieusement décrite dans cette citation, je me sentirai content, bien que convaincu de leui's défauts.
Le gibier de l'Inde, ainsi que beaucoup d'autres choses que nous estimons indigènes, et par conséquent communes en ce pays, ne devient point familier aux résidents par le simple fait d'une longue résidence; bien des personnes, les dames spécialement, peuvent vivre vingt ou trente ans dans l'Inde sans voir jamais un serpent vivant, excepté dans les mains d'un jongleur du pays ou d'un charmeur de serpents, bien que quelques-unes de leurs sœurs en Angleterre les croient aussi communs que les araignées et les escarbots ici, et capables de visiter les chambres à coucher pour aller dormir sous les taies d'oreiller avec une familiarité inquiétante. II y a quelques vieilles femmes des deux
sexes qui passent toute leur vie dans ce pays sans avoir jamais vu un seul échantillon de notre gros gibier, et sans connaître plus ses habitudes et ses repaires que leurs amis de chez nous dont l'imagination, aidée des lettres de correspondants d'une haute puissance épistolaire, peut se représenter une ménagerie complète s'échappant d'un chemin de fer, effarouchée par le siflQet d'une locomotive, pendant que les serpents et les singes se pendent en festons aux fils du télégraphe électrique. Avez-vous jamais tué un tigre? est une question faite quelquefois à des Anglo-Indiens qui en sont aussi capables que de tuer un serpent de mer.
Une chasse dans THimalaya n'est pas toutefois chose qui se puisse acheter facilement à prix d'argent comme dans la Grande-Bretagne, et les oiseaux ne s'y trouvent point pour vous avec autant d'aisance et de certitude que des faisans dans une battue, ou des volailles au marché de Covent-Garden. Mais l'exercice du j ugement, le développement des facultés et la finesse du discernement nécessaires pour le succès, constituent le charme principal des chasses de l'Himalaya pour le vrai chasseur, et, je crois, l'attrait le plus sûr pour la
a VOYAGES ET CHASSES DANS L'HIMALAYA.
majorité de qeux qui visitent nos bruyères des montagaes et nos forêts habitées par des cerfs.
Quoiqu'une certaine somme de (ravail soi$ indispensable pour acquérir, -dans tous sas détails, la connaissance, locale nécessai^B au succès, en tout endroit oboisi iN)ur déplacement de chasse, on peut cependant acquérir une dose importante d'expérience générale au moyelj de notes pratiques sur des aventures d'autrui. J'ai souvent désiré, lorsque j'ai commencé ma carrière, quelque livre qui m'eût fourni des renseignements détaillés sur des points que j'ai eu à déterminer par moimême, avec une perte de temps et un mws^ considérables.
J'ai, en conséquence, le désir de rendre mon expérience pratiquement utile à tous ceux qui peuvent être disposés à faire un voyage de six semaines en vue de chasser dans les Indes, ou à ceux que leur destinée envoie en service ou en congé de maladie dans l'Himalaya.
Il existe une grande similitude dans les espèces de gibier que l'on rencontre aux mômes hauteurs en suivant la chaîne des montagnes dans toute sa longueur, c'ejt-à-dire de Cachemire à Cacher. La seule diflférence dans les oiseaux concerne le longée ou Argus, dont on
INTRODUCTION. i
ne trouve qu'une espèce dans le Kumaon, une autre dans le GurhevaU et une troisième dans le Kangrd. En règle générale aussi, le burrul ou mouton sauvage des neiges, qui habite les hauteuré neigeuses du Ku* maon et du Gurheval, cède la place au skenê ou bouquetin à Touest du Sutledge, lequel à son tour est remplacé par le markhor ou chèvre sauvage aux cornes en spirale, et par le hangul ou cerf à douze andouillers de Cachemire. Je me propose donc, pour familiariser le lecteur avec les différentes espèces de gibier de rHi»malaya, de prendre une section transversale des mon*tagnes, à commencer par les pentes qui sont à leurs pieds dans la vallée du Dehra Doon, en passant en revue le gibier des différentes chaînes jusqu'aux plateaux du Thibet, au delà des neiges éternelles. Une telle section embrasse cent milles de territoire en ligne droite, mais elle présente d'innombrables montées et descentes profondes , de longs circuits et une immense occasion d'exercice au chasseur pédestre qui peut en jouir tout à son aise^ grâce à la vigueur vivifiante de l'air pur qu'il respire sur ces hauteurs sublimes.
J'ai donné, à la fin de ce chapitre, une liste des objets dont un sportsman décidé à faire un tour dians
s VOYAGES ET CHASSES DANS L'HIMALAYA.
l'Himalaya devrait se pourvoir; et maintenant, nous supposerons qu'il a pris son passage jusqu'à Calcutta par rÉgyple ou par le Cap sur le Great-Eastern, et qu'il a franchi l'espace depuis la Cité des Palais, à travers les plaines du Bengale et les provinces du nord-ouest, sur le chemin de fer est-indien jusqu'à Meerut; cette ligne n'est pas encore achevée, mais elle le sera bientôt. Le voyageur passera sur sa route devant d'innombrables stations d'un aspect triste et désolé, où les employés de la Compagnie, jadis de Sa Majesté» maintenant civils et militaires, sont de service en des endroits moins gais que les pénitenciers anglais, et sous un climat qui, pendant la saison chaude et les pluies, c'est-à-dire huit mois de l'année, est, c à ce que j'imagine, » plus désagréable que le purgatoire et presque aussi brûlant que l'enfer.
Les quatre mois de fraîcheur sont novembre, décembre, janvier et février, et les visiteurs devraient régler leur arrivée pour l'un de ces mois lorsque même les stations des plaines commencent à paraître comparativement agréables, et les habitants européens dispos et contents.
De Meerut à la vallée du Doon, distance de cent
milles environ, le voyageur acquerra quelque cxpérience de la façon d'aller en poste dans les Indes.
Les plus hautes chaînes de THimalaya sont visibles de Meerut pendant les pluies; mais dans les autres saisons, elles ne sauraient être aperçues avant qu'on ne soit entré dans le district de Saharanpore, à cinquante ou cent milles de leur pied. Les collines Sewalik, qui bornent le Doon au sud et sont par conséquent plus rapprochées d'une vingtaine de milles, apparaissent bientôt après; elles sont d'une hauteur relativement insignifiante, puisqu'elles n'atteignent que cinq à six cents pieds; mais elles servent comme de premier plan, et avec les montagnes gigantesques qui les dominent, elles composent un point de vue que j'ai rarement vu ailleurs.
Tout le long du parcours, depuis Calcutta à Meerut, à Dehra, à Mussouree, il y a des hôtelleries qui, pour n'être pas sur le môme pied que celles d'Europe, sont cependant bien appropriées aux besoins du pays, et aussi confortables que tout sportsman pourra le désirer. Au delà de Mussouree, dans les montagnes, et môme en chassant dans le Doon, il se trouvera presque aussi indépendant qu'un bohémien ; mais en échange du
confortable, de la vie des maisons et des villes^^ sans parler de la chasse pour laquelle il est venu, il pourra errer tout à son aise sur des terres affranchies de haies, de digues, de fossés^ et privées de tout écriteau signalant des pièges à iQup^ des fusils à ressort;^ et menaçant de poursuites avec toute la rigueur des lois.
La vallée du Dehra est bornée par l'Himalaya au nord, le Sewalik au sud, et les deux rivières le Gange et la Jumna à Test et à Touest. Elle a environ quarante milles dans sa plus grande longueur et seize milles en ' largeur. Les collines Sewalik s'étendent au delà de sa frontière sud à Test et à Touest ; elles ont environ hu|t à dix milles en travers, et se composent d'une série de collines, de rochers coupés en îormes fantastiques par d'innombrables ravins qui, en général, sont complètement secs, sauf à rextrémité mëridiopale, où un mince filet d'eau demeure perpétuellement dans chacun d'eux, et procure en grande abondance de trèspetits poissons appelés chUwas. Dans la saison d^ pluies, des torr^ts soudains, raos en langage du pays, se précipitent dan§ ces ravins, balayant tout ce qui s'oppose à leur passage, et quelquefois ils mettent en péril les voyageurs ou les marchandises qui passent en
cette saison, attendu que les roates ou déâlés dan» les montagnes suivent généralement le cours de ces lits de torrent. Le capitaine Burton, dans son pèlerinage à Médine et à la Mecque, adopte ie mot inmara comme exprimant exactement l'espèce de eanal que nous ap^ pelons un rao dans le Doon.
Les collines Sewalik sont oounrertes de jungles épais, dont les principaux arbres sont le $dl, te séfêâ, le se€sum^ lejmniény le hiUdoo et leebeer. Les deux pre^^ miers fonrnissent un bois très-dur et Irès-préeieux pinaf les constructions; le troisième, qui représente un M et un moiré âtm foncé admirable^ res^^fièle au M» de rose et s'emploie prindpalem^it po«j.* meuDies ; te quatrième et le cinquième sont des bois légers-, é^wm^ teinte jattsâtre et d^une vatei^ isfériei^e ; le s^ième est te pin de THimafo^ à longue épine dont ie ftt ro^p^ pette le sapin ; mais comme TarbFe croit sufVftnt ¥en^ roulement curieux d'un tire-bouchon, en toiuaiant comme s'il était sur son ane, toutes les planches et I«ta charpentes qu'on en di^che sont coupées avec le Ôl. en biais, et sont comparativement faibles et inutiles.
Ces arbres des jungles sont souvesif couverts par les touffes du maf^n^ ou piàntQ s rélépbmt de^ia; grande
espace, dont les feuilles composent la nourriture favorite du sambah, cerf au grand bois des plaines ; le nom employé par les indigènes pour désigner cet animal est burra singhOfy tandis que le cerf douze-cors s>ppelle bdrd singha^ et les deux noms sont confondus souvent.
La formation géologique du Doon et des collines basses et des pentes au pied de THimalaya, est la même que celle des Sewalik : des cailloux, des lits d'argile, de la marne rouge, du grès varié, avec des sources salées en quelques endroits; mais les montagnes Himalaya montrent un changement brusque jusqu'aux calcaires et aux schistes de la plus haute antiquité.
Il est impossible de concevoir un plus majestueux amphithéâtre que celui formé par le Doon et ses limites ; une vallée de cinq cents milles carrés d'étendue, délicieusement diversifiée par des forêts et des champs, pendant que les deux plus belles rivières de l'Inde se précipitent de chaque côté sur les rochers de leur lit qui brisent leurs ondes claires en écume, contraste aussi complet que possible avec leur cours tranquille et vaseux, alors qu'elles serpentent, saturées de sable et
de boue, à travers les plaines étouffantes de chaleur, entre leurs sources montagneuses et la mer. Un panorama toujours changeant de collines entoure la vallée ; le soleil dans sa course, et les alternatives de lumière claire ou nuageuse, détachent en vigueuf ou rejettent dans Tombre tour à tour leurs cimes diversement nuancées^ pendant que bien haut et au-dessus de toutes, vers le nord, quand le ciel est sans nuages, brillent dans toute leur pureté les blanches pyramides de la neige éternelle.
La saison des pluies, qui est le seul temps désagréable à Mussouree ou dans la vallée, procure à Tarliste une série infinie d'effets saisissants produits par la lumière et l'ombre. La dislance énorme à laquelle s'étend la vue par suite de l'élévation des collines de Mussouree, les nuages épais et lourds de pluie, l'éclatante lumière du soleil à l'Orient, les ombres brisées des collines, les innombrables ruisseaux et les divers paysages de la vallée, composent des tableaux fondants d'un monde fantastique plus étonnants même que les conceptions de Turner.
Il faut se rappeler qu'en parlant de l'Himalaya, nous ne faisons pas allusion à une ligne de montagnes iso-
lées OU Sierra, bien que ce terme s'applique à ia chaîne couverle de neiges. L^Hîmalaya comprend tout ie pays situé entre Cachemire et Cachar, et entre les plaines de l'Inde et les plaines du Thibet, YHeemackul ou pays des neiges, comme rappellent les Tarlares. Celte étendue de territoire ne possède point de plateau, à proprement parler; elle forme comme un système gigantesque de ravins et se compose partout d'une série de montées escarpées ou de précipices, les vallées descendant jusqu'à des gorges étroites et à des lits de torrent, les collines ne s'élevant à d'étroits sommets en arête que pour redescendre immédiatement de l'autre côté.
Ces montagnes possèdent des emplacements pour des villages, à toutes les hauteurs, depuis mille pieds jusqu'à la plus haute limite à laquelle l'homme soit jamais parve^ç, c'est-à-dire vingt-deux mille pieds; elles présentent en conséquence toutes 1^ variétés de climat correspondantes, et une flore et une faune également variées. Un observateur attentif est k môme, après une courte expérience dans les montagnes, de dire à peu près, à coup sûr^ l'élévation d'un point quelconque au-dessus du niveau de la mer^ en remar*'
INTRODUCTlOiN. J5
qHabt les espèces d'arbres et de plantes qui lui sont, particulières.
Naturellement, la chasse dans les montagnes ellesmêmes ne peut èlre suivie qu'à pied, et c'est à force de pratique seulement qu'un chasseur, n'ayant pas l'habitude des terrains escarpés, peut traverser sans crainte les sentiers qui semblent suspendus dans les airs, ou escalader les rochers dangereux où aucun chemin n'est frayé, et qu'il faut franchir cependant pour chasser le gooral ou le tMr. Toutefois, la faculté de regarder au fond d'un précipice du sommet, ou de n'avoir point le vertige sur un terrain qu'un habitant des plaines considérerait comme périlleux, s'acquiert bien vite; et un étranger qui n'aura fait que parcourir THimalaya pendant une semaine, s'étonnera de sa timidité première dans les endroits où il ne pourra plus voir ensuite aucun danger.
Les personnes nerveuses affirment quelquefois qu'étant sujettes au vertige, elles ne perdent jamais leur crainte d'un terrain difficile; mais cela provient surtout de ce qu'elles évitent toujours tout ce qui ressemble à une difficulté de passage, au lieu de tâcjier, Cttume elles le devraient, de pratiquer sur un terrain
relativement facile jusqu'à ce qu'elles puissent preTidre de plus sérieuses leçons.
Un léger bâlon d'une longueur de six pieds environ, et de la grosseur d'une queue de billard, augmente beaucoup la sûreté et la confiance avec lesquelles on peut franchir les passages dangereux; mais le procédé de beaucoup le meilleur, quand le chasseur se trouve intimidé parce qu'il perd confiance ou ne se sent plus le pied solide, consiste à enlever immédiatement ses souliers ; celte opération suffit souvent pour reprendre complètement possession de soi-même; mais s'il n'en était pas.ainsi^ ii vaudrait mieux se coucher à plat ventre et rester à mesurer les distances avec les yeux, en les fermant alternativement pendant quelques minutes, ou pendant toute longueur de temps qui peut être nécessaire pour amener le sang-froid. Le manque de nourriture produit fréquemment une tendance à l'étourdissement, et l'on fait bien de prendre un biscuit ou un œuf dur et une galette indigène (chapattie) dans sa poche, lorsque l'on s'attend à une longue journée de fatigue ou à un terrain difiScile.
Les ghdts ou sentiers praticables sur la ligne des neiges sont tous fermés pendant environ hait mois de
l'année; ils varient entre quinze ou dix-huit mille pieds comme hauteur. Il est à désirer que les sportsmen calculent leur voyage à travers les collines inférieures de manière à atteindre le sentier des neiges par lequel ils ont rinlention d'entrer dans le Thibet, vers le temps où ces passages s'ouvrent en juin. En s'y prenant ainsi, ils emporteront avec eux un temps splendide à travers les collines, et ils en sortiront avant que commence la saison des pluies. À leur première chasse dans ces parages, ils ne rencontreront rien qui rappelle les meilleures chasses des montagnes, lesquelles ne peuvent guère être effectuées parfaitement qu'agrès la tombée de la neige ; ils passeront, toutefois, dans le Thibet où il n'y a point de pluies, la seule saison dans laquelle la résidence y soit praticable pour les Européens, et ils éviteront la seule saison qui soit désagréable dans les montagnes de notre côté.
Le temps où la saison de la mode et des plaisirs jette le plus d'éclat dans notre station sanitaire des montagnes, comprend les mois de septembre et d'octobre, pendant lesquels la végétation luxuriante qui succède à la pluie rend la chasse infructueuse dans les montagnes et dangereuse dans le Doon. Il conviendrait de
i8 VOYAGES ET CHASSES DANS L'HIMALAYA.
passer ces deux mois à Simla^ Musêouree ou Np^e Tâl^ ou partiellement dans chacun de ces endroits^ et le moment de la perfection pour les chasses dans les chatnes des collines inférieures viendrait après cette période, la chute de la neige ayant eu lieu en novembre et décembre.
Pour nous résumer quant aux meilleures saisons à passer dans chaque région ou à chaque hauteur, nous supposerons un chasseur anglais consacrant une année à cette excursion, non compris le voyage de Tlnde, aller et retour, lequel prendra environ un mois dans l'un et Tautre cas. En prenant le l^ décembre la malle de Tlnde pour Calcutta par TÉgypte, ou le navire qui passe par le Cap, s'il fait le service à cette époque et marche avec une vitesse constante de vingt milles à Theure, et tout en ayant amplement le temps nécessaire pour voir le pays sur le parcours jusqu'aux montagnes, le sportsman se trouvera vers le 12 février dans le Doon. Février, mars et avril sont les meilleurs mois pour chasser dans le Doon, sans courir le risque de gagner les fièvres ou souffrir des inconvénients de la chaleur. Les mois de mai et de juin, les plus chauds de Tannée, se passeront ainsi dans les montagnes en
INTRODUCTION. It
route, de la vallée du Doon aux régions de la neige. C'est alors que Ton peut acquérir quelque expérience de la chasse des montagnes et se procurer des échantillons de presque toutes les espèces du gibier de ces hauteurs.
Les pluies commencent dans les montagnes vers le 16 juin; mais à cette époque il faudrait atteindre l'entrée des vallées neigeuses qui mènent aux différents ghdts ou passages. Il n'y tombe que peu d'eau, attendu que les villages sont tous situés à une élévation de dix à douze mille pieds. Les quelques pluies qui surviennent ont la forme de bruine; mais les brouillards empêchent toute chasse et rendent désirable un passage prompt de l'autre côté.
Les pluies cessent vers le 15 septembre, et la neige commence alors à tomber dans les défilés ; aussi les sportsmen feront bien de les repasser vers le 1" septembre et de régler leur marche de façon à être rendus à Mussouree le 20. Le beau de la saison dans les colhnes aura cessé le 1«' novembre. Toutes les dames et les officiers en congé de maladie retournent dans les plaines, à cette date, pendant que la neige devient générale sur les hauteurs.
Voici la liste des objets qu'un sportsman devrait se procurer en Angleterre et dans Tlnde, avant d'entrer en campagne.
A prendre en Angleterre :
i* Un fusil à deux coups, rayé, de Terry, du calibre de quatorze, complet dans sa boîte ;
2« Une carabine à deux coups, rayé, de Terry, calibre du gouvernement, complète dans sa boîte ;
3° Une double lorgnette de campagne, de Chevalier;
4«» Une petite tente de montagne en mackintosh vulcanisé, pouvant se transformer en bateau ;
5*» Un couteau de chasse indien de Mappin ;
6*» Une balance à ressort indiquant jusqu'à 80 livres, pour peser les charges des coolies, la farine, etc.;
l"" Une lampe de voyage avec son approvisionnement de chandelles;
9f* Douze poires de poudre et deux sacs de plomb n^ 1 et n« 6. (On peul prendre une partie de ces munitions sous la forme de cartouches.)
9* Cinq mille cartouches et deux cents tubes détonants pour obus ;
10^ On peut emporter un costume complet de cérémonie et aussi des chemises pour le voyage, avec des
INTRODUCTION. It
ornements personnels suivant le goût de chacun; mais pour le chasseur, tout ce qui est nécessaire sur le terrain se réduit à deux vêtements de coton brun, deux de laine grise, une demi-douzaine de chemises de Crimée, six chemises de coton, douze paires de chaussettes en laine, quatre paires de souliers et une casquette;
l !• Vnù provision de serviettes ;
12« Quelques couteaux de poche et des lunettes à verres bleus et à toile métallique, pour cadeaux à faire auxTartares; •
13® Du papier à lettre et des livres ; le moins sera le mieux.
Les objets que Ton peut se procurer dans Tlnde, c'est-à-dire à Mussouree, sont :
1* Une tente de domestique (pdl) ou petite tente de montagne ;
'2« Un sac de cinq cents balles;
30 Un lit (charpoy) portatif et sa garniture ;
4*» Deux grandes et deux petites casseroles, deux chaudrons et une poêle à frire ;
5"* Des plats, des assiettes, des tasses et des soucoupes, des couteaux, des fourchettes et des cuillères en fer battu;
n VOYAGES ET CHASSES DANS L'HIMALAYA.
6» Une provision de lard, des conserves de viande el de bouillon dans des bottes d'étain, du IM et du sucre;
7« Une demi-douzaine de chèvres laitières;
8« Un baril de cantinière pour les liqueurs, avec un petit cadenas à la bonde et un robinet s'ouvrant avec une clef;
9° Une des cartes officielles de la localité.
Il faut bien se mettre dans Tesprit que dans les montagnes tout doit être porté par des hommes et emballé dans les caisses légères de bambou, recouvertes de cuir, qu'ils appellent fci7^a«. Environ vingt coolies suffiraient pour porter tout ce qui peut être nécessaire à un chasseur et à deux domestiques. Chaque coolie porte une charge de cinquante livres et reçoit pour gages douze shillings par mois. Les {H'ovisions pour «ne excursion de six mois eoâtent à peu près vingt livres sterling (500 francs); les achats en extra, te farine, les légumes, reviennent k une livre par mois (25 francs)^ soit, toutes dépenses comprises pour un voyage dans les nmntagnes^ vingt à vingt-cinq livres sterling par mois (500 à 6SS francs)*
Le prix du pai^age par FËgyi^e, d'Angleterre aux Iftdea, est deeent dix livres sterling (2,750 francs); les
INTRODUCTION. n
frais de séjour dans les hôtels de^ Calcutta sont de dix shillings par jour (12 fr. 80), et le coût du voyage jusqu'aux montagnes s'élève à peu près à vingt-cinq livres sterling (6Î5 francs).
J'ajoute ici une liste du gibier et des animaux sauvages que Ton rencontre dans la section transversale que j'ai nommée, en indiquant les noms du pays sous lesquels ils sont connus dans cette localité, et qui différent en certains cas des noms usités dans les autres parties de l'Inde.
Dans la vallée du Doon et les Sewalik, nous trouvons :
Le tigre
Le léopard
Le lynx
Le chat-lynx
Le chat-léopard
Le chat-tigre
Le putois
L*oiirs
L'hyène
Le chacal
Le renard
Le renard jaune
Le fossoyeur
La loutre
L'éléphant
Bagh.
Baghera.
Seeah gosh.
Seeah gosh billee.
Bughera sa bUlee.
Lukkeer wailah billee.
Bilao.
Baloo.
Lugga bugga.
Geedhur.
Loomree.
Zurd k»m.
Bijjo.
Ood bilao.
Hathee.
Le sanglier
Le porc- épie
Le grand cerf
Le cerf douze-cors
L'axis
Le cerf à quatre bois
L'élan (cerf aboyeur)
Le lièvre
Le paon
Le floriken (outarde)
La poule de Barndoor
Le faisan argenté
La perdrix noire
La perdrix grise
La caille commune
La caille des pluies
La caille des buissons
Divers canards et sarcelles
Bunôla.
Say.
Sambah ou 1)urra singha.
Bara singha.
Cheetul.
Dodur.
Kakur.
Kbur gosb.
Moréla ou mohur.
Churhuj.
Moorghee.
Kaleej.
Kala teethur.
Teetbur.
Buthêr.
Bursatke buthér.
Lowa.
Buttuk et Moorgbâbee.
Le bara singha, bien qu'abondant vers Test aux environs de Burmdeo, est presque détruit dans le Doon. En sus des animaux ci-dessus, que je sais être dans le Doon, j'ai entendu dire qu'on y avait vu des nilghauts et aussi routarde-floriken, qui est un peu plus grande que le vrai floriken, et de la grosseur exacte d'une petite outarde ; on y trouve aussi le bastard floriken ou leekh, qui se reconnaît à deux plumes vertes qui pen« dent d'une façon curieuse à sa gorge.
Dans les montagnes entre le Doon et la neige, sont :
Le chamois de THIma-
' Gooral.
laya
La chèvre-antilope
Surrow.
Le cerf des montagnes
Jurow.
Le cerf aboyeur (élan)
Kakur.
La grande chèvre sauvage
Thâr.
Le chevrotain porte-musc
Kustoora ou bena.
Le tigre
Sher ou bagh.
Le léopard
Baghera.
L'ours noir
Baloo.
L'ours brun
Reech.
Le dingo ou chien sau-
vage
Le renard des montagnes
Junglee kootba.
La martre sauvage des
sapins
La fouine
Le faisan argenté
Kaleej.
Le faisan bleu
Moonal.
Le faisan brun
Cheer.
Le faisan moiré
Kok]âs.
Le faisan argus
Loongee.
La perdrix des montagnes
à pattes rouges
Chikor.
Le francolin ou perdrix
noire
Kala Teethur.
La perdrix grise
Teethur.
La perdrix des bois
Pewra.
Le coq de bruyère
Bun chaha.
Dans la neige et au delà sur les plaines du Thibet
Le yack sauvage
Le mouflon
Le mouton des neiges
Le cheval sauvage
Le léopard des neiges
L'once blanche
Le loup des neiges
La marmotte des neiges
Le lièvre bleu du Thibet
Le faisan des neiges
La perdrix des neiges
Bunchowr ou brong.
Nyan.
Burrul.
Kyang.
Sufed bughera.
Chota bughera.
Chanko.
Pheea.
Ghasa.
Hunyal.
Burfke teethur.