‹ Voyages et chasses dans l'HimalayaChapitre 2 sur 21 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Indices du passage de Téléphant sauvage. — Opinions de sir Emerson Tennant et la chasse à Ceylan. — Il ne faut pas espérer de forcer à la course les éléphants dans le Doon. — Traits caractéristiques des éléphants du Doon. — Éléphant tué dans la Hutnee Bao. -^ Les éléphants khoonnee et Gunesh le meurtrier. — Dispositions morbides à mal faire quand ils sont en rut. -^ Capture des éléphants sauvages au moyen de pièges. «^Fosses et nœuds coulants. — Lai|-. gage des éléphants.

Quelle que puisse être l'espèce de gibier que le chasseur poursuit dans la vallée ,du Dehra-Doon, et quelque direction qu'il puisse prendre à travers ses forêts, il ne peut éviter de remarquer d'étranges sentiers indiqués, non-seulement parmi les terrains unis de la plaine, mais encore serpentant sur les cimes des collines Sewalik, courant sur le bord des précipices et parfois se creusant en biais le long des ravins 06 les

chevaux et les bestiaux domestiques pourraient à peine trouver pied.

Longtemps avant d'avoir résolu la question de la formation de ces sentiers, j'avais imaginé diverses causes supposées de leur existence : l'exploitation possible des jungles de Sewalik par les villageois, ou les campements de bûcherons et de chasseurs, ou encore le passage des troupeaux de boeufs des marchands de grains ; mais chaque théorie de cette espèce était réfutée par le nombre et les enroulements multipliés des sentiers qui n'aboutissaient nulle part qu'à des labyrinthes sans fin de jungles entremêlés, et à des solitudes profondes. Lorsque je connus mieux le Doon et ses habitants, je constatai que les mystérieux sentiers de la forêt et de la montagne étaient faits par les éléphants sauvages, et dans la terre accidentée des Sewalik, il arrive souvent qu'une route longtemps durable est tracée par un seul passage de ces hôtes gigantesques des bois.

Tovit le voisinage du Doon et le Damun-i-Kob, ou la lisière du sublime Himalaya, sont admirablement appropriés à la demeure de l'éléphant sauvage, dont les grandes troupes s'en vont voyageant à la file indienne et laissant en jplaine une piste d'environ quatre pieds

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de largeur. Sur un terrain montagneux ils serrent de près la ligne, et leur voie n'a pa^ plus de deux pieds de large, cette largeur restant à peu de chose près la même, que le troupeau s'élève à sept tètes seulement ou à soixante-dix. En plaine, la plante molle de leurs pieds ne fait que fouler le gazon, en laissant une trace unie et plate, sans défoncer le terrain, et la croissance épaisse des herbes luxuriantes pendant les pluies qui viennent ensuite efface toute marque de leurs pas. La somme d'attention qu'ils peuvent avoir accordée aux arbres voisins indique la vitesse avec laquelle ils ont voyagé. S'ils sont effarouchés, ou s'ils ne font que se rendre à quelque endroit particulier qu'ils peuvent désirer visiter pour y paître, ils n'arrachent point le gazon et les feuilles, ils ne brisent point les branches et ne dépouillent point les arbres de leur écorce, comme ils commencent à le faire quand leur marche dégénère en flânerie. Lorsqu'ils sont près de l'endroit où ils doivent faire la sieste de midi, la voie principale se subdivise en d'innombrables pistes individuelles, attendu que chacun va fourrager pour son propre compte, bien qu'ils ne s'écartent jamais loin du corps principal du

troupeau. Aussi un seul cri aigu d'alarme les rassemble

ao VOYAGES ET CHASSES DANS {.'HIMALAYA.

tous, à Texception pcut-ôlre du vieux mâle boudeur et indépendant, qui est I0 matlre et a conscience de «a force énorme.

Bien avant de connaître par l'expérience pratique et oculaire que de grandes troupes d'éléphants fréquentaient le Doon > lorsque je suivais à la trace les pistes annuelles des éléphants dans la plaine, ou les chaussées éternellei marquées par leurs courses errantes à tra^ vers les terrains de formation caillouteuse des montagnes Sewalil^/ j'avais estimé que le gibier colossal qui pouvait parcourir notre voisinage, en restant néanmoins invisible à nos recherches inexpérimentées, ne se composait que de monstres fabuleux que j'avais peu de chances de rencontrer jamais. Je me rappelle qu'une fois un vieil ofBciôr qui avait habité quelques années dans la vallée décrivait k plusieurs jeunes novices > parmi lesquels je me trouvais, une troupe d'environ soixante^dix éléphants qu'il avait vus passer, étant de service, auprès d'un des ruisseaux du Doon. Un coup d'œil d'incrédulité fit le tour de l'auditoire quand nous entendîmes un pareil chiffre, et nous tombâmes ensuite d'accord dans notre conversation que le vieux K... emidoyait une arme plus primitive qu'une carabine dans

ses épisodes de ohasse. L'expérience m'a toutefois convaincu depuis que notre suffisance était plus fautive que la Téracité du vieillard.

Les sporstmen résidents el les ofâciers malades éta*blis dans le Doon et à Mussouree paraissent ne prendre que fort peu d'intérêt aux habitudes du plus gros gibier de rinde , bien que plusieurs d'entre eux se montrent ardents et infatigables à poursuivre le cerf moucheté (axis) ou à pêcher le mahseer.

Quant aux officiers malades, j'ajouterai en passant que je les ai trouvés, en thèse générale, des gaillards robustes à la joue vermeille, dont la maladie, comme les éléphants eux-mêmes , ne pouvait être découverte que par un praticien consommé.

Depuis l'époque où j'écrivis le récit suivant de la chasse aux éléphants dans le Doon, j'ai eu l'occasion de lire Tadmirable ouvrage de sir Emerson Tennant, dans lequel il décrit la manière de prendre les éléphants à Ceylan dans les corrals, comme on appelle les kheddas en ce pays. Son expérience personnelle, quant aux mœurs des éléphants sauvages, paraît avoir été bornée à ùd qu'il a vu, et décrit d'une façon si pittoresque lors de la capture de deux troupeaux successif dans le

corral. Ses observations sévères sur le cas notoire de boucherie faite de sang-froid sur un éléphant par Gordon Cumming, si souvent citée contre les sportsmen, d'après la Vie d'un chasseur dans le sud de V Afrique^ seront approuvées par tous les vrais amateurs de la chasse, et tous apprécieront sa sympathie pour la calme dignité du désespoir avec laquelle les éléphants se résignaient à leur sort dans le corral une fois qu'ils se sentaient liés ; mais il paraît s'être laissé entraîner par son sujet, et il exagère à la fois ramabiUlé de Téléphant et Tinsensibilité des chasseurs. Siégeant avec un certain nombre de compagnons sur une plate-forme confortable attachée dans un groupe d'arbres dont la dimension le mettait absolument à l'abri du danger « sir Emerson regardait une troupe d'éléphants chassée dans une enceinte préparée avec soin, pendant que près de trois mille indigènes et une certaine quantité d'éléphants domestiques, toutes les ressources de la science et de l'art, étaient employés à prévenir le danger et rendaient le troupeau sauvage comparativement impuissant. Après avoir raconté avec quelle facilité, dominés par la terreur, les éléphants étaient amenés par les cris et les hurlements, les tambours « les tamtams^

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les torches flamboyantes et les feux de la mousqueterie les entourant de toutes parts, dans l'intérieur du corral, et avec quelle aisance et quelle habileté les porteurs de nœuds coulants, protégés par les éléphants de leurre, les attachaient aux arbres, il conclut ainsi, page 371, volume n« :

< En résumé, si la sagacité, le calme et la docilité des éléphants de leurre étaient bien capables d*exciter un yif étonnement, il était impossible de refuser la plus haute admiration au maintien calme et digne des captifs. Tout leur aspect était en complet désaccord avec les descriptions faites par quelques-uns des chasseurs qui les harcèlent et les représentent comme traîtres^ sauvages et vindicatifs. Lorsqu'ils sont tourmentés par les fusils de leurs persécuteurs, ils déploient sans doute toutes leurs forces et leur adresse pour essayer d'user de représailles ou pour s'échapper; mais en ce moment tous leurs mouvements indiquaient l'innocence et la timidité. »

C'était, je le dirai, chose trës-vraisemblable; mais il est tout naturel qu'un chasseur accoutumé à errer seul ou peut-être avec un seul serviteur, à travers la forêt, et à mettre toute sa confiance dans sa carabine lorsqu'il

gnit à la trace un vieux mâle ou un solitaire, fasse un pécit tpèB-dififérent de ses impressions quand il se trouve face à face avec sa gigantesque proie.

Je n'ai jamais pu concevoir quelle satisfaction éprouvent quelques chasseurs de Ceylan à massacrer une quantité d'éléphants au milieu d'an troupeau, dans un pays où ceux qui sont armés de défenses sont si rares, qu'il n'en est pas plus d'un sur trois cents qui porte des ivoires. Et non-seulement les éléphants à défenses sont si rares à Ceylan, que parmi tous les récits de la chasse aux éléphants du vieux Baker, il n'est p.oint fait mention d'un seul de ses succès contre un porteur de défenses parvenu à toute sa croissance, mais encore les indigènes ne veulent point toucher à la chair de l'éléphant, et il n'a pas même pu goûter la satisfaction de savoir, comme Gordon Cumming, que par ses battues il fournissait de la nourriture à des vingtaines d'indigènes mourants presque de faim.

Je partis un jour de Dehra pour me rendre à Doocewalla, au delà de Lucheewalla, avec Q, Grant, du service civil. Nos tentes étaient dressées dans une plaine à l'herbe touffue, parsemée de buissons épineux et de quelques bouquets d'arbres des jungles; nous

ayioDs avec nous des éléphants munis de selles et de howdahs^ ayant Tintentioa de faire une battue générale pour tout gibier. Nous commençâmes à battre la plaine de Lucheewalla dans la direction de la rivière Sooswa, et après avoir tué un cochon-cerf (babiroussa) et un cheetui (axis), nous venions de faire lever un gros sanglier, lorsque j'aperçus devant nous deux grandes masses couleur d'ardoise que je supposai d'abord être des rhinocéros; examen fait de plus près, il se trouva que c'étaient de jeunes éléphants âgés d'environ dix ans qui partirent dès qu'ils aperçurent notre ligne« Nous leur courûmes sus et nous les suivîmes quelque temps à pied. Je déchargeai sur l'un des deux une carabine légère à un seul coup, la seule arme que j'eusse avec . moi pour le moment. Je désirais vivement en tuer un si c'était possible, attendu que c'était la première fois que j^en voyais de sauvages; mais si j'avais eu un peu plus d'expérience, je n'aurais jamais pensé à tirer sur de si petits animaux dépourvus d'ivoires, car je m'étais imposé la loi de ne jamais tuer un gibier, de quelque nature qu'il pût être, à moins d'avoir quelque objet précis en vue pour agir ainsi. A cette occasion, je m'instruiùs du moins un peu quant à la vitesse avec laquelle les

éléphants sauvages peuvent arpenter le terrain quand ils font de leur mieux à cet égard. Aucun coureur à pied, si rapide qu'il soit, ne pourrait espérer échapper à un éléphant par la vitesse de sa course; et pendant deux ou trois cents mètres, il faudrait à un cheval, pour réviter, toute la rapidité du galop le plus vif. Croyant, toutefois, qu'il pourrait être praticable de forcer à la course les éléphants dans le Doon, je pris, le lendemain, un cheval favori, un alezan du sang le plus pur, nommé Waverly, et je résolus, si je ne pouvais rencontrer des éléphants, de chasser à courre Taxis ou le babiroussa. En parlant après déjeuner avec Grant, j'avais blessé au pied un cerf moucheté, et pensant que c'était là une bonne occasion d'essayer le terrain^ je laissai de côté mon éléphant, et bientôt ' après, je galopais sur Waverly à la poursuite de mon gibier.

Je commençai par trouver que les cailloux semés parmi les jungles du Doon prêtaient à cette course une excitation plus que suffisante, sans parler des nombreux ruisseaux desséchés, beaucoup trop dissimulés par les buissons pour qu'on en puisse voir clairement les bords, et trop larges pour qu'aucun cheval

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les puisse franchir, même dans des circonstances d terrain favorables. Comme je me coulais à travers les arbres et baissais la tête sous les branches, gagnant à chaque pas de vitesse sur le cerf, je sentis à plusieurs reprises que mon cheval bronchait d'une façon inquiétante, lorsque ses pieds s'enfonçaient à travers des monticules de pierres et de terre dont les irrégularités étaient entièrement cachées par l'herbe et les buissons. Plus nous avancions, plus la vitesse devenait grande et plus le terrain devenait mauvais; mais comme il suffisait de quelques enjambées de plus pour me placer côte à côte avec la bête, je poussais Waverly en avant avec ridée qu'il chancelait ou trébuchait pour la dernière fois, et allongé sur Fencolure, je dirigeais le bout de mon revolver vers la tête du cerf, lorsque avec un fracas épouvantable, Waverly piqua une tête en avant. Je suivis naturellement son exemple avec le plus grand succès, et après une culbute complète, nous nous trouvâmes, le cheval couché sur le flanc au-dessus de moi, avec les fontes et le pommeau de la selle brisés, et le cavalier évanoui.

Je ne sais combien de temps je restai ainsi étendu. Lorsque je rouvris les yeux, j'aperçus Waverly debout,

tout décontenancé d'aspect et fort délabré de tenue générale, tandis que pendant cinq ou dix minutes, je ii'eus moi-même que des notions trés-yagues sur mes antécédents personnels. Je parvins bientôt, quoique fort ébranlé, à remonter à cheval et je revins vers la ligne de nos éléphants, complètement renseigné quant à rimpossibilité de forcer à la course les éléphants ou tout autre gibier dans le Doon, et gardant au côté, pendant quelques semaines, de pénibles souvenirs de ma chute.

Quelque temps après le saut périlleux ci-dessus, j'appris de quelques-uns de mes subordonnés indigènes qu'un éléphant venait de prendre ses quartiers près du lit desséché d'un des torrents des Sewalik, appelé Hutnee Rao, à côté de Hurdwar. Comme c'est l'usage brsqu'il se fait de tels rapports, cet éléphant particulier me fut décrit comme ayant la taille d'un mammouth et une mine de mauvais augure, qui portait à son paroxysme l'état chronique d'éléphantophobie de tous les bûcherons et brinjaras de ce canton.

Quand j'étais dans la vallée, la nature de mes fonc* tions officielles ne me permettait guère de mettre à profit des renseignements de cette espèce, attendu que

je ne pouvais quitter le bureau et la trésorerie que pendant les jours de fête des indigènes, ou lorsque j'étais de service dans Tintérieur pendant que mon second tenait ma place au quartier générah Dans le cas présent, j'avais à partir à cheval le soir, à chasser tout le jour suivant et à revenir la nuit. Je m'étais, dans l'intervalle, procuré le crâne d'un éléphant du commissariat qui était mort dans le jungle prés de Dehra, et je l'avais scié en deux pour examiner la position et les dimensions de la cervelle, ainsi que l'inclinaison et la résistance des os de la tète. Gordon Cumming dit, si je me rappelle bien, dans son livre sur la chasse en Afrique, qu'il est inutile de tirer sur un éléphant à la tête, vu qu'aucune arme ordinaire ne peut assurer la pénétration de la balle, et qu'il lui a fallu trente coups en moyenne pour tuer chaque éléphant, en visant surtout au défaut de Pépaule. En fait, la plupart des sporstmen semblent être d'accord sur le tir à la têle. Dans l'intéressant ouvrage de M. Charles-John Andersen sur le sud de l'Afrique, publié par MM. Hurst et Blackett en 18S6, on trouve la note suivante sur c l'endroit où il convient de viser un éléphant : » c J'ai perdu plus d'une noble bête à cause du faible calibre de mes

fusils, qui ne comportaient respectivementque quatorze et seize balles à la livre. Ce fut plus spécialement le cas en ce qui regardait les éléphants, et ce n'est qu'après un certain temps, et lorsqu'ils étaient devenus rares et farouches, que je trouvai moyen de les jeter bas avec quelque certitude en un ou deux coups. Je découvris que le meilleur endroit à viser (lorsqu'on tire la nuit) était l'épaule, soit derrière, soit au milieu, près du bord inférieur de l'oreille. Une autre méthode également bonne, pourvu que le fusil soit d'un fort calibre, con* sisle à tirer sur la jambe, qui, une fois brisée, met dans presque tous les cas l'animal complètement à la merci du chasseur. »

Mais des chasseurs de Ceylan, d'autre part, tuent quantité d'éléphants de Ceylan avec une seule balle d'une carabine ordinaire, en atteignant la cervelle par le front ou par la tempe. J'ai cité dans le chapitre VII l'opinion de M. Baker, le premier des chasseurs d'éléphants de Ceylan.

L'éléphant africain est, je le sais, une espèce distincte de ceux de la vallée du Doon; l'éléphant de Ceylan se rapproche plus du type asiatique; mais il en est sans doute une variété, car il y a des signes carac-

téristiques par lesquels même les éléphants du Dacca, des Kheddahs et d'Assam se distinguent de ceux du Doon; ces derniers ont toutes les qualités les plus estimées par un chasseur pour choisir des éléphants de chasse. ou de course; ils ont le dos voûté très-haut et les jambes arquées, au point de paraître bancroches par le fait de Ténorme quantité de muscles placés sur la partie extérieure de leurs jambes de devant. L'inclinaison du front et de la trompe, ou autrement dit l'angle facial, est presque perpendiculaire, et ne fuit pas en forme de groin comme dans l'espèce d'Assam; la couleur de la peau est très-foncée, et cette espèce est connue des indigènes sous le nom de c Kalabuns. >

Les éléphants sauvages paraissent toujours d'une couleur beaucoup plus claire que les éléphants domestiques, parce qu'ils se maintiennent couverts d'une boue qui prend en séchant une teinte jaune ou bleuâtre, ou d'une poussière sèche; ils le font pour se proléger contre les piqûres des mouches, auxquelles ils sont extrêmement sensibles et qui leur causent une grande incommodité immédiatement après les pluies.

Je n'avais pas à l'époque où j'entendis parler du gros éléphant de l'Hutnee Rao, de fusils bien disposés pour

la chasse à l'éléphant. Très-amateur in tir à la carabine contre une cible, j'avais adopté le principe américain, des très-petits calibres avec des canons très-épais, et mes carabines, quoique bien calculées en vue dea épreuves d'un tir, se trouvaient pour la plupart presque inutiles contre le gros gibier. Je préparai en conséquence une balle conique à pointe d'acier pour ma canardière à un coup, et je pris un fusil ordinaire à doubles canons lisses du calibre de quatorze que je char? geai à balles pour réserve. Un de m%s amis qui assistait à mes préparatifs, les jugea en me déclarant que je pourrais aussi bien jeter mon chapeau contre l'éléphant pour l'effaroucher, et que celui-ci probablement exécuterait un double pas de danse sur ma personne comme finale de l'épisode. Je résolus néanmoins d'agir suivant les renseignements dont j'ai parlé, et montant à cheval, je me rendis à Kansrao, où je trouvai campé un vieil ami, le major Hampton du 31*. Il me prêta un cheval de guerre, arabe qui ne bronchait pas au feu, pour que je le montasse le lendemain matin, bien que je susse par expérience que poursuivre le gibier à la course ou le tirer du haut d'une monture, ne serait point chose praticable sur les pentes des Sewalik. Un

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guide brinjava et un petit chasseur ghoorka qui portait mon second fusil, m'accompagnaient En quittant le bord de la Sooswa, nous traversâmes une forêt de sâl et de send ; les arbres étaient fort clair-semés et la terre assez nue, le gazon ayant été brûlé ou mangé par Ips bestiaux. Comme nous approchions des collines Sewalik, nous trouvâmes une épaisse forêt de jeunes sâl et de grandes herbes, à travers lesquels il eût été impossible de passer à cheval ou de courir promptement à pied, mais où un éléphant se serait frayé un passage à grande vitesse. Arrivé là. mon guide s'arrêta subitement, et la face allongée, il m'indiqua de là main la trace énorme et plate laissée par le pied d'un puissant éléphant mâle. En prenant le double de la circonférence du pied de devant on obtient la mesure de la hauteur d'un éléphant; or l'empreinte marquée par le pied en question indiquait près de douze pieds pour la hauteur de son propriétaire. La piste était toute fraîche, et l6s petites branches brisées ainsi que les fenilles arrachées autour de nous, ne s'étaient point encore séchées. Toutefois le silence solennel avec lequel se meuvent les éléphants fait qu'il est parfois très-difficile de les suivre à travers les jun-^

gles, attendu qu'un pas imprudent en avant pourrait intervertir les rôles et faire du chasseur le chassé, comme aussi quelques changements subits de direction sur un terrain couvert de pistes fraîches suffisent quelquefois à dérouter même des chasseurs expérimentés.

Nous errâmes bien loin parmi les gorges sauvages des Sewalik sans apercevoir Tobjet de notre poursuite, tantôt perdant toute indication des koj, comme les indigènes appellent les pistes, tantôt arrivant sur des reposées fraîches où deux ou trois de ces animaux monstrueux s'étaient roulés ou avaient dormi. Nous venions enfin de nous étendre à terre, épuisés par la chaleur «et le manque d'eau, laquelle est très-rare pendant Tété sur les versants septentrionaux de la chaîne des Sewalik, lorsque le silence qui régnait autour de nous fut interrompu tout à coup par le craquement aigu d'une branche cassée. Nous avançâmes doucement et silencieusement dans la direction indiquée par le bruit, et nous tombâmes sur un troupeau de sept gros et de plusieurs petits éléphants occupés à paître. Ils ne nous avaient pas éventés, bien que je n'eusse pris aucune précaution à cet égard, et tout en

remuant leurs larges oreilles, ils broutaient les buissons de bambous et les autres arbres autour d'eux. Le brinjara me voyant alors me coucher pour surveiller le troupeau et chercher un porteur d'ivoires, me donna aussitôt de lui-même le conseil de me précipiter en avant et de tuer un d'entre eux, et il se mit en devoir de s'étendre sur la nécessité d'êire sans peur et ferme en cette occasion. Je le plaçai à une distance rassurante pour son salut, et après avoir prescrit au petit ghoorica de se tenir à vingt ou trente mètres environ derrière moi avec mon fusil de réserve à deux coups, je commençai à me glisser vers le troupeau avec ma seule carabine ; tout à coup un changement dans la direction du vent fit se dresser en l'air un certain ndmbre de trompes. La trompe a un curieux petit appendice en forme de doigt, et en une seconde chacun d'eux se trouva tournéverslebuissonderrièrelequelj'étaisbaissé, comme pour indiquer l'endroit d'où ils sentaient venir un danger. Le corps du troupeau commença alors à se retirer lentement, les rencontres fréquentes qu'ils faisaient de bûcherons dans les jungles les ayant rendus moins faciles à effaroucher qu'ils ne l'auraient été autrement. On ne voyait parmi eux aucun porteur d'ivoires,

et si le mâle ne se tenait point à Técart près de là, le chef du troupeau pouvait être quelque gros muckna eu j éléphant mâle sans défenses.

Une énorme femelle était en train de faire sa oueil* lette parmi les branches d'un buisson de bambous, à une courte distance en face de moi ; je me glissai ea avant sous le couvert et j'arrivai à quatre pas d'elle avant qu'elle me vtt; je visai à la tempe et je fis feu. J'avais résolu de me précipiter en bas de l'escarpemenl le plus roide que je pourrais trouver si mon coup n'était point mortel;i et dès que j'eus tiré, je courus directer ment vers l'endroit où se trouvait mon chasseui^ ghoorka, à une trentaine de pas en arrière* Un épouvantable fracas dans les arbres suivit la détonatioii de mon fusil> et j'aperçus le brinjara qui venait dem^ donner des conseils si valeureu:i fuyant à travers le bois avec une frayeur horrible.

Comme je n'étais point poursuivi, je revins aussîtiit que le troupeau eut disparu à l'endroit d'où j'avais tiré^ et je vis l'éléphant étendu mort. La balle avait peroj^ le crâne, mais elle n'avait fait que toucher la cerveUet bien qu'elle pesât quatre onces, qu'elle fût munie d'ui^f^ pointe d'acier et que j'eusse chargé avec six dracbmes^

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OU enyiron quatre charges de carabine ordinaire de poudre. Je trouvai toutefois, dans une occasion ultè* rieiu*e, que même cette charge n*ayait aucun efFet si Ton ne choisissait point en visant les parties du crftne les plus minces, et un gigantesque éléphant à défenses sur lequel j'avais tiré à une distance de vingt pas^ aift*è8 avoir paru comme ébloui et comme étourdi pendant quelques secondes, se mit en marche comme s'il ne lui était rien arrivé.

J'eus toutes les peines du monde à faire écorcher mon premier éléphant, mais je ne pus obtenir d'aucun tanneur qu*il essayât de préparer même une partie de ^ la peau à titre d'expérience. Ils me donnèrent comme à l'ordinaire, pour leur raison logique de ne pas tfenter ce qu'ils pourraient faire, que leurs c tap daito i (pères et grands-pères) n'avaient jamais préparé de peaux d'éléphants. Les défenses ne consistaient qu'en deux mauvais petits chicots décolorés. Après avoir ainsi éprouvé la possibilité de tuer avec une seule balle les éléphants du Doon comme ceux de Ceylan, je fis le vœu de ne plus tirer sur des éléphants mftles ou femelles non porteurs d'ivoires, à moins qu'ils ne fussent khunnees ou meurtriers, comme sont appelés par les

indigènes tous ceux qui ont été connus pour tuer des créatures humaines.

Comme le mâle qui conduit le troupeau ne permet guère à aucun rival de rester dans les environs, il existe un certain nombre de célibataires avec ou sans défenses connus sous le nom de solitaires ou de vieux garçons qui sont parfois de fort méchantes bétes. Ils entrent en fureur dans de certaines saisons quand ils sont c must^ » comme disent les gens du pays, ^'est-àdire ivres (d'amour, non de vin), et ils tuent quelquefois ceux qu'ils rencontrent ou peuvent atteindre, pendant une semaine ou deux; ils redeviennent toutefois tranquilles et comparativement inoffensifs, quand ils ont repris leur bon sens.

Il y a un éléphant solitaire qui fréquente le Doon et qui est connu sous le nom de Gunesh. Cet animai appartint pendant un temps au commissariat du gouvernement, mliis il tua son gardien et se sauva dans les jungles avec un fragment de sa chaîne encore attaché à sa jambe. Les éléphants sauvages conservent leurs défenses en bon état et en polissent les pointes contre des arbres ou des bancs d'argile; et les savanes fraîches et nombreuses qu'ils habitent empêchent les ivoires de

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se fendre comme le font les défenses des éléphants domestiques exposés aux influences de Fair lorsqu'ils travaillent au soleil. Pour remédier à cet inconvénient, on leur en coupe toujours environ un pied ou un pied et demi, et Ton fixe à la partie qui reste ua aunean de cuivre ou de fer. Ces défenses coupées et la courte chatne qu'il traîne toujours après lui, font reconnaître Gunesh à tous ceux qui Taperçoivent. Il a, dit-on, tué quinze personnes, pendant un nombre égal d'années, le long du pied des collines.

Une fois qu'un de mes prédécesseurs dans la surintendance du Doon étant campé à Rajghal prés de la Jumna dans le Doon occidental, son courrier de la poste (dawk peon) fut attaqué, tandis qu'il courait tran« quillement le long de la route avec son sac de dépêches, par un solitaire qui le poursuivit à une distance considérable, et l'écrasa jusqu'à la mort comme de gaieté de cœur et par pure cruauté. La veuve de cet homme obtint du gouvernement une pension égale à la moitié de la paye de son mari, attendu que celui-ci avait été taé dans l'exercice de ses fonctions. Ce meurtre est un de ceux attribués à Gunesh. Je n'ai jamais eu occasion de le rencontrer moi-même, et une troupe de près de

se VOÏÂGES ET CHASSES DANS LHIMÂLAYA.

trois cents ghoorkas du Sirmoor qu'on envoya dans les Sewalik pour le tuer après un meurtre qu^il venait de commettre, ne put parvenir à le rencontrer; mais il n'y a rien là qui doive étonner, si Ton considère qu^il a une étendue de plusieurs centaines de milles de forêts et de jungles non interrompus pour promener ses courses errantes au pied de l'Himalaya.

Pendant que j'étais à Hussouree^ un éléphant mile du commissariat qui s'était montré, depuis quelques jours, querelleur et inconmiode, sans donner toutefois aucune preuve d'un caractère dangereux, fut mené, par son mahout, boire à un cours d'eau qui traverse la ville de Dehra, et auquel nombre d'indigènes viennent i^mplip leurs cruches. Il se trouva qu'une vieille femme indigène vint près de l'éléphant pendant qu'il buvait et se mit à remplir d'eau sa ghurrah ou jarre de terre, lorsque saisi d'une inexplicable envie de mal faire, Téléphant passa sa trompe autour de la femme, l'enleva de terre et la plaça sous un de ses pieds avec lequel il l'écrasa tranquillement; puis il se remit à remuer les oreilles et à boire, comme si cette petite bouffonnerie n'avait été qu'un innocent écart d'imagination.

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Un de mes ei^péditioanaires indigènes qui se faisai une gloire de son talent de rédaction en anglais, m'an^ nonça Tévénement et son effet sur l'esprit public dan$ la bizarre phraséologie qui suit et qui est, dans unecerr taine mesure» caractéristique pour les gens de sa classes

« Honoré monsieur,

<c Ce malin;, Téléphant du major R...^ par un mouvement soudais de trompe et de pied tue une vieille femme. Une crainte immédiate tombe sur les habitants.

« J*ai l'honneur d'être, monsieur,

H Votre trèfHobéistant serviteur.

« Madar Bux. »

Gomme un exemple de la cruauté sauvage des khunnees ou éléphants solitaires, ainsi qu'on les ap« pelle à Geylan, mon ami le capitaine R..., surintendant des forêts, ma racontait que lorsque Ton était en train de faire le canal de Beejapore, à trois milles environ de Dehra> un énorme éléphant solitaire qui s'était oachè derrière un bouquet de hambous en buissons, se précipita sur quelques ouvriers indigènes qui remon^ taient le canal. Us essayèrent d'échapper par la fuite; mais l'éléphant eut bientôt saisi le dernier et le jeta à plat ventte en lui donnant un coup de sa trempe dans \^ ^Qs; p^i$ il plaça un de ses pieds pesants sur to

jambes du malheureux et lui enroula sa trompe autour de la poitrine sous les aisselles; cela fait, il arracha la partie supérieure du corps à la ceinture et continua sa marche en la balançant dans sa trompe; une suite d'entrailles marquait la course qu'il avait suivie, depuis les membres écrasés à Tendroit où il avait pris Thomme, jusqu'à la tôle, aux bras et à la poitrine qu'il avait lancés, sans plus s'en inquiéter^ à une vingtaine de pas de là.

Le capitaine R... me disait encore qu'une fois deux des charpentiers employés à abattre des arbres à une gote ou station dans les jungles du Ghandnee Doon s'étant trouvés malades, restèrent à la hutle au lieu d'aller travailler avec leurs compagnons. Il était aussi resté à la hutte un brahmine employé à faire la cuisine pour les charpentiers. L'un des malades se rendit à une source voisine pour chercher de l'eau, et comme il ne revenait point, l'autre pensa qu'il s'était trouvé mieux et qu'il était parti à l'ouvrage, ce qui fait qu'il alla lui aussi puiser de l'eau ; mais il ne revint pas non plus.

Le soir, quand tous les bûcherons furent réunis, ils demandèrent au brahmine ce que leurs amis étaient devenus; il répondit qu'ils l'avaient quitté vers midi

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pour aller rejoindre leur troupe; sur quoi quelquesuns des indigènes, avec Tapathie qui les caractérise, annoncèrent qu'ils avaient vu un cadavre couché près du chemin par lequel ils étaient revenus, mais qu'attendu que cela ne les regardait point, ils n'avaient fait aucune recherche sur les circonstances de sa mort; ils retournèrent cependant alors sur leurs pas, el parvenus à Tendroit, ils trouvèrent l'histoire du destin fatal des deux hommes écrite sur le sol et sur les arbrisseaux d'alentour.

Un éléphant solitaire s'était évidemment trouvé près de la source quand le premier homme était venu chercher de l'eau ; la koj ou piste de l'homme, et de la hôte avec les détours, et les violents efforts du premier pour échapper à la poursuite de la seconde était comme dessinée sur la terre. Les empreintes de l'éléphant effaçant parfois celles de l'homme, indiquaient clairement la position de celui qui poursuivait et celle de celui qui était poursuivi, jusqu'à l'endroit où l'homme avait été pris et où son corps avait été étendu. Il n'y avait point de marque extérieure de blessure, mais on voyait un peu de poussière sur la poitrine, et lorsqu'on toucha cette place avec la main, on trouva que

les OS à rintérieur étaient complètement broyés ; une calme pression du pied de la bête avait éteint la vie de ce malheureux.

Le second arrivé avait été traité de la même manière; son corps se trouva à une petite distance plus loin. Cela peut expliquer la terreur abjecte que produit l'apparition soudaine des éléphants sauvages, et la frayeur en apparence déraisonnable avec laquelle les indigènes s'enfuient de leur voisinage, même lorsqu'ils sont en troupeau et comparativement inoffensifs.

Il y a deux méthodes usitées dans le Doon pour s'emparer des éléphants sauvages, l'une au moyen de pièges ou trappes, l'autre avec l'aide de leurs frères les éléphants domestiques. Pour la première, on choisit un sentier qui a été traversé plusieurs fois pendant l'année par les éléphantb, et qui leur sert probablement de route pour aller des jungles à quelque source des montagnes. On creuse en travers du chemin plusieurs fosses d'environ vingt pieds de large, et de quinze à vingt pieds en profondeur, qui sont ensuite recouvertes de branches et de gazon. Ces fosses s'appellent c ogees i dans le langage des indigènes; et le grand nombre qui en a été creusé jadis est attesté par les noms qu'elles

ont laissé à une foule de localités dans le Doon, telles que Ogeewallab, Ogee Ctiokee, etc.

Bien que ces fosses soient admirablement cachées^ il n'arrive pas souvent que les éléphants y tombent. Non-seulement ils tâtent avec le plus grand soin, dés qu'il leur paraît suspect, le terrain devant eux avec leurs pieds, mais encore ils font un usage constant de leur trompe pour éprouver la solidité du sol, ou débarrasser leur voie de toute branche ou autres obstacles qui pourraient cacher un piège. Le gouvernenient a pris dernièrement entre ses mains la capture des éléphants sauvages, et les employés chargés de ce service ne voient pas d'un bon œil qu'il en soit pris au piège par des particuliers; toutefois, il n'existe aucune loi qui défende de tuer ou de prendre les éléphants; et comme ces animaux causent d'énormes dommages aux riz, aux cannes à sucre et aux autres récoltes du Doon, il ne serait pas juste d'empêcher les fermiers de se protéger le mieux possible.

Ce n'est pas chose facile que de retirer réléphaut d'une fosse lorsqu'il y est tombé, et Ton n'y arrive guère dans les Indes qu'avec l'aide d'un éléphant apprivoisé. Une gro^û femelle nommée Ram Kullee, appartenant

à Annunt Ram, Tun des mahunts ou grand prêtre des Sikhs à Hurdwar, était célèbre par son habileté à calmer et à dresser ses compagnons nouyellement pris. Elle s'était cachée dans les jungles à deux ou trois reprises différentes, mais elle était revenue ensuite de son plein gré, fatiguée apparemment de la vie des forêts. Le sauvage et Tapprivoisé sont accouplés ensemble, et quelquefois il est nécessaire de placer un éléphant apprivoisé de chaque côté de l'animal sauvage. Si Ton ne peut se procurer de dresseur apprivoisé, il faut réduire par la faim Téléphant pris nouvellement dans la fosse, et ravoir dompté dans une certaine mesure avant de l'en faire sortir; mais comme les mâles adultes sont presque inapprivoisables et que pas un éléphant apprivoisé n'ose les affronter, il est souvent nécessaire de les détruire.

C'est chose merveilleuse de voir à quel point un éléphant sauvage, une fois pris, paraît ignorer complètement la présence de toute créature humaine assise sur le dos ou le cou d'un éléphant apprivoisé près de lui ; les animaux nouvellement pris sont pendant un temps si sauvages qu'ils pourraient tuer quiconque se mettrait à la portée de* leur trompe, et qu'ils se précipitent fu-

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rieusement, aussi loin que le permettent les cordes qui leur attachent la jambe, contre toute personne qui passe devant eux. Mais cette même personne, en montant, comme le font les cornacs, sur le cou d'un éléphant apprivoisé, peut s'approcher impunément du nouveau venu, lui prendre le pied dans un nœud coulant, lui serrer ou lui desserrer autour du cou tout lien qui pourra être nécessaire.

Les nœuds coulants qui sont placés sur les jambes quand l'animal vient d'être pris pour la première fois, s'enfoncent dans la chair, attendu que les jambes enflent souvent, coupent d'un côté jusqu'à Tos et laissent des marques qui durent pendant toute la vie de ranimai. Aucune nourriture n'est donnée pendant plusieurs jours à l'éléphant, et l'indigène choisi pour être son mahout ou son cornac vient alors lui présenter plusieurs aliments et lui desserrer les cordes des jambes. L'épuisement produit parla privation de nourriture et les blessures des jambes réduisent étonnamment le courage de l'animal, et le rendent ce que les indigènes appellent ghureeb ou reconnaissant pour les soins de son gardien.

Lés conducteurs OU' cornacs de l'Inde adoptent tous

le même langage de l'éléphant. Leur Yocabulaire ne mente guère qu'à une douzaine de phrases enYiron, et les animaux en saisissent très-promptement la signification. J'ai même entendu un Yieux mahout soutenir énergiquement que les expressions employées compô^ saient Texact et naturel langage de Télëphant, et que eeux-ci en avaient d'intuition la connaissance, attendu qu'ils les comprenaient dès qu'ils venaient d'hêtre pris^ absolument aussi bien qu'ensuite^

Je joins ici la liste des mots en usage, vu qu'il est souvent avantageux au sportsman, surtout lorsqu'il chasse à l'oiseau dans les hautes herbes, de monter sur le cou de son éléphant et de le conduire lui-môme, en ayant un domestique sur la sellette de derrière pouf tenir et charger ses fusils.

L'éléphant peut être conduit et dirigé par des signe» ou des paroles, généralement par un mélange des deut# Il a un collier en ganse de coton, avec des nœuds par intervalles, qui sert d'étriers; un attouchement du pied derrière l'oreille droite ou l'oreille gauche de Tanlmal le fait se tourner du côté opposé ; il suffit d'appuyer la pointe de Yankus (instrument en fer qui sert à conduire l'éléphant) eu un bâton ordinaire sur le sommet de la

télé pour le faire avancer; en touchant au contraire le front de rélépbant ou en tirant Toreille avec le crochet de Tankus, on l'arrête. Il faut, quand on est à terre, tirer Toreille avec la main pour faire agenouiller l'animal.

Voici les paroles usitées :

Mail (prononcez mile)^ debout ou en avant ;

Baith^ assis ou à genoux ;

jDttll, halte;

Dutt, dutty en arriére, enjambe I Quelquefois lumba dug^ faire un grand pas pour franchir un fossé ;

Turuth, casse ou abaisse une branche sur le chemin ;

Beree^ laisse aller ou cesse de paître (quand on traverse des moissons) ;

Chai, tourne ;

Chai dutt! tourne en rond ou retourne-toi !

Les éléphants sont souvent très-mal traités par leurs cornacs, qui sont en général des musulmans de la plus basse classe. L'ankus est une lourde barre de fer pointue avec un crochet d'un côté, et quelquefois les cornacs, emportés par la colère, enfoncent ce crochet, d'un coup porté avec les deux mains, jusque dans le tissu cellulaire des os de chaque côté du crâne de l'éléphant. Ces

60 VaYAGES ET CHASSES DANS L'HIMALAYA, hommes toutefois font souvent preuve d'un courage considérable et de beaucoup d'adresse dans leur service auprès des éléphants dangereux, et ils succombent parfois victimes des périls de leur profession. Un sportsman devrait faire tous ses efforts pour ne point perdre patience vis-à-vis de son mahout; tous les gens de cette classe fument du chanvre, de Topium et autres narcotiques, et dans l'état d'obscurcissement produit sur leur esprit, ils mettent à une rude épreuve la patience de leur maître. Rien toutefois ne saurait être plus ridicule et plus humiliant que de voir, dans une circonstance difficile, le cornac travailler d'importance la tête de l'éléphant pendant que l'Anglo-Saxon, furieux dans le howdah, en fait autant sur la tête de son mahout, dans l'espérance illiïsoire de résoudre la question, ce qui n'aboutit qu'à rendre l'éléphant sauvage et le cornac de mauvaise humeur.

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