AV POLE ARCTIQUE ( 18 J9-IS
Départ.— Le na\iri' la Victoria. — Direction vers le détroit fin Prince- Régent. — Premier lii\ernage à Félix- Harbour. — Effet solaire. — Rencontre et rapports avec les Esquimaux. — La jambe de bois. — Vols commis par les indigènes. — Soulèvement des naturels contre les voyageurs. — John Ross parvient à les apaiser. — Chasse aux bœufs musqués. — Gloutonnerie des Esquimaux. — Second hivernage. — Découverte du pôle magnétique. — Troisième hiver. — John Ross et son équipage abandonnent leur navire. — Ils atteignent la pointe de la Fury. — Nouvelles déceptions. — Encore Plsabelte. — Délivrance. — Retour en Angleterre.
Le capitaine John Ross, préoccupé du désir de dissiper les nuages que le brusque achèvement de son voyage en 1818 avait fait naître sur la hardiesse de ses résolutions, partit de nouveau de la Tamise, le 23 mai 1 829 , dans le but de chercher le passage au nord-ouest, par le détroit du Prince -Régent. Il montait cette fois le navire à vapeur la Victoire, convaincu que la navigation de la mer arctique
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serait plus facile à un bâtiment îl vapeur qu'à loul navire n'ayant que des voiles.
Il arriva, dans le mois d'août, au point le plus élevé qu'il voulait atteindre vers le nord, et il se dirigea par le détroit de Lancastre vers celui du Prince-Régent. A la fin de septembre, la machine à vapeur n'ayant pas cessé d'être une source d'ennuis et de travaux fatigants, il fut décidé qu'on allégerait le navire des portions les plus lourdes et les moins coûteuses de cette machine, en les transportant à terre, dès que le navire serait renfermé dans les glaces.
Ce moment ne tarda pas à arriver.
Le 8 octobre, on ne vit plus une seule goutte d'eau libre, et, à l'exception de la pointe d'un rocher qui s'avançait çà et là, on n'apercevait plus à l'horizon, du côté de la terre, qu'une étendue de neige sans fin. « C'était, dit Ross, une perspective vraiment terrible, une vue d'uniformité, de silence et de mort. Nous nous abandonnions à cet espoir aveugle qui soutient l'homme, mémo à l'approche (l'un mal inévitable, à cet espoir (|u'il conserve encore, alors cpie son navire se brise sur les eciieils cl (|ii(' kl lumière» disparait à ses yeux ludui'anls.
« Mais le fait accduipli ne iiciniettait plus d'ilhision, cl ce fut alors (uic les loues et tristes soucis
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d'une détention invincible se déployèrent dans nin pensée. La porte de notre prison se fermait pour la première fois. La nature même ne pouvait, pendant bien des mois, ni nous délivrer, ni nous aider, et nous ne sono:eâmes pas sans tristesse à cette captivité sans secours, et dont nul ne pouvait prévoir les suites.
« Alors nos réflexions se reportaient sur notre machine à vapeur. Nous nous demandions si nous n'aurions pas pu, sans les retards qu'elle nous avait occasionnés, arriver six semaines plus tôt au point où nous nous trouvions, étendre nos découvertes jusqu'à celles qui avaient été faites à l'ouest, compléter le plan des côtes de l'Amérique, et tourner le passage au nord-ouest dans une seule saison.
« Cependant ces pénibles idées étaient tempérées par d'autres plus satisfaisantes. Chacun, en tenant compte des circonstances, paraissait content des progrès qu'avait faits l'expédition. Combien de fois n'avions -nous pas désespéré de pouvoir atteindre dans cette première année même Port-Bowen! et la carte nous montrait que nous étions à deux cents milles au delà de ce havre, tout en ayant pénétré jusqu'à l'endroit où la Fury avait fait naufrage, et en profitant des approvisionnements qui y avaient été laissés. »
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L'expédition passa l'hiver dans un port que la carte nomme Félix -Harbour. On fit au navire une toiture au moyen d'un prélart, dont les côtés descendaient assez bas pour couvrir ses flancs. Ou le fortifia le mieux possible; on étendit sur le tillac une épaisse couche de neige qui, foulée aux pieds, forma un glacis qu'on couvrit ensuite de sable, ce i\\\\ lui donna l'air dune allée de jardin, et la digue de neige qui entourait le navire s'élevant jusqu'à son plat-bord, et joignant ainsi la toile (jui l'enveloppait, l'équipage se trouva à l'abri du vent.
L'hivernement commença ainsi. La relation du capitaine Ross fournit quelques détails nouveaux sur la manière dont on peut passer l'hiver au milieu des glaces de la mer Polaire.
Le déjeuner de l'expédition consistait en cacao ou en thé. On dînait à midi. Quand le temps le permettait, les hommes travaillaient hors du saisseau jusqu'à trois à quatre heures, avec la permission laissée, bien entendu, à chacun de se faire, sur les agréments de cette promenade, toutes les illusions cpii |)ourrai(>nl lui con\onii\ \ cinq heures, ils prenaient le thé, après (juui ils se rendaient à une école du soir qui commençait à six heures, el se terminait à neuf. On lendait aloi's les hamacs, et 1 on se coucluiil ;\ dix licures.
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Le dimanc'lie , nul Iravail n rtait permis. Les liommes mettaient leurs meilleurs iiabits. A dix heures, ils étaient passés en revue; après quoi venaient les prières et un sermon prononcé, sinon composé, par le capitaine. Poui' les occuper le reste du jour, on avait une collection de petits traités religieux. A six heures, se tenait l'école du dimanche. Les hommes y lisaient quelques morceaux des saintes Écritures, et finissaient par les leçons et les psaumes indiqués dans la liturgie.
<( Je ne puis douter, dit le capitaine, du bon elFet de ce système d'instruction et de devoirs religieux. Nos hommes seml)laient véritablement sentir (pi'ils composaient une même famille. »
Le 1 7 novembre , au sein de cette vie polaire , le soleil se montra d'une manière fort singulière, et produisit, suivant Ross, un etl'et si extraordinaire, si incroyable, qu'aucun pinceau naurait pu le rendre. Son centre était obscurci par un nuage, el sa circonférence entourée d'une ceinture, sous la- (pielle il dardait ses rayons, de façon qu'il ressemlilait parfaitement à l'étoile de l'ordre du Bain.
A cet effet solaire vint s'ajouter, le 21 du même mois, une aurore boréale. Elle apparut dans la soirée; sa splendeur augmenta jusqu'à minuit, et elle ne finit que dans la matinée suivante. Elle formait