G VOYAGES ET DECOUVERTES
lin arc brillant, dont les deux extrémités semblaient reposer sur deux montagnes en face l'une de l'autre. Elle avait la couleur et l'éclat de la pleine lune; un ciel sombre et bleuâtre en formait l'arrière- plan. Comme ces feux artiBciels dont on embellit nos fêtes, elle varia pour devenir plus éclatante et plus remarquable encore. Tandis que la masse ou la densité de la matière lumineuse suflisait [)0ur frapper d'obscurité la constellation du Taureau, elle continuait à faire jaillir des gerbes de rayons formant des pointes angulaires, comme on en voit dans les étoiles fabriquées par les joailliers , et qui , par leurs réverbérations, illuminaient tout sur la terre. Deux brillantes nehnlœ, de matière semblable, se montrèrent ensuite, sous l'arc, émettant les mêmes rayons, et formant un contraste encore plus frappant avec le ciel sombre près de l'horizon. Vers une heure du matin , l'arc commença à se briser en fragments et en nebiikp ; les révei'bérations devinrent plus fréquentes et irrégulières, et à quatre heures tout s'évanouit subitement.
A la lin de novembre, le soleil disparu! pour le reste de l'hiver.
An conimencement de iainicc suivaiile, nu des marins, étant al]('' à terre, informa le capitaine que, (lu haut d'iiii iilacon pris pour observatoire, il avait
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VU des hommes. Ross ne tarda pas, en ellel, à apercevoir quatre Esquimaux, près d'une petite montagne de glace. A sa vue, ils se retirèreni derrière la montagne; mais comme il conlinua d'avancer, un assez grand nombre se montra tout à coup. On s'aborda, et la cordialité s'ensuivit.
Ces Esquimaux étaient au nombre de trente et un. Ils venaient du sud; ils avaient édifié leurs huttes à quelque distance vers le nord, et avaient aperçu le vaisseau la veille. Ils portaient sur des traîneaux un vieillard et deux d'entre eux qui étaient boiteux.
Ils étaient tous enveloppés dans une quantité de vêtements, principalement eu peaux de rennes; chaussés de deux paires de bottes, et quelques-uns d'une paire de souliers en sus : ce qui, avec leur capuchon, leur donnait en hauteur et en épaisseur des dimensions très-supérieures à la réalité. Certains portaient sur leurs habits des franges faites avec des nerfs ou avec de petits os attachés ensemble. Des peaux de gloutons, d'hermines et de veaux marins gris semblaient aussi leur servir d'ornement.
Comme celles des autres tribus, leurs figures respiraient la santé et la bonne humeur. Leur peau n'était pas aussi cuivrée que celle des autres Esquimaux du Nord. Ils étaient plus propres, et, chose remarquable, leurs cheveux étaient coupés courts
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el arrangés avec quelque soin. Ils ne firent aucune (lifiicnllé de se rendre aux navires. Les gravures jointes aux relations des voyages précédents, et qui représentaient des Esquimaux, leur firent le plus grand plaisir. Les miroirs produisirent sur eux leur etlet ordinaire, et leur surprise fut au comble quand ils se virent dans la grande glace du navire. Nos mets européens n'eurent pas le même succès. L'un d'eux, auquel on offrit un morceau de viande, la mangea, et poussa le savoir-vivre jusqu'à dire que cela était fort bon; mais, à force de questions, ie commandant Ross lui fit avouer qu'il n'avait pas dit ce (pi'ii pensait, et ses compagnons, en ayant reçu la permission, s'empressèrent de jeter les morceaux qui leur avaient été donnés. On offrit ensuite de l'huile au même homme. Il la but avec un air de satisfaction, et la trouva excellente.
Une lutte à la course ayant été engagée entre l'un de ces enfants du Nord et un marin de l'expédition, il y eut entre les deux champions une telle réciprocité de courtoisie, qu'un ne put dire (|uel était le Naincpieur.
Une danse au violon, à la(|uelle les visiteurs prirent la pari hi plus vive, lerniina cette heureuse journée.
On les rccondiiisil à une ('(M'Iainc dislance. e!
CAIMIAINt: Jdll.N UOSS. t.i'.t
l'on promil d'aller les visiter le leudemuin, ce qui eiil lieu.
Pour le mode de construction et de distribution, les malériaux et le mobilier, leurs huttes étaient toutes pareilles à celles (inOnl décrites les capitaines Parry et Lyons.
Leurs provisions de chair de rennes et de veaux marins étaient enterrées dans la neige, suivant la coutume de ces peuples, qui amassent ces provisions pendant Tété, et les conservent ainsi pour la saison des grands froids.
Les femmes n'étaient pas des beautés; mais, par leur conduite et leur tenue, elles n'étaient pas inférieures à leurs maris. Toutes celles qui avaient dépassé treize ans semblaient être mariées. Leur taille était petite, et leurs traits pleins de douceur. Toutes étaient plus ou moins tatouées, surtout sur le froi]t et de chaque côté de la bouche et du menton. Leurs vêtements ne difleraient guère de ceux des hommes. A la différence de ceux-ci, leurs cheveux, pour l'ordre et la propreté, laissaient beaucoup à désirer. Du reste, elles parurent fort sensibles aux cadeaux de verroterie et d'aiguilles (]ui leur furent prodigués.
Huit de ces naturels suivirent les gens de rex|)édition au vaisseau.
Pendant le trajet, un coup de vent très -froid étant parti d'une vallée, l'un d'eux s'écria que le capitaine avait une joue gelée; il fit sur-le-champ une boule de neige, l'en trotta et resta constamment auprès de lui, lui recommandant souvent de couvrir sa joue d'une main, pour prévenir le retour du même accident.
Lorsqu'on fut au vaisseau, on abandonna six des Esquimaux aux soins de l'écjuipage, et les autres, qui étaient des chefs, furent invités à la table du capitaine. La vue des couteaux, des fourchettes et des autres objets les émerveilla; mais, après avoir obsei'vé pendant quelques instants les mouvements de leurs convives européens, ils se servirent de ces ustensiles, si nouveaux pour eux, avec autant de dextérité (jue s'ils y eussent été habitués toute leur vie. Leur goût semblait même subitement amélioré. Ils pii I urent manger avec plaisir de la viande conservée ; mais la viande salée, le riz, le fromage, ne leur causèrent (lue du dégoût; et ce qui fut particulièrement humiliant pour la cuisine britannique, ils n"accueillii'ent pas mieux un pluin-ptidding, dont on alten- (lail iiourtant le ]ilus grand effet sur des palais qui sa\uui;ii('iil ((imme des friandises de la gi'aisse de veau marin cl de l'huile rance; l'eau-de-vie ne leur parui pas moins (Ic'lestablc.
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Les jours suivants, les communications continuèrent avec ces Esquimaux. On s'efTorça d'en tirer des renseignements sur les contrées voisines, et ils ne se montrèrent pas étrangers aux éléments de la géographie. Quelques-uns firent de petites cartes où des lieux connus des voyageurs, notamment la baie et la rivière de Wager, les lacs voisins et la baie Repuise, ainsi que plusieurs criques et rivières sur la côte, étaient correctement placés.
Dès la seconde visite, on eut même la preuve que dans ces notions de géographie certaines femmes pouvaient le disputer à leurs maris. L'une d'elles, appelée Tiriksia, comprit fort bien ce que signifiait une carte ([u'on lui montra; et quand on lui eut donné un crayon, elle en traça une autre à sa manière, qui ressemblait assez à la première, mais qui contenait beaucoup plus d'iles. Par une précaution trop justifiée par la pauvreté des régions qu'elle dessinait, elle eut même soin de marquer les points oii les voyageurs devaient s'arrêter chaque soir, et ceux oîi l'on pouvait se procurer des vivres.
A son talent de géographe Tiriksia joignait celui d'excellente couturière en peaux de renne et de veau marin. Elle lit cadeau au capitaine d'un costume complet de femme d'Esquimau , ti'availlé avec soin , orné avec art, et reçut en retour un mouchoir de
soie qu'elle avait distingué particulièrement parmi les objets offerts à sa vue.
A quelque jour de là, l'expédition rendit au fils de cette femme le plus précieux des services. Il s'appelait Tulluahiu. Ayant perdu depuis quelque temps ime jambe, il était venu au navire sur un traîneau tiré par un de ses compagnons. Le chirurgien l'examina, et, pensant qu'il était possible de lui adapter une jambe de bois, il fit venir sur-le-champ le charpentier pour prendre la mesure. Tulluahiu, voyant ce dont il s'agissait, fut saisi d'un transport de joie inexprimable. On lui expliqua que sa nouvelle jambe serait prête dans trois jours. On lui donna, ainsi qu'à son compagnon, une des caisses d'étain (jui avaient contenu les viandes conservées, et ils partirent l'un et l'autre au comble de la félicité.
« Que personne ne s'imagine connaître la valeur d'un présent, dit à ce sujet la relation, avant d'avoir appris quel bonheur peuvent produire un grain de verre bleu, un bouton jaune, une aiguille ou un fragment de vieux cercle de fer. »
Tulluahiu, comme on le pense bien, ne iniin(|iin pas (le venir essayer sa jambe. En dépil il un ticiid épouvantable, il arriva accompagné de son ami Ottookin, d'une vieille femme, de (juatre hommes, et de deux jeunes gens (pTil a\ail xoulu lendre té-
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moins de sa miraculeuse transformation. On fit l'essai de la jambe; mais, comme le charpentier avait à y mettre la dernière main, Tulluahiu fut renvoyé an lendemain. Ce jour-là, aussi ponctuel (pie la veille, il eul la satisfaclion de voir la janihe attachée au genou, et, apprenant aussitôt à en faire usage, il se mit à se promener dans la cahine avec un air d'extase oii perçait une admiration des plus profondes [)our le génie chirurgical du charpentier.
Sa reconnaissance et celle de ses compatriotes se manifestèrent d'une façon aussi plaisante que vive. L'armurier du vaisseau était mourant. L'ami de Tulluahiu, Otlookin, était angekok, c'est-à-dire, comme on l'a dit , sorcier et médecin en même temps ; Tulluahiu et ses compagnons proposèrent aussitôt d'employer sa puissance magique à guérir le malade.
Le nom du navire fut gravé siii' la jambe, et son possesseur, n'étant pas encore assez habitué à s'en servir pour entreprendre avec elle une coiu'se de deux milles sur la neige et la glace, dut se contenter, à son grand regret, de l'emporter sur son traîneau; mais, peu de jours après, on apprit qu'il avait pu allei' à la chasse des veaux marins; et à cette nouvelle on répondit par une autre, de nature à l'enchanter encore plus, s'il était possible. Le charpentier avait imaginé un pied plus conve-