SIS VOYAGES ET DÉCOUVERTES
n'avaient encore porté aucun Européen, et se dirigea à l'orient du fleuve Coppermine, avec l'intention de déboucher , s'il était possible , et suivant les hypothèses d'alors, dans quelqu'un des recoins septentrionaux de la baie d'Hudson. Mais, après avoir relevé en cinq semaines six cents milles géographiques décotes, découvert des archipels, des détroits et des golfes, qui conserveront dans l'avenir, avec sa mémoire, les noms qu'il leur imposa, la disette, les prodromes de l'hiver, et surtout l'absence absolue dans ces parages de tribus d'Esquimaux qui eussent pu pourvoir à l'approvisionnement de l'expédition, obligèrent linlrépide explorateur à rebrousser chemin. Le point extrême qui fut de ce côté la limite de ses efforts est bien connu en géographie sous le nom de cap Turnagam. Le 22 août commencèrent les misères du retour.
Les longues privations et les fatigues sans repos frappèrent de leur résultat ordinaire les moins bien trempés des compagnons de Franklin. Atteints dune apalhi(pie insouciance, ils se débarrassèrent des bateaux qui retardaient leur marche ou aggravaient leur état de faiblesse. Ainsi furent abandonnés tour à liHir lc;s canots, leurs seuls moyens de transport sui' les lacs et les l'ivières (pi'ils i)0uvaieut avoir à traverser, les filets de pêche, qui dans une heure
opportune auraient pu p(jiii\oir à leur subsistance; iiiiisi leurs traîneaux, dernier espoir des malades et des blessés, furent dépecés et brûlés.
L'expédition atteignit les bords de la rivière Coppermine, qui devint pour elle un infranchissable obstacle.
C'est alors que le docteur Richardson, toujours dévoué, résolut de tenter à la nage la traversée du connint, pour aller fixer sur l'autre bord une corde qui pût servir à haler, dune rive à l'autre, un cliétif radeau de ramilles de saule et de bouleau. Le docteur était à peine au milieu de la rivière, que la rigueur du froid lui enleva l'usage de ses bras; sans se décourager, il se tourna sur le dos, et continua de nager dans cette position; mais, avant de gagner la rive, il se sentit aussi paralysé des deux jambes. Ses compagnons, ([ui le suivaient des yeux avec un intérêt qu'on peut aisément se figurer, le voyant tout à coup disparaître sous l'eau, se hâtèrent de le ramener à eux au moyen de la corde , heureusement fixée autour de ses reins. Retiré de l'eau, glacé, presque sans connaissance, on l'enveloppa de couvertures, on alluma à ses côtés un grand feu de branches de saule, et au bout de (pielques heures il put retrouver la |)arole, et indi- (|U('r la manière dont on di'\;iil le liiiilcr. La peau
de la partie de son corps qui avait été placée du côté du feu perdit toute sensibilité, et ne reprit son étal naturel que l'été suivant. Ses jambes enflèrent et restèrent douloureuses, également jusqu'au retour (le la belle saison.
Cependant les voyageurs, après huit jours d'efforts inouïs, parvinrent à conduire un radeau sui' la rive opposée; chacun d'eux put ainsi traverser successivement la rivière.
Calcinant au feu des ossements de daims morts dans ces solitudes, ils en composèrent une bouillie (ju'ils assaisonnaient avec des fragments de peau ou des morceaux de leurs vieux souliers. Ils se nourrissaient aussi de la mousse des rochers, s'estimant heureux quand ils n'en manquaient pas.
Après deux semaines de luttes contre une nature maudite, Franklin et ses compagnons atteignirent enfin la hutte de l'Entreprise : ils ne restaient jjIus (|ue cinq, de vingt- trois qu'ils avaient été en (|uitlanl les bords de l'océan Glacial.
« Un soir, comme nous étions, dit Franklin, réunis autour du feu, devisant sur nos tristes cIkuiccs de sahil, des voix se font cnlciidrc autour t\v nous... (Irande joie!... Sans doute ce sont les Indiens... .Mais ([u'on iiiiagiiic nuire désapj)oinleuicnl, (|uand ikhis \lmes paraître ;i la porte les
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Hgures liàves et décharnées du ddtteiii' Ricliardsoii et dUepbiini, 1 un de eeii\ que nous avions laissés en route. Nous eûmes assurément un isvand [ilaisii' à nous revoir, itieu (|uo nos ti'aits se révélassent mutuellement les ravages qu'avaient faits sur chacnn de nous les fatigues, les anxiétés et la famine. Le docteur, particulièrement, fut saisi du son sépulcral de ma voix , et nous exhorta aussitôt à faire meilleure figure, sans se clouter de celle qu'il faisait luimême, et qui était frappée au même coin que les nôtres.
Une perdrix apportée par Hepburn tut plumée par le docteur, exposée au feu pendant quelques minutes, et divisée en six parts. Franklin et ses compagnons se jetèrent avidement sur cette chair, la seule qui eût approché de leurs lèvres depuis trente et un jours.
Leurs grandes souffrances finirent à partir de cette rencontre, et peu de temps après ils furent délivrés de leur isolement par l'arrivée des Indiens.
Le H décembre, sous la conduite de leurs guides indigènes, ils atteignirent le fort Providence, d'où ils gagnèrent le fort l'Élan, où ils passèrent l'hiver. Enfin ces hommes héroïques terminèrent, eu juillet 1822, à la factorerie d'York, leur diamatique voyage.
VOYAGES SIMULTANES DE FRANKLIN ET DE liEECHEV