SS3-I
Dppart de Nrw-York du brick VAdvance. — Épreuves. — I,,i rivière de Maiy-Munturn. — La flore du Groenland. — Le grand glaeier llumboldl. — L'Àdvance dans les glaces de Ri'ussehier. — Hivernage. — Diminution rapide de la lumière.
— Lliygiène à bord.— Les maladies gagnent l'expédition. — Mnri de Baker. — Visite des Esquimaux. — Intérieur d'une hutte d'Esquimau.x. — Mœurs et coutumes de ces sauvages.
— Singulière coutume de deuil. — Restes. — Second hiver.
— Abandon de VAdvance. — Fatigues, dangers et famine. — Arrivée à Tpernarik.
Ail iirintemps de l'année l8o3, le docteur El. -K. Kane, de la marine des Etats-Unis, fut désigné par l'amirauté américaine pour commander la seconde expédition que le gouvernement de l'Union envoyait à la recherche de sir John Franklin. On mit à la disposition de M. EI.-K. Kane le brick VAdronn-, avec lin équipage composé de dix-sept personnes, tous iioiumes énergiques, résolus, comprenant le danger,
368 VOYAGES |;T DIXOUVERTES.
et préparés à y opposer un cœur intrépide et un front calme. La seule loi du bord à laquelle on ne manqua jamais dans tout le cours de cette longue et douloureuse expédition, était : Obéissance absolue au capitaine ou à son représentant; abstinence coml)lète de liqueurs fortes ; abstention absolue de tout langage grossier.
VAdvance partit de New -York le 30 mai 1833. Jusqu'au 23 août, il eut un temps épouvantable, des tempêtes, des ouragans, qui menaçaient de le briser sur les rochers ou de le broyer dans les glaces soulevées; mais le bi'ick soutint courageusement ces épreuves, et le 23, par 78" 41' latitude, l'équipage élait occupé à haler le l)rave navire le long d'un banc de glace attaché au rivage. Le docteur Kane était dès lors parvenu plus au nord qu'aucun de ses prédécesseurs, excepté toutefois Parry, dans son expédition de 182G.
Le 28 août, le brick se trouvant engagé dans les glaces, M. Kane résolut de faire une exploration pour trouver, s'il était possible, un meilleur quartier d'hiver sur la côte. Il écpiipa la baleinière Forlonillupe, qui, doubh'c de uMe, clait recouverle d'un prélart faisant ollice de tente, et, avec un équipage de sept hommes, le commandant se lança à la décou- Ncrle d'un poil il'hi\ernage. Le \oyage fui rude
nocTEii; i:i.-K. w\sk. -.w.)
d'abord. Il l'allait briser la glace pour avancer; on faisait à i^rand'peine sept milles par jour. Au bout de vingt-quatre heures, la glace força les gens de l'expédition d'abandonner leur canot, et de se servir d'un traîneau. On avançait diflicilement, rencontrant à chaque instant, sur l'immense plateau de glace où l'on était, des cours d'eau qu'il fallait passer à gué, s'arrêtanf la iiiiil sous des tertres formés par la neige qui recouvrait les rochers. Les gens de l'expédition furenl une fois surpris par la marée, et obligés de passer une partie de la nuit debout, soutenant, pour les empêcher de se mouiller, les peaux de buffle qui leur servaient de lit. Le côté comique de cette situation aida beaucoup le docteur Kane et ses compagnons à en supporter Fennui.
Le o septembre, l'expédition fut arrêtée par la plus grande rivière peut-être du Groenland septentrional. Ce cours d'eau impétueux, écumeux, bondissait sur son fond de roche comme un vrai torrent. Le docteur El.-K. Kane appela cette rivière Mary-Munturn , du nom d'une sœur de M. Grinnell, qui avait si libéralement contribué à la première expédition, dont il avait fait partie. La llore de ses rives était remarquable pour ce pays : au milieu des mousses et des graminées étincelaient la corolle poui'prc des lychnis ri K's I)lanrli('s |ii''l:ilos des
mouties; on y rencontre même une solitaire liespérie, la giroflée de muraille de ces régions arctiques.
On passa la rivière à gué, ayant de l'eau jusqu'à la ceinture; à sept milles de là, les observations avec le théodolite donnèrent 78" 52' latitude; l'inclinaison de la boussole marquait 84" 49'; la longitude était 76° 20' à l'ouest de Paris.
Les provisions s'épuisaient. Ne pouvant songera aller plus loin, Kane chercha un point élevé pour faire une dernière reconnaissance. « Je n'oublierai jamais, dil-il clans sa relation, l'aspect désolé qui s'oll'rit à mes regards, quand, après une fatigante journée de marche, je me trouvai à une hauteur de onze cents pieds. Ma vue atteignait par delà 80" de latitude; à ma gauche, la côte ouest du détroit se pei'dait à l'horizon; à ma droite, des terrains primaires s'étendaient en ondulant jusqu'à une masse de couleur profonde et sombre , que je reconnus plus tard comme étant le grand glacier Humboldt ; au delà se déployaient ces terres qui parlent maintenant le nom de Washington; leur promontoire le plus avancé, le cap Jackson, foiinait un angle de I 't" avec le ca]) J. IJarniw, siliu' sur la côte opposée. Toute celle ligne de côtes forniail comme nii cii^iue gigantesque encadrant un océan glacé. A mes picnls, une plaine iiiinicnsc, m'i les
DOf.TElR EL.-K. KANT:. STl
fmmmockx' so dressaient comme les retrancheinciil^ d'une ci lé assiégée , où çà et là d'abruptes montagnes de glace surgissaient, semblables à d'inébranlables forteresses, tandis qu'au loin, jusqu'aux limites les jilus reculées de l'horizon, un entassement d'icel)ergs accumulés les uns sur les autres formait un infranchissable rempart. »
Le commandant Kane revint sur ses pas, et ht ])lacer Tif/ra/ice entre de petites îles, qui le mettaient à l'abri delà dérive des glaces. » C'est ainsi, écrit-il -, que notre petit brick, avec huit brasses d'eau sous sa quille, fut pris par l'hiver dans ce havre de Reusselaer, que nous ne devions plus quitter ensemble; long repos pour notre bon et agile navire; les mêmes glaces l'y étreignent encore. "
A peine installés, les voyageurs furent avertis, par la diminution rapide de la lumière, que l'hivernage avait commencé. Mais laissons parler le docteur Kane lui-même. « Nous vîmes d'abord le jour s'éteindre dans les bas-fonds et dans le lit des ravins; puis les ombres monter graduellement le long des flancs des montagnes, et finir par s'étendre sur la
1 Rangée de glaçons superposés par suile des collisions des cliamps de glace.
2 Arclic explorations : The secund Grinnel expédition iii search (if sir Juhn Franklin, 1853-03, by El.-K. Kane.