‹ Voyages et découvertes outre-mer au 19e siècleChapitre 52 sur 64 · CAP1T.\I^E MAC-CLINTOCK · texte numérisé non relu

CAP1T.\I^E MAC-CLINTOCK

Ogle, l'île Montréal et l'entrée de Barrow; mais nous n'y trouvâmes rien, excepté quelques morceaux de cuivre et de fer dans une cachette des Esquimaux. Nous avions alors atteint les limites du champ des recherches exécutées en 1855 par MM. Anderson et Stewart, et, n'ayant pas l'espérance de rencontrer de nouveaux indigènes dans cette direction, nous repassâmes sur l'Ile du Roi- Guillaume, et nous avions continué d'explorer ses rives sud sans aucun succès, lorsque, le 24 mai, à environ dix milles à l'est du cap Herscheli, nous découvrîmes un squelette blanchi , autour duquel étaient quelques fragments de vêtements européens.

« Après avoir avec soin écarté la neige, nous trouvâmes aussi un petit portefeuille contenant quelques lettres qui, bien que détériorées, peuvent encore néanmoins se déchiffrer. Nous avons jugé, parles restes de ses vêtements, que cet infortuné jeune homme était un garçon d'hôtel ou un domestique d'officier; et sa position confirmait exactement le dire des Esquimaux , que les Kablounas avaient succombé, l'un après l'autre, sur le chemin qu'ils avaient pris.

« Le jour suivant, nous arrivâmes au cap Herscheli, et nous examinâmes le cairn élevé par Simpson ^en lS/{9\ ou ])lutôt ce qui on reste; car il n'a

im VOYAGES ET DÉCOUVERTES.

plus que quatre pieds de haut, et les pierres ceu traies ont été déplacées, conime si l'on eût mis quelque chose par-dessous. Mon opinion, formée dès le premier abord, est que les équipages y avaient déposé (|aelques objets, enlevés plus tard par les naturels.

(( .Te dois revenir maintenant au lieutenant Hobson, qui , après s'être séparé de moi au cap Victoria , le 28 avril, s'était dirigé sur le cap Félix. A une très-petite distance, il trouva des traces non douteuses de l'expédition Franklin : un très-large cairn de pierres, et toul près une petite tente, avec des couvertures, des habits et d'autres efl'ets. Uu morceau de papier blanc a été trouvé dans le cairn , ainsi que deux bouteilles cassées, qui gisaient au milieu des pierres, mais rien de plus; bien qu'on fouillât le cairn et la terre qui le portait, à plus de dix pieds de distance tout autour, le lieutenant ny trouva aucun document écrit.

« A environ deux milles |)lus loin, au sud, étaient doux autres petits cairns, cpii ne contenaient ni traces ni reliques, à l'exception d'une pioche cassée et dune i)0Îte à llu' encore pleine.

« ... Il s'empressa de faire fouiller cet endroit, et, parmi les pierres du sonnnct, il tronv;i nue lioite de fer-blanc contenant un conil rapport, le rapport inèmc (le !"exp(''(lilinn pri-(hir.

CAI'II M.NK \l \( -( I.INTuCK «3

(( Ce document, ('Ci'il sur piiiclicniiii, iimis appiil ([lie le 'iH m;ù I.Sio ti)Ut a/hiil bien a Ijord de l'Erèbn el de la Terreur ; {\u(^ , dans le couranl de la mèniH année ISia (|ni a\ail \n leur depail d'Ano;leterre, ces deux navires avaient remonté le clienal de Wellington jusqn'à la latitude de 77", el (|n"ils étaient revenus par louest de l'île Cornwallis prendre leurs (juartiers d'hiver à l'ile Beechey. Le 12 septembre de l'année suivante I(S46), ils étaient bloqués dans les glaces par (59" o" de latitude et 98° 23' de longitude ouest de Greenwicli, à environ quinze milles des rivages nord-ouest de l'ile du Roi-Guillaume. Ce fut là le théâtre de leui' second lii\ernage. Le lieutenant Gore et M. Desveaux, avec un parti de six hommes, vinrent déposer à terre ce précieux document, ainsi qu'un autre exactement semblable, qui fut trou\é sous un petit cairn , à une journée de marche plus au sud.

« Autour des marges du premier de ces parchemins, on remarque plusieurs observations additionnelles ajoutées onze mois plus tard (15 avril I8i8i. Les navires, n'ayant fait en \ingt mois qu'une quinzaine de milles vers le sud, avaient été abandonnés trois jours auparavant. Sir John Franklin était mort le 1 1 juin 18i7, et neuf ofticiers et quinze hommes l'avaient di'jii précédé ou sui\i.

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« Les survivants de rexpéditioii, au nombre de cent cinq, avaient abordé sur ce point, sous le commandement du capitaine Crozier, et reconstruit sur l'emplacement du cairn de James Ross, détruit probablement par les Esquimaux, le cairn existant aujourd'hui. Leur intention était de partir le lendemain matin pour la Grande-Rivière de Back, et ce rapport était signé par Crozier, comme capitaine de la Terreur et principal ofiicier de l'expédition, el par Fitzjames, capitaine de l'Erebe. Il semble que trois jours de marche écoulés entre l'abandon des navires et la date de cet écrit avaient déjà épuisé les forces de ces malheureux, et il paraît qu'en se remettant en marche vers le sud ils abandonnèrent en cet endroit une grande quantité d'habits, d'etfets et de provisions de toutes sortes, comme s'ils avaient eu l'intention de se débarrasser de tous les objets qui pouvaient uc leur être d'aucune utilité. Après dix ans écoulés, des pioches, des pelles, des ustensiles de cuisine, des cordages, du bois, de la toile, et même un sextant portant le nom gravé de Frédéric Hornby R. N., étaient encore épars sur le sol ou incrustés dans la glace.

» Le lieutenant Hobson continua ses recherches jusqu'à quelques jours de marche du cap Herschell, sans trouver aucune trace des naufragés ou des

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indigènes. 11 laissa pour moi un rapport détaillé do ce qu'il avait découvert, de manière que, revenant par l'ouest de l'ile du Roi-Guillaume, j'eus l'avantage d'être mis au courant de tout ce qu'on avait trouvé.

" Bientôt après avoir laissé le cap Hersciiell, les traces des indigènes devinrent moins nombreuses et moins récentes, et, plus à l'ouest, elles cessèrent complètement. Cette partie de la Terre du Roi-Guillaume est extrêmement basse, et dénuée de toute espèce de végétation. De nombreuses petites îles s'étendent en avant, et, au delà, le détroit de Victoria est couvert d'énormes et impénétrables monceaux de glace.

« Parvenus au 69" i)" latitude nord, et au 99" 27' de longitude, nous nous dirigeâmes vers un grand bateau que le lieutenant Ilobson avait découvert quelques jours auparavant , ainsi tju'il m'en avait informé. Il paraît que ce bateau, destiné dans le principe par nos infortunés compatriotes à remonter la rivière du Grand-Poisson, avait dû être abandonné ensuite. Il mesurait vingl-lniit pieds de long sur sept et demi de large. Sa construction était très-légère; mais le traîneau sur lequel il était placé était fait de chêne brut solide, et pesait autant que le bateau lui-même.

« Une grande quantité d'effets fut trouvée en

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cet endroit; un squelette même était à rairiére dn iutloaii, desséché et tapi sous un monceau de vêlemonts; un autre, plus endommagé, probablement par les animaux, gisait non loin de rembarcation. (;in(( montres de poche, une quantité considérable de cuillers et de fourchettes en argent, et plusieurs livres de religion furent recueillis en cet endroit; mais nous n'y pûmes découvrir ni journaux de bord, ni portefeuilles, ni aucun ell'el |)orlanl le nom de son propriétaire.

« Deux fusils à deux coups, chargés et amorces, étaient appuyés sur les côtes du bateau, probablement à la place même oîi les deux marins dont nous voyions les déplorables restes les avaient déposés onze ans auparavant. Il y avait aussi tout autour des munitions en abondance, trente à quarante livres de chocolat, du thé et du tabac.

« Beaucoup de reliques intéressantes ont été recueillies par le lieutenant Hobson, et quelques-unes par moi-même. Le 5 juin, j'arrivai à Poinle-Victory sans avoir découvert rien de plus. Nous fouillâmes de nouveau avec le plus grand soin les habits et les carnets, dans l'espoir d'obtenir d'autres renseignements, mais cela sans aucun succès.

« Il ne m"aiii\a rien autre chose de remar(|uable jusipi'à mon r'elour au \aisseau, (|ue j atlciiiiiis le

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I'.) juin, cinq jours après le lieutenant Hobson. Nous nous sommes assurés que les côtes do la Terre du Roi-Guillaume, entre ses deux extrémités nord et sud et les caps Félix et Crozier, n'ont pas été visitées pai' les Esquini;ni\ depuis rabandnii ilc l'Erehe et de la Terreur, puisque les cabanes et les objets laissés nont pas été touchés.

« Si d'autres vestiges de ce grand naufrage sont encore visibles, il est probable qu'ils doivent se trouver auprès des petites îles, entre les caps Crozier et Herschell.

« Le 28 juin, le capitauie Young el ceux qui l'accompagnaient revinrent après avoir fait leur part de la tâche commune et s'être assurés que la Terre du Prince-de-Galles est une lie séparée de la lerre Victoria par un détroit, dont ils ont (racé les lignes de côtes entre les deux points extrêmes atteints en 18dl par les lieutenants Osborne et Brown. Ils ont aussi fait la géographie des côtes comprises entre le détroit de Bellot et la baie des Quatre-Rivières.

" Dans la crainte de n'avoir pas assez de provisions, le capilaine Young renvoya quatre de ses hommes; et pendant quarante jours il marcha à travers les brouillards et les tempêtes de neige, accompagné d un seul homme et de ses chiens, el

bâtissant chaque nuit une cabane de neige; mais il ne put supporter tant de privations et de fatigues sans que ses forces et sa santé fussent profondément altérées.

(' Le lieutenant Hobson , à son retour à bord, était également dans un triste état. Dès le début du voyage, il était loin de se bien porter, et à la suite de ses fatigues il cul une violente attaque de scorbut. Néanmoins il accomplit courageusement et habilement sa tâche , et de tels faits prouvent de quel espoir nous étions animés dans les recherches particulières que chacun de nous eut à faire.

<< Enfin nous nous retrouvâmes tous à bord. Comme plusieurs cas de scorbut s'étaient présentés, toutes nos précieuses provisions de jus de citron, d'aleBurton, etc., furent employées, et, grâce à ces conservatifs, il ne nous fallut qu'un court espace de temps poui- nous remettre tous en parfaite santé.

« Pendant notre séjour à Port- Kennedy, nous avons été deux fois appelés à conduire un des nôtres dans la tombe. M. Georges Brands, ingénieur, mourut d'une attaque d'apoplexie, le 0 novembre 1838. Le matin de ce même jour il paraissait en bonne santé, et s'était livré pendant plusieurs heures à la chasse aux rennes. Le 1 i- juin I8o0, Thomas

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Blackwell, maître d'hôtel, mourut du scorbut. Cet homme avait servi daus deux précédentes campagnes arctiques.

« L'été ayant été très -chaud, la mer était parfaitement libre au nord; en conséquence, le 9 août nous étions prêts à reprendre le chemin de notre patrie; et quoique la mort du mécanicien, en 1837, et celle de l'ingénieur, en 1858, nous eussent laissés avec deux chauffeurs seidement, néanmoins, avec leur aide, je parvins à conduire le steamer à la pointe de la Fur\ .

(( Nous restâmes là pendant quelques jours, jusqu'à ce que, le vent ayant changé et poussé les glaces, nous pûmes continuer notre voyage, sans aucune autre interruption, jusqu'à Godhaven, où nous arrivâmes le 27 août, et où nous fûmes reçus avec la plus grande cordialité par M. Olick, inspecteur du Groenland du nord, et par les autorités locales, qui eurent l'obligeance de nous faire fournir tout ce dont nous avions besoin.

(( Là, nous congédiâmes nos deux Esquimaux conducteurs de chiens, et le 1" septembre nous reprîmes la mer pour revenir en Angleterre.

« Ce rapport serait incomplet si je ne parlais pas (les obligations que j'ai contractées envers tous mes compagnons de voyage, officiers et marins, pour le

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zèle qu'ils uiit déployé et Taille eliicace qu'ils ni'uul constamment donnée.

« Un sentiment dentier dévouement à la cause que lady Franklin a si noblement défendue, et une ferme détermination de faire tont ce qu'il est possible à l'homme, sont les seuls mobiles (pii nous ont guidés et qui nous ont fait surmonter toutes les dillicultés. Avec moins d'enthousiasme et d'obéissance dévouée au commandement, un si petit nombre d'hommes (A'ingt- trois en tout) n'aurait jamais sufli pour conduire à bonne fin une tâche aussi grande et aussi diiiicile. »

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