‹ Voyages et découvertes outre-mer au 19e siècleChapitre 51 sur 64 · AU PORT SUPRÊME OU TOUS REPOSENT · texte numérisé non relu

AU PORT SUPRÊME OU TOUS REPOSENT

(( Les provisions et les magasins laissés sur File par les expéditions précédentes nous semblèrent en bon état; seul un petit bateau, retourné et jeté à la côte par un orage, avait souifert quelques dégâts. Nous fimes aux toits des maisons les réparations nécessaires; puis, après avoir embarqué du charbon et des provisions dont nous avions besoin, nous gagnâmes, le 17 août, et par une bonne traversée de vingt-cinq milles, le détroit de Peel; mais, le trouvant entièrement obstrué de glaces encore solides,

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je résolus de me diriger vers le détroit de liellot. En chemin , j'examinai les provisions qui nous restaient au Port-Léopold, et j'y laissai un bateau baleinier que j'avais amené dans ce but au cap Hothanij ponr aidei' à notre retraite, dans le cas où je serais plus tard dans la nécessité d'abandonner \&Fox. Nous trouvâmes le canal du Prince -Régent sans aucune glace, et nous n'en aperçûmes que très-peu durant notre traversée pour nous rendre à la baie de Brentford, où nous arrivâmes le 20 août.

i( Le détroit de Bellot, qui communique avec la mer de l'Ouest, a une largeur moyenne d'un mille, sur dix-sept à dix-huit de long. A cette époque, il était rempli de glaçons en dérive; mais à mesure que la saison avança, il devint plus navigable. En plusieurs endroits, ses rives sont bordées de rochers escarpés et de blocs de granit, et quelques-unes des montagnes voisines s'élèv^ent à la hauteur de seize cents pieds. Les marées y sont très-fortes en été, courant de six à sept nœuds à l'heure.

» Le 6 septembre, ayant fi'anclii le détroit do Bellot sans encombrement^ nous assurâmes le navire au milieu des glaces fixes. Là, et jusqu'au 2", jour où je crus nécessaire de gagner nos quartiers d'hiver, nous avons constamment observé les mouvements de la glace dans les eaux qui nous entou-

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raient. Au milieu du détroit, elle flottait en fragments épars.

(< Peu à peu l'eau augmenta, et il ne resta plus devant nous qu'une zone de glace de trois à quatre milles d'étendue seulement, mais qui, soutenue par les petits ilôts, résista à l'action dissolvante des pluies et à la violence des vents d'automne. Attendre de jour en jour que le passage fiît libre pour nous remettre à flot, et ne pouvoir y parvenir, bien que les vagues vinssent baigner le pied des rochers qui se trouvaient à cpielques milles de nous, au midi, était un vrai supplice de Tantale.

Il Pendant l'automne, et tant que la lumière du jour nous le permit, nous nous efi"orçàmes de transporter des dépôts de {)rovisions du côté du pôle magnétique, dans le but de faciliter d'autant nos opérations projetées pour le printemps; mais nous ne pîjmes réussir, par suite de la rupture des glaces dans cette direction. Le lieutenant Hobson et ses hommes revinrent en traîneau au mois de novembre, après avoir beaucoup soufTert du mauvais temps et couru les plus grands dangers, car la glace sur laquelle ils étaient campés se détacha une fois du rivage, et les entraîna au large avec elle.

« Ainsi l'hiver nous surprit à l'entrée est du détroit de Bellot, dans un petit port abrité que j'ai

nommé Port-Kennedy, en souvenir du digne officier anglais qui explora ces parages en 1851, en compagnie du lieutenant français. Il se trouve presque au point de jonction du calcaire des basses plages septentrionales de la baie Brentford avec les hautes chaînes granitiques qui forment la charpente intérieure, ainsi que les falaises escarpées des rivages occidentaux de Boothia et du North-Somerset.

« Quoique la végétation des bords du détroit soit relativement abondante, et que nos deux chasseurs esquimaux et plusieurs autres aient toujours été en quête ou sur le qui-vive, néanmoins les ressources que nous avons tirées du pays pendant onze mois et demi n'ont formé qu'un total de huit rennes, deux ours, dix-huit veaux marins et quelques poules d'eau, les fréquentes tempêtes qui balaient ces parages en écartant sans doute les êtres animés.

« L'hiver fut le plus froid et le plus rude que j'aie éprouvé dans ces régions. Pendant sa durée, nous fîmes nos préparatifs pour mettre à exécution notre plan de recherches. Je pensai qu'il était de mon devoir de visiter personnellement l'île Matty, et de compléter le circuit de l'île du Roi-Guillaume, pendant que le lieutenant Hobson se chargerait de faire des recherches sur les côtes extérieures de Boothia jusqu'au pôle magnétique, et à l'est, depuis l'île de

CAPITAINE MAC-CI.INTOCK. r,\-,

Gateshead jusqu'à celle de Wynniatl. Je eouliai a\i capitaine Allen Young, excellent marin, le soin d'explorer les bords de la Terre du Prince-de-Galles ; en outre, il devait inspecter la côte du North-Somerset, depuis le nord du détroit de Bellot jusqu'aux dernières limites atteintes, en 1849, par sir James Ross.

K Nos premières recherches de printemps commencèrent le 17 février 1839. Le capitaine Young transporta son dépôt à travers la Terre du Princede-Galles, pendant que je me dirigeais au midi, vers le pôle magnétique, dans l'espoir de communiquer avec les Esquimaux, et d'en obtenir des informations propres à conduire à bonne fin nos recherches.

(< J'étais accompagné par MM. Petersen, notre interprète, et Alexandre Thompson, notre quartiermaître. Nous avions avec nous deux traîneaux tirés par des chiens. Le 28 février, près du cap Victoria, nous eiîmes le bonheur de rencontrer quelques indigènes, dont le nombre s'éleva bientôt à quarantecinq individus.

(( Pendant quatre jours, nous demeurâmes en relations avec ces bonnes gens. Nous en obtînmes plusieurs reliques et la certitude que, quelques années auparavant, un navire avait été pris par des glaces, au nord de l'île du Roi -Guillaume, mais que tout

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l'équipage , parvenu à terre sans danger, s'était dirigé vers la rivière du Grand -Poisson, où il avait péri jusqu'au dernier homme. Ces Esquimaux étaient bien fournis de bois, tiré, dirent -ils, d'un bateau abandonné par les hommes blancs sur la Grande-Rivière.

« Nous retournâmes à notre navire, après vingtcinq jours d'absence, en bonne santé, mais e.xténués parles longues marches et par les rigueurs du froid auquel nous avons été exposés. Pendant les premiers jours de cette excursion , le mercure était resté constamment gelé.

« Le 2 avril, commencèrent nos recherches finales. Le lieutenant Hobson m'accompagna jusqu'au cap A'ictoria; nous avions chacun, outre un traîneau tiré par quatre hommes, un traîneau auxiliaire tiré par six chiens. C'était là toute la foi'ce que nous pouvions réunir.

K Avant de nous séparer, nous rencontrâmes deux familles d'Lsquimaux, vivant sur la glace dans des cabanes faites de neige. Elles nous informèrent qu'un second navire avait été vu près de l'île du Uoi-Guillaume, et que, dans le courant de la même année, il avait été jeté et brisé sur la côte. Ce navire avait été [)our eux une mine féconde de bois et de fer.

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« D'après le plan arrèh' pendaiil l'hiver [)Oiir ces l'echerches, le lieutenant Hohson était chargé de relier, le long de la terre Victoria, les dernières découvertes de Collinson à celles de Winniatt; mais pai' suite des renseignements obtenus des Esquimaux, je lui donnai l'oi'dre de faire des recherclies sur le naufrage, et de suivre toutes les traces qu'il Iroiiverait au nord et à Touesl de l'île d\i Roi- Guillaume.

« Accompagné de ma petite troupe, je marchai le long des côtes est de cette même île, visitant les cabanes de neige abandonnées, mais sans rencontrer d'indigènes jusqu'au 8 mai, où, près du cap Norton, nous arrivâmes à un village de neige contenant trente habitants. Ils vinrent à nous sans la moindre apparence de crainte ou d'hésitation, quoique aucun d'eux n'eût vu des hommes blancs en vie auparavant.

(( Ils mirent beaucoup d'empressement à nous communiquer tout leur sa\ oir et à échanger leurs produits; mais ils nous auraient dérobé tout ce que nous possédions, si nous n'y eussions pris garde. Nous avons obtenu d'eux l)eaii(onp de reliques de nos compatriotes, et nous aurions pu en achetei' beaucoup plus encore, si j'avais eu des moyens sufiisanls de li'anspdrl. En iii(li(|uaiil le luird -noid-

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est, ils nous dirent qu'à cinq jours de marche dans cette direction, dont un sur la mer glacée, on arrivait au lieu du naufrage.

« Aucun d'eux n'y était allé depuis 18o7-!8o8, époque à laquelle il n'y restait plus rien à récolter, dirent-ils, leurs compatriotes ayant emporté presque tout.

« La plupart de nos informations nous furent données par une vieille femme très-intelligente, qui n'hésita jamais devant les questions de Petersen , et dont tous les dires furent confirmés par un de ses compatriotes, témoin de ses interrogatoires. Elle nous dit que le bâtiment avait été jeté à la côte, et que plusieurs des hommes blancs avaient succombé sur la route de la Grande-Rivière; mais ce ne fut que pendant l'hiver suivant que leurs cadavres, découverts par les Esquimaux, instruisirent ceux-ci de la destinée des Kablounas.

« Ils nous assurèrent tous que nous trouverions des indigènes sur la rive méridionale de la Grande- Rivière, et peut -être aussi au lieu du naufrage; mais malheureusement il n'en fut pas ainsi : nous ne trouvAmcs qu'une seule famille au-dessous de la Pointe-Boolh, et personne à l'ile Montréal ou on aucun des lit'ux \isil(^s plus lai'd.

i( Nous parcnurùmos successivement la Pointe-

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