‹ Voyages et découvertes outre-mer au XIXe siècleChapitre 11 sur 34 · VOYAGES D'EDOUARD PARRY · texte numérisé non relu

VOYAGES D'EDOUARD PARRY

Départ de l'Hécla et du Griper pour la baie de Baffin. — L'archipel de Parry. — Hivernage à l'île Melville. — Précautions contre la famine et les maladies. — Un incendie. — Effets du froid. — Le printemps polaire. — Vaines tentatives pour pénétrer à l'ouest. — Retour dans la baie de Baffln. — Retour en Angleterre. — Second voyage. — Entrée dans la baie d'Hudson. — Blocus dans les glaces. — Ours monstrueux. — La baie de Repuise. — Hivernage à l'île Winter. — Relations avec les Esquimaux. — Leurs usages funéraires. — La fumée du froid. — Reprise de la navigation. — Chasse aux morses. — Second hivernage à l'île d'Igloulik. — La presqu'île Melville. — Retour en Angleterre.

Au nombre des quatre navires que l'amirauté anglaise se décida, en 1818, à envoyer dans les mers polaires, deux d'entre eux, l'Hécla et le Griper, sous le commandement d'Édouard Parry, furent destinés à la baie de Baffin.

Après une traversée de 12° à 15° de longitude, l'expédition arriva, par le détroit de Barrow, dans un vaste bassin bordé de nombreuses et vertes îles, que les géographes modernes ont à bon droit appelées l'archipel de Parry, et dont les principales reçurent de ce navigateur les noms de GornwaUis, de Bathurst, de Melville.

On hiverna dans cette dernière île ; mais à peine les vaisseaux étaient-ils amarrés à l'abri de tout danger dans le havre, que le thermomètre tomba à 18° centigrades audessous de zéro.

« En prévision de l'avenir, dit Parry, je fus obligé de réduire d'un tiers la ration ordinaire du pain. Mais, chaque semaine , je remplaçai une livre de bœuf salé par une égale quantité de conserve de viande, et j'y joignis une pinte de bouillon concentré ; la bière et le vin remplacèrent les liqueurs alcoolisées, et je fis faire, à des intervalles réguliers, une distribution de légumes confits au vinaigre et d'autres condiments. Enfin tous les jours chaque homme de l'équipage buvait, devant un officier, une certaine quantité de jus de citron mêlé d'eau et de sucre. Ceux qui regarderaient la présence d'un officier en cette circonstance comme superflue ne connaîtraient pas le caractère des matelots, vrais enfants dans tout ce qui concerne le soin de leur santé. Le gibier, quand on pouvait s'en procurer, remplaçait la ration ordinaire de viande; mais, excepté dans de bien rares occasions, nulle préférence n'était accordée aux officiers , ni pour la qualité ni pour la quantité des aliments. »

Le 24 février au matin, tandis que tout l'équipage prenait son exercice habituel m courant autour du tillac, les cris : « Au feu ! au feu ! » se firent entendre ; la hutte qui servait d'observatoire était en flammes. Chacun y courut, et, ayant réussi, non sans effort à abattre le toit de la hutte et une partie de ses murs de planches rembourrés de mousse , on parvint à étouffer les flammes sous la neige avant qu'elles eussent atteint les instruments les plus précieux.

« L'instant d'après, dit Parry, nous offrions un spec-

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tacle curieux à voir. Il n'y avait aucun de nous qui n'eût le nez et le visage couverts de taches blanches causées par la gelée ; de sorte que les chirurgiens et leurs aides n'étaient occupés qu'à courir de l'un à l'autre, frottant avec de la neige les parties attaquées pour y rétablir la circulation. Malgré cette précaution, qui prévint probablement de graves accidents, seize hommes grossirent la liste de nos malades par suite de cet événement, et l'un d'eux, John Smith, soldat d'artillerie , attaché au service du capitaine Sabine , ne s'en tira pas à bon marché. Il se trouvait dans la hutte au moment où le feu se déclara, et, voulant sauver un instrument dont il connaissait la valeur, il le saisit, pour le transporter sur le vaisseau, sans prendre le temps de mettre ses gants. En arrivant à bord de l'Hécla, ses mains étaient si complètement gelées, que les chirurgiens les lui ayant fait plonger dans l'eau froide , celle - ci se congela immédiatement à ce seul contact. Malgré tous les soins qu'on lui prodigua, il fut obligé, quelque temps après, de subir l'ampu-: tation de la plus grande partie de ses doigts. »

Le mois de juin fut employé en excursions de chasse ou d'exploration sur l'île Melville. Bien que le soleil accomplît alors sa révolution diurne tout entière au-dessus de l'horizon , la neige couvrait encore presque partout la terre; une couche de glace de plusieurs pieds d'épaisseur masquait les lacs et les cours d'eau, et toutes les baies demeuraient encombrées de masses immobiles de glace marine. Dans une de ces expéditions, dirigées par le capitaine Parry lui-même, on remarqua cependant, sur une ligne de plus de vingt -quatre myriamètres, parcourue dans l'intérieur de l'île, quelques endroits isolés qui, grâce à une disposition privilégiée , s'étaient revêtus de mousse , de gazon , de saxifrages et de pavots. C'étaient comme des tables dres-

sées au désert par la Providence pour toutes les créatures dont elle a peuplé ces régions. Le bœuf musqué, aux épaules voûtées, au pelage laineux, couvert d'un long poil balayant la terre , y paissait à côté de grands troupeaux de rennes; des multitudes de lièvres venaient s'y tapir au milieu de bandes innombrables d'oies boréales, de pluviers dorés, de gelinottes blanches, et d'autres volatiles sans nom. Autour de tous ces êtres se refaisant, dans un pâturage d'été, des misère^s de leur exil hivernal, rôdaient cauteleusement ou se tenaient à l'affût le loup et le renard ■polaires. Parry appela cet endroit Bushnan-Cove.

Ce fut seulement le 1" août que les navires, regréés et rééquipés depuis bien des semaines, purent mettre à la voile et reprendre la route de l'ouest.

Au delà du cap Dundas, qui termine l'île Melville du même côté , l'œil n'apercevant qu'une plaine de glace solide et compacte, l'intrépide Parry dut reconnaître, bien à regret , que toute tentative pour pénétrer par cette voie jusqu'au détroit de Behring serait rendue vaine par le seul fait de la courte durée de l'été , et qu'un second hivernage dans ces parages serait de la dernière imprudence. Il résolut donc immédiatement de se rapprocher des rivages du continent américain par un chemin plus méridional.

Rentrés dans la mer de Baffin, le Griper et l'Hécla en longèrent les côtes occidentales, et, pendant que les officiers en relevaient les contours, ils communiquèrent, pour la première et seule fois de tout ce voyage , avec une tribu d'Esquimaux.

Dans la partie étroite du détroit de Davis, l'expédition retrouva de nouveau la glace compacte. Etant parvenue à s'en dégager, elle reprit la route de l'Angleterre, où elle rentra vers la fin d'octobre.

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Au printemps suivant , Parry tenta de pénétrer dans les parages inexplorés qui séparent l'Atlantique de la mer d'Hudson, et de se frayer, droit à l'ouest, une route vers les rivages vus par Hearne et Mackenzie.

Il mit son pavillon sur la Fury, l'un des deux navires que le gouvernement anglais lui confia (l'autre, VHécla, eut pour commandant le capitaine Lyon), et six semaines après son départ, le 14 juillet, il rencontra la première montagne de glace par le travers du détroit de Davis.

A peine entrée dans la baie d'Hudson, l'expédition se vit bloquée par les glaces. Pendant ce repos forcé, l'équipage de l'Hécla, ayant aperçu sur un glaçon un ours blanc d'une monstrueuse grandeur, lui donna la chasse et parvint à le tuer. Son poids dépassait sept cent cinquante kilogrammes, et telle était l'énergie organique de ce colossal carnassier, que son cœur, retiré du corps, fut agité trois heures encore de mouvements convulsifs.

Les glaces ayant fini par se disjoindre, les vaisseaux de Parry, sortant enfin des parties pratiquées de la mer d'Hudson, entrèrent dans le détroit de Fox, et se dirigèrent, en longeant par l'est et le nord la grande île de Southampton , vers la baie Repuise , pour constater, dans cette échancrure du continent américain, la vérité ou le néant de l'hypothèse géographique qui depuis longtemps voulait y voir une issue de l'océan Polaire. L'examen qu'en fit l'expédition prouva l'exactitude des observations du capitaine Middleton, qui le premier avait découvert cette baie , et qui y avait bien vu une baie, et non un détroit.

Sept semaines d'une navigation continue n'avaient pas porté l'expédition à plus de quarante myriamètres vers le nord, lorsqu'il fallut songer à hiverner sur. une île voisine du continent, et qui depuis cette époque est connue

SOUS le nom d'île Winter. Les vaisseaux, dégréés, furent recouverts de grandes et fortes tentes. Une petite maison et un observatoire confortable furent élevés sur le rivage, et leurs doubles murs de planches reçurent intérieurement une chaude couche de sable bien tassée.

Le 1" février, la vie de réclusion des équipages de la Fury et de l'Hécla fut rompue par ces cris, partis du pont de ce premier navire : « Des Esquimaux ! des Esquimaux ! » Effectivement on en voyait un certain nombre s'avançant lentement vers les vaisseaux, et sur une hauteur, à environ deux milles du rivage, on distinguait quelque chose comme des huttes nouvellement construites.

Les deux commandants Parry et Lyon, s'étant immédiatement portés à la rencontre des étrangers, distinguèrent bientôt une troupe d'environ vingt-cinq Esquimaux, qu'ils n'hésitèrent pas à aborder.

Ceux-ci les accueillirent avec cordialité, et les conduisirent à leur habitation.

Petits et grands nous reçurent bien, dit le capitaine Lyon, comme on peut croire. Les jeunes femmes auraient pu passer pour jolies si elles avaient possédé le premier de tous les charmes, la propreté. Elles avaient en général de vives couleurs, et des yeux brillants et expressifs. Le seul ornement qu'elles portaient était un petit bracelet d'os ou d'ivoire; aussi les miroirs, les boutons, les grains de rassade, et autres brimborions semblables, étaient-ils reçus de ces pauvres filles du Nord avec des transports qui prouvaient que l'amour de la parure n'était pas moins inné chez elles que chez les plus fières beautés de nos heureux climats.

« Au nombre de leurs ornements, je ne dois pourtant pas omettre le kakkine ou tatouage , qui couvre leur visage , leurs cuisses et leur poitrine. La curiosité me porta à vouloir

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connaître comment se confectionnait ce dessin, et en conséquence je me mis entre les mains de mistress Nakkakhiou, que j'avais adoptée pour amenna ou mère. Je lui fournis une aiguille, qu'elle enfila d'un fil de nerf de renne préparé à belles dents ; puis passant sa main , sans crainte d'en altérer la couleur, sous le pot suspendu sur la flamme de sa lampe , elle prit un peu de suie , la délaya avec une goutte d'huile et de salive , et , se servant d'un morceau ténu de fanon de baleine en guise de pinceau , elle esquissa sur mon bras diverses figures différentes, comme je le vis bien, de celles qu'elle portait elle-même, mais ayant sans doute une signification aussi comique que saisissable ; car toutes les femmes présentes partirent d'un éclat de rire en les apercevant.

« Mais une grande partie de sa composition devait être perdue, car j'étais bien résolu à ne lui laisser faire que quelques points. Elle commença par noircir son fil à la suie; puis elle fit dans ma peau des points très courts, mais assez profonds, en ayant soin d'appuyer le pouce sur chacun d'eux, aussitôt que le fil avait passé. Elle en avait fait ainsi une quarantaine, couvrant environ deux pouces carrés, quand son aiguille vint à casser, et je lui signifiai que j'en avais assez. Elle termina donc son opération , en frottant d'huile la partie opérée, pour étancher quelques gouttes de sang qui s'en échappaient. Je pus dès lors apprécier ce qu'il en coûte à ces femmes pour s'embellir ; car l'opération, qui n'est pas sans douleur, est toujours suivie d'une légère inflammation. Quand la peau est guérie, la couleur du kakkine devient d'un bleu pâle.

« Nous terminâmes notre journée en partageant nos provisions de table avec la famille Nakkakhiou, et les nombreux visiteurs que notre présence avait attirés dans la

hutte. Tous les Esquimaux firent honneur aux mets que nous avions apportés ; le vin seul ne put leur plaire. On conçoit que, pour des palais habitués aux parfums de l'huile de poisson , le montant et le bouquet du jus de la treille soient bien fades. »

A ces curieux renseignements nous croyons devoir ajouter, comme complément, quelques détails sur le mode particulier aux Esquimaux de payer à la mort le tribut que lui doivent tous les hommes. Nous empruntons ces détails à la relation de W. Graah, qui, de 1828 à 1830, fit, par ordre du gouvernement danois, une expédition à la côte orientale du Groenland.

« Un Esquimau de mon campement d'hiver s'était fait au bras une blessure, que le défaut de repos, de propreté, et peut-être le voisinage de l'artère recouvrirent en peu de temps d'une énorme tumeur; le membre blessé devint le siège d'intolérables douleurs, que le peu de ressources pharmaceutiques dont je disposais ne put parvenir à calmer, et bientôt la médecine européenne discréditée dut faire place à celle des angekoks. Une vieille sorcière fut appelée auprès du malade , dont elle commença à lier la tête avec un cordon mystérieux; puis elle la souleva la trouvant lourde, et, d'après ce symptôme, déclara que le patient devait mourir. Dès lors, persuadé de l'infaillibilité de l'oracle , il résolut d'abréger ses souffrances par la faim, et sa femme me fit la même déclaration, en repoussant avec une sorte d'irritation le bol de bouillon que j'apportais à son mari pour le détourner de son dessein.

« Y aurait-il persévéré fermement? je ne puis l'affirmer; car trois jours après, à neuf heures du soir, quelques membres de sa famille se précipitèrent dans ma hutte, en criant : « Il meurt, il meurt, il perd tout son sang ! »

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« M'étant rendu en toute hâte auprès de lui, je fus témoin d'une scène que je ne puis qu'imparfaitement décrire , mais que je n'oublierai jamais.

« Le malade était assis sur sa couche de peaux, soutenant d'une main son bras, dont le sang jaillissait à flots. Personne ne lui prêtait la moindre assistance ; les femmes, criant, gémissant, jetaient hors de la hutte ustensiles, habits, literie, pelleteries, mobilier, provisions de bouche, comme s'il se fût agi d'un incendie. Les hommes se précipitaient tour à tour sur le patient , en poussant de véritables hurlements. Les lamentations des femmes, les larmes et les clameurs des enfants, les gestes de tous, la terreur imprimée sur tous les visages, formaient un ensemble dont on ne pourrait se faire une idée , même en se reportant devant le Jugement dernier de Michel -Ange, mais qui fit sur moi une telle impression, que longtemps après j'en frissonnais encore.

« Lorsqu'un Esquimau est tellement pris de la mort qu'il ne peut plus distinguer ce qui se passe autour de lui , on procède immédiatement aux préparatifs des funérailles. La femme du moribond venait, en conséquence, à chaque instant lui demander : « Entends-tu? comprends-tu? » Puis, comme il répondait affirmativement d'une voix très distincte, elle l'accablait d'obsessions pour qu'il consentît à se laisser enterrer dans la neige plutôt que dans la mer, où il avait chargé son fds aîné de le déposer après sa mort. Elle lui objectait que la glace , rompue et mouvante , n'était pas praticable pour un traîneau ; et lui de répondre : « On me portera dans une barque. »

« Le temps, cependant, s'écoulait et commençait visiblement à paraître long à la femme du patient ; bien que celui-ci conservât toute sa présence d'esprit, qu'il vît et

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observât tout ce qui se passait autour de lui, qu'il comprît très bien le sens de chaque phrase, elle n'en commença pas moins les apprêts des funérailles, et ordonna à deux jeunes filles, ses enfants adoptifs, de décrocher des parois de la muraille la tenture de peaux qui devait servir de linceul à son mari. Cet ordre fut donné et exécuté avec un terrible sang-froid. Avec non moins de calme, le malade regardait faire ces dispositions pour son départ de ce monde ; plongé dans de graves pensées, ou épuisé de sang et de forces, il ne laissait échapper aucun signe d'appréhension ou d'effroi, et se laissait revêtir de ses meilleurs habits sans observations, sans la moindre résistance.

« Déjà , soit qu'on l'eût enfin décidé à mourir, soit que , fatigués de lui prodiguer plus longtemps des soins superflus, ses parents se préparassent à l'arracher, encore vivant, de son lit d'agonie, on venait d'étaler sur le sol les peaux dans lesquelles il devait être cousu; déjà l'on avait enlevé du piafs fond le vitrage, ou vessie de poisson, à travers lequel, suivant l'usage , le cadavre devait passer, quand tout à coup le moribond, recouvrant la parole, pria les assistants de patienter un peu, vu qu'il se sentait bejaucoup mieux. Il m'appela, me témoigna ses remerciements pour les soins que je lui avais donnés, ses regrets pour la mauvaise nuit qu'il m'avait fait passer ; me laissa bander sa plaie , et, dans un verre de porto coupé d'eau et de quelques gouttes de citron , puisa tellement de forces que sa famille dut replier son bagage funéraire. Quelques jours après, il était hors de tout danger; mais il n'avait pas tenu aux usages et coutumes de sa race qu'il ne fût enterré tout vivant. »

Revenons à l'expédition de Parry. Ce fut dans le cours de l'hiver qu'il passa à l'île Winter qu'on vit plusieurs fois ce qu'on appelle la fumée du froid. Ce phénomène a lieu

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chaque fois qu'une fissure soudaine , se formant dans la glace, met à découvert une portion quelconque de la mer. Il s'en échappe alors une vapeur semblable à celle qui s'élève d'une chaudière en ébullition ; mais, congelée presque instantanément, cette vapeur retombe en poudre impalpable sur les bords de la crevasse.

L'hiver de 1822 se prolongea longtemps sous le cercle polaire ; à peine au comniencement de juin voyait- on bourgeonner les premiers boutons du saxifrage, et quelques mouvements de disjonction s'opérer dans les glaces. Il fallut ouvrir à la scie un chenal pour faire sortir les navires du havre d'hivernage. Le 2 juillet, grâce à un coup de vent qui poussa les glaces au large de la baie, les vaisseaux purent mettre enfin à la voile et reprendre la direction du nord.

Le 14, comme les vaisseaux venaient de doubler le cap Penrhyn, la vue d'un grand nombre de morses engagea les chasseurs du bord à poursuivre ces animaux. Si apathiques, si lourds qu'ils soient en apparence, ceux qu'on attaqua opposèrent aux assaillants une résistance inattendue. Une femelle ayant été tuée, le mâle qui l'accompagnait continua de lutter, comme pour protéger son cadavre. Bien qu'il eût été atteint de trois coups de feu, qu'il portât trois lances enfoncées dans son corps, et qu'il reçût un coup de baïonnette chaque fois qu'il venait à portée de la chaloupe, il ne s'en jetait pas moins sur la proue de l'embarcation pour la démolir avec ses crocs puissants, et il parvint même à en percer plusieurs planches. Il ne succomba qu'après dix minutes au moins de combat. La chair de cet animal fut trouvée fort bonne par tous ceux qui purent surmonter le dégoût qu'inspirait sa couleur noire.

Peu après, ayant doublé la presqu'île Amitioki, un des grands rendez -vous de pêche des Esquimaux, et le petit groupe d'îlots qu'ils désignent sous le nom d'Ouglits, Parry atteignit l'île Igloulik, autre station de ces sauvages.

On y passa l'hiver de 1823, qui se prolongea au delà de toute prévision. A la fin de juillet, la Fury et VHécla étaient aussi étroitement renfermés dans la glace que pendant la nuit de quarante -deux fois vingt- quatre heures qui forme le cœur de l'hiver par 70° de latitude nord.

Parry et Lyon, reconnaissant l'impossibilité absolue de pénétrer plus avant , se décidèrent à mettre à la voile pour l'Europe dans le courant du mois d'août, après avoir donné le nom de Melville à la grande péninsule dont ils avaient en deux campagnes relevé les côtes orientales, et qui s'étend entre le canal de Fox et les eaux entrevues dans l'ouest.

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