‹ Voyages et découvertes outre-mer au XIXe siècleChapitre 22 sur 34 · FRANKLIN, GROZIER, FITZJAMES · texte numérisé non relu

FRANKLIN, GROZIER, FITZJAMES

ET DE TOUS LEURS VAILLANTS FRÈRES, OFFICIERS ET FIDÈLES COMPAGNONS , QUI ONT SOUFFERT ET PERI POUR LA CAUSE DE LA SCIENCE ET POUR LA GLOIRE DE LEUR PATRIE.

CETTE PIERRE EST ÉRIGÉE PRÈS DU LIEU OU ILS ONT PASSÉ LEUR PREMIER HIVER ARCTIQUE ET d'où ILS SONT PARTIS POUR TRIOMPHER DES OBSTACLES OU POUR MOURIR.

ELLE CONSACRE LE SOUVENIR DE LEURS COMPATRIOTES ET AMIS QUI LES ADMIRENT, ET DE l'angoisse, MAÎTRISÉE PAR LA FOI, DE CELLE QUI A PERDU DANS LE CHEF DE l'eXPÉDITION LE PLUS DÉVOUÉ ET LE PLUS AFFECTIONNÉ DES ÉPOUX

c'est AINSI QU'IL LES CONDUISIT AU PORT SUPRÊME OU TOUS REPOSENT.

« Les provisions et les magasins laissés sur l'île par les expéditions précédentes nous semblèrent en bon état; seul un petit bateau, retourné et jeté à la côte par un orage, avait souffert quelques dégâts. Nous fîmes aux toits des maisons les réparations nécessaires; puis, après avoir embarqué du charbon et des provisions dont nous avions besoin, nous gagnâmes, le 17 août, et par une bonne traversée de vingtcinq milles, le détroit de Peel; mais, le trouvant entière-

ment obstrué de glaces encore solides, je résolus de me diriger vers le détroit de Bellot. En chemin , j'examinai les provisions qui nous restaient au fort Léopold, et j'y laissai un bateau baleinier que j'avais amené dans ce but au cap Hotham, pour aider à notre retraite, dans le cas où je serais plus tard dans la nécessité d'abandonner le Fox. Nous trouvâmes le canal du Prince-Régent sans aucune glace, et nous n'en aperçûmes que très peu durant notre traversée pour nous rendre à la baie de Brentford, où nous arrivâmes le 20 août.

« Le détroit de Bellot, qui communique avec la mer de l'Ouest, a une largeur moyenne d'un mille, sur dix- sept à dix-huit de long. A cette époque, il était rempli de glaçons en dérive ; mais , à mesure que la saison avança , il devint plus navigable. En plusieurs endroits, ses rives sont bordées de rochers escarpés et de blocs de granit, et quelquesunes des montagnes voisines s'élèvent à la hauteur de seize cents pieds. Les marées y sont très fortes en été, courant de six à sept nœuds à l'heure.

« Le 6 septembre , ayant franchi le détroit de Bellot sans encombrement, nous assurâmes le navire au miheu des glaces fixes. Là, et jusqu'au 27, jour où je crus nécessaire de gagner nos quartiers d'hiver, nous avons constamment observé les mouvements de la glace dans les eaux qui nous entouraient. Au milieu du détroit, elle flottait en fragments épars.

« Peu à peu l'eau augmenta, et il ne resta plus devant nous qu'une zone de glace de trois à quatre milles d'étendue seulement, mais qui, soutenue par les petits îlots, résista à l'action dissolvante des pluies et à la violence des vents d'automne. Attendre de jour en jour que le passage fût libre pour nous remettre à flot, et ne pouvoir y parvenir,

bien que les vagues vinssent baigner le pied des rochers qui se trouvaient à quelques milles de nous, au midi, était un vrai supplice de Tantale.

« Pendant l'automne , et tant que la lumière du jour nous le permit, nous nous efforçâmes de transporter des dépôts de provisions du côté du pôle magnétique, dans le but de faciliter d'autant nos opérations projetées pour le printemps ; mais nous ne pûmes réussir, par suite de la rupture des glaces dans cette direction. Le lieutenant Hobson et ses hommes revinrent en traîneau au mois de novembre, après avoir beaucoup souffert du mauvais temps et couru les plus grands dangers ; car la glace sur laquelle ils étaient campés se détacha une fois du rivage, et les entraîna au large avec elle.

« Ainsi l'hiver nous surprit à l'entrée E. du détroit de Bellot, dans un petit port abrité que j'ai nommé port Kennedy, en souvenir du digne officier anglais qui explora ces parages en 1851, en compagnie du lieutenant français. Il se trouve presque au point de jonction du calcaire des basses plages septentrionales de la baie Brentford avec les hautes chaînes granitiques qui forment la charpente intérieure, ainsi que les falaises escarpées des rivages occidentaux de Boothia et du North-Somerset.

« Quoique la végétation des bords du détroit soit relativement abondante, et que nos deux chasseurs esquimaux et plusieurs autres aient toujours été en quête ou sur le quivive, néanmoins les ressources que nous avons tirées du pays pendant onze mois et demi n'ont formé qu'un total de huit rennes, deux ours, dix-huit veaux marins et quelques poules d'eau, les fréquentes tempêtes qui balayent ces parages en écartant sans doute les êtres animés.

« L'hiver fut le plus froid et le plus rude que j'aie éprouvé

dans ces régions. Pendant sa durée, nous fîmes nos préparatifs pour mettre à exécution notre plan de recherches. Je pensai qu'il était de mon devoir de visiter personnellement l'île Matty, et de compléter le circuit de l'île du Roi-Guillaume, pendant que le lieutenant Hobson se chargerait de faire des recherches sur les côtes extérieures de Boothia jusqu'au pôle magnétique, et à l'est, depuis l'île de Gateshead jusqu'à celle de Wynniat. Je confiai au capitaine Allen Young, excellent marin, le soin d'explorer les bords de la Terre du Prince -de- Galles; en outre, il devait inspecter la côte du North-Somerset, depuis le nord du détroit de Bellot jusqu'aux dernières limites atteintes, en 1849, par sir James Ross.

« Nos premières recherches de printemps commencèrent le 17 février 1859. Le capitaine Young transporta son dépôt à travers la Terre du Prince -de -Galles, pendant que je me dirigeais au midi vers le pôle magnétique, dans l'espoir de communiquer avec les Esquimaux et d'en obtenir des informations propres à conduire à bonne fm nos recherches.

« J'étais accompagné par MM. Petersen, notre interprète, et Alexandre Thompson, notre quartier-maître. Nous avions avec nous deux traîneaux tirés par des chiens. Le 28 février, près du cap Victoria, nous eûmes le bonheur de rencontrer quelques indigènes, dont le nombre s'éleva bientôt à quarante -cinq individus.

« Pendant quarante jours nous demeurâmes en relations avec ces bonnes gens. Nous en obtînmes quelques reliques et la certitude que, quelques années auparavant, un navire avait été pris par des glaces, au nord de l'île du Roi -Guillaume , mais que tout l'équipage , parvenu à terre sans danger, s'était dirigé vers la rivière du Grand-Poisson, où il

avait péri jusqu'au dernier homme. Ces Esquimaux étaient bien fournis de bois, tiré, dirent-ils, d'un bateau abandonné par les hommes blancs sur la Grande-Rivière.

« Nous retournâmes à notre navire, après vingt- cinq jours d'absence, en bonne santé, mais exténués par les longues marches et par les rigueurs du froid auquel nous avions été exposés. Pendant les premiers jours de cette excursion, le mercure était resté constamment gelé.

« Le 2 avril, commencèrent nos recherches finales. Le lieutenant Hobson m'accompagna jusqu'au cap Victoria; nous avions chacun, outre un traîneau tiré par quatre hommes, un traîneau auxiliaire tiré par six chiens. C'était là toute la force que nous pouvions réunir.

« Avant de nous séparer, nous rencontrâmes deux familles d'Esquimaux, vivant sur la glace dans des cabanes faites de neige. Elles nous informèrent qu'un second navire avait été vu près de l'île du Roi-Guillaume , et que , dans le courant de la même année, il avait été jeté et brisé sur la côte. Ce navire avait été pour eux une mine féconde de bois et de fer.

« D'après le plan arrêté pendant l'hiver pour ces recherches, le lieutenant Hobson était chargé de relier, le long de la terre Victoria, les dernières découvertes de Collinson à celles de Winniatt; mais, par suite des renseignements obtenus des Esquimaux, je lui donnai l'ordre de faire des recherches sur le naufrage, et de suivre toutes les traces qu'il trouverait au nord et à l'ouest de l'île du Roi-Guillaume.

« Accompagné de ma petite troupe, je marchai le long des côtes E. de cette même île, visitant les cabanes de neige abandonnées, mais sans rencontrer d'indigènes jusqu'au 8 mai, où, près du cap Norton, nous arrivâmes à un village de neige contenant trente habitants. Ils vinrent à

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nous sans la moindre apparence de crainte ou d'hésitation , quoique aucun d'eux n'eût vu des hommes blancs eh vie auparavant.

« Ils mirent beaucoup d'empressement à nous communiquer tout leur savoir et à échanger leurs produits ; mais ils nous auraient dérobé tout ce que nous possédions, si nous n'y eussions pris garde. Nous avons obtenu d'eux beaucoup de reliques de nos compatriotes, et nous aurions pu en acheter beaucoup plus encore, si j'avais eu des moyens suffisants de transport. En indiquant le nord-nordest, ils nous dirent qu'à cinq jours de marche dans cette direction , dont un sur la mer glacée , on arrivait au lieu du naufrage.

« Aucun d'eux n'y était allé depuis 1857-1858, époque à laquelle il n'y restait plus rien à récolter, dirent-ils, leurs compatriotes ayant emporté presque tout.

« La plupart de nos informations nous furent données par une vieille femme très intelligente, qui n'hésita jamais devant les questions de Petersen, et dont tous les dires furent confirmés par un de ses compatriotes, témoin de ses interrogatoires. Elle nous dit que le bâtiment avait été jeté à la côte, et que plusieurs des hommes blancs avaient succombé sur la route de la Grande-Rivière; mais ce ne fut que pendant l'hiver suivant que leurs cadavres, découverts par les Esquimaux, instruisirent ceux-ci de la destinée des Kahlounas.

« Ils nous assurèrent tous que nous trouverions des indigènes sur la rive méridionale de la Grande-Rivière, et peutêtre aussi au lieu du naufrage; mais malheureusement il n'en fut pas ainsi : nous ne trouvâmes qu'une seule famille au-dessous de la Pointe-Rooth, et personne à l'île Montréal ou en aucun des lieux visités plus tard.

« Nous parcourûmes successivement la Pointe-Ogle, l'île Montréal et l'entrée de Barrow; mais nous n'y trouvâmes rien, excepté quelques morceaux de cuivre et de fer dans une cachette des Esquimaux. Nous avions alors atteint les limites du champ des recherches exécutées en 1855 par MM. Anderson et Stewart, et, n'ayant pas l'espérance de rencontrer de nouveaux indigènes dans cette direction, nous repassâmes sur l'île du Roi-Guillaume, et nous avions continué d'explorer ses rives sud sans aucun succès, lorsque le 24 mai, à environ dix milles à l'est du cap Herschell, nous découvrîmes un squelette blanchi, autour duquel étaient quelques fragments de vêtements européens.

« Après avoir avec soin écarté la neige , nous trouvâmes aussi un petit portefeuille contenant quelques lettres qui, bien que détériorées, peuvent encore néanmoins se déchiffrer. Nous avons jugé, par les restes de ses vêtements, que cet infortuné jeune homme était un garçon d'hôtel ou un domestique d'officier; et sa position confirmait exactement le dire des Esquimaux, que les Kablounas avaient succombé, l'un après l'autre, sur le chemin qu'ils avaient pris.

« Le jour suivant, nous arrivâmes au cap Herschell, et nous examinâmes le cairn élevé par Simpson (en 1839), ou plutôt ce qui en reste; car il n'a plus que quatre pieds de haut, et les pierres centrales ont été déplacées, comme si l'on eût mis quelque chose par- dessous. Mon opinion, formée dès le premier abord, est que les équipages y avaient déposé quelques objets, enlevés plus tard par les naturels.

« Je dois revenir maintenant au lieutenant Hobson, qui, après s'être séparé de moi au cap Victoria, le 28 avril, s'était dirigé sur le cap Félix. A une très petite distance, il

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trouva des traces non douteuses de l'expédition de Franklin : un très large cairn de pierres, et tout près une petite tente, avec des couvertures, des habits et d'autres effets. Un morceau de papier blanc a été trouvé dans le cairn , ainsi que deux bouteilles cassées, qui gisaient au milieu des pierres, mais rien de plus ; bien qu'on fouillât le cairn et la terre qui le portait à plus de dix pieds de distance tout autour, le lieutenant n'y trouva aucun document écrit.

« A environ deux milles plus loin , au sud , étaient deux autres petits cairns, qui ne contenaient ni traces ni reliques, à l'exception d'une pioche cassée et d'une boîte à thé encore pleine.

«... Il s'empressa de faire fouiller cet endroit, et, parmi les pierres du sommet, il trouva une boîte de fer -blanc contenant un court rapport, le rapport même de l'expédition perdue.

« Ce document, écrit sur parchemin, nous apprit que le 28 mai 1845 tout allait bien à bord de l'Érèbe et de la Terreur; que, dans le courant de la même année 1845 qui avait vu leur départ d'Angleterre, ces deux navires avaient remonté le chenal de Wellington jusqu'à la latitude de 77°, et qu'ils étaient revenus par l'ouest de l'île CornwaUis prendre leurs quartiers d'hiver à l'île Beechey. Le 12 septembre de l'année suivante (1846), ils étaient bloqués dans les glaces par 69" 5' de latitude et 98" 23' de longitude ouest de Greenwick, à environ quinze milles des rivages nord- ouest de l'île du Roi -Guillaume. Ce fut là le théâtre de leur second hivernage. Le lieutenant Gore et M. Desveaux, avec un parti de six hommes, vinrent déposer à terre ce précieux document, ainsi qu'un autre exactement semblable, qui fut trouvé sous un petit cairn, à une journée de marche plus au sud.

« Autour des marges du premier de ces parchemins, on remarque plusieurs observations additionnelles ajoutées onze mois plus tard (15 avril 1848). Les navires, n'ayant fait en vingt mois qu'une quinzaine de milles vers le sud, avaient été abandonnés trois jours auparavant. Sir John Franklin était mort le 11 juin 1847, et neuf officiers et quinze hommes l'avaient déjà précédé ou suivi.

« Les survivants de l'expédition, au nombre de cent cinq, avaient abordé sur ce point, sous le commandement du capitaine Grozier, et reconstruit sur l'emplacement du cairn de James Ross, détruit probablement par les Esquimaux, le cairn existant aujourd'hui. Leur intention était de partir le lendemain matin pour la Grande -Rivière de Back, et ce rapport était signé par Grozier, comme capitaine de la Terreur et principal officier de l'expédition, et par Fitzjames, capitaine de l'Érèhe. Il semble que trois jours de marche écoulés entre l'abandon des navires et la date de cet écrit avaient déjà épuisé les forces de ces malheureux, et il paraît qu'en se remettant en marche vers le sud ils abandonnèrent en cet endroit une grande quantité d'habits, d'effets et de provisions de toutes sortes, comme s'ils avaient eu l'intention de se débarrasser de tous les objets qui pouvaient ne leur être d'aucune utihté. Après dix ans écoulés, des pioches, des pelles, des ustensiles de cuisine, des cordages, du bois, de la toile, et même un sextant portant le noni gravé de Frédéric Hornby R. N., étaient encore épars sur le sol ou incrustés dans la glace.

« Le lieutenant Hobson continua ses recherches jusqu'à quelques jours de marche du cap Herschell, sans trouver aucune trace des naufragés ou des indigènes. Il laissa pour moi un rapport détaillé de ce qu'il avait découvert, de manière que, revenant par l'ouest de l'île du Roi -Guillaume.

j'eus l'avantage d'être mis au courant de tout ce qu'on avait trouvé.

« Bientôt après avoir laissé le cap Herschell, les traces des indigènes devinrent moins nombreuses et moins récentes, et, plus à l'ouest, elles cessèrent complètement. Cette partie de la Terre du Roi-Guillaume est extrêmement basse, et dénuée de toute espèce de végétation. De nombreuses petites îles s'étendent en avant, et, au delà, le détroit de Victoria est couvert d'énormes et impénétrables monceaux de glace.

« Parvenus au 69° 9' latitude nord, et au 99° 27' de longitude, nous nous dirigeâmes vers un grand bateau que le lieutenant Hobson avait découvert quelques jours auparavant, ainsi qu'il m'en avait informé. Il paraît que ce bateau, destiné dans le principe par nos infortunés compatriotes à remonter la rivière du Grand-Poisson, avait dû être abandonné ensuite. Il mesurait vingt-huit pieds de long sur sept et demi de large. Sa construction était très légère ; mais le traîneau sur lequel il était placé était fait de chêne brut solide, et pesait autant que le bateau lui-même.

« Une grande quantité d'effets fut trouvée en cet endroit; un squelette même était à l'arrière du bateau, desséché et tapi sous un monceau de vêtements; un autre, plus endommagé, probablement par les animaux, gisait non loin de l'embarcation. Cinq montres de poche, une quantité considérable de cuillers et de fourchettes en argent, et plusieurs livres de religion furent recueillis en cet endroit; mais nous n'y pûmes découvrir ni journaux de bord, ni portefeuilles, ni aucun effet portant le nom de son propriétaire.

« Deux fusils à deux coups, chargés et amorcés, étaient appuyés sur les côtes du bateau, probablement à la place

même où les deux marins dont nous voyions les déplorables restes les avaient déposés onze ans auparavant. Il y avait aussi tout autour des munitions en abondance , trente à quarante livres de chocolat, du thé et du tabac.

« Beaucoup de reliques intéressantes ont été recueillies par le lieutenant Hobson, et quelques-unes paT moi-même. Le 5 juin, j'arrivai à Pointe -Victory sans avoir découvert rien de plus. Nous fouillâmes de nouveau avec le plus grand soin les habits et les carnets, dans l'espoir d'obtenir d'autres renseignements, mais cela sans aucun succès.

« Il ne m'arriva rien autre chose de remarquable jusqu'à mon retour au vaisseau, que j'atteignis le 19 juin, cinq jours après le lieutenant Hobson. Nous nous sommes assurés que les côtes de la terre du Roi- Guillaume, entre ses deux extrémités nord et sud et les caps Félix et Grozier, n'ont pas été visitées par les Esquimaux depuis l'abandon de VÉrèbe et de la Terreur, puisque les cabanes et les objets laissés n'ont pas été touchés.

« Si d'autres vestiges de ce grand naufrage sont encore visibles , il est probable qu'ils doivent se trouver auprès des petites îles, entre les caps Grozier et Herschell.

« Le 28 juin , le capitaine Young et ceux qui l'accompagnaient revinrent après avoir fait leur part de la tâche commune et s'être assurés que la Terre du Prince-de-Galles est une île séparée de la Terre Victoria par un détroit, dont ils ont tracé les lignes de côte entre les deux points extrêmes atteints en 1851 par les lieutenants Osborne et Brown. Ils ont aussi fait la géographie des côtes comprises entre le détroit de Bellot et la baie des Quatre-Rivières.

« Dans la crainte de n'avoir pas assez de provisions, le capitaine Young renvoya quatre de ses hommes; et pendant quarante jours il marcha à travers les brouillards et les

tempêtes de neige, accompagné d'un seul homme et de ses chiens, et bâtissant chaque nuit une cabane de neige; mais il ne put supporter tant de privations et de fatigues sans que ses forces et sa santé fussent profondément altérées.

« Le lieutenant Hobson, à son retour à bord, était également dans un triste état. Dès le début du voyage, il était loin de se bien porter, et à la suite de ses fatigues il eut une violente attaque de scorbut. Néanmoins il accomplit courageusement et habilement sa tâche, et de tels faits prouvent de quel espoir nous étions animés dans les recherches particulières que chacun de nous eut à faire.

« Enfin nous nous retrouvâmes tous à bord. Gomme plusieurs cas de scorbut s'étaient présentés, toutes nos précieuses provisions de jus de citron, d'ale Burton, etc., furent employées, et, grâce à ces conservatifs , il ne nous fallut qu'un court espace de temps pour nous remettre tous en parfaite santé.

« Pendant notre séjour à Port-Kennedy, nous avons été deux fois appelés à conduire un des nôtres dans la tombe. M. George Brands, ingénieur, mourut d'une attaque d'apoplexie, le 6 novembre 1858. Le niatin de ce même jour il paraissait en bonne santé , et s'était livré pendant plusieurs heures à la chasse aux rennes. Le 14 juin 1859, Thomas Blackwelle , maître d'hôtel , mourut du scorbut. Cet homme avait servi dans deux précédentes campagnes arctiques.

« L'été ayant été très chaud, la mer était parfaitement libre au nord; en conséquence, le 9 août nous étions prêts à reprendre le chemin de notre patrie ; et quoique la mort du mécanicien, en 1857, et celle de l'ingénieur, en 1858, nous eussent laissés avec deux chauffeurs seulement, néanmoins, avec leur aide, je parvins à conduire le steamer à la pointe de la Fury.

« Nous restâmes là pendant quelques jours, jusqu'à ce que, le vent ayant changé et poussé les glaces, nous pûmes continuer notre voyage, sans aucune autre interruption, jusqu'à Godliaven, où nous arrivâmes le 27 août, et où nous fûmes reçus avec la plus grande cordialité par M. Olick, inspecteur du Groenland du nord, et par les autorités locales, qui eurent l'obligeance de nous faire fournir tout ce dont nous avions besoin.

« Là nous congédiâmes nos deux Esquimaux conducteurs de chiens, et le 1" septembre nous reprîmes la mer pour revenir en Angleterre.

« Ce rapport serait incomplet si je ne parlais pas des obligations que j'ai contractées envers tous mes compagnons de voyage, officiers et marins, pour le zèle qu'ils ont déployé et l'aide efficace qu'ils m'ont constamment donnée.

« Un sentiment d'entier dévouement à la cause que lady Franklin a si noblement défendue, et une ferme détermination de faire tout ce qu'il est possible à l'homme, sont les seuls mobiles qui nous ont guidés et qui nous ont fait surmonter toutes les difficultés. Avec moins d'enthousiasme et d'obéissance dévouée au commandement, un si petit nombre d'hommes (vingt-trois en tout) n'aurait jamais suffi pour conduire à bonne fin une tâche aussi grande et aussi difficile. »

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