‹ Voyages et découvertes outre mer au XIXe siècle [microforme]Chapitre 26 sur 77 · VOYAGE DE CIRCUMNAVIGATION · texte numérisé non relu

VOYAGE DE CIRCUMNAVIGATION

DU GAPITAINE WULLERSTORE URTATR

But du voyage. — Départ de Trieste, — Reläche à Rio-de-Janeiro, — Saint-Paul. —-

Ceylan Les îles Nicobar. — Mœurs, fêtes et usages des Nicobariens. Mouillage devant l'ile de Poulo-Milou. Le canal Saint-George., — Singapore. — telâche à Batavia. Le nègre Acouasie Boachi, — Un artiste indigène. — La montagne dans les nuages. — Le Pondjak-Pangerango. — Fête donnée par le régent de la province de Tjangær. — Lesiles Philippines. — Manille. — La lagune de Bay. La Luyana Encantada. — Les Tagals. — Rentrée à Trieste,

L'exploration de la frégate la Novara avait pour but principal de fournir aux jeunes officiers de la marine autrichienne l'occasion de se familiariser avec la navigetion des différentes mers, d’arborer le pavillon impérial dans des lieux où il n'avait pas encore été vu, et de donner aux professeurs de sciences naturelles le moyen d'acquérir des connaissances plus étendues et plus variées. La direction en chef de l'expédition avait été confiée au capitaine de vaisseau Wullerstorf Urtair, marin érudit et habile. La frégate était

commandée par le capitaine baron de Pock, qui avait sous

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ses ordres un état-major d'une trentaine d'officiers, y com- |

is trois médecins et un aumônier.

‘en que nous n'ayons pas encore en France la relation

officielle, nous pouvons donner dès aujourd'hui quelques dé-

lails sur le voyage de /a Novara, en faisant, après le Tour du

monde, quelques emprunts aux publicati

ons périodiques allemandes et à

‘a correspondance d'officiers ou de savants atta-

chés à l'expédition, notamment aux lettres du docteur Scher-

ser, naturaliste, chargé des études ethnographiques, La frégate partit de Trieste I

e 30 avril 1857. Elle relâcha d’abord à Rio-de-Janeiro.

ensuite au cap de Bonne

rance ; et, après avoir jeté l'ancre devant les deux îles volca-

= Espé-

niques de Saint-Paul et d'Amsterdam, elle se dirigea sur

Ceylan, « Le bouddhisme, qui semble reculer devant l'islam dans

l'Inde et les îles de la Sonde, dit la relation, est en pleine

prospérité à Ceylan. Cette île est le centre reli

rateurs de Cakya-Mouni :

gieux des adoaussi les temples et les chapelles

s’y comptent-ils par milliers, Les prêtres cingalais jouissent

d’une assez grande autorité, à la fois religieuse et politique,

Ils s’obstinent à affecter l'ignorance du moindre mot an-

glais; c'est une manière de protester

contre les hérétiques conquérants de l’île sainte.

Ils sont d’ailleurs fort polis avec les Européens, et préoccupés uniquement, en apparence, de leurs fonctions religieuses.

€ À peine

débarqués, nous nous mimes en route pour le

grand temple de Dadalla-Panzela

dans le voisinage de Galles. C’est là que réside 1

e grand prêtre de Ceylan, entouré

d'un conseil d’hamadourous. Nous eûmes l'honneur de lui

être présentés.

C'était un vieillard de soixante-dix ans, dé-

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CAPITAINE WEULLERSTORE URTAIR 173

coré du nom redoutable de Nanalangara-Sirisoumana-Ma

hadama-Radjiourong-Ganatchari-Naïkou-Mangi. Il voulut bien nous informer, par interprète, qu'il avait longtemps vécu dans le pays de Sian., et que le souverain de ce royaume (avec lequel il correspond fréquemment) venait de lui envoyer un vaste parasol d'honneur. Il nous fit voir ce riche présent. Ensuite il daigna nous demander nos noms, notre patrie, et le but de notre voyage, toutes choses auxquelles il parut s'intéresser; il ordonna même à un jeune lévite de prendre note de tous ces détails, avec une plume d’oie, sur un papier probablement réservé aux usages profanes: car, dans le vestibule, un étudiant transcrivait religieusement quelques écritures sacrées sur une feuille de talipotier. »

Du 30 janvier 1858 au 10 du mois suivant, l'expédition séjourna à Madras, et visita les vastes temples souterrains creusés dans le roc, près d'Ellora. Le 10 février, on fit voile de la côte de Coromandel aux îles Nicobar, dans le golfe de Bengale; et, le 23 février, la frégate jeta l'ancre devant l'ile de Car-Nicobar.

« Quelques-uns d'entre nous, continue la relation, descendirent et s’'avancèrent vers l’intérieur. Bientôt nous fûmes hélés par un bataill:n d’une cinquantaine de naturels qui venaient à notre rencontre, à peu près nus, mais armés de grandes lames de coutelas sans manches, de javelots et de longs bâtons : Good friends? good friends? (êtes-vous des amis?) nous demandaient-1ls.

« Rassurés sur nos bonnes intentions, leurs chefs, qui s'intitulaient capitaines et s'ornaient de noms européens,

capitaine Nelson, capitaine Byron, capitaine Wellington,

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docteur Crisp -t autres, remirent leurs armes à des suivants, et n1s tendirent vne main huileuse et malpropre, que nous nous hâtâmes d'accepter. Chacun d’eux produisit alors quelque certificat à lui délivré par un capitaine de passage, attestant sa loyauté dans le commerce des noix de cocc. Plusieurs de ces certificats contenaient certaines prescriptions d’un code de civilité puérile et honnête, à l'usage ‘des matelots nouveaux venus.

€ La plupart de ces certificats portaient les prix courants, en noix de cocos, des principaux objets importés d'Europe Ainsi, une lame de sabre se paie trois cents noix, autant qiun sac de riz; une cuiller à soupe cent cinquante, et un lichu cent noix. Chaque gueniile a son prix. Le pain, les outils, les vareuses rouges, le poivre et divers médicaments, entre autres l'huile de ricin, le camphre et le sel de magnésie, sont des objets fort recherchés, mais non pas autant que les habits et les chapeaux de feutre. Il n’est pas d'habit en loques qui ne se vende d'enthousiasme; les feutres les plus piteux sont payés deux mille cinq cents noix, autant qu'un fusil double, qu'une barrique de rhum, ou qu'une pièce de calicot longue de vingt mètres (ils se servent de calicot pour ensevelir leus morts), Ceriainement, le spéculateur qui enverrait aux îles Nicobar une cargaison de vieux feutres réaliserait un bénéfice: considérable, On suppose qu'en voyant des capitaines murs de ce chapeau les insulaires ont imaginé qu'il était Pinsigne de leur grade, comme la couropne celle de x royauté, et que le feutre faisait le ea pituine. Le capitaine Dixon me remit le certificat suivant, dont il ne tirait pas peu de vanité : « Malgré son air crasseux.

€ le capitaine Dixon est un homme solide, » C'est un fort bel

CAPITAINE WULLERSTORE URTAIR 175 homme, absolument nu et à teint bronzé, sa chevelure fine. luisante, longue et flottante e « retenue par un diadème en écorce. Parmi ses compagnons, l’un portait une simple chemise, l’autre un froc, un autre des bottes éculées et béantes ; çà et là on voyait une paire de culottes. A eux tous ils auraient pu fournir un habillement complet. Un grand nombre de ces insulaires portaient autour des reins une k*ndelette fort mince; leur tournure n'aurait pas été, en somme, déplaisante, si lon n'eût souffert à voir leurs bouches larges ouvertes, avec des mâchoires cariées et noires. Dents et geacives ont souvent disparu, pour faire place à une masse informe et maladive, entre une paire de lèvres bouffies et enflammées. Ils ont en outre pris la disgracieuse habitude de s’étirer les oreilles, en y faisant des trous, où ils glissent leurs prises : des cigares et autres objets, ou bien des morceaux de bois garnis de pièces de cuivre ou d'argent. Je vis, par exemple, un naturel, fort satisfait d’un petit flacon dont je venais de lui faire cadeau, le passer à son oreille en guise d'ornement.

« J’invitai Dixon et ses amis à me suivre à bord, en les assurant qu'il ne leur serait fait aucun mal et que nou: étions de bons amis. « Non pas amis, s’écrie-t-il, non pas « bons amis, mais bons frères! un père, une mère, tous « frères! » Explosion de fraternité humaine qui m’abasourdit de la part de ce pauvre sauvage huileux. Il est vrai qu'il n'oublia pas de me demander ensuite si, à bord, je ne lui donnerais pas à fumer, à boire et à manger, Tout sur notre navire excilait leur admiration, et principalement nos gros canons sortis de Ja fonderie do Marienzell... Comme je ques- Honnais ces barbares, au sujet des punitions qu'ils infligeaient

à leurs malfaiteurs, un d’eux me répondit naïvement : « Nous

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€ pas méchants, nous tous bons. Mais chez vous grands mé- « chants, puisque gros canons! »

€ À part les ravages que l'abus du bétel cause dans leur bouche, les habitants de Nicobar sont bien faits et sains. Nous n'avons rencontré parmi eux que deux cas pathologiques, celui d'un bras paralysé, et celui d’un petit homme gras et court, ayant de tout petits doigts, particularité qui lui avait valu le sobriquet de Aiouta-Kounti. Comme je demandais, à ce propos, qui prenait soin du pauvre Kiouta-Kounti : « Moi! nous! « eux tous! » me répondit le capitaine Charley, avec une certaine surprise de ma question. Je pensais à nos dépôts de mendicité, à nos hôpitaux, à nos maisons de travail, aux spectres affamés de l'Irlande, de Lille et de l'Erzgebirge. Le capitaine Charley était un petit homme maigre, très-sec, vêtu simplement d’une casquette.

« Ces Nicobariens ont conservé un très-fâcheux souvenir des Danois, qui ont envoyé, en 1835, une corvette chargée, par le cabinet de Copenhague, de faire acte de possession sur leurs îles, où ils étaient déjà venus en 1756.

« Danois, mauvaises gens! s’écriaient-ils les veux flamboyants: « voulaient prendre notre île! Si nous vouloir prendre votre Qile à vous, nous être méchants! Danois, pas bons! pas « bons! » Je me rappelai les glorieuses histoires de victoires et conquêtes dont s’enorgueillissent tous les peuples civilisés de PEurope.

« Le capitaine John nous invita à visiter sa cabane, élevé sur une douzaine de pieux et couverte de feuilles de palmier; on y montait par une échelle de bambous. La hutte était à peu près vide; on voyait seulement dans un coin deux ou trois

coffres renfermant toutes les richesses du capitaine: quelques

CAPITAINE WULLERSTORE URTAIR 177 javelots fixés contre la paroi, une chaise effondrée qu’il nous offrit, et une planche retenue au plafond par une corde, sorte de balançoire, sur laquelle notre hôte s'était hissé et se dandinait gravement, avec un profu: sentiment de sa haute importance politique.

« Nous avions déjà fait acheter au gros docteur Crisp, pour la somme de quatre francs, un porc gril'$ que nous offrimes à nos nouveaux amis; mais aucune de leurs femmes ni aucun de leurs enfants n’apparurent au festin. « Elles se sont enfuies « dans la forêt, nous dirent-ils, nous ne savons où, et tant « que vous resterez, elles y demeureront cachées, au risque « de mourir de faim. » Évidemment ces braves gens, instruits par de désagréables incidents, usaient avec nous de précaution. Dans les relations des Européens avec les sauvages, ce sont rarement ces derniers qui ont les premiers torts.

« On peut assurer que les Nicobariens ont un sentiment naturel très-développé de moralité et de justice; ils sont serviables , hospitaliers, et ne paraissent ni envieux ni jaloux. Si leur idéal social est bien moins élevé que le nôtre, 1l n’est pas toutefois sans valeur, et ils semblent la cir à peu près réalisé. Leur pratique n’est pas, comme il arrive trop souvent chez nous, en raison inverse de l'ur théorie.

« La plus grande fête que célèbrent L; indigènes de Car- Nicobar dure une quinzaine de jours : elle s'ouvre à lPentrée de la saison pluvieuse, lorsque l4 mousson du sud-ouest commence à souffler.

A la fin de l'époque de séch , ils célèbrent une autre fète par une course assez orot que, Des porcs sauvages sont lancés dans une arène; les jeunc. gens du pays S'y préci-

pitent à leur suite, armés de bätons et de lances, en criant et

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faisant vacarme ; puis, sous les regards de leurs rivaux et du peuple assemblé, ils piquent et-houspillent les malheureux pores, qui se défendent assez bravement et font plus d’une blessure, mais qui, après une lutte intrépide, succombent, sont grillés et mangés.

« À leur fête des morts, les Nicobariens exhument les corps de leurs parents et de leurs amis qui ont passé une année sous terre, les portent dans une cabane, et s’accrou= pissent autour d'eux en criant. sanglotant et se lamentant. Entre les mâchoires de chaque squelette brûle un cigare dont la fumée est sans doute l'image du souffle humain. Les crânes sont ensuite enterrés dans le cimetière ou konioukoupa ; mais les ossements sont jetés dans la forêt, et de préférence dans la mer, Serait-ce qu'ils considèrent comme nous la tête comme le siére de l'intelligence et de la personnalité ? Et croient-ils devoir rendre à la terre ou à la grande mer les éléments de la vie simplement végétale où animale ? En même temps on abat quelques cocotiers, qu'on jette avec les ca-

davres, et l’on dispose à tous les

| vents &es noix de coco, qui

devront donner naissance à de nouveaux cocotiers, Les In diens, les Germains immelaient iussi sur la tombe de leurs morts des chevaux où des buffles pour leur servir de coursIers où de nourriture dan: l'autre monde, Serait-ce dans là mème intention qu'aux îles Nicobar on leur immole des

palmie

É nalurels de Car-Nicobar dansent. ru tristement :

IS chantent, c'est-à-dire se lamentent en musique, La Novara quitta Car-Nicobar ! 2S février, et aborda. le 0 mars, au port de Mancaouri. « Nous visitâmes d'abord

le village d’Itoe, dit ‘a relation : tous les habitants étaient

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CAPITAINE WELLERSTORE URTATR sl

en fuite: ils n'avaient laissé derrière eux que quelques chiens hurlants. Devant les huttes, nous vimes beaucoup de pieux dressés au-dessus de l’eau, où étaient attachés quelques branchages pour éloigner les mauvais esprits. À Pintérieur, nous remarquâmes aux toits, aux parois, une multitude de figurines de bois grossièrement, bizarrement et diversement taillé, représentant des Ewis, cest-à-dire de méchants esprits, pendus par la patte, ainsi que jadis on dressait aux portes de nos villes des gibets et des potences pour décourager les malfaiteurs. Cependant, afin de prendre aussi ces Iwis par de bons procédés, on attache à leur intention, aux différents endroits de la hutte, et surtout à l’échelle de bambou, des comestibles et quelques douceurs, par exemple du tabac et des feuilles de hétel. Le cimetière d’Itoe, de même que celui de C urta, où nous nous rendimes ensuite, est planté de pie uxquels on suspend les haches, limes, couteaux et divers instruments du défunt. Au sommet des pieux on cloue quelques figures bien grossières, peinturlurées en noir ou en rouge, dont le ventre est garni de nombreux rubans blancs, rouges, bleus, de toutes les couleurs,

ou plus simplement de longues feuilles de palmier flottant

au souffle de l'air, toujours pour effrayer les mauvais esprits.

« Malgré la proximité de leurs îles, habitants de Car- Nicobar, d'Enuang et de Malacca ne parlent pas la même langue ; ils donnent aux objets les plus usu s noms COMplétement différents. Peut-être faut-il attrib à la difformité de leur bouche Fimpertection de leur langage, qui est

plutôt bégayeé que prononcé.

Le 17 mars. la Novara jeta l'ancre devant la petite île de

Poulo-Milou. « Avec la plus grande difficulté, éerit Vhis-

IR2 VOYAGES ET DÉCOUVERTES toriographe de l'expédition, et en prodiguant beaucoup de tabac, de verroterie et de mauvais couteaux, je déterminai

| trois naturels à me vendre un squelette, Tout tremblants .

ils me conduisirent sous des palmiers et des baringtoniers

où était enfoui le cadavre d'un jeune homme: mais dès

qu'ils me virent fouiller la terre avec un couteau, ils s’en fuirent pâles et consternés. Le

crâne, pensaient-ils, allait

se venger de leur trahisou. »

L'expédition traversa le 17 mars, le canal Saint (reorges,

longeant l'ile Mousial, et. Je lendemain, elle toucha à la

charmante petite île de Cordoue, où elle admira des forêt:

imposantes et une végétation splendide.

« Nous trouvâmes, dit le

narrateur, des naturels qui se

prétèrent complaisamment à se laisser peser et toiser, opé-

ration qui, ne durant pas moins de vingt minutes, et ne com-

portant pas moins de soixante-huit mesures par individu,

est assez fatigante pour le patient et pour l'opérateur.

« Je prétextai une doulem rhumatismale au bras gauche,

et j'engageai un docteur indigène à entreprendre ma gué-

rison. Aussitôt il se saisit de mon bras prétendu malade, le

pinça, le pressa, le comprima, le massa de toutes facons. et

souffla dessus, en criant et sautant. pour forcer le mauvais

esprit qui hantait mon bras à en sortir: enfin il fit un

geste expressif pour le forcer à couler peu à peu jusqu'à l'extrémité des doigts; mais, fort peu assuré Tni-même d

: la vertu de son procédé, il s'enfuit à toutes jambes dès que

je lui eus jeté une pièce de Cinq sous,

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Arrivés à Singa . la moderne Alexandrie. le uitaine ri]

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adm

CAPITAINE WULLERSTORF URTAIR 1N5

et ses compagnons visitèrent la colonie pénitentiaire, où se trouvaient plus de deux mille forçats, hommes et femmes, déportés de tous les points de l'Inde anglaise, On les occupe à des travaux de bâtiment, ou à la fabrication de câbles et de tissages divers. Ce sont eux qui ont construit tous les édifices publics de Singapore, églises, casernes, hôpitaux, bourse, dépôt de mendicité. Les prisonniers qui, pendant une captivité de seize années, se sont conduits de manière à contenter les geôliers et les chapelains, reçoivent un billet de congé. qui leur permet de séjourner dans l'île et de vaquer à leurs affaires, sous la seule condition de se présenter une fois par mois à la geûle.

« Pour mon édification d’ethnologue, dit M. Scherger, on eut l'obligeance de faire défiler devant moi, rangés par nationalité, une foule de ces malheureux; et ce fut avec le plus vif intérêt que je passai en revue tous ces corps musculeux et ces figures énergiques de Chinois, Malabariens, Hindous. lascars et métis, Dans l'intérieur de la prison, ils sont réparti par catégories de crimes; on traverse ainsi la division de: voleurs, les salles des meurtriers, les dortoirs des pirates, etc. ; distribution fort curieuse pour un phrénologue, M. le gouverneur et M. le geolier sont des fonctionnaires européens nom nés directement par le gouvernement; mais la presque totalité des agents subalternes sont des forçats promus aux grades d'argousins et de surveillants. Dans cette visite, nécessairement superficielle, le bagne de Singapore m'apparut comme une cité dont les conditions bygiéniques sont excellentes, où vit une population active, énergique et industrieuse, soumise à des habitudes d'ordre et de régularité, administrée par un

couvernement très-fort el très-respecté..

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Une année après que la Novura avait quitté Trieste, le 5 mai, elle entrait dans le port de Batavia. Voici la description que fait M. le capitaine W. Urtair de cette capitale de l'ile de Java :

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« Avec ses quatre-vingt-six mille cinq cents habitants

(huit mille trois cent soixante-dix Européens, huit cents

Hindous et Arabes, dix-huit mille quatre cents Chinois, et

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