‹ Voyages et découvertes outre mer au XIXe siècle [microforme]Chapitre 27 sur 77 · TS · texte numérisé non relu

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le reste Javanais), Batavia recouvre une superficie égale à

celle de Paris, ses maisons étant fort éloignées les unes

des autres, et entourées de vastes jardins, de champs, de prairies et de parcs. L'ancienne ville, bâtie sur un terrain marécageux et malsain. qui lui avait valu le nom de Grand- Cimetière, n’est plus habitée par les Européens. Ses beaux bâtiments, ses vastes hôtels sont transformés en bureaux, en magasins et en comptoirs, qu'on se hâte d'abandonner avant

la fin du jour, pour se rendre à Weloreden, devenue, depuis

dix ans, une charmante ville.

& M. Pahud, le gouverneur de l’île, avait chargé un de ses aides de camp de nous accompagner dans les différentes régences ; le docteur Bleeker, un des naturalistes les plus distüingués de Java, s’offrit pour être notre guide, On dressa un itinéraire pour nous montrer, en peu de temps, le plus de choses possible ; on expédia des messagers pour annoncer notre arrivée, et préparer nos repas et nos logements.

« Le 13 mai, trois calèches transportaient notre société

de la capitale à Buitenzarg (Sans-Souci}), la résidence du gouverneur général. En trois heures et demie nous avions parcouru plus de soixante-sept kilomètres, soit vingt kilomètres à heure; à chaque demi-heure on prenait des che-

vaux frais, qui ne cessaient de galoper. Jamais chevaux ne

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m'ont mené si vite, même en Hongrie. Le travail humain, c'est-à-dire le travail d'esclaves, coûte si peu à Java, qu'au lieu de munir les voitures de sabots on emploie aux descentes une douzaine de pauvres diables qui s’accrochent aux roues, ou les retiennent par des cordes.

« Buitenzarg possède un des plus beaux jardins botaniques du monde; sa disposition devrait servir de modèle à nos jardins des plantes. Chaque famille étant cultivée avec toutes ses espèces dans un carré spécial, on peut apprécier d’un regard tous les caractères du groupe. Le jardin est surtout riche en palmiers; mais il n’est guère de plante importante de l'Inde ou de l'Australie qui manque à la collection. Le directeur de l'établissement s'est fait une trèsbelle fortune, grâce à la culture de la vanille, dont la livre se vend encore quarante florins hollandais, soit cent soixantetreize francs le kilogramme.

« À Sans-Souci, je fus mis en relation avec un jeune nègre, Acouasie Boachi, fils d’un prince de Conmasi, capitale des Achantis, sur la côte d'Or. Un Hollandais, voulant prouver à ses compatriotes que les nègres sont capables d’un développe: ment égal à celui de la race blanche, détermina les parents d'Acouasie, qui n’avait alors que neuf ans, à lui confier cet enfant et son frère pour leur donner une éducation européenne. L'expérience a réussi parfaitement. Acouasie a appris avec succès le hollandais, l'anglais, le français et l'allemand; La étudié la minéralogie à Freyberg, en Saxe, sous la direction du célèbre Bernh. Cotta. Il s’est converti au christianisme. Son frère voulut retourner à la côte d'Or, où il espérait introduire quelque civilisation : il Y fut assassiné comme coupable

de tendances révolutionnaires; les livres qu'il avait apportés

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d'Europe passèrent pour des grimoires, et il acheva de soulever contre lui les Passions rétrogrades en essayant de faire adopter par ses Compatriotes une machine à tisser.

« Le gouvernement hollandais à nommé Acouasi. ingénieur des mines à Java,

€ On nous présenta aussi un artiste indigène, Raden-Saleh. dont l'aptitude Pour la peinture avait été remarquée de bonne heure, Le souvernement l’envoya étudier en Europe, où il est resté vingt-trois ans. Depuis son retour à Batavia, il reçoit une pension annuelle d’une douzaine de mille francs, avec la seule obligation de peindre de temps à autre quelque tableau pour le roi des Pays-Bas. C'est un peintre de Paysage ; il a beaucoup de mérite, mais peut-être n’a t-il Pas Surmonté toutes les difficultés matérielles de SON art; aussi regrette t-il beaucoup les séjours de Dresde et de Paris,

€ Nous visitimes Pandok - Jedet.. Godok, Typanat, Megarandoeng (ou la Montagne dans les nuages), élevée de mille cinq cents mètres au-dessus de la mer. Sur notre route, les autorités nous faisaient la conduite de village en village : derrière notre voiture galopaient dix à vingt cavaliers, re-

vêtus de leurs plus beaux uniforres. et de shakos en papier.

Plus de quarante esclaves ou domestiques nous précédaient d'une étape, Les natifs et même les fonctionnaires indigènes nous regardaient passer en sé prosternant et en s’'agenouillant, A Tijan -Javar, certain Chef suivait à cheval notre voilure par une pluie battante: il portait un uniforme tout doré, et Je nom pompeux de Roahen- Rangga-Patma-Nagara.

€ Dans l'espérance d'en tirer d'énormes profits, le gouvernement à fait planter à Typoda un grand nombre d'arbres à

quinquina qui ont prospéré, Plusieurs de ces arbres ont déjà

Le.

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donné des graines parfaitement mûres; mais on ne peut être encore assuré que les éléments chimiques de lécorce auront toute la vertu de ceux de l'arbre du Pérou. C’est une question d’une extrême importance pour l’île et pour toutes ces contrées tropicales si malsaines.

« Après Typoda, nous passâmes devant plusieurs pasangraham’s, ou lieux destinés aux voyageurs surpris par l'orage. Un étroit sentier, ertre de "ninces garde-fous, eus conduisit au-dessus d’un ravin à pic, enveloppé de vapeurs brûlantes (1050); elles s'élèvent d’une source d’eau bouillante qui s’élance d’une profondeur de quelques centaines de pieds.

« A trois heures de l'après-midi, nous atteignimes le som met du Pandjak-Pangerango. Le thermomètre marquait huit degrés et demi seulement. Depu:3 longtemps nous avions laissé derrière nous la grande végétation, les massifs d'arbres avec leurs rameaux monstrueux, les dômes épais de feuillage, les fourrés obscurs, enchevêtrés d'énormes fougères, de plantes grasses, d'herbes arborescentes, de troncs et de branchages en décomposition, les lianes gigantesques entortillées autour des branches comme des serpents, ou suspendues dans les airs comme des hamacs de feuillage pleins de nids. Peu à peu les taillis, avec leurs branches couvertes de longues mousses pendantes d’un verdâtre argenté, s'étaient à leur tour éclaircis pour faire place à des bouquets isolés de basse futaie, puis à quelques arbrisseaux rabougris, dont les troncs et les branches rampaient çà et là sur le sol où se contordaient dans les anfractuosités du rocher, pour mieux s’abriter du vent et du froid, et trouver encore quelque reste de chaleur terrestre. Après ces chétifs arbrisseaux, nous vimes pen-

dant longtemps une herbe courte et rude sur les pentes mé-

re emmener

SE

190 VOYAGES ET DÉCOUY ERTES

ridionales, puis rien, rien sinon le roc stérile et nu, couvert d’un brouillard humide, Nous étions nous-mêmes dans un nuage froid, qui bientôc s’épaissit au point de nous empécher de distinguer un homme à cent pas. Nous approchions du sommet.

« Nous fûmes heureux de pouvoir nous abriter, sur le vaste plateau, dans deux cabanes en bois, où nous attendaient un poêle allumé et iont ce qui nous était nécessaire,

« Le lendemain, à cinq heures du matin, nous étions tous sur pied, interrogeant avec anxiété le ciel. A sept heures, les nuages s’éclaircirent en partie, et nous aperçûmes en face de nous le cratère Gedeh, long de près de deux kilomètres, avec ses parois escarpées de six cents à sept cents

pieds de haut, et si rapproché eh apparence, qu’une pierre

lancée du Pangerango nous semblait devoir tomber dans l’abime igné. Le temps persista, par malheur, à nous être défavorable, et nous ne pümes que deviner la splendide nature qui se dérobait à nous sous ses voiles de brouillards.

« Je m'isolai de l'expédition, et je me dirigeai avec un com- Pagnon vers Bandong, où j'arrivai à minuit. J'y fus conduit dans la maison du régent Radhen-Delhipati-Wira-Naton-Kensemna, qui nous reçut splendidement, avec le confortable

européen le plus recherché ; on eût hésité à se croire les hôtes

d'un seigneur javanais, sans les costumes orientaux, et la multitude d'esclaves qui rampaient à plat ventre en nous of. frant des pipes ou du bétel,

« Le lendemain, le géologue Junghuhn, inspecteur des plantations de quinquina, aux appointements de treize mille

cinq cents florins (quarante-huit mille francs pur an), eut la

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complaisance de nous faire visiter le grand entrepôt, où les planteurs de la régence doivent livrer tous leurs cafés, ainsi que la plupart de leurs autres produits, au gouvernement, qui :es revend au prix qu’il lui plaît de fixer.

. « De Sembang à Tjangoer, où nous rejoignimes l’expédition, nous parcourûmes cent vingt-huit kilomètres en six heures, toujours au galop, moatées et descentes. De ce train, il nous fui aisé d'arriver le soir à la fête du premier de Fan que donnait le régent de la province. Un concours immense de population remplissait les abords et les cours du palais. Les plus proches parents de ce dignitaire avaient été installés dans la veranda, ou galerie couverte devant la maison. A voir les démonstrations d’humilité servile qu'ils prodiguaient à Son Excellence, jamais nous n’aurions deviné qu'ils fussent de sa famille. Dans les salons n’entraient que les Européens spécialement invités; la seule Javanaise présente était madame la régente, courte, grosse et noirâtre. Autour de nous grouillaient des masses noires : c’étaient des esclaves qui offraient à la société des tabatières, du bétel et es rafraichissements, en se trainant sur le ventre et en rampant sur les genoux; tous ces avilissements de la naiure humaine nous impressionnèrent d’une façon désagréable, On conversait comme on pouvait, l'oreille assourdie par le vacarme incessant du gamelong ou orchestre de cloches. Des bayadères, d’une laideur repoussante, exécutaient des danses sentimentales, religieuses, et ennuyeuses au superlatif. Tentes, roides et maigres, elles sautillaient comme des fourches, en s'accompagnant de gestes télégraphiques. Le gouverneur voulut bien nous expliquer que cette danse devait représenter la tou-

chante histoire des quatre sœurs qui. égarées dans une forêt,

192 VOYAGES ET DECut VERTES

imploraient de la Divinité le retour de leur mère. Toujours l’étourdissant gamelong. Danse guerrière par huit chenapans brandissant leurs armes. Encore l’effroyable gamelong.

€ Dans la cour même musique. Des masques hideux, à pied et à cheval, circulent dans la foule. Un prêtre musulman se met à pousser des hurlements lamentables sur des cendres brûlantes, près d’une masse de charbons ardents : quelques malheureux y sautent à pieds joints et y dansent en rond, Enfin le prêtre se lance dans le brasier, et tous de danser et gesticuler furieusement, Cette représentation avait probablement quelque signification religieuse d’expiation… Nous voyons ensuite des jongleries à faire dresser les cheveux sur la tête. De jeunes hommes, portant des toupies armées de pointes de {er fort aiguës, feignent de se transpercer le ventre, le sein, le front, les joues, les yeux. Ils tournent en cercle, le corps penché en avant, et poussent des cris effrayants, avec des mouvements toujours plus sauvages et convulsifs, et l’on respire enfin en les Yoyant tomber dans un coin, épuisés et sanglants. Et l’infernal gamelong recommence,

€ On ïance une infinité de fusées et de raquettes; on en-

flamme des roues tournantes : mais le bouquet de la fête

est un affreux serpent de feu de plus de vingt pieds de long, que des mains invisibles font glisser et tourbillonner çà et là, en imitant, avec une précision effrayante, les mouvements, les sifflements et les ondulations de la bête

« Enfin le gamelong cesse son vacarme. »

De Java la Novara se dirigea vers les îles Philippines, archipel de la Malaisie, qui se compose de plus de cent iles. Luçon est la plus grande de ces îles, et Manille en est

la ville principale,

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CAPITAINE WUELERSTORF URTAIR 193

« La plupart des maisons de Manille, dit notre auteur, n’ont qu’un rez-de-chaussée; les tremblements de terre trop fréquents rendent les étages supérieurs dangereux. C’est aussi par prudence que, dans les habitations riches, les vitres sont remplacées per les coquilies usées et palies @e la pilocunaplacenta, qui d’ailieurs tamisent plus doucement la violente lumière des tropiques, et la transforment en un clair-obscur rafraichissant.

« Le plus curieux établistement de Manille est sans contredit la fabrication de cigares; on v occupe de six à huit mille ouvriers et cuvrières; les femmes confectionnent les cigares, les hommes les cigarettes. C’est merveille de voir l’activité de ces femmes rassemblées jusqu’au nombre de huit cents ou mille par salle, Assises devani une petite table, les unes frappent à coups redoublés. avec une pierre ovale, sur les feuilles de tabac pour les assouplir, D’autres roulent ces feuilles, et les yeux peuvent à peine suivre l'agilité de leurs mains ; chacune d’elles peut fabriquer, dit-on, jusqu’à trois à quatre mille cigares par jour. Le bruit du travail et des voix est étourdissant, et des miasmes infects s’exhalent de ces ateliers fiévreux, où la chaleur est intolérable.

« À notre passage à Manille, il faisait une chaleur de 29 à 31 degrés centigrades nuit et jour; des pluies tropicales nous inondaient chaque soir ; l2s chemins étaient à peu près impraticables. Il fallut donc renoncer aux excursions pédestres. Nous louâmes une lorcha, espèce de bateau chaland, large et lourd, dans le genre de nos bacs, et nous entreprimes une expédition sur le Passing, qui est la grande artère de Luçon, jusqu’au lac intérieur dit Laguna de Bay. La naviga-

lion sur ce canal, à travers une magnifique végétation tro-

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he mené tués à

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picale de palmiers, bananiers, cannes et bambous gigantesques, est admirable, Le village du Puto, ou du Canard, s'étend le long du Passing, sur une longueur de huit kilomètres, et n’est habité que par des éleveurs de canards et d'oies, Devant chacune de leurs cabanes, on voit une aire fort propre, balayée tous les malins, où les canards viennent, après leurs ébats aquatiques, se chauffer au soleil et recevoir leur pitance journalière, qui consiste en moules pêchées à leur intention dans la lagune voisine. On élève ainsi dans ce Patero plusieurs millions de canards par an. On nous assura que le mets lavori des Tagals est un plat de poussins où canetons à peine éclos,

€ Nous avons admiré la lagune de Bay, vaste bassin d’environ cinquante kilomètres de diamètre, fort renommé dans tout l'archipel pour la qualité et la quantité des poissons qu’il nourrit. Ses rivages fertiles sont couverts de nombreux villages qui pi:-vereraient s'ils pouvaient seulement communiquer avec la capitale, à l'aide d’un bateau à vapeur. On parle depuis longtemps de cette grande innovation. Il est même aussi question d'ouvrir un Canal du lac à l'Océan, ce qui épargnerait au commerce une longue, pénible et coûteuse circumnavigation. L'entreprise serait lrès-praticable ; des capitalistes et des entrepreneurs se sont présentés ; il paraît aussi qu'à la fin le gouvernement s’est ému : C’est Pourquoi il a nommé des commissaires qui, depuis quatorze ans et plus, écrivent de longs et éloquents rapports pour démontrer que le projet est excellent et digne en tout de l'approbation souve raine. Tout le monde en est persuadé,

€ Comme nous n'avancions sur le Passing qu'en nous pous-

sant péniblement avec des gulles, force nous fut de passer la

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CAPITAINE WULLERSTORF URTAIR EDR

nuit sur notre bateau, assez désagréablement, du reste, Le lendemain seulement, nous atteignimes le village de Los Banos, dont les sources thermales ont une température de 850, De nombreux bains de vapeur sont situés au pied de la montagne boisée de Maquilino.

« À quelques kilomètres de Los Banos, nous atteignimes la Laguna Encantada. Ce lac enchanté est une petite saline séparée de la grande lagune de Bay par une crête montagneuse fort étroite. N'y arrive pas qui veut. Les abords en sont défendus par des rochers escarpés, par un fouillis inextricabie de troncs, de racines, de lianes, de fougères, de buissons, de cannes, d’arbustes épineux, et de plus par un sol mouvant et perfide. C’est un bassin circulaire qu’aura formé sans doute l’affaissement d’un cratère, car il est entouré de murailles de laves. Comme beaucoup d’autres enchantements, il est fort dangereux.

« Ses belles eaux servent de refuge à d’affreux alligators très-féroce4, si bien qu'on n'ose y naviguer que sur des troncs extrêmement lourds attachés les uns aux autres. Des embarcations plus légères seraient infailliblement culbutées. Apparemment, le jour de notre visite à cet éden des Philippines, le temps était trop mauvais, même pour les crocodiles, car ncus n’aperçûmes aucun de ces monstres, et si le dessinateur en a figuré un, c’est qu’il n’a pas pu résister à son imagination. A la vérité, nous n’avions pas à bord un seul chien pour les éveiller par ses aboiïements ; on se passe souvent le caprice barbare de jeter quelques-unes de ces pauvres bêtes domestiques à l’eau, afin de jouir du spectacle de l’avidité furieuse des alligators. Nous vimes avec surprise des chiens

volants (pleropus, roussette) se jouer au-dessus du lac en je-

tant des cris drôlatiques, ét s’abattre par milliers sur les arbres, en se suspendant par énormes grappes aux rameaux... »

À Manille, le préjugé de race est presque entièrement banni. Le chef de l'administration actuelle de Manille est un métis, et des Tagals pur sang siégent dans le conseil du gouvernement, au même titre que les plus nobles hidalgr 3... Que nous Voilà loin des Pizarre et des Fernand Cortez! Oui, certes, et presque aussi loin que de New-York, de Washington ou de Batavia! On a déjà constaté d’ailleurs que c’est surtout dans les contrées espagnoles que la réconciliation et la fusion des races s'opèrent avec le plus de facilité et de rapidité.

Les Tagals que j'ai vus à Manille étaient petits et faibles de Corps; mais on dit qu'ils sont d’une constitution plus vigoureuse dans les autres parties de l'archipel. Leur ligure n’est nullement désagréable: leur couleur est un peu plus claire que celle des autres Malais, et leurs cheveux sont noirs sans être laineux. Les combinaisons de la race tagale avec les nègres et les Chinois sont des plus intéressantes. II est vive-

ment à regretter qu'il n°y ait pas eu de photographe à bord de

la Nova:a; nous aurions enrichi les collections de l'Europe d'une centaine de ces types mal connus. L'ethnographie, base de l'histoire et point culminant de toute l’histoire naturelle. à été, parmi les sciences, une des dernières à naître, et même quelques hommes habiles prétendent qu’elle n’est pas encore fondée sur des faits assez positifs; raison de plus pour accueillir un très-crand nombre d'éléments d’études,

€ Les Tagals qui habitent Manille parlent l'espagnol, langue lort peu répandue dans l'intémeur du pays, où lon ne connait

que le tagala et le bisaya. Dans les montagnes de Lucon, lon

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rencontre des tribus entièrement sauvages, entre autres celle des Igolotes. Elles ont un idiome tout particulier, dont M, W. Wood, négociant anglais, a bien voulu me donner un petit vocabulaire, rédigé par un curé de leur voisinage. De plus, j'ai eu la bonne chance de rencontrer un vocabulaire des mots les plus usités parmi une certaine peuplade nègre, celle des Actas ou Negritos, qui habitent quelques-unes des îles avoisinant Luçon. »

La Novara rentra à Trieste au mois d'août 1859, après avoir touché aux côtes de la Chine, à la Nouvelle-Zélande, à Otti, à Valparaiso, à Lima, aux îles Falkland, à Montevideo, à Buenos-Ayres et à Rio.

L'expédition entière avait duré deux ans trois mois et vingthuit jours. Deux cent quatre-vingt-dix-huit jours avaient été employés en relâche et en explorations à terre, et cinq cent cinquante et un passés sous voiles. La frégate avait mouillé dans vingt-cinq ports différents, et parcouru ans son voyage de circumnavigation cinquante et un mille six cent quatrevingt-six milles marins, ou quatre-vingt-quinze mille sept

cent vingt-deux kilomètres.

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