‹ Voyages et découvertes outre mer au XIXe siècle [microforme]Chapitre 3 sur 77 · VOYAGE DU CAPITAINE DE FREYCINET DANS L'0C · texte numérisé non relu

VOYAGE DU CAPITAINE DE FREYCINET DANS L'0C

But du voyage, Personnel de l'Uranie, — 1 ne dame à bord. — De Toulon à Rio-de-Janeiro, Le Brésil; ses limites; son étendue ; sa population. Les l ohémiens ou Ciganos. — Aspi ct et monuments de Rio- Il -Janeiro. — Les Ind en du Brésil : Tupinambas, Boticoudos, Mundrucus où Paikicès, — Une vengeanc de femme. — Richesse du Brésil, De Rio-de-Janeiro à l'ile de France üéologie, configuration et aspect de celte île, — Ses industries et son commerce. — Sa population; le patois créole. — Une fable de la Fontaine Une relâche à Coupang (île de Timor }). Le rajah de Denka et ses fils. Une “isite à l’île Ombai. — Un tireur adroit, Séance d'escamotage, — Combat singulier, — Les Ombaïens, — Retour à bord. — Le Capitaine Guébé, — Des sauvages honnètes, — Hawaï (îles Sandwich), — Le capitaine de Freycinet, médiateur entre un roi sauvage et ses grands vassaux. — Une messe à bord. Naufrage de l'Urante sauvetage, — Retour en Fra

La mission confiée par le gouvernement du roi Louis XVITI au capitaine Louis de Freycinet était presque exclusivement cientifique. Il s’igissait surtout de relevés astronomiques , d'observations magnétiques et météorologiques. Les découvertes el les reconnaissances géographiques h occupaient qu'un rang tiès-secondaire dans les instructions données à

ce savant officier, qui, comme on la vu dans la notice pré-

cédente, avait pris une part très-active à ‘expédition de Baudin et avait été chargé par celui-ci de rédiger toute la partie technique et scientifique du rapport. La corvette l’Uranie, qu'il devait commander cette fois, était un joli navire armé de vingt canons et approvisionné de tout ce qui pou- Vait contribuer au bien-être de l'équipage. On v embarqua en outre les meilleurs instruments propres aux observations qui devaient être faites, et un Magnifique choix de cartes et de livres.

Le personnel da bord se composait de vingt-cinq officiers, Y Compris le médecin et le chirurgien en chef. et les autres officiers de santé, et de quatre-vingts matelots. maitres d'équipage, ouvriers et di mestiques. Une commission scientifique composée de MM. QuoY, Gaimard, Bérard et Jacques Arago, avait été adjointe à M. de Freycinet pour l'aider dans ses travaux. [IT faut ajouter enfin à cet état du personnel de l'Uranie une jeune femme, Me de Freyeinet, qui avait voulu partager les dangers de son mari. el que celui-ci présenta dès les premiers jours de la navisation à l'état-major réuni. La corvette mit à la oile à Toulon, le 17 septembre IS17. franchit le détroit de Gibraltar le 1% octobre suivant , et arriva le 22 à Sainte-Croix-de-Ténérifre. d'où elle ne larda pas à s'éloigner pour se soustraire à la rigoureuse quarantaine dont elle était menacée \ cause des maladies épidémiques Qui régnaient alors dans ces parages, Le 90 novembre, elle franchit l'équateur, par 91 decrés de latitude occidentale du méridien de Paris. et poursuivit sa route vers le Brésil. Le 6 dé embre., elle « htrart n rade de Rio de- Janeiro,

NM. de Freveinot à donné sur le vaste empire dont Rio-de-

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Janeiro est ia capitale des détails pleins d'interêt, sur lesquels nos lecteurs ne refuseront sans doute pas de s'arrêter avec nous quelques instants.

Le Brésil s'étend de 40 233 de lat. N. à 330 54 de lat. S., et de 370 45 à 730 4 long. O. Il est borné au nord par la république de Colombie, 4 Guyane et lOcéan: à l’ouest. par la république Argentine, et par celles äu Paraguav, de olivie, du Pérou et de Colombie: à l'est et au sud, par Océan, le Paraguay et la république orientale (Montevideo). Sa superficie est de quatre cent quatre-vinet-trois mille lieues carrées, et sa population, à l’époque du voyage de Freycinet, était de cinq millions trois cent dix mille habitants : blancs, esclaves noirs ou mulâtres, nègres et sangmêlé libres, et Indiens.

« Chose eirange! dit notre voyageur dans sa relation, la race indigène, jadis si multipliée, forme aujourd’hui la plus petite partie, la partie la plus misérable es habitants de ces contrées. Des Portugais, des descendants de Portugais, plusieurs familles suisses. beaucoup d'esclaves africains du Congo, de Benguela, de Cabinde et d'Angola, quelques métis provenant du croisement des Européens, soit avec les naturels du pays ( Mamelucos) . soit avec les nègre ( Muletos\ : tels son. les éléments divers dont la population de Rio-de Janeiro se compo: a nous ne saurions ranger dans une catégorie distincte 1e petit nombre de marchands ou d’ouvriers d'autres nations. qui, abandonnant le solde Ja patrie, sont venus sur ce point porter leur industrie et leu fortune, »

Ces mêmes éléments composent la population des autres

villes de l'empire: mais il faut x en ajouter un autre qui

ne se trouve qu'à Rio-de-Janeiro. et que le voyageur n'est pas médiocrement étonné de rencontrer au Brésil. Nous voulons parler de cette race mystérieuse, à l'aspect bizarre, aux mœurs errantes, type unique au monde d’une résistance invincible à l'influence des civilisations au milieu desquelles elle vit et voyage, et auxquelles elle semble avoir voué une haine éternelle : de ces hommes au teint bronzé, au langage incompréhensible, et dont l'unique loi est de n'en reconnaître aucune; de ceux enfin qu'on nomme en France Bohémiens. en \ngleterre Égyptiens ((rypsies), en Italie Zingari, en Espagne Gitanos, en Portugal Ciganos. « Dignes descendants des parias de l'Inde, d’où il ne paraît pas douteux qu'ils tirent leur origine, les Ciganos de Rio-de-Janeiro affectent, comme eux, l'habitude de tous les vices, une propension à tous les crimes. La plupart, possesseurs de grandes richesses, étalent un luxe considérable en habillements et en chevaux, particulièrement à l'époque de leurs noces, qui sont très-somptueuses ; ils se plaisent ordinairement au milieu de la débauche crapuleuse et de la fainéantise. Fourbes et menteurs, ils volent dans le commerce lant qu'ils peuvent; ils sont avssi de subtils contrebandiers, Ici, comme partout où l'on rencontre cette abominable race d'hommes, leurs alliances n’ont jamais lieu qu'entre eux. Ils ont un accent et même un jargon particuliers. Par une bizarrerie tout à fait inconcevable. le gouvernement tolère cette peste publique. Deux rues particulières leur sont affectées

dans le voisinage «à Cimpo-Santa-Anna: elles portent le

hom de Rua et de T'rdi rs ‘dos Ciqanos L'empire du Brésil est divisé en dix-bui! provinces, dont

plusieurs sont subdivisée ON CObMHAPOAS. Rio de- Janeiro. oO!

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plutôt San-Sebastiao de Rio-de-Janeiro, comme l'appellent les Brésiliens, est le chef-lieu de la province du même nom. et la capitale de tout l'empire. C’est une grande ville bâtie au lond d'une baie très-vaste; le port est un des plus beaux ports

de PAmérique ; l'entrée en est étroite et fermée, d’un côté, pa

loupe de montagnes qu’on nomme /e Géant couché, parce que leurs contours offrent la silhouette frappante d’un homme

étendu sur le dos; de l’autre, par un énorme rocher de granit sur lequel s'élève le fort de Santa-Cruz. Dans la baie se trouvent plusieurs îlots, sur deux desquels sont bâtis les forts de Villegagnon et das Cobras. Rio-de-Janeiro est divisé en deux parties distinctes : la vieille ville et la nouvelle ville. La première est un affreux assemblage de’ rues étroites, infectes et tortueuses, bordées de misérables cabanes. La seconde serait admirée même en Europe. Ses rues sont tirées au cordeau, larges, bien pavées et garnies de trottoirs. Les maisons, bâ tes en pierres, en briques ou en granit, sont élégantes et commodes. Plusieurs rues sont remarquablement belles : on peut citer entre autres la rue do Ouvidor, où sont les plus riches magasins, et notamment ceux des marchandes de modes françaises, établies en grand nombre à Rio-de-Janeiro. On compte aussi plusieurs belles places, notamment celle du Chäteau, sur laquelle se trouve le palais de l’empereur, et le Campo-Santa-Anna, immense parallélogramme affecté aux revues et aux solennités publiques. Le palais de Rio-de-Janeiro et les autres châteaux impériaux, sit.és hors de la ville, n’ont rien de remarquable sous le rapport de l'architecture, On en peut dire autant des églises, dont l'exlérieur manque en général d'élégance et de grandeur, mais

qu sont décorées à l’intérieur avec beaucoup de luxe, La

ville est alimentée d’eau par un magnifique aqueduc bâti, en 1740, sur le modèle de celui de Lisbonne.

Les vastes forêts qui couvrent la plus grande partie du territoire du Brésil sont habitées par plusieurs tribus d'Indiens, la plupart féroces, indomptables et même anthropo- Phages. Les Guaranis de la province de San - Pedro forment . avec ceux du Paraguay, tout ce qui reste du vaste empire des jésuites dans l'Amérique méridionale, Les Brésiliens proprement dits, répandus sous différents noms dans toute la &.‘trée, ne comptaient à l’époque du voyage de M. de Frevciet qu'un petit nombre de tribus.

Les T'upinambas ou Toupinambous, dont le nom, dérivé de toupan (tonnerre), indique la force et le caractère farouche, étaient encore une des tribus les plus puissantes, Is sont anthropophages et cherchent, dans toutes les rencontres, à faire le pius grand nombre possible de prisonniers, qu’ils ramèrent dans leurs villages comme des trophées vivants de leur victoire, Ils ne les mettent pas à mort surle-champ; au contraire, par un incroyable raifinement de cruauté, ils les nourrisent bien, leur permettent même de se marier, et ce n’est qu'après des mois. quelquefois des années, qu’ils les égorgent pour les dévorer.

Les Bouticoudos, peuplade nombreuse, non moins féroce que les Tupinambas, se distinguent par leur étonnante adresse à tirer l'arc. Jacques Arago, dans sa relation du voyage de l'Uranie, cite un trait qui peint bien la barbarie impitoyable de ces sauvages. « M. Landsdorf, chargé d’affaires de Russie, dit-il, désirant joindre aux richesses de son cabinet un crâne de Bouticoudo, fit savoir au chef d’une tribu que, s’il lui en

envoyait un, il recevrait en échange un grand nombre de

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curiosités et quelques armes en fer. Au lieu de lui faire parvenir un simple crâne, le chef auquel il s'était adressé lui envoya un jeune Bouticoudo, afin d’en faire ce qu'il jugerait convenable, L'enfant croyait aller à la mort, et M. Landsdor! eut beaucoup de peine, pendant les Premiers jours, à lui persuader que les vivres qu'il lui présentait, et les caresses avec lesquelles ‘1 cherchait à le rassurer, n'étaient point les préludes de son supplice, » Les Bouticoudos ont l'habitude de se percer la lèvre inférieure pour Y passer un morceau de bois assez volumineux. Ce prétendu ornement ne fait, on le pense bien, que leur donner vu aspect hideux et repoussant.

Mais de tous les Sauvages habitants du Brésil. les plus redoutés sont les Mundrucus, qui donnent leur nom à une province, et qu'on appelle aussi Paikicés, c’est-à-dire coupeurs de têtes, parce qu’ils ont coutume de décapiter leurs prisonniers, et d'embaumer leurs têtes pour les conserver pendant plusieurs années, Ces têtes coupées sont le plus glo rieux ornement de leurs cabanes: celui qui en réunit dix peut être élu chef de la tribu. Des guerres sanglantes éclatent fréquemment entre les peuplades que nous venons d'énumérer, et il y a lieu de croire que ces guerres, où le vaincu nest jamais épargné, finiront par amener la destruction tolale des Indiens du Brésil. Elles donnent lieu parfois à des actes d'héroïsme sauvage qui ne sont pas sans analogie avec quelques-uns de ceux qu'on lit dans l'histoire des peuples de l'ancien monde, M. J. Arago cite le trait d'une ‘eune lemme tupinamba qui, pour assurer ln victoire à sa nation.

eut recours au même horrible stratagèime employé par le

lameux Zopvre, dont parle l'historien Quintus Curtius

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