‹ Voyages et découvertes outre mer au XIXe siècle [microforme]Chapitre 4 sur 77 · HI} AG ET D IUNERTI · texte numérisé non relu

HI} AG ET D IUNERTI

€ Une guerre sanglante. dit-il. a ut éclaté entre les Paikicés et les Tupinambas: déjà, dans un de ces combats où les dents et les ongles de ces bêtes féroces jouent un rôle aussi actif que les flèches et les massues, plusieurs chefs des plus thtrépides avaient perdu la vie, et les deux peuplades he sc lassaient pas, À la dernière mêlée, une lemme tupinamba avait vu Son mari massacré par les ennemis vainqueurs, et les lambeaux de sa chair jetés cà et là dans la plaine, Aus SHÔL elle médite une vengeance éclatante et la communique la nuit à ceux de sa tribu. qui l'approuvent et l'encouragent.

Percez-moi le dos, les cuisses, la poitrine, leur dit-elle: crevez-moi un œil, coupez-moi deux doigts de la main gauche, et laissez-moi faire mon mari sera vengé, » On obéit à ses volontés: on mutile la malheureuse, qui ne pousse point un cri, qui n'exhale pas une plainte. « Adieu, leur cria l-elle, quand tout fut fini: si Vous pouvez attaquer dan quinze soleils, à telle heure, je vous m ponds que vous aurez moins d'ennemis à combattre que par le passé. » Elle s'éloigne à ces mots, et se dirige, cour le sang, vers les Paikicés, qui, Campés à peu de distance, attendaient la lutte du lendemain. On sempresse, on l'entoure, on l'interroge, et l'astucieuse Tupinamba leur dit alors, d’une voix entrecoupée, que les chefs de sa tribu ont voulu la tuer, parce qu'elle lusait des vœux pour le succès des armes des Paikicés ; qu'après avoir courageusement résisté à leurs menaces, elle s’est vue attachée à un poteau; qu'on a commencé à lui faire subir les tourments réservés aux prisonniers ennemis, et que, profitant de leur sommeil, elle Sest échappée et est venue chercher un asile chez ceux pour qui étaient ses vœux les

plus ardents.

CAPITAINE DE FREYCINE1

« À l'aspect des blessures de cette femme, dont quelques unes sont très-profondes, les Paikicés ne doutent point de la vérité de son récit; ils donnent les soins les plus empressés \ celle qui a tant souffert pour eux. Bientôt elle partage les travaux de tous; c'est elle qui, prévoyante, veille autour du Camp avec le plus d'activité: c’est elle qui s* Largée de jeter le cri d'alarme. Un chef er fuit son épouse, et elle semble s'attacher à lui par les liens de ] ur et de la re connaissance... Mais une nuit le Camp est dans l'agitation. les principaux chefs se réveillent sous les atteintes des dou leurs les plus aiguës: ils s'agitent, se roulent, se tordent; lorsque, bien sûre de l'effic icité des poisons qu'elle a distm bues, la jeune Tupinamba peut compter ses victime- elle bondit, s’élance. pousse un grand cri répété par les échos de la forêt voisine, et les Paikicés, surpris dans leur agonie, sont achevés par les Tupinambas, prévenus de l'heure et du jour du massacre, »

Quelques familles d'indigènes dès ngtemps convertis au Christianisme sont établies dans des aldées où villages aux environs de Rio-de-Janeiro. et stinguent plus de la population portugaise que p« uleur de leur peau. D’autres, à demi civilisés, à demi chrétiens. tyYant conservé en parte les mœurs et les superstitions sauvages, habitent les rives du Parahyba. Ils vivent de leur chasse, de la culture de quelques plantes usuelles, et leur industrie se borne d'ailleurs à la fabrication de leurs arcs, de leurs flèches et de poteries grossières

Peu de pays sont aussi favorisés de la nature que le Brésil Le sol y est d'une fertilité merveilleuse, et produit en abon-

dance tout ce qui est nécessaire à la vie, tout ce qui peut

re

ü6 VOYAGES ET DÉCO! VERTES

flatter le goût et la sensualité. Les rivières roulent des paillettes d’or; les Momagnes renferment des mines de diamants et d’autres pierres précieuses. Le climat est très-chaud, mais les ardeurs du soleil sont tempérées par des pluies fréquentes qui rafraichissent l'air et préviennent les maladies épidémiques. Enfin les côtes ne sont point exposées aux terribles oulagans qui ravagent si fréquemment les Antilles. C’est, en résumé, une contrée privilégiée, et si les Européens qui y ont fondé un État indépendant savent mettre à profit les ressources dont ils disposent, nul doute que cet empire ne Parvienne dans l'avenir à un haut degré de puissance et de prospérité.

L'Uranie quitta :e 29 janvier Rio-de-Janeiro, et après une traversée de cinq semaines elle aperçut les hauteurs du Cap de Bonne-Espérance: mais contrariée par une brume épaisse qui s’éleva tout à Coup sur la mer, elle ne put arriver que le 7 mars, dans l'après-midi, au mouillage de la Baie de la l'able. Après une relâche de trois semaines, le Capitaine de Freycinet, ayant achevé 1os Opérations scientifiques qui étaien: l’objet de son séjour au Cap, donna l’ordre de tout préparer pour l’appareillage; mais un calme plat qui survint à ce moment l'obligea de retarder son départ. Il en profita pour rerdre visite au capitaine russe Otto de Kotzebüs, qui venait d'arriver en rade et achevait sur le brick le Rurick un voyage de circumnavigation entrepris sous les auspices et aux frais d'un riche seigneur russe, le comte de Romanzoff, dans le but de reconnaitre plusieurs îles du grand Océan, 4 explorer les côtes de l'Amérique du Sud, et, au nord, le uétroit de Behring, et de chercher un bras de mer communiquant avec

la baie de Baffin, [1 n°v eut que la dernière partie de ce projet

(IINVUIS ET -ANNOE 4Q AV) INVE v ivg

CAPITAINE DE FREYCINEIT 69

à laquelle Kotzebüe fut obligé de renoncer. Son expédition eut, du reste, les plus heureux résultats, et fut signalée par la découverte de plusieurs groupes d'îles importants.

Un vent favorable s'étant élevé le 5 avrii, l’'Uranie put lever l'ancre et fit voile vers l'ile de France, où elle arriva juste un mois après son départ du Cap. Le capitaine de Freycinet ne voulait s'arrêter que peu de temps au Port-Louis; mais de graves avaries à réparer l’obligèrent d'y demeurer deux mois et demi, qu’il mit à profit pour ses observations astronomi- , ques e: météorologiques, ainsi que pour recueillir sur cette Ÿ colonie des renseignements dont nous allons extraire les parties les plus intéressantes.

L'île de France, qui a repris, en tombant au pouvoir des Anglais, en 1810, son ancien nom d'’ile Maurice, forme avec

celle de la Réunion et quelques autres le groupe des Masca-

reignes, ainsi appelées du nom du navigateur portugais

Pedro Mascarenhas, qui les découvrit en 1505, Elle fut occu-

pée en 1598 par les Hollandais. qui, après des essais infruc-

tueux le colonisation. l’abandonnèrent ea 1712. En 1721, les

Français s’en emparèrent, et la Bourdonnais, qui en fut

nommé gouverneur treize ans plus tard, parvint à la tirer

de l’état misérable où elle avait langui jusque-là, Pendant les

guerres du premier empire, elle devint le centre de rallie-

ment des corsaires qui firent éprouver au commerce anglais

de si grandes pertes, Ce fut alors que les Anglais envoyèrent

contre cette colonie des forces considérables. qui s’en empa-

rèrent malgré la courageuse résistance du général Decaen.

Les traités de 1814 leur « n ont assuré la possession définitive.

L'ile de France s'étend entre 190 58° et 200 31° de lat. S., 940 26 et 550 26 de long. O. Sa forme est allongée et presque

« Fe | 70) VOYAGES ET DÉCOUVERTES ovale. Sa longueur est de cinquante-six kilomètres. et sa plus grande largeur de trente - deux. Ses côtes, irrégulières et taillées à pic, reposent sur des récifs de corail qui contri- | buent à en rendre l’abord très-difficile, Leur aspect est sau- | vage et triste; celui de l’intérieur est varié et généralernent | très-pittoresque; mais il présente partout le caractère étrange | et heurté propre aux contrées dont le terrain est d'origine plutonienne. En effet, cette île et celles qui l’avoisinent sont exclusivement, d'après Bory de Saint-Vincent, les produits des volcans, « J'en ai fait le tour, dit ce savant naturaliste, et partout, même dans les grandes profondeurs où coulent les rivières, je n’ai Pas trouvé de substance minérale qui n’eût été fondue. » Presque toute la partie occidentale est occupée par un vaste plateau de quatre à cinq cents mètres d’élévation, d'où partent la grande Rivière et la plupart des autres i cours d’eau qui arrosent l'ile, Le plateau est bordé par une crête qui sépare l’île en deux versants, et que couronne la monfagne du Piton. Le Piton a près de six cents mètres de hauteur: mais il est encore dépassé par les Montagnes de la rivière Noire, du Pouce et du Peter- Bot, qui s'élèvent à plus de huit | cents mètres. Ces montagnes, amincies en pics ou arrondies | th mornes, présentent des formes bizarres. Ainsi le Peter-Bot | se termine par un obélisque qui Supporte un énorme rocher ë | presque sphérique, et représentant assez bien un bilboquet | surmonté de sa boule, Le climat de l'île est salubre, La tem- | pérature y varie selon l'altitude des lieux, et elle est sujette à d'assez brusques changements.

Les mois de janvier, février et mars sont souvent marqués par des ouragans terribles, Un de ces ouragans avait ravagé ]a colonie quelqes semaines avant l’arrivée de l'Uranie : ce fut un EE —"

des plus violents dont les habitants aient gardé le souvenir. Au rapport de tous ceux qui ont visité ou habité les Antilles ou les iles de l’océan Indien, il est impossible de se faire une idée de ces tempêtes des tropiques, lorsqu'on n’en a pas été témoin. Ce sont de véritables convulsions de la nature, où les vents déchaînés et les flots bouillonnants s'entre-choquent et se mêlent dans un désordre inexprimable, et qui ne s’apaisent qu'après avoir occasionné les plus affreux désastres.

Le sol de l’île de France est généralement fertile. On \ cultivait autrefois la muscade, l'indigo, le girofle, le café et la canne à sucre; mais cette dernière culture a fini par absorber toutes les autres. La situation de cette colonie sur la route de l'Inde est d'autant plus avantageuse pour son commerce, qu'elle offre le seul port véritable que les navires rencontrent dans une immense étendue. Madagascar lui fournit des bœufs et des vivres : l'Inde lui envoie du riz, et l'Angleterre lui expédie les divers produits de sa riche industrie. Enfin elle reçoit de France bien des marchandises recherchées d’une population qui n’a pu oublier son origine, et dont les goûts, comme le langage, sont restés français. Nous parlons, bien entendu, de la population blanche, où les Anglais ne comptent que pour une très-faible proportion, formée de fonctionnaires civils, de marins et de militaires. La population totale, qui, grossie actuellement par l'immigration d’un grand nombre de coolies ou travailleurs indiens, s’élève à près de deux cent mille âmes. comprend quatre éléments bien distincts : les blancs, qui n’en forment pas plus de la dixième partie; les mulâtres, ou sang-mêlés; les noirs d'Afrique; et un dernier groupe, très-nombreux, formé de Ma-

lais, de Malsaches, d'Hindous et de Chinois.

VOYAGES ET DpÉcot VERTES

indépendamment du français, qui est le langage des anciens colons européens, de l'anglais, qui a été introduit par les nouveaux maîtres de l’île, et des langues Propres aux immigrants qui y sont venus de l'Afrique, de l'Asie et des îles de lArchipel, il s’est formé à l'ile de France, comme aux An tilles, un patois en usage surtout parmi les noirs créoles, Ces gens, ne pouvant se plier à notre syntaxe, ni prononcer certains mots difficiles, ni saisir le sens ou la nature de beau- Coup de nos expressions. ont travesti le français à leur manière. Il en est résulté un langage créole, qui ne manque ni de charme ni d'originalité, Il est usité par goût ou par habitude chez les mulâtres et même chez les blancs, et a donné naissance à une sorte de littérature naïve et pittoresque, composée principalement de chansons, de proverbes, d’apologues et de quelques légendes d'origines diverses. Nous donneïrons, comme Spécimen de cette littérature, limitation de la fable le Lièvre ot la Tortue, de la Fontaine, avec Ja traduction littérale :

! Ein’torti avec lièvre été voulé parié

Ein zour qui va mié galopé

Pour arrivé drette ein li pied banane

€ Tout d’bon, maman tort: Vous Y en a trop d'arzen| Vous l'esprit li marron dans milié la savane

Avec moi vous lite présent !

Dir’ lièvre avec torti qui coute li tranquille

Une tortue avec un lièvre voulut parier Un jour, qui va mieux galoper

Pour arriver droit au pied d’un bananier.

« Tout de bon, maman tortue, vous avez trop d'argent.

Ou votre esprit est marron au milieu de la savane bat Ja Campagne ) : Vous luttez avec moi, à présent! »

Dit le lièvre à Ia tortue, qui l'écoute tranquillement.

CAPITAINE DE FREYCINE1

g « N'a pas per, mon zami, 5 Torti répond li,

Vous, ça qui blancs, appelle di monde azile

Moi porté mon la case, et li rôd’ mon li pied Mais c’est égal, moi va parié ; Moi connais comment va faire Mesuré vous cimin; chaqu’ein son l'esprit Quand fini mesuré , à v'là li été parti.

P'tit papa lièvre crié li : « Mon commèr« Emmené la gazette, prend gard’ vous ennuy:

Quand vous trouv’ galant, n’a pas besoin causé, Quand même couroupas , vous p'tit frère Passé à vous à côté Ou bien moi va gagni . Et p'tit papa lièvre amis:

Cassé bouquet pross la rivier Dans l'herbe frais roulé, saut: Et torti la touzour marcé.

Lièvre à la fin guetté.

N'ayez pas peur, mon ami,

Lui répond la tortue,

Vous, ceux qui sont blancs vous appellent du monde agile

3 Moi, je porte ma maison, et mon pied est roïde; 3 PRES ;

Î Mais c’est égal, je vais parier ;

: Je sais comment je vais faire:

Mesurez votre chemin : chacun a son esprit

Quand on eut fini de mesurer, voilà qu’elle est partie. Petit papa lièvre lui criait : « Ma commère ,

Emportez la gazette; prenez garde de vous ennuyer.

Quand vous trouverez un galant, il ne faut pas causer,

0 spears

Quand même colimaçon, votre petit frère Paässerait à côté de vous:

Autrement, je vais gagner Et petit papa lièvre s'amuse,

Casse le bouquet au bord de Ja rivière,

Roule, saute dans l'herbe fraiche

Et la tortue a toujours marché,

Le lièvre à la fin regarde.

iÙ VOYAGES F1 DÉCO VERTES

Li voir torti dans bitte ; Li voulé galopé bien vit Mais son nation li trop tourdi

Et lité perdé son pari

Le capitaine de Freycinet quitta Port-Louis le 16 juillet, et se dirigea vers l'ile Bourbon (aujourd'hui la R union ). L'Uranie, contrariée par le vent, mit trois jours à franchir les trenite-ci j lieues qui séparent cette île de l'ile de France, et ne put mouiller que le 19 dans la rade de Saint-Denis, On ne passa que huit jours dans ce mouillage , et cinq jours à celui de Saint-Paul : après quoi l'Uranie, ayant renouvelé ses approvisionnements, remit à la voile le 2 août, et fit voile vers la côte occidentale de la Nouvelle - Hollande. où l’appe laient ses instructions. Elle jeta l'ancre à l'entrée de la baie des Chiens-Marins. le [2 septembre au soir.

Les observations recueillies pendant le séjour de l'l'ranie dans ces Parages étant de tout point conformes à celles qui avaient été faites Par le capitaine Baudin. nous croyons inutile de nous y arrêter, et nous franchissons tout de suite un intervalle de vingt-sept jours. après lequel nous retrouvons l’Uranie à l'ancre en vue du fort Concordia, dans l'ile de Timor, au fond de la baie de Coupang.

Les Hollandais établis à Coupang étaient en guerre avec le rajah d'Amanoubang. Ils avaient pour alliés d’autres rajahs de Timor ou des îles voisines . qui avaient amené leurs con-

tingents au Camp établi près de Coupang. De ce nombre

Il voit la tortue au but ; Il veut galoper bi Mais sa nation espèce) est tr étourdie

Et sor ri a été perd

Page 1