CAPITAINES FRANKLIN ET BEECHEY
« Eu rentrant au mouillage de l’île Chamisso, nous trouvàmes les habitants que nous y avions laissés, occupés à transporter vers leurs habitations d’hiver les provisions de saumon salé, d'huile de phoque, et les pelleteries qu’ils avaient rassemblées pendant leurs chasses et leurs pêches de la belle saison. Tous se réunirent pour prendre congé de nous, et, comme il n’était guère probable que nous dussions jamais nous retrouver ici-bas, nos adieux furent plus tendres que nous ne l’aurions souhaité; ils nous saluèrent tous individuellement, les uns après les autres, de la manière la plus cordiale qu'ils purent imaginer, c’est-à-dire en se léchant les mains et en les passant sur leur corps et sur leur figure, pour les repasser ensuite sur les nôtres. Un d’entre eux, d’un âge mûr, et qui semblait leur chef, nous recommanda de ne pas rester plus longtemps dans ces parages; et, comme je lui fis comprendre que mon iatention était d'y passer encore au moins vingt jours, il se mit à grelotier, rentra ses bras dans ses manches, et serra en frissonnant ses vêtements autour de lui; manière éloquente de nous annoncer l'approche de l'hiver. Je le remerciai de son avis, et ne quittai pas ces affectueuses créatures sans iaisser un petit cadeau à chacune. Le lendemain, leurs baïdares, chargées de toutes leurs richesses, se dirigeaient vers le fond de la baie d'Escnoltz.
« Peu de jours après, nous aperçümes deux baïdares pagayant vers le campement abandonné, et ce ne fut pas sans surprise que nous vimes avec quelle rapidité ceux qui montaient ces embarcations en descendirent, dressèrent leurs tentes, v transportèrent toute la cargaison de leurs barques,
tirèrent celles-ci hors de l’eau, et les tournèrent la quille en
l'air.
mener
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€ Quand nous allâmes les visiter, une heure à peine après leur arrivée, tout était rangé dans leurs modestes demeures comme si leur établissement eût daté d’un mois et plus. Rien n'y manquait de ce qui pouvait contribuer à leur bien-être; rien aussi ne pouvait, mieux que cette circonstance, nous donner une idée de la facilité et de l'indépendance absolue avec lesquelles ces peuplades errent de lieux en lieux, transportant avec elles leurs foyers et tout ce qui leur est nécessaire.
& La multitude d'objets qu’ils parviennent à faire entrer dans leurs légères embarcations fut pour nous un autre sujet d’é-
ment. Outre les quatorze individus qui formaient ce clan note, les deux baïdares avaient apporté huit piliers de tente, quarante peaux de daims, trois à quatre cents livres de poisson, une énorme quantité de baleine, de nombreuses outres d'huile et des vases de terre pour la cuisine, deux renards vivants, dix gros chiens, des faisceaux de lances, de harpons, d’arcs et de flèches, des paquets d’habils, d'immenses filets de cuir pour la pêche des baleines et des marsouins, huit grandes planches, des mâts, des voiles, des pagaies, des peaux et des défenses de morses; enfin une infinité de choses sans nom, que les Esquimaux traînent avec eux.
«€ Ceux-ci vinrent, comme leurs devanciers, à bord du Blossom, et comme toujours, après un peu de timidité de leur part, la meilleure intelligence s'établit entre nous. Ils ressemblaien!, hommes et femmes, à tous ceux que nous avions déjà rencontrés sur cette côte...
« Chaque entrevue nous révélait quelque nouvelle coutume de ces peuplades. Un jour, nous surprimes tout le clan, hommes, femmes et enfants, assis silencieusement en cercle
et fumant avec componetion un atroce mélange de tabac et de