‹ Voyages et découvertes outre mer au XIXe siècle [microforme]Chapitre 48 sur 77 · CAPITAINES FRANKLIN ET BEECHEY · texte numérisé non relu

CAPITAINES FRANKLIN ET BEECHEY

poussière de bois pilé : usage qu'ils doivent sans doute aux Eschutschis, leurs frères d'Asie, qui emploient de cette manière l'écorce du bouleau. Une seule pipe servait à toute l’assistance, et encore le fourneau en était si petit, qu’il ne pouvait guère contenir de poudre narcotique que pour une bouffée, La première aspiration revenait de droit au doyen de l’assemblée, qui passait gravement la pipe à son voisin; celui-ci la vidait, la remplissait, e‘ la passait de même à un autre, chacun enflant tour à tour <: ; joues autant que possible, et lâchant peu à peu la fumée pa le nez, avec autant de majesté que déploierait en pareille occasion l'habitué le plus distingué du meilleur estaminet de Londre:; ou de Paris. L’âcreté de cette fumée causait une toux horrible à la plupart d’entre eux, mais ne semblait que troubler bien peu les jouissances qu'ils trouvaient à changer les parois de leur gorge en tuyaux de cheminée, De nos jours, que de civilisés d'Europe sont Esquimaux en ce point!

« Le 10 septembre, nous vimes enfin lallége revenir vers nous, toutes voiles déployées, et j’eus bientôt la satisfaction d'apprendre du lieutenant Eison, son commandant, qu'il avait découvert une àssez grande étendue de côte au delà du cap Franklin, point le plus oriental que le vaisseau eût reconnu pendant le mois précédent, M. Elson s'était avancé jusqu’à un promontoire, qui porte depuis lors le nom de lillustre géographe Barrorr, Cest une iangue de terre basse, étroite, et au delà de laquelle on ne put pénétrer; car elle servait, pour ainsi dire, de base à la banquise. En cherchant à se dégager de cette impasse, la frèle embareation eut à lutter à la fois et contre un vent du sud-est qui la poussait sur la banquise,

et contre un courant qui précipitait sur elle de vastes frag-

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ments de glaces flottantes, avec une vitesse de près de quatre milles à l'heure. Elle fut bientôt si étroitement pressée entre la glace et la terre, qu’elle fut jetée à la côte, et y demeura plusieurs jours échouée sur le flanc. Sa situation était d'autant plus critique, q'e les dispositions des naturels, fort nombreux et très-farouches dans ces parages, leur insolence et leurs rapines continuelles ne devaient laisser aucun doute sur le sort qui attendait le faible équipage de l’allége, s’il tombait en leur pouvoir. Déjà M. Elson songeail à couler bas son petit navire pour le soustraire au pillage, quand tout à coup un changement de vent entrouvrit la glace, et l’allége échappa au naufrage et à la rapacité des Esquimaux.

« Le séjour du Blossom dans le golfe Kotzebue se prolongea encore après le retour de lallége; mais, en octobre, le départ de tous les Esquimaux pour leurs stations d'hiver, la migration des oiseaux, la congélation des lacs et le refroidissement graduel de la mer nous annoncèrent qu’il fallait quitter le mouillage, si nous ne voulions pas être emprisonnés pendant six à sept mois, N'ayant plus d’ailleurs de provisions à bord que pour cinq semaines, je me déterminai à aller hiverner dans l'océan Pacifique. »

L'année suivante, la saison trop avancée ne jaissait à Bee-

chey nul espoir d’être rejoint par le capitaine Franklin, et, ses

instructions limitant d’ailleurs la durée de son voyage, il quitta

pour la dernière fois le golfe Kotzebue et reprit le chemin de l'Angleterre, Il y retreuva, — on devine avec quel bonheur, — le Capitaine Franklin. A la même époque, Parry, leur collègue et leur émule, remettait, lui aussi, le pied sur le sol britannique, après deux tentatives infructuenses pour pénétrer dans le

bassin poiaire.

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