‹ Voyages et découvertes outre mer au XIXe siècle [microforme]Chapitre 52 sur 77 · LIEUTENANT BELLOT · texte numérisé non relu

LIEUTENANT BELLOT

tants de cette expédition, une des plus brillantes et des plus

fructueuses de la dernière période.

Les glaces accumulées dans le détroit de Barrow avaient empêché le Prince-Albert de rejoindre les capitaines Penny et Austin, et l'avaient forcé de s'engager immédiatement dans l'entrée du Régent. Il trouva un bon mouillage pour l'hiver, dans la baie de Batty, sur la côte orientale du North-Ssmerset, qui devint dès lors le point de départ des recherches de Kennedy et de Bellot. Ces recherches, exécutées avec une hardiesse et une patience admirables, dans un périmètre de près de quatre-vingts myriamètres, ne leur firent découvrir, à la vérité, aucune trace de l'Érèbe ni de la Terreur; mais elles leur révélèrent l'existence d’un canal qui avait échappé, en 1830 et en 1848, aux deux capitaines Ross, et qui unit les eaux de la passe du Régent à celles de l’ouest. Ce canal a conservé le nom de canal Bellot.

Il est à remarquer que les excursions de Kennedy et de Bellot s’effectuèrent au plus fort de l'hiver, c’est-à-dire à cette époque de l’année où, pour les régions arctiques, le soleil demeure constamment caché derrière l’horizon. C'était à travers ces ténèbres glacées que les intrépides voyageurs s’aventuraient sur un sol pétrifié par 1: froid, dans des régions où rien de vivant n'avait jamais paru avant eux.

« Notre petite troupe, a écrit à ce sujet le capitaine Kennedy, se composait seulement de cinq ou six marins. De légers traîneaux indiens, que des chiens esquimaux aidaient à tirer, portaient les provisions et les bagages.

« À six heures, ordinairement, j'éveillais tout mon monde, et les préparatifs de la marche de jour commençaient aussitôt.

D'abord le déjeuner ; ensuite venait l’'empaquetage de notre

literie et de nos ustensiles de cuisine; puis le chargement des ‘raîneaux, l’attelage des chiens, et enfin le départ. J'ouvrais la marche, et M. Bellot, avec le reste de la troupe, et les quatre traineaux à la file, suivait exactement ma trace. Après chaque heure écoulée, une halte de cinq minutes était accordée pour reposer les hommes et laisser respirer les chiens. Toutes les fois que le temps le permettait, on observait les chronomètres, pour déterminer la longitude et la latitude... La construction de la hutte de neige et les préparatifs du souper achevaient notre tâche quotidienne, qui rarement était terminée avant dix heures du soir.

« Nous ne tardimes pas à devenir tous fort experts dans la construction de ces huttes à la mode des Esquimaux, qui furent notre seul abri pendant tant de nuits. Nous les trouvions bien supérieures aux tentes, trop lourdes d’ailleurs pour être transportées par une troupe aussi faible que la nôtre... Quand nous avions terminé notre cloison de neige, et qu’elle était close de toutes parts comme la coquille d’un œuf, la flamme d'une bougie ordinaire ou d'une lampe à esprit-devin suffisait pour entretenir à l'intérieur une douce température, et pour chauffer en outre la pinte de thé qui formait la ration de chacur de nous. Nous buvions de ce breuv--+ chaud soir et matin, et, dans notre situation. il avait pour nous plus de prix que tous les trésors d'Ophir.…

€ Pendant tant de jours de fatigue, ajouic le narrateur, je n'ai jamais eu qu'à me louer de mon escorte; je l'ai toujours trouvée empressée à me suivre ; mais le jeune et noble M. Bellot était le plus actif et le plus vaillant de notre petite bande.

«Je ne puis trouver d'expressions assez vives pour témoi-

guer mon admiration de sa conduite pendant tout le voyage.

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