DOCTEUR RICHARDSON
du cap Krusenstern; et pendant le temps qu’il fallut pour nous rendre près du cap Kendall, les deux autres bateaux furent presque mis hors de service par les angles coupants de la nouvelle glace, qui maintenant soudait les grosses masses entre elles. La terre était couverte de neige; aucun espace de mer libre n’était visible du sommet des caps les plus élevés, et déjà l'hiver se faisait sentir dans toute sa rigueur. Je me vis donc, bien malgré moi, forcé d'abandonner les canots, et de continuer par terre notre voyage vers notre résidence d’hiver, sur le lac du Grand-Ours. Le pemmican et les munitions furent soigneusement cachés pour treize jours; ustensiles de cuisine, haches, instruments astronomiques, quelques livres, les mu-
nitions, deux filets et quelques lignes, le bateau portatif d'Hal-
kett, un paquet de plantes desséchées, men lit et quelques
hardes furent distribués par lots. Chaque homme avait à porter, outre la charge qui lui avait été assignée, sa couverture, ses Mocassins et quelques vêtements de rechange. Tous étaient munis de chaussures pour marcher dans la neige. M. Rae portait lui-même la majeure partie de ses effets de literie et d’habillement., On se mit en route le 3 septembre, et le lendemain nous rencontrâmes un camp d'Esquimaux; ils mirent le plus grand empressement à nous faire passer une large rivière, à laquelle ‘ai donné le nom de Rae. Nous traversämes ensuite le Richarson à l’aide du bateau en caoutchouc inventé par le lieutenant Halkett, et, suivant les rives du Coppermine et du Kendall, son tributaire, nous atteignimes une des branches de la rivière de Deate; enfin, le treizième jour, nous arrivions à notre destination, le fort Confidence.
« Notre marche à travers les marais à demi glacés ou su
des montagnes couvertes de neige a nécessairement été pé-
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nible; mais en ayant soin, autant que possible, de nous tenir dans les vallées des rivières, nous n’eûmes qu’une seule nuit à passer sans feu et sans repos. Pendant une brume épaisse, à travers laquelle cependant nous pûmes continuer notre route dans la bonne direction, à l’aide ae la boussole, un métis et son Compagnon indien, envoyés du fort Confidence à notre rencontre, perdirent leur chemin et nous manquèrent; mais, ayant reconnu les traces de notre marche sur le Kendall, ils jugèrent que nous avions passé, et nous rejoignirent deux jours après notre arrivée,
« Pendant tout le cours de ce voyage, je me suis scrupuleusement conformé aux instructions de l’'amirauté concernant l'examen de la côte, et de cet examen il est résulté pour moi la conviction qu'aucun navire n’a passé en vue du continent. Il est, en effet, impossible qu'ils aient pu le faire sans être vus par les nombreux partis d’Esquimaux occupés à explorer la mer pour chasser les ‘saleines. Nous avons de plus appris des Esquimaux de l’entrée de Back, que les glaces avaient envahi leurs côtes pendant presque tout l'été, et l’état d'agglomération dans lequel nous les avons laissées le 4 septembre rendait tout à fait improbable qu’elles dussent encore s'ouvrir à cette époque avancée de la saison, pour offrir un passage à des navires,
€ J’éprouve un vif regret que les glaces m'aient empêché de traverser jusqu'à la terre de Wôijaston. et de compléter äinsi en une Saison le programme tracé par les instructions de l'amirauté, Dès les premiers beaux jours de l'année prochaine, le docteur Rae, doui je ne saurais trop louer le zèle et l’activité,
ira reprendre la suite de nos recherches communes. Des caches
de pemmican et l’attirail d'armement des bateaux sont déjà éche-
lonnés en avant sur la route qu'il doit suivre.
DOCTEUR RICHARDSOX 103
« Aux ressources dont il peut disposer il est nécessaire d'a- h' : jouter celles qu'il peut tirer des contrées mêmes qu'il va tra- Î verser. De nombreux troupeaux de daims émigrent au prin- | temps, des rivages du continent aux terres de Victoria et de L Wollaston, en frenchissant les détroits velés, et ils reviennent ri en automne, Les côtes, peuplées de veaux marins, servent aussi de lieux de pâture à de grandes troupes d'oies de neige. La chasse et la pêche peuvent donc venir en aide à lexpédi tion Franklin, et nous avons un exemple récent des ressources : qu'on peut tirer de ces climats dans M. Rae lui-même, qui à ; passé un hiver rigoureux sur les rives désolées de la baie Re- ; pulse, sans autre combustible que les tiges desséchées d’une espèce d’andromède herbacée, et sans autres provisions, pout nourrir un nombreux détachement pendant toute une année, que celle que lui fournissait la chasse. \
« De pareils exemples nous interdisent de perdre tout espoir ü relativement aux amis que nous cherchons. » L
L'amirauté recevait, à l'époque même où lui parvenait le rapport du docteur Richardson, celui du capitaine James d
Clerk Ross, qui, avec deux vaisseaux, était allé demander aux caux occidentales des détroits de Davis et de Lancastre les traces des navires de Franklin.
« Les bâtiments de Sa Majesté, l'Entreprise et l'Investiga- L. 4 teur, retenus à lorient de la baie de Baffin par une accumu- ù lation de glaces sans antécédents dans cette saison, n’ont pu ; appareiller que le 13 juin 1848, de l'établissement danois d'Uppernavick +
« Après avoir contourné lobstacle par le nord, au milieu de difficultés telles, que nous n’atteignimes la mer ouverte ù
que le 20 août seulement, nous nous dirigeimes directement
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sur la baie de Pond, où j'avais l'espoir de rencontrer des baleiniers, si quelques-uns avaient pu pénétrer jusque-là, et peut-être d'apprendre d'eux si l’Érébe et la Terreur, ou des détachement. envoyés de ces bâtiments dans les embarcations, avaient passé le long de la côte; j'avais aussi en vue de communiquer avec les Esquimaux qui visitent annuellement ces rivages, et d'obtenir d'eux peut-être quelques renseignements su, le sort de nos amis absents.
« Le 23, nous reconnûmes la terre à environ deux milles au sud de la baie de Pond, et nous pûmes suivre la ligne de la grande banquise qui s’appuyait contre la côte, à une distance de quatre à cinq milles dans le sud. Elle était tellement pressée du côté de terre, qu’il ne restait plus assez de place pour que des navires ou des ernbarcations pussent passer sntre elles et le rivage, où l’on sait que les Esquimaux établissent leur résidence d'été; nous tirions un coup de canon toutes les demiheures, et nous examinions, avec nos lunettes de longue-vue, tous les points de la côte, mais nous ne parvinmes à découvrir aucun être humain,
« À partir de là, nous remontâmes vers le nord-ouest, en rangeant la terre de si près, que rien sur la côte, homme ou embarcation, n'eût pu echapyer à notre minutieux examen.
Dans le même but, je fis explorer la baie Possession. On n'y
trouva que le papier que sir Edward Parry y ava usé, en 1519, en souvenir de son expédition, Ce papier «i tre. -en-
dommagé; mais en le lavant soigneusement, et en réunissant les morceaux, presque tous les mots purent être déchiffrés. Nous l'avons conservé.
« À partir de ce point, nous continuâmes l'étude de la côte
avec ie mêL.e soin ; car nous nous attendions à chaque instant
à voir ceux que nous cherchions; et des vigies, placées dans les mâts et sur le pont, exploraient l'horizon avec l'attention la plus vigilante.
Le {er septembre, nous arrivâmes devant le cap York: j'envoyai un détachement à terre, pour chercher si nos camarades s’y trouvaient, et pour fixer, sur ce point remarquable, une marque facile à reconnaître, et à laquelle fut jointe un papier, pour servir d'instruction à ceux qui le trouveraient. Cette mission fut accomplie avec beaucoup d'intelligence par le lieutenant M'Clintock, malgré la difficulté des circonstances.
« Chaque jour nous jetions à la mer, de chacun des deux navires, un baril contenant des papiers, por faire connaître notre situation; quand il y avait de la brume, on tirait le canon; pendant les heures de la nuit, on brûlait des feux de Bengale et des fusées ; les navires étaient d’ailleurs tenus sous une petite voilure, de sorte qu'une embarcation qui aurait vu les signaux aurait F1 facilement nous atteindre,
Le but général des informations ainsi distribuées le long de la côte était de faire savoir à sir Jokn Franklin, ou à toute personne faisant partie de l'expédition, que les baleiniers n'ayant pu pénétrer jusqu’à l'ouest de la baie de Baffin, il n’y avait à attendre d'eux aucun secours; il leur était ensuite recommandé de se diriger vers le port Léopold, où mon intention était de former un dépôt de provisions, et peut-être de faire hiverner l'Investigateur.
Cet engagement pris, il fallait le tenir ; mais déjà chaque
nuit le thermomètre tombait de 9o à 100 centigrades sous
zéro, et la glace nouvelle se formait si rapidement dans les
interstices de la vieille banquise, qu'il nous fallut plusieurs
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jours &’efforts pour gagner le port. Nous étions déjà au 11 septembre, et, si nous n'avions pas atteint le mouillage ce jour-là, il nous eût été impossible d'y pénétrer plus tard ; car, pendant la nuit, la grande banquise venant se réunir à la terre, ferma hermétiquement l'entrée du port, et nous força à y prendre nos quartiers d'hiver.
« Quoique je ne pusse être qu’extrêmement contrarié du peu de progrès que nous avions faits dans cette première «son, cependant nous devions remercier la Providence de nous avoir permis d'atteindre des quartiers d'hiver sûrs, dans le port Léopold ; cette position était, de toutes, la plus convenable, si l'on en avait eu une à choisir pour cet objet; car, se trouvant à la jonction des quatre grands canaux, le détroit de Barrow, le détroit de Lancastre, celui du Prince-Régent et le canal Wellington, il était presque impossible que des équipages, après avoir abandonné leurs navires, longeassent les côtes d'aucun de ces bras de mer sans trouver des indices du voisinage de notre expédition.
« L'hiver se passa comme tous les hivers de ces climats: mais une longue expérience et l'esprit libéral qui avaient présidé à l'expédition, nous avaient pourvus de bien des res sources de bien-être dont n'avait jamais joui aucune autre expédition; et pourtant il est à remarquer que la santé de l'équipage eut plus à souffrir durant cet hiver qu'en aucune autre circonstance, Le peu de succès de nos tentatives a pu contribuer à abattre l'ardeur de nos hommes. et malheureu sement les froids de l'hiver se sont prolongés, d’une manière imaccoutumée, fort avant dans le printemps, avant qu'on ait pu diriger cette ardeur vers de nouveaux efforts,
© Pendant l'hiver, nous primes une grande quantité de re-
nards blancs vivants, dans des piéges faits exprès ; on sait que ces animaux traversent d'immenses étendues de pays pour chercher leur nourriture, Je fis river à leur cou des colliers de cuivre, sur lesquels on avait gravé l’indication de la position des navires et des dépôts de vivres, et je les fis mettre en liberté,
dans l'espoir que ces messagers d’une nouvelle espèce iraient
porter ces renseignements à l’Erèbe et à la Terreur; car il n’y
avait pas à douter que les équipages de ces navires ne fussent très-empressés à prendre ces animaux, s'ils les voyaient.
« Après quelques courses préliminaires faites en avril et dans les premiers jours du mois suivant, pour aller former de petits dépôts de vivres à l’ouest et au sud de notre position, je quittai les navires le 15 mai, avec un détachement composé du lieutenant M'Clintock et de douze hommes. Nous avions pris pour quarante jours de vivres, qui furent attachés, ainsi que des tentes, des vêtements, des couvertures et d’autres objets nécessaires, sur des traîneaux.
« La côte septentrionale du North-Somerset borde au sud le détroit de Barrow jusqu’au cap Bunny, où elle tourne brusquerment vers le sud. Des hautes falaises qui avoisinent ce cap élevé, la vue s'étend à l’ouest jusqu'au cap Walker, au nord jusqu’au canal Wellington. Tout cet espace, au moment ou je le contemplai, était occupé par un amas effrayant de montagnes et de masses de glaces amoncelées, tandis que, du côté du midi, la mer gelée offrait une surface comparativement unie, et plus favorable pour voyager. Je me décidai, en conséquence, à ne pas diviser ma troupe, comme j'en avais eu d'abord l'intention, et à suivre les sinuosités de la côte, dans la direction du sud, avec tous mes hommes réunis. Bien nous
prit de cette résolution: car bientôt beaucoup d’entre eux,
estropiés et affaiblis, ne purent plus nous être de la moindre utilité, et la nécessité où nous fûmes de porter les plus malades sur les traineaux, et de nous priver des services de plu
sieurs autres, qui avaient à peine la force de nous suivre. ajouta outre mesure à la fatigue de ceux qui étaient encore en état de travailler,
Cette circonstance, jointe à la diminution de nos provisions, plus qu'à moitié consommées, mit un terme à notre exploration de la côte. Nous étions alors au 5 juin.
« Donnant un jour de repos au gros de ma troupe, je m’avançai, avec les deux plus dispos de mes hommes, Jusqu'au promontoire le plus méridional qui fût en vue de notre campement. Il est situé pur 720 38° de latitude nord, et 98 de longitude ouest de Paris. L'état de l'atmosphère était on ne peut plus favorable, et l'œil eût facilement distingué à cent milles une hauteur un peu considérable. Le cap le plus élevé que nous eussions en vue dans le sud n'était pourtant pas à plus de la moitié de cette distance, et plus loin la côte se dirigeait vers le cap Nicolas Ler, point le plus septentrional que j'aie atteint, en 1832, lorsque j'accompagnais sir John Ross sur ia Victory. Certes il fallait que mon escorte füt tout à fait hors de service pour que je renonçasse à visiter de nouveau ce Cap, ainsi que le pôle magnétique qui en est voisin. Nous éricames ensuite un cairn où grand tas de pierres, sur un ma-
melon situé juste au-dessus de nos tentes, et l'on v plaça un cylindre de cuivre contenant le détail de nos opérations et tous les renseignements nécessaires pour guider ceux des homines de sir John Franklin qui pourraient arriver sur celle partie de Fa côte
QuolqUue os Fessourc Ho Nous perihissent pas du pro
longer davantage nos investigations, oi: eûmes du moins la satisfaction d'être sûrs que, si ceux que nous cherchions avaient jamais paru sur la côte nord ou sur la côte ouest du North-Somerset, nous en aurions trouvé quelques traces. S'ils avaient abandonné leurs navires dans les parages de Pile Melville, ils auraient dû arriver sur ces côtes longtemps avant cette époque; et là ils nous auraient trouvés dans la position la plus favorable pour leur prêter assistance et les conduire à nos bâtiments.
« Nous nous étions mis en route pour retourner à nos quartiers d'hiver, dans la soirée du 6 juin. Après avoir surmonté une foule de difficultés inhérentes au sol et au climat, nor: rejoignimes les navires le 23 du même mois. Le détachement était tellement accablé de fatigues, que chacun des hommes qui le composaient resta entre les mains du docteur pendant trois semaines, pour ur motif ou pour un autre; et j'ai le regret d’ajouter que deux d’entre eux ne sont pas encore rétablis au moment où j'écris,
« En mon absence, le capitaine Bird et le lieutenant MCiure avaient fait explorer quelques points des deux côtes de lentrée du Régent et des rivages nord du détroit de Barrow. Tous
ceux qui faisaient partie de ces détachements revinrent, comme
nous, affectés d'ophthalmies, d'entorses ou de courbatures ,
mais sans avoir trouvé la moindre trace de lexpédition perdue.
« Le temps s'écoula sans amener de résultats satisfaisants. nos équipages, afaiblis par des efforts incessants, étaient dans une situation peu favorable pour entreprendre les pé nibles travaux qu'ils avaient encore à accomplir, L4 saison
était tellement arriérée, qu'on pouvait à peine apercevoir une
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flaque d’eau sur +‘: la surface de glace qui couvraii le port, si ce n’est le long de la ligne de gravier qui a ’ait été entraînée vers l'entrée, pendant l’hiver. Aussi y avait-il peu d'apparence que nous pussions nous dégager pendant l'été, dans lequel nous entrions.
« Tous les hommes valides commencèrent à scier la glace pour augmenter la largeur du canal, de manière à permettre aux navires d'y passer vers la pointe du port, qui était à une distance de plus de deux milles.
« Ces travaux se poursuivirent jusqu'au 15 -oût; le canal était alors presque terminé, et la glace du havre se rompit dans sa direction en deux parties presque égales, ce qui nous épargna quelques jours de travail, La glace du large paraissait encore aussi solidement fixe que pendant l’hiver, mais nous pûmes voir qu’elle diminuait le long des côtes, « t, le 28 août, nous réussimes à nous dégager du port. Nous y laissâmes une cabane solidement construite, avec nos espars de rechange, des vivres pour douze mois, des combustibles, et la chaloupe de l'Investigateur, que j'avais fait allonger de sept pieds.
€ Dans la prévision du passage en ce lieu de l'expédition de sir ohn Franklin, ces ressources devaient lui servir à atteindre les établissements danois du Groënland, ou nous procurer le même secours, dans le cas où quelque malheur arriverait à nos navires, sur la route de l’ouest,
« Nous nous efforçämes donc de pénétrer dans cette direction; mon but était d'atteindre l'ile Melville: mais, après un pénible traiet, nous nous heurtâmes à la glace, qui barrait le détroit d’un bord à l’autre et n'avait pas bougé de la saison. Nous nous débattions vainement dans ja première ligni
banquise, lorsque, le 1er septembre , une forte brise, s'élevant
tout à coup, la poussa sur nous et la souda autour de nos navires, dor * coques furent mises à la plus rude épreuve par une ép ‘able pression. Du haut des mâts on n’apercevait qu’une seule nappe continue de glaces agglutinées, et 4 les montagnes flottantes qui s’y étaient superposées formaient À autour de nous une véritable chaîne. % « Nous fûmes alors pleinement convaincus que les navires étaient arrêtés pour tout l'hiver, et, quelque affreuse que fût cette perspective, elle était de beaucoup préférable à celle d'être entraînés le long de la côte ouest de la baie de Baffin; car les montagnes de glace échouées sout en si grand nombre sur les bancs qui s'étendent le long de cette côte, qu'il y serait presque impossible à des navires enveloppés dans une ban- D: quise d'échapper à une destruction complète. FRL « Ce fut donc avec plus d'inquiétude que d'espoir que nous hi vimes toute la masse de glace dériver vers lest, avec une vitesse de huit à dix milles par jour. Tout effort de notre part fe était devenu inutile, car aucune puissance humaine n'aurait pu faire dévier les navires d’un seul pouce; ils étaient ainsi complétement soustraits à notre action, et, fixés au milieu d’un champ de glace de plus de cinquante milles de circonférence, ils étaient entraînés le long de la côte sud du détroit 5 th de Lancastre. |:
« Après avoir dépassé l'entrée de ce détroit, la glace nous E emporta plus au sud le long de la côte occidentale de la baie Ë de Baffin, jusque par le travers de la baie de Pond , au sud de ' laquelle étaient amoncelées des montagnes de glace sans noirbre, placées de manière à nous barrer le passage, et nous offrant la triste perspective de voir se réaliser nos plus
affrcuses prévisions. Mais, au moment où nous nous y atten-
ions le moins, nous fûmes dégagés presque miraculeusement. L'immense champ de glace qui nous enveioppait se rompit en mille pièces, comme par l'effet d’un pouvoir inconnu.
« L’espérance était revenue dans nos cœurs: tout le monde travailla avec énergie, et des remorques furent établies de chaque côté des navires pour leur faire dépasser les grosses masses de glaces. L'Investigateur atteignit un espace libre dans la soirée du 14, et le lendemain l'Entreprise le rallia. Il est impossible de se faire une idée de la sensation que nous éprou ÿ vâmes en nous voyant encore une fois libres : plus d’un cœur ! reconnaissant adressa ses actions de grâces au Dieu tout-puissant pour cette délivrance inattendue,
« Les approches de l'hiver nous avaient alors fermé tous
les ports à notre portée, et il nous était impossible de pénétrer
dans l’ouest, à travers la banquise d’où nous venions de nous
dégager; je signalai donc à l'Investigateur mon intention de retourner en Angleterre. »
Au nombre des courageux explorateurs qui se sont immor
talisés dans la grande croisade entreprise par la marine an-
glaise contre « le sombre et mystérieux génie du pôle », il en
| est deux que nous ne saurions oublier : l’un est le capitaine
Kennedy, l'autre est un jeune officier français, le lieutenant Bellot, qui avait sollicité et obtenu du gouvernement français
l'autorisation de prendre part, en qualité de second, à Pexpé-
er" CHERERE pee
| dition dirigée par Kennedy (41851-18521, Tous deux montaient | un excellent petit navire, le Prince-Albert, auquel, suivant | l'expression de Kennedy. « il ne marquait que la parole, » Doué d'une rare intelligence développée par de fortes études,
| et animé de cette généreuse ardeur qui fait les héros et les
martyrs, Bellot contribua puissamment aux résultats impor
SES ER SRE PORRREMr2 = TR mrernperau reste eau
Rene lounge :