‹ Voyages et découvertes outre mer au XIXe siècle [microforme]Chapitre 58 sur 77 · ENVOYÉ A LA RECHERCHE DE SIR JOHN FRANKLIN · texte numérisé non relu

ENVOYÉ A LA RECHERCHE DE SIR JOHN FRANKLIN

L'Investiqgateur. — D:cvuverte de ile de Baring. — Découverte du détroit du Prince-de-Galles. — Hiver de 1850 à 1851. — Excursion et reconnaissance géographiques. — Second hivernage ( 1851-1852). — Troisième hiver (1822-1855).

— Délivrance

Depuis trois ans, on n'avait pas entendu parler du navire l'Investigateur, confié par ’amirauté au commandant Mac- Clure, pour aller à la recherche de sir John Franklin, lorsqu'à

| la fin de 1853 une partie de l'équipage de ce navire aborda tout à coup en Angleterre, chargée par son héroïque €” f de remettre à l’amirauté un rapport daté de la terre de anks. Nous donnons ici les passages les plus intéressants de ce rapport, d’après la traduction qui en à été faite en partie par MM. A. Hervé et F, de Lanoye:

« Le 6 septembre 1850), à onze heures du matin, nous nous trouvions par le travers du cap Parry; le temps était clair, la mer belle. Poussés par un bor vent d'ouest, nous voyions la banquise permanente S'écarter à tribord et remonter vers le

nord, lorsqu'on aperçut de l'avant, à une distance d'environ

cinquante milles, dans le nord-est, une terre d’une grande élévation.

« Ayant fait aussitôt mettre le cap sur cette côte inconnue, je remarquai qu’à l'occident elle servait de base à la banquise, tandis qu’à l’est, au contraire, la mer était comparativement oraticable, Je pris donc sur-le-champ le parti de suivre cette direction, dans la supposition que je n'avais devant moi qu’une ile, ei qu'en la deublant je finirais par trouver un débouché dans la mer Polaire. Le 7, au matin, nous étions à l'extrémité méridionale de cette terre, magnifique promontoire formé par des rochers perpendiculaires de mille pieds de hauteur; nous lui avons donné le nom de cap Nelson. Bientôt après, m'embarquant dans la chaloupe, j'allai, suivant lantique usage consacré par tous mes devanciers, prendre possession de notre découverte, que je nommai île Baring, en honneur du premier lord de lamirauté. Un poteau surmonté d'un ballon peint fut élevé sur le rivage par 710 6° de latitude, et par 1250 2# de longitude occidentale; puis un baril contenant un procès-verbal de cette formalité fut enfori à la base du poteau.

« Tout autour de nous, nous observämes des traces nonibreuses et fraiches de rennes, de lièvres et d’oies arctiques, et, au milieu de mousses abondantes, apparaissaient en pleine floraison un certain nombre de plantes,

«Ayant gravi une hauteur d'environ cinq cents pieds, nous pûmes jouir de la vue de l'intérieur : partout un tapis de mousse couvrait le sol, et donnait une apparence de verdure à plu sieurs rangées succescives de montagnes, dont les plus élevées ilteignaient deux et trois mille pieds, Les ravins creusés entre leurs pentes semblaient alimenter un grand lac, qui s'étendait

au centre d’une vaste plaine, à quinze milles de nous, L'aspect

dés ”

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de la mer n’était pas moins favorable, A l'est, on ne voyait que quelques glaçons flottant à sa surface, qui semblaient promettre une navigation libre de ce côté. Je m’einpressai donc de remettre à la voile; mais presque aussitôt la brume nous enveloppa, et pendant deux jours la sonde fut notre seul guide dans ces parages inconnus. Le 9, pendant une éclaircie, nous aperçûmes à l’est, à environ quinze milles de nous, une côte qui se prolongeait au nord, à perte de vue, parallèlement à celle de l'ile Baring. Les terres basses de ce rivage étaient seules exemptes de neige, tandis qu’une blanche couche de glaces revêtait les hautes montagnes de Pintérieur; nous distinguâmes quelques pics dont la forme remarquable révélait l'origine volcanique.

« Un épais brouillard mêlé de neige nous força bientôt de louvover lentement dans le détroit resserré que laissent entre elles l’île Baring et notre nouvelle découverte, qui reçut le nom de terre du Prince-A lbert, Par 720 h5, le canal s'infléchit brusquement à Pouest, Un peu plus loin, nous dépassàmes deux petites îles de rochers, auxquelles je laissai le nom d'iles de la Princesse-Royale. D'après mon estimation, nous ne nous trouvions plus alors qu'à soixante-dix milles du bassin de Melville. Le vent était redevenu favorable; la mer paraissait encore libre; mais elle charriait de nombreux glaçons, el, au moment où nous cherchions à passer entre deux champs € glace, ils se rapprochèrent Fun de Pautre avec tant de rapidité, que le vaisseau fut subitement arrêté dans sa course, et mên pendant quelques minutes soulevé sur la glace. Quand cessa la pression des deux champs en dérive, il se retrouva à flot, et nous continuâmes d'avancer; mais ce fut pour bien peu d

temps. Le lendemain 11, nous élions cernés par les vlaces ; et

lorsque vers le soir nous parvinmes à nous dégager, j'eus le chagrin de constater que le courant avait changé, et nous ramenait vers le sud.

« L'abaissement de la température et l'apparition presque instantanée d’une couche de giace sur les espaces encore libres de la mer, chaque fois que le vent faiblissait, annonçaient clairement la fin de la saison navigable. La sûreté du navire exigeait de moi une prompte décision, je le reconnus avec anxiété. Retourner vers le sud, où la mer était encore ouverte, et chercher un abri pour l'hiver sur quelques points de la côte sud-est de l'ile Baring, c'était une tentative facile; mais si ma recherche d'un bon mouillage suivant cette direction était infructueuse, le navire se trouvait placé dans la plus dangereuse des situations; car il demeurerait exposé, au milieu d’un vaste espace de mer, au choc et à la pression des immenses champs de glace que les courants polaires poussent incessamment contre les rivages des archipels arctiques. En restant dans le détroit au risque d'hiverner parmi la glace niême, je conservais au moins la chance d'avancer au nord-est aussi longtemps que je le pourrais, et l'avantage de ne pas abandonne: l'espace conquis au prix de tant de labeurs et d'inquiétudes, quand la perte d'un seul mille pouvait compromettre toute la navigation de la saison suivante. Je résolus donc de garder ma position actuelle, qui d'ulleurs se trouvait dans la direction très-probablement suivie par sir John Franklin, sil avait dé pussé le cap Walker.

« … Quelques beaux jours de plus m'eussent permis de fran chir l'issue du détroit, et d'atteindre les parages connus de l'archipel Parry, où peut-être nous étions attendus Cette

faveur ne nous fut pas accordée. Après :.voir consumé en vains

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efforts le reste du mois de septembre, après avoir renouvelé vingt fois nos tentatives pour nous faire une trouée, et toujours en manquant de périr, nous fûmes contraints de chercher un asile pour l’Envestigateur, dans léchancrure d'un vaste champ de glace, auquel nous l'amarrâmes étroitement, à force de câbles et de chaînes. Dérivant avec notre port flottant, nous fûmes ramenés jusque derrière les îles de la Princesse-Royale, Pendant cette périlleuse navigation, le bâtiment reçut plus d’une rude secousse, et plus d’une fois fut entrainé vers les côtes du détroit; mais l'épais radeau qui l'entourait le préserva de toute atteinte, Dans la prévision d’une catastrophe qui nous forcerait à quiiter le navire, je fis monter sur le pont des provisions pour un an, et distribuer à tous les hommes de l'équipage leurs effets de campement, tels que tentes, couvertures, vêtements chauds et bottes fourrées. Pour prémunir le bâtiment iui-même contre de trop fortes avaries dans le cas où il viendrait à se renverser sur la glace, je le fis entourer d’une ceinture matelassée et composée de nos hamacs gonflés comme des outres. Cela fait, et notre havre errant parfaitement consolidé et fixé par 210 audessous de zéro, nous complétâmes nos arrangements de ménage et nos préparatifs d'hivernage.

Le 10 octobre, accompagné du lieutenant Creswell, du docteur Amstrong, de M. Miertsching et de quelques hommes, j'allai pédestrement prendre possession de la terre du Prince- Albert. Cette formalité fut suivie d'une excursion dans lintérieur, qui nous y fix découvrir de profonds ravins et de grands lacs: mais ce fut en vain que, du sommet d’une colline de quinze cents pieds de haut, nous cherchämes à apercevoir la mer de Melville, Complétement glacées, ses eaux se conton-

daient avec la terre dans le lointain.

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