‹ Voyages et découvertes outre mer au XIXe siècle [microforme]Chapitre 59 sur 77 · ER · texte numérisé non relu

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« … Notre retour au vaisseau fut marqué par un de ces ac cidents si fréquents dans les mers polaires. Une crevasse de près de cent mètres de largeur s'était ouverte depuis le malin entre la glace et le rivage. En vain nous suivimes celui-ci pendant plusieurs milles ; l'intervalle béant et liquide était toujours le même, et cependant la nuit commençait à tomber. Nous dûmes nous arrêter et tirer des coups de fusil pour nous faire entendre du vaisseau ; mais nous étions trop loin pour être entendus. A huit heures seulement, des gens de l'équipage, détachés à notre recherche depuis le commencement de l'obscurité, aperçurent par bonheur la lueur des dernières décharges, ei se dirigèrent de notre côté Après avoir sondé l'obstacle qui “étendait entre eux et nous, ils coururent au uavire chercher deux cunots Halhett, qui nous transportérent à l'autre bord, non sans quelque péril et sans beaucoup de peine.

« Je ne puis trop insister sur le mérite de cette invention. Ces admirables petits esquifs en caoutchouc sont gonflés d'air

à bord, puis transportés avec une extrème facilité sur les

épaules d'un seul homme, à travers les glaces du plus difficile accès, dont les aspérités tranchantes mettraient en pièces

toute autre embarcation. Grâce à eux, ce jour-là, on a réussi à

ras en

sauver une troupe nombreuse, qui sans tentes, sans couver-

tenreill.

tures, sans feu et sans aliments, allait être exposée aux rigueurs

d'une nuit arctique, pendant laquelle le thermomètre tomba à

host”

230 au-dessous de zéro.

« Cependant il me fallait à tout prix constater que le canal du Prince-de-Galles (j'ai ainsi nommé le détroit) communiquait avec les eaux de l'archipel Parry. C'est pourquoi je voulus

entreprendre noi-méèôme cette reconnaissance, quoique la sai-

COMMANDANT MAC-CLURI

son fût déjà fort avancée pour une telle excursion. Parti le 21 octobre, j'eus, le 26, l'inexprimable joie de planter ma tente par 73e 31° de latitude, et par 1170 de longitude, c’est-à-dire sur la ligne même où les cartes de sir Edward Parry placent la terre de Banks, entrevue par lui en 1819, des hauteurs de l'ile Melville, Ainsi mes travaux, rattachés à ceux de mon illustre devancier, donnaient la solution tant cherchée du passage au nord de l'Amérique, el la côte nord-est de Pile Baring était la terre de Banks

« Cette découverte a été faite par une expédition de six hommes. un officier et moi, avec un traineau. Î faisait un froid mordant à cette époque avancée de Pannée, d'autant que la glace sur laquelle nous étions obligés de dormir n'était pas suffisamment couverte de neige sèche, comme elle l'est ordinairement au printemps : alors on est chaudement et confor tablement sous les tentes. Notre excursion heureusement à été courte; nous n'avons mis que dix jours à faire cent quatrevingts milles sur la glace. La fin a failli mal tourner pour mot. Le dernier jour, je quittai le traineau pour arriver un peu avant les autres au bâtiment, et faire préparer quelques ravitaillements pour eux J'avais encore environ quinze milles à faire. Peu de temps après avoir quitté mes compagnons, j'entrai dans un épais brouillard; cependant, tant qu'il fit jour et que je pus voir ma boussole, je m'en lirai; mais à cinq heures la nuit vint, et je perdis mon chemin. Je me trouvai fourvoyé dans des morceaux de glace aussi solides et aussi durs que des pavés, et sur lesquels je trébuchais et tombais à chaque pas, au risque de me briser bras, tête et jambes. Je fus obligé de m'arrêter, étant très-épuisé; car je navais rien pris qu'un

maigre déjeuner, à sept heures du matin, Je me fis un fit con

fortable dans la neige, sous l'abri d’une iarge dalle de glace, y enfonçant mes jambes jusqu'aux genoux, pour empêcher mes doigts de pieds de se geler. Je tombai bientôt dans un profond sommeil, d’où, à environ minuit, je fus tiré par le passage d’un météore qui traversait le ciel; je me levai, je trouvai une nuit étincelante d'étoiles avec une brillante aurore, et je me dirigeai du côté du navire. Mais, ayant épuisé toutes mes munitions, je ne pouvais altirer l'attention du bord; alors j'errai jusqu’au jour, et je finis par découvrir que j'avais dépassé le bâtiment d'environ quatre milles. En reprenant ma route, je rencontrai plusieurs traces d'ours; mais j'arrivai à huit heures, sain et sauf, quoiqu'il y eût 26 degrés au-dessous de zéro, et que je fusse resté vingt-cinq heures sans rien prendre.

« À mon retour au navire, j’appris, non sans une vive satisfaction, que sept bœufs musqués, tués en mon absence par nos chasseurs sur la terre du Prince-Albert, avaient augmenté notre approvisionnement d'environ treize cents livres d’excellente viande fraîche, ressource inespérée et bien précieuse pour lhiver.

« Cette saison si redoutable, et dont l'approche avait excité bien des craintes parmi nous, s'écoula fort doucement. Bien qu’en janvier, février et mars, le froid descendit parfois jusqu'à 440, et que la température moyenne fût au-dessous de 38°, l’état sanitaire de l'équipage ne fut aucunement altéré. Point de doute que ce résultat remarquable ne fût dû à l'énergie de nos marins , à l'excellence des provisions de loute espèce que nous avions à bord, et au bon système de ventilation de lintérieur du vaisseau.

« Dès les premiers jours de mars, les préparatifs de la cam-

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